home.social

Search

213 results for “smroecker”

  1. CW: psychiatrie infantile 19ème

    Le TDA/H (ADHD) : historique et définition d’un diagnostic

    La semaine dernière, un énième CEO LinkedIn en mal d’attention taclait la soi-disant glamourisation de troubles que tout le monde s’approprie n’importe comment. Aujourd’hui, l’information sur le TDAH est plus ou moins accessible, mais ça m’a donné envie de creuser : comment on en est arrivé là ? Loin du glamour, le diagnostic de TDA/H a une histoire – pas très tendre – faite de normes sociales et d’enfants qui ne rentrent pas dans les cases. Remonter le fil de cette histoire, c’est pas juste de la curiosité, c’est se rappeler que derrière chaque diagnostic, il y a une société qui décide qui doit s’adapter. C’est le premier volet de ma série sur le TDAH.

    Cet article contient des références historiques à la psychiatrie, en particulier infantile : les termes peuvent être violents.

    1. Petite histoire du TDAH
      1. Du tribunal à la salle de classe
      2. Quand tout le monde a dû aller à l’école
      3. Sous l’œil de la médecine
      4. De l’approche organique et neurologique…
      5. …A l’approche cognitive ou psychanalytique
      6. Neurosciences, génétique et imagerie
    2. Evolution de la classification du TDAH dans le DSM
    3. Les critères diagnostiques du TDAH aujourd’hui
    4. Sources

    Petite histoire du TDAH

    Du tribunal à la salle de classe

    Pendant longtemps, l’enfant n’est pas un être “à protéger”, mais plutôt un humain pas encore fini. Il travaille tôt, participe à la vie de la ferme ou de l’atelier, est juridiquement responsable dès qu’il peut marcher droit. On attend de lui qu’il s’adapte au monde adulte. Au 19ème siècle, on ne se pose pas vraiment la question de l’enfance, sauf de celle qui dérange. Les enfants de la bourgeoisie bénéficient de précepteurs ou d’écoles privées, souvent à travers l’enseignement des prêtres. Quant aux enfants pauvres, ils travaillent avec leurs parents.

    Que faire des enfants qui volent, mentent, fuguent, refusent l’autorité ? La délinquance infantile est une question d’ordre public, une affaire de morale et de contrôle. Les irrécupérables sont envoyés en maison d’éducation correctionnelle – comprendre prison pour enfant. C’est surtout l’affaire des prêtres et des juges, jusqu’à ce que la médecine et la psychiatrie s’interrogent : certains enfants ne seraient pas mauvais, mais malades. La déviance serait pathologique, et le mauvais gosse, un anormal.

    Avec la révolution industrielle, les enfants deviennent des ouvriers très prisés pour leurs petites mains (dans l’industrie textile) ou leurs petits corps (dans les mines).
    Les familles quittent les campagnes pour aller bosser à l’usine, enfants compris, là où il faut de la régularité, du silence, de l’attention : les corps doivent obéir et suivre la cadence.

    Les familles pauvres sont vite pointées du doigt comme source d’instabilité sociale, y compris à travers les enfants qu’il faut discipliner. L’école devient la solution : le bras éducatif de la société industrielle. Elle apprend à se taire, à se lever à la cloche, à rester assis, à obéir, tout ce qu’il faut pour être un bon ouvrier.

    Quand tout le monde a dû aller à l’école

    1881, France : La loi Ferry rend l’école gratuite, laïque et obligatoire. Tous les enfants doivent aller à l’école, y compris ceux qui avaient d’autres « occupations », y compris les pauvres, les rejetés, etc. Ce qu’on attend d’eux est simple : apprendre, dans un cadre inflexible. Spoiler : ça ne fonctionne pas pour tout le monde.

    Rester assis pendant des heures face à un tableau noir. Suivre un programme. Ecouter et retenir. Ne pas bavarder. Se tenir sage… Certains n’écoutent pas, gigotent, parlent fort, se battent entre eux, se rebellent contre l’autorité. D’autres regardent par la fenêtre, dans la lune. Maintenant que l’école doit accueillir tout le monde, ceux qui sortent du cadre deviennent un danger potentiel, et un problème à résoudre (oui, on en est toujours là, on a juste un vocabulaire plus soft).

    Plus la société se mécanise, plus elle veut des humains prévisibles, stables et linéaires. C’est alors que naît la question de la norme scolaire. Qui est “apte” à apprendre ? Qui ne l’est pas ? Qui faut-il corriger, éduquer, rejeter ? Et enfin : qui décide de ce qui est normal ? (spoiler : ni vous ni moi).

    L’enfant est un sujet à modeler, un investissement à long terme, qui doit être rentabilisé. En effet, la mortalité infantile s’effondre au tournant du 20ème siècle. Comme les enfants survivent en plus grand nombre, la société mise sur leur promesse d’avenir : systèmes éducatifs, pédiatrie, psychologie de l’enfant et même protection de l’enfance.

    Sous l’œil de la médecine

    (Attention ça pique)

    Entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle, psychiatres et psychologues s’attachent à objectiver l’anormalité des enfants à problèmes. Binet et Simon (1905) proposent, à la demande de l’état, l’ancêtre du test de QI, l’échelle métrique de l’intelligence, qui mesure si le développement intellectuel de l’enfant correspond à son âge : c’est le concept d’âge mental. On cherche à définir des types et des degrés d’insuffisance mentale. Ainsi, les enfants « débiles » peuvent être des idiots, des imbéciles ou juste des arriérés.

    D’autres ne semblent pas entrer dans ces cases : le problème n’est pas l’intelligence, mais le comportement. On trouve de nombreuses descriptions de problématiques attentionnelles dès le 18ème siècle. Ainsi, en 1889, pour Ribot, psychologue, « La concentration de la conscience et celle des mouvements, la diffusion des idées et celle des mouvements vont de pair (…) entre une grande dépense de mouvements et l’état d’attention, il y antagonisme« .

    Heinrich Hoffmann : Der Struwwelpeter; réédition 1917, wikimédia.org

    Dans le livre (moralisateur) d’histoires pour enfants Der Struwwelpeter, le médecin psychiatre H. Hoffmann décrit en 1844 le comportement impulsif et inattentif de Peter, parmi d’autres enfants dont les difficultés peuvent s’apparenter au TDAH. En Allemagne, le TDAH est également appelé « syndrome de Zappelphilipp » en référence à l’un des personnages de Hoffmann.

    Dans leur ouvrage Les anomalies mentales chez l’écolier, Philippe et Paul-Boncour décrivent, en 1905, parmi autres hystériques et vicieux, l‘élève instable : un enfant déséquilibré, impulsif, nerveux. Extraits :

    L’écolier instable est un enfant mentalement anormal, qui ne peut fixer son attention soit pour écouter, soit pour répondre, soit pour comprendre. C’est en vain qu’on le ramène au sujet : perpétuellement et malgré lui son esprit se tourne ailleurs et il est à noter que souvent l’instabilité physique n’est pas moins prononcée que l’instabilité mentale (…) Est-il rare de trouver ces enfants dans les écoles ordinaires ? Non certes : ils sont même souvent assez intelligents pour saisir avec rapidité bon nombre des explications qu’on leur donne en classe ; mais on n’est jamais sûr de leur attention. Elle se manifeste au hasard de n’importe quelle circonstance et s’évanouit de même (…)

    D’autres écoliers instables ne sont pas seulement des enfants mobiles, ce sont en outre et surtout des impulsifs. Leur irascibilité est extrême. En classe, en récréation surtout, ils crient pour un rien, sont perpétuellement impatients et leur impatience morbide s’exprime tout naturellement par des violences. Sont-ils pris d’une idée, il faut qu’ils la réalisent à quelque prix que ce soit, sans envisager aucune de ses conséquences. Si on les en empêche, alors se manifeste leur colère d’impulsifs (…) Cependant, on rencontre quelquefois parmi ces dégénérés, dont les tares mentales ne peuvent faire doute, des enfants qui étonnent par la diversité de leurs aptitudes ; mais ces aptitudes sont toujours inégales et cette inégalité empêche d’en tirer parti.

    (Je vous fait grâce de l’ouvrage complémentaire, L’Éducation des anormaux, principes d’éducation physique, intellectuelle, morale, par les mêmes auteurs)

    Le comportement hors norme est désormais une affaire de médecins et d’éducateurs.

    De l’approche organique et neurologique…

    G. Still, pionnier de la pédiatrie, définit en 1902 le manque de contrôle moral comme l’incapacité d’agir en conformité avec les normes sociales. A son origine, un retard de développement à la naissance ou un accident provoquant une blessure cérébrale. Plus tard, il associe ce tableau clinique à une maladie neurologique ou héréditaire (Brain Damage Syndrome).

    Dans les années 20, Hohman, puis Strecker et Ebaugh, observent des enfants devenus hyperactifs après avoir contracté une encéphalite (changements dans la personnalité, instabilité émotionnelle, déficits cognitifs, difficultés d’apprentissage, manque de contrôle moteur) : le trouble serait une séquelle de la maladie. En 1932, Robin, explique que l’inattention peut être associée à un trouble psychiatrique ou organique, en particulier chez le sujet ayant un retard de développement neurologique.

    En 1937 (oui oui, déjà !), Bradley prescrit de la benzédrine (amphétamine, dont sera issue la Ritaline) pour augmenter la production de liquide céphalo rachidien chez certains de ses jeunes patients. Les enseignants et les infirmières constatent que ces enfants ont de meilleurs résultats scolaires et sont moins agités. Même si ses recherches ne sont pas valorisées à l’époque, ces résultats inattendus ouvrent vers une approche différente du TDAH.

    …A l’approche cognitive ou psychanalytique

    La place de l’enfant évolue. On se soucie de sa santé, de son développement psychologique, et de trauma précoces potentiels qui pourraient lui nuire. Les parents sont bombardés de conseils quant à la meilleure éducation possible, mais confrontés à des approches contradictoires.

    En France et dans d’autres pays européens, la guerre, l’occupation et l’exode provoquent l’errance et la dislocation de nombreuses familles. Les enfants représentent entre un tiers et la moitié de la population déplacée, et la Croix Rouge évoque 90 000 enfants perdus. En plus de la recherche active pour réunir les familles séparées, des institutions éducatives se créent pour faire face à l’isolement des mineurs et à l’augmentation de la délinquance juvénile. C’est le début d’une coordination du futur secteur de « l’enfance inadaptée », sous la devise Travail, Famille, Patrie.

    Outre-Manche, Laufer, Denhoff et Solomons s’intéressent au fonctionnement du cortex cérébral et publient en 1956 :

    Une cause très fréquente de troubles du comportement chez l’enfant est le trouble des impulsions hyperkinétiques. Ce trouble se caractérise par une hyperactivité, une faible capacité d’attention et de concentration, de l’irritabilité, de l’impulsivité, de la variabilité et de faibles résultats scolaires. L’existence de ce complexe peut entraîner de nombreux problèmes psychologiques, en raison de son effet extrêmement irritant sur les parents et les enseignants.

    Ils évoquent une situation surmontée par la maturation du cerveau de l’enfant et l’effet améliorateur de l’amphétamine, qui est autorisée en 1961 aux Etats Unis.
    En 1969, C. Keith Conners, psychologue américain, publie des échelles d’évaluations psychométriques ayant pour objectif de détecter le trouble (et d’évaluer la pertinence d’un traitement).

    En 1971, Virginia Douglas, psychologue canadienne, affirme que les enfants concernés par un trouble des impulsions hyperkinétiques ont des déficits d’attention soutenue, même en l’absence de distractions. Cela réoriente la recherche vers les problèmes attentionnels, et une approche cognitive.

    Paul Wender, biochimiste et psychiatre américain, publie la première monographie sur le TDAH et prouve une origine génétique. Il observe un manque de dopamine dans le cerveau de ses patients. Il défend la persistance du trouble chez l’adulte et propose une liste d’éléments diagnostiques (WURS-61) en 1976. Dans les années 80, Russel A. Barkley, psychologue clinicien, introduit la notion de fonctions exécutives et de difficultés d’inhibition dans le TDAH.

    Parallèlement, en Europe, la psychiatrie biologique a été discréditée par les horreurs du nazisme. En France particulièrement, on se tourne vers une approche psychique perçue comme plus humaine. La psychanalyse freudienne et ses variantes s’imposent dans le champ de la santé mentale, comme le montre l’influence de Françoise Dolto.

    Les comportements “hyperactifs”, “instables” ou “agités” sont des symptômes d’un inconscient perturbé, et toute autre approche est rejetée. L’enfant agité exprime une angoisse, l’hyperactivité compense une carence affective, et l’inattention traduit une fuite du conflit Œdipien, ou l’inverse, ou le contraire, peu importe, l’essentiel est de comprendre que c’est la faute des parents, voire de la mère, et que le petit (et les parents) a besoin d’une thérapie car il est psychiquement malade. En France, les années 50 à 70 sont entièrement dominées par cette lecture. On parle de psychopathies infantiles et de troubles affectivo-caractériels.

    Michel Dugas modernise le regard français avec son ouvrage L’hyperactivité chez l’enfant (1985) où il aborde la neurobiologie, les critères diagnostiques et la pharmacologie, sans rejeter totalement l’influence du milieu et de l’affectif.

    Neurosciences, génétique et imagerie

    A partir des années 90, le TDAH quitte le divan du psy pour passer sous le scanner. Les neurosciences s’emparent du sujet :

    Les IRM fonctionnelles permettent de repérer des différences dans certaines zones du cerveau (cortex préfrontal, cervelet, ganglions de la base), moins activées dans le TDAH en présence de consigne ou d’impulsion à freiner, ce qui justifie le trouble des fonctions exécutives.

    Dans les années 2000, les études sur les familles et les jumeaux sont nombreuses et montrent un profil hautement génétique dans le TDAH . Les gènes impliqués sont ceux liés à la dopamine et à la régulation du cortex préfrontal. Cela ne désigne pas un gène spécifique au TDAH, mais plutôt une constellation de variantes qui modulent la prédisposition au trouble.

    Le concept de connectivité cérébrale montre que le cerveau TDAH a une moins bonne synchronisation entre les réseaux de contrôle (préfrontal) et ceux du vagabondage mental (réseau par défaut). Le TDAH apparaît comme une difficulté de timing et de gestion des priorités : ce n’est pas être incapable de se concentrer mais plutôt ne pas pouvoir choisir sur quoi se concentrer.

    En 2015, la Haute Autorité de Santé publie enfin les premières recommandations de prise en charge du TDAH. Les psychothérapies basées sur la psychanalyse ne sont pas un traitement spécifique du TDAH, affirme-t-elle en 2015 puis, en 2024 : En l’absence d’évaluation suffisante, les approches psychothérapeutiques de type neurofeedback, entraînement cognitif, programmes basés sur la pleine conscience, thérapie psychanalytique et thérapies autres que les TCCE (thérapies comportementales cognitives et émotionnelles) ne sont pas recommandées (…).

    Malgré ces avancées, la psychanalyse reste très présente, et conteste encore aujourd’hui l’approche scientifique du trouble, alimentant la désinformation ambiante :

    Pour nous psy cliniciens d’orientation analytique, donc, vous l’aurez bien compris, le TDAH n’existe pas en soi. Nous considérons que la souffrance psychique n’obéit pas du tout aux mêmes lois qu’une souffrance somatique et ne suit pas la même logique qu’un protocole de soin médical pour réparer une douleur corporelle… Nous regrettons que les protocoles et ces solutions du DSM rendent des médicaments nécessaires alors que nous pensons parvenir la plupart du temps à soigner les maux de l’enfance, sans médicaments. (Caroline Goldman, 2022)

    La psychanalyse a depuis longtemps débordé du pur domaine psy, pour envahir l’ensemble des métiers éducatifs, sociaux, de protection de l’enfance ou de santé. De nos jours, de nombreux·es professionnel·les ont reçu une formation psychanalytique en ce qui concerne le développement de l’enfant et la prise en charge de la santé mentale.

    Evolution de la classification du TDAH dans le DSM

    Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (ou DSM, pour Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) publié par l’Association Américaine de Psychiatrie . Il décrit et classe les troubles mentaux. C’est un ouvrage de référence utilisé par les professionnel·les pour la pose de diagnostics. C’est aussi le reflet – souvent retardataire – de la manière dont la médecine envisage chaque trouble (mais aussi de ce qu’elle classe comme trouble ou maladie…).

    DSM-I, 1952

    • Pas d’évocation

    DSM-II, 1968

    • Hyperkinetic Reaction of Childhood
    • Hyperactivité motrice, impulsivité, instabilité émotionnelle.

    DSM-III, 1980

    • Attention Deficit Disorder (ADD)
    • Inattention avec ou sans hyperactivité

    DSM-III-R, 1987

    • Attention-Deficit Hyperactivity Disorder (ADHD)
    • Syndrome unique, manifestations variables.
    • Concept d’impulsivité

    DSM-IV, 1994

    • Attention-Deficit Hyperactivity Disorder (ADHD)
    • 3 sous types : inattentif, hyperactif et mixte
    • Présentation adulte.
    • Apparition avant 7 ans.

    DSM-V, 2013

    • Attention-Deficit Hyperactivity Disorder (ADHD)
    • Catégorie des TND, cumul possible avec TSA
    • Critères adultes et adolescents
    • Apparition avant 12 ans

    Pas d’évolution majeure en 2022, dans le DSM-V-TR. On trouve des clarifications textuelles, des exemples supplémentaires, des formulations plus inclusives, mais la structure diagnostique reste inchangée.

    Les critères diagnostiques du TDAH aujourd’hui

    Deux catégories de symptômes figurent dans le DSM-V :

    Hyperactivité Impulsivité

    • Remue les mains ou les pieds, se tortille
    • Quitte son siège dans des situations inadaptées
    • Interrompt les autres, s’immisce dans les conversations
    • Difficultés à attendre son tour
    • Termine les phrases de son interlocuteur, coupe la parole
    • Parle trop
    • Inconfort à se tenir immobile ou à patienter
    • Agitation ou sentiment d’agitation
    • Difficulté à se tenir tranquille dans les activités de loisir

    Inattention

    • Difficultés de maintien de l’attention
    • Difficultés au respect des consignes, à terminer une tâche
    • Difficultés organisationnelles
    • Difficultés à s’engager dans des tâches qui nécessitent un effort mental soutenu
    • Perte fréquente d’objets
    • Oublis fréquents
    • Difficultés d’écoute
    • Pas d’attention aux détails, fautes d’inattention
    • Distraction par des stimuli externes
    • Six symptômes ou plus de chaque catégorie doivent être présents pendant plus de 6 mois, et les symptômes doivent être présents avant 12 ans.
    • Le TDAH peut être mixte (ou combiné), avec inattention prévalente ou avec hyperactivité/impulsivité prévalente.

    Attention : les créations présentes sur ce site sont soumises au droit d’auteur. L’utilisation pour votre usage personnel est autorisé, mais aucune modification sans autorisation préalable de l’auteure n’est permise. Pour toute autre utilisation que personnelle, me contacter. Merci, en règle générale, de respecter le travail d’autrui.

    Télécharger

    Ce qu’on retrouve dans l’histoire du TDAH, au delà de la normativité sociale qui nous fait désigner comme trouble tout ce qui ne colle pas au moule, c’est toute la genèse de la désinformation d’aujourd’hui : enfant mal élevé voire violent, incapable de la moindre concentration, inadapté ; absence de contrôle moral ; défaillance parentale ; trouble qui n’existe pas réellement, et encore moins chez les adultes.

    L’histoire du TDAH n’est pas un conte de fées : entre fantasmes éducatifs et querelles de chapelle, on est loin du glamour. On subit encore les méfaits de la psychanalyse, et l’accès à la bonne information, dans une perspective de compréhension de soi, est loin d’être évident.

    On se retrouve bientôt pour la suite : le TDAH dans le concret – les symptômes vécus, l’impact au quotidien.

    Petite Loutre

    Sources

    Idées reçues et stéréotypes

    Fausses croyances TDAH

    https://hal.science/hal-04804511v1

    Cette maladie devient tendance

    Psychanalyse

    La psychanalyse en France

    Françoise Dolto

    Un diagnostic surévalué

    Et si l’hyperactivité n’existait pas ?

    Historiques

    Types et degrés d’insuffisances mentales

    Les anomalies mentales chez les écoliers : étude médico-pédagogique

    Syndrome hyperkinétique

    L’épopée du TDAH

    Histoire du TDAH

    Les scientifiques

    Tests de Binet et Simon

    Alexander Crichton

    Charles Bradley

    Georges Fréderic Still

    Virginia Douglas

    Paul Wender

    Enfance

    Les enfants en justice : la Petite Roquette

    Prisons pour enfants au 19ème siècle

    L’histoire de l’enfance en Europe

    Enfants perdus de l’exode

    TDAH aujourd’hui

    Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (Québec)

    HAS – reco TDAH 2015

    Mini bibliographie de psychiatrie infantile, âmes sensibles s’abstenir

    • Bourneville, D.-M. & Philippe, G. (1905). Les anomalies mentales chez les écoliers.
    • Binet, A. & Simon, T. (1908). La mesure du développement de l’intelligence chez les enfants.
    • Decroly, O. (1911). L’enfant, la vie, l’école.
    • Healy, W. (1915). The Individual Delinquent.
    • Claparède, É. (1920). L’école sur mesure.
    • Wallon, H. (1934). Les origines du caractère chez l’enfant.
    • Ajuriaguerra, J. de (1950). Manuel de psychiatrie de l’enfant.

    Laisser un commentaire Annuler la réponse.

    Δ

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

    Indique ton mail

    Abonne toi 

    Rejoignez les 1 728 autres abonnés

    Sur Ko-fi, tu peux faire un don.

    L’argent récolté sert à payer les frais engendrés par la tenue de ce blog et me permet de garantir un site sans publicité.

    Participer

    Serveur Discord

    Tu es autiste, ou en questionnement sur un éventuel autisme te concernant ? Tu veux rejoindre un serveur discord pour en discuter ?

    Clique ici

    Derniers Articles

    Autisme et relations toxiques : Comprendre l’impact du cycle de l’emprise

    Ma relation est-elle toxique ? questionnaires et ressources pour déjouer les injonctions patriarcales

    Les relations affectives : comment venir en aide à une victime de relation toxique

    #diagnostic #enfance #handicap #histoire #TDAH #TND

  2. CW: psychiatrie infantile 19ème

    Le TDA/H (ADHD) : historique et définition d’un diagnostic

    La semaine dernière, un énième CEO LinkedIn en mal d’attention taclait la soi-disant glamourisation de troubles que tout le monde s’approprie n’importe comment. Aujourd’hui, l’information sur le TDAH est plus ou moins accessible, mais ça m’a donné envie de creuser : comment on en est arrivé là ? Loin du glamour, le diagnostic de TDA/H a une histoire – pas très tendre – faite de normes sociales et d’enfants qui ne rentrent pas dans les cases. Remonter le fil de cette histoire, c’est pas juste de la curiosité, c’est se rappeler que derrière chaque diagnostic, il y a une société qui décide qui doit s’adapter. C’est le premier volet de ma série sur le TDAH.

    Cet article contient des références historiques à la psychiatrie, en particulier infantile : les termes peuvent être violents.

    1. Petite histoire du TDAH
      1. Du tribunal à la salle de classe
      2. Quand tout le monde a dû aller à l’école
      3. Sous l’œil de la médecine
      4. De l’approche organique et neurologique…
      5. …A l’approche cognitive ou psychanalytique
      6. Neurosciences, génétique et imagerie
    2. Evolution de la classification du TDAH dans le DSM
    3. Les critères diagnostiques du TDAH aujourd’hui
    4. Sources

    Petite histoire du TDAH

    Du tribunal à la salle de classe

    Pendant longtemps, l’enfant n’est pas un être “à protéger”, mais plutôt un humain pas encore fini. Il travaille tôt, participe à la vie de la ferme ou de l’atelier, est juridiquement responsable dès qu’il peut marcher droit. On attend de lui qu’il s’adapte au monde adulte. Au 19ème siècle, on ne se pose pas vraiment la question de l’enfance, sauf de celle qui dérange. Les enfants de la bourgeoisie bénéficient de précepteurs ou d’écoles privées, souvent à travers l’enseignement des prêtres. Quant aux enfants pauvres, ils travaillent avec leurs parents.

    Que faire des enfants qui volent, mentent, fuguent, refusent l’autorité ? La délinquance infantile est une question d’ordre public, une affaire de morale et de contrôle. Les irrécupérables sont envoyés en maison d’éducation correctionnelle – comprendre prison pour enfant. C’est surtout l’affaire des prêtres et des juges, jusqu’à ce que la médecine et la psychiatrie s’interrogent : certains enfants ne seraient pas mauvais, mais malades. La déviance serait pathologique, et le mauvais gosse, un anormal.

    Avec la révolution industrielle, les enfants deviennent des ouvriers très prisés pour leurs petites mains (dans l’industrie textile) ou leurs petits corps (dans les mines).
    Les familles quittent les campagnes pour aller bosser à l’usine, enfants compris, là où il faut de la régularité, du silence, de l’attention : les corps doivent obéir et suivre la cadence.

    Les familles pauvres sont vite pointées du doigt comme source d’instabilité sociale, y compris à travers les enfants qu’il faut discipliner. L’école devient la solution : le bras éducatif de la société industrielle. Elle apprend à se taire, à se lever à la cloche, à rester assis, à obéir, tout ce qu’il faut pour être un bon ouvrier.

    Quand tout le monde a dû aller à l’école

    1881, France : La loi Ferry rend l’école gratuite, laïque et obligatoire. Tous les enfants doivent aller à l’école, y compris ceux qui avaient d’autres « occupations », y compris les pauvres, les rejetés, etc. Ce qu’on attend d’eux est simple : apprendre, dans un cadre inflexible. Spoiler : ça ne fonctionne pas pour tout le monde.

    Rester assis pendant des heures face à un tableau noir. Suivre un programme. Ecouter et retenir. Ne pas bavarder. Se tenir sage… Certains n’écoutent pas, gigotent, parlent fort, se battent entre eux, se rebellent contre l’autorité. D’autres regardent par la fenêtre, dans la lune. Maintenant que l’école doit accueillir tout le monde, ceux qui sortent du cadre deviennent un danger potentiel, et un problème à résoudre (oui, on en est toujours là, on a juste un vocabulaire plus soft).

    Plus la société se mécanise, plus elle veut des humains prévisibles, stables et linéaires. C’est alors que naît la question de la norme scolaire. Qui est “apte” à apprendre ? Qui ne l’est pas ? Qui faut-il corriger, éduquer, rejeter ? Et enfin : qui décide de ce qui est normal ? (spoiler : ni vous ni moi).

    L’enfant est un sujet à modeler, un investissement à long terme, qui doit être rentabilisé. En effet, la mortalité infantile s’effondre au tournant du 20ème siècle. Comme les enfants survivent en plus grand nombre, la société mise sur leur promesse d’avenir : systèmes éducatifs, pédiatrie, psychologie de l’enfant et même protection de l’enfance.

    Sous l’œil de la médecine

    (Attention ça pique)

    Entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle, psychiatres et psychologues s’attachent à objectiver l’anormalité des enfants à problèmes. Binet et Simon (1905) proposent, à la demande de l’état, l’ancêtre du test de QI, l’échelle métrique de l’intelligence, qui mesure si le développement intellectuel de l’enfant correspond à son âge : c’est le concept d’âge mental. On cherche à définir des types et des degrés d’insuffisance mentale. Ainsi, les enfants « débiles » peuvent être des idiots, des imbéciles ou juste des arriérés.

    D’autres ne semblent pas entrer dans ces cases : le problème n’est pas l’intelligence, mais le comportement. On trouve de nombreuses descriptions de problématiques attentionnelles dès le 18ème siècle. Ainsi, en 1889, pour Ribot, psychologue, « La concentration de la conscience et celle des mouvements, la diffusion des idées et celle des mouvements vont de pair (…) entre une grande dépense de mouvements et l’état d’attention, il y antagonisme« .

    Heinrich Hoffmann : Der Struwwelpeter; réédition 1917, wikimédia.org

    Dans le livre (moralisateur) d’histoires pour enfants Der Struwwelpeter, le médecin psychiatre H. Hoffmann décrit en 1844 le comportement impulsif et inattentif de Peter, parmi d’autres enfants dont les difficultés peuvent s’apparenter au TDAH. En Allemagne, le TDAH est également appelé « syndrome de Zappelphilipp » en référence à l’un des personnages de Hoffmann.

    Dans leur ouvrage Les anomalies mentales chez l’écolier, Philippe et Paul-Boncour décrivent, en 1905, parmi autres hystériques et vicieux, l‘élève instable : un enfant déséquilibré, impulsif, nerveux. Extraits :

    L’écolier instable est un enfant mentalement anormal, qui ne peut fixer son attention soit pour écouter, soit pour répondre, soit pour comprendre. C’est en vain qu’on le ramène au sujet : perpétuellement et malgré lui son esprit se tourne ailleurs et il est à noter que souvent l’instabilité physique n’est pas moins prononcée que l’instabilité mentale (…) Est-il rare de trouver ces enfants dans les écoles ordinaires ? Non certes : ils sont même souvent assez intelligents pour saisir avec rapidité bon nombre des explications qu’on leur donne en classe ; mais on n’est jamais sûr de leur attention. Elle se manifeste au hasard de n’importe quelle circonstance et s’évanouit de même (…)

    D’autres écoliers instables ne sont pas seulement des enfants mobiles, ce sont en outre et surtout des impulsifs. Leur irascibilité est extrême. En classe, en récréation surtout, ils crient pour un rien, sont perpétuellement impatients et leur impatience morbide s’exprime tout naturellement par des violences. Sont-ils pris d’une idée, il faut qu’ils la réalisent à quelque prix que ce soit, sans envisager aucune de ses conséquences. Si on les en empêche, alors se manifeste leur colère d’impulsifs (…) Cependant, on rencontre quelquefois parmi ces dégénérés, dont les tares mentales ne peuvent faire doute, des enfants qui étonnent par la diversité de leurs aptitudes ; mais ces aptitudes sont toujours inégales et cette inégalité empêche d’en tirer parti.

    (Je vous fait grâce de l’ouvrage complémentaire, L’Éducation des anormaux, principes d’éducation physique, intellectuelle, morale, par les mêmes auteurs)

    Le comportement hors norme est désormais une affaire de médecins et d’éducateurs.

    De l’approche organique et neurologique…

    G. Still, pionnier de la pédiatrie, définit en 1902 le manque de contrôle moral comme l’incapacité d’agir en conformité avec les normes sociales. A son origine, un retard de développement à la naissance ou un accident provoquant une blessure cérébrale. Plus tard, il associe ce tableau clinique à une maladie neurologique ou héréditaire (Brain Damage Syndrome).

    Dans les années 20, Hohman, puis Strecker et Ebaugh, observent des enfants devenus hyperactifs après avoir contracté une encéphalite (changements dans la personnalité, instabilité émotionnelle, déficits cognitifs, difficultés d’apprentissage, manque de contrôle moteur) : le trouble serait une séquelle de la maladie. En 1932, Robin, explique que l’inattention peut être associée à un trouble psychiatrique ou organique, en particulier chez le sujet ayant un retard de développement neurologique.

    En 1937 (oui oui, déjà !), Bradley prescrit de la benzédrine (amphétamine, dont sera issue la Ritaline) pour augmenter la production de liquide céphalo rachidien chez certains de ses jeunes patients. Les enseignants et les infirmières constatent que ces enfants ont de meilleurs résultats scolaires et sont moins agités. Même si ses recherches ne sont pas valorisées à l’époque, ces résultats inattendus ouvrent vers une approche différente du TDAH.

    …A l’approche cognitive ou psychanalytique

    La place de l’enfant évolue. On se soucie de sa santé, de son développement psychologique, et de trauma précoces potentiels qui pourraient lui nuire. Les parents sont bombardés de conseils quant à la meilleure éducation possible, mais confrontés à des approches contradictoires.

    En France et dans d’autres pays européens, la guerre, l’occupation et l’exode provoquent l’errance et la dislocation de nombreuses familles. Les enfants représentent entre un tiers et la moitié de la population déplacée, et la Croix Rouge évoque 90 000 enfants perdus. En plus de la recherche active pour réunir les familles séparées, des institutions éducatives se créent pour faire face à l’isolement des mineurs et à l’augmentation de la délinquance juvénile. C’est le début d’une coordination du futur secteur de « l’enfance inadaptée », sous la devise Travail, Famille, Patrie.

    Outre-Manche, Laufer, Denhoff et Solomons s’intéressent au fonctionnement du cortex cérébral et publient en 1956 :

    Une cause très fréquente de troubles du comportement chez l’enfant est le trouble des impulsions hyperkinétiques. Ce trouble se caractérise par une hyperactivité, une faible capacité d’attention et de concentration, de l’irritabilité, de l’impulsivité, de la variabilité et de faibles résultats scolaires. L’existence de ce complexe peut entraîner de nombreux problèmes psychologiques, en raison de son effet extrêmement irritant sur les parents et les enseignants.

    Ils évoquent une situation surmontée par la maturation du cerveau de l’enfant et l’effet améliorateur de l’amphétamine, qui est autorisée en 1961 aux Etats Unis.
    En 1969, C. Keith Conners, psychologue américain, publie des échelles d’évaluations psychométriques ayant pour objectif de détecter le trouble (et d’évaluer la pertinence d’un traitement).

    En 1971, Virginia Douglas, psychologue canadienne, affirme que les enfants concernés par un trouble des impulsions hyperkinétiques ont des déficits d’attention soutenue, même en l’absence de distractions. Cela réoriente la recherche vers les problèmes attentionnels, et une approche cognitive.

    Paul Wender, biochimiste et psychiatre américain, publie la première monographie sur le TDAH et prouve une origine génétique. Il observe un manque de dopamine dans le cerveau de ses patients. Il défend la persistance du trouble chez l’adulte et propose une liste d’éléments diagnostiques (WURS-61) en 1976. Dans les années 80, Russel A. Barkley, psychologue clinicien, introduit la notion de fonctions exécutives et de difficultés d’inhibition dans le TDAH.

    Parallèlement, en Europe, la psychiatrie biologique a été discréditée par les horreurs du nazisme. En France particulièrement, on se tourne vers une approche psychique perçue comme plus humaine. La psychanalyse freudienne et ses variantes s’imposent dans le champ de la santé mentale, comme le montre l’influence de Françoise Dolto.

    Les comportements “hyperactifs”, “instables” ou “agités” sont des symptômes d’un inconscient perturbé, et toute autre approche est rejetée. L’enfant agité exprime une angoisse, l’hyperactivité compense une carence affective, et l’inattention traduit une fuite du conflit Œdipien, ou l’inverse, ou le contraire, peu importe, l’essentiel est de comprendre que c’est la faute des parents, voire de la mère, et que le petit (et les parents) a besoin d’une thérapie car il est psychiquement malade. En France, les années 50 à 70 sont entièrement dominées par cette lecture. On parle de psychopathies infantiles et de troubles affectivo-caractériels.

    Michel Dugas modernise le regard français avec son ouvrage L’hyperactivité chez l’enfant (1985) où il aborde la neurobiologie, les critères diagnostiques et la pharmacologie, sans rejeter totalement l’influence du milieu et de l’affectif.

    Neurosciences, génétique et imagerie

    A partir des années 90, le TDAH quitte le divan du psy pour passer sous le scanner. Les neurosciences s’emparent du sujet :

    Les IRM fonctionnelles permettent de repérer des différences dans certaines zones du cerveau (cortex préfrontal, cervelet, ganglions de la base), moins activées dans le TDAH en présence de consigne ou d’impulsion à freiner, ce qui justifie le trouble des fonctions exécutives.

    Dans les années 2000, les études sur les familles et les jumeaux sont nombreuses et montrent un profil hautement génétique dans le TDAH . Les gènes impliqués sont ceux liés à la dopamine et à la régulation du cortex préfrontal. Cela ne désigne pas un gène spécifique au TDAH, mais plutôt une constellation de variantes qui modulent la prédisposition au trouble.

    Le concept de connectivité cérébrale montre que le cerveau TDAH a une moins bonne synchronisation entre les réseaux de contrôle (préfrontal) et ceux du vagabondage mental (réseau par défaut). Le TDAH apparaît comme une difficulté de timing et de gestion des priorités : ce n’est pas être incapable de se concentrer mais plutôt ne pas pouvoir choisir sur quoi se concentrer.

    En 2015, la Haute Autorité de Santé publie enfin les premières recommandations de prise en charge du TDAH. Les psychothérapies basées sur la psychanalyse ne sont pas un traitement spécifique du TDAH, affirme-t-elle en 2015 puis, en 2024 : En l’absence d’évaluation suffisante, les approches psychothérapeutiques de type neurofeedback, entraînement cognitif, programmes basés sur la pleine conscience, thérapie psychanalytique et thérapies autres que les TCCE (thérapies comportementales cognitives et émotionnelles) ne sont pas recommandées (…).

    Malgré ces avancées, la psychanalyse reste très présente, et conteste encore aujourd’hui l’approche scientifique du trouble, alimentant la désinformation ambiante :

    Pour nous psy cliniciens d’orientation analytique, donc, vous l’aurez bien compris, le TDAH n’existe pas en soi. Nous considérons que la souffrance psychique n’obéit pas du tout aux mêmes lois qu’une souffrance somatique et ne suit pas la même logique qu’un protocole de soin médical pour réparer une douleur corporelle… Nous regrettons que les protocoles et ces solutions du DSM rendent des médicaments nécessaires alors que nous pensons parvenir la plupart du temps à soigner les maux de l’enfance, sans médicaments. (Caroline Goldman, 2022)

    La psychanalyse a depuis longtemps débordé du pur domaine psy, pour envahir l’ensemble des métiers éducatifs, sociaux, de protection de l’enfance ou de santé. De nos jours, de nombreux·es professionnel·les ont reçu une formation psychanalytique en ce qui concerne le développement de l’enfant et la prise en charge de la santé mentale.

    Evolution de la classification du TDAH dans le DSM

    Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (ou DSM, pour Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) publié par l’Association Américaine de Psychiatrie . Il décrit et classe les troubles mentaux. C’est un ouvrage de référence utilisé par les professionnel·les pour la pose de diagnostics. C’est aussi le reflet – souvent retardataire – de la manière dont la médecine envisage chaque trouble (mais aussi de ce qu’elle classe comme trouble ou maladie…).

    DSM-I, 1952

    • Pas d’évocation

    DSM-II, 1968

    • Hyperkinetic Reaction of Childhood
    • Hyperactivité motrice, impulsivité, instabilité émotionnelle.

    DSM-III, 1980

    • Attention Deficit Disorder (ADD)
    • Inattention avec ou sans hyperactivité

    DSM-III-R, 1987

    • Attention-Deficit Hyperactivity Disorder (ADHD)
    • Syndrome unique, manifestations variables.
    • Concept d’impulsivité

    DSM-IV, 1994

    • Attention-Deficit Hyperactivity Disorder (ADHD)
    • 3 sous types : inattentif, hyperactif et mixte
    • Présentation adulte.
    • Apparition avant 7 ans.

    DSM-V, 2013

    • Attention-Deficit Hyperactivity Disorder (ADHD)
    • Catégorie des TND, cumul possible avec TSA
    • Critères adultes et adolescents
    • Apparition avant 12 ans

    Pas d’évolution majeure en 2022, dans le DSM-V-TR. On trouve des clarifications textuelles, des exemples supplémentaires, des formulations plus inclusives, mais la structure diagnostique reste inchangée.

    Les critères diagnostiques du TDAH aujourd’hui

    Deux catégories de symptômes figurent dans le DSM-V :

    Hyperactivité Impulsivité

    • Remue les mains ou les pieds, se tortille
    • Quitte son siège dans des situations inadaptées
    • Interrompt les autres, s’immisce dans les conversations
    • Difficultés à attendre son tour
    • Termine les phrases de son interlocuteur, coupe la parole
    • Parle trop
    • Inconfort à se tenir immobile ou à patienter
    • Agitation ou sentiment d’agitation
    • Difficulté à se tenir tranquille dans les activités de loisir

    Inattention

    • Difficultés de maintien de l’attention
    • Difficultés au respect des consignes, à terminer une tâche
    • Difficultés organisationnelles
    • Difficultés à s’engager dans des tâches qui nécessitent un effort mental soutenu
    • Perte fréquente d’objets
    • Oublis fréquents
    • Difficultés d’écoute
    • Pas d’attention aux détails, fautes d’inattention
    • Distraction par des stimuli externes
    • Six symptômes ou plus de chaque catégorie doivent être présents pendant plus de 6 mois, et les symptômes doivent être présents avant 12 ans.
    • Le TDAH peut être mixte (ou combiné), avec inattention prévalente ou avec hyperactivité/impulsivité prévalente.

    Attention : les créations présentes sur ce site sont soumises au droit d’auteur. L’utilisation pour votre usage personnel est autorisé, mais aucune modification sans autorisation préalable de l’auteure n’est permise. Pour toute autre utilisation que personnelle, me contacter. Merci, en règle générale, de respecter le travail d’autrui.

    Télécharger

    Ce qu’on retrouve dans l’histoire du TDAH, au delà de la normativité sociale qui nous fait désigner comme trouble tout ce qui ne colle pas au moule, c’est toute la genèse de la désinformation d’aujourd’hui : enfant mal élevé voire violent, incapable de la moindre concentration, inadapté ; absence de contrôle moral ; défaillance parentale ; trouble qui n’existe pas réellement, et encore moins chez les adultes.

    L’histoire du TDAH n’est pas un conte de fées : entre fantasmes éducatifs et querelles de chapelle, on est loin du glamour. On subit encore les méfaits de la psychanalyse, et l’accès à la bonne information, dans une perspective de compréhension de soi, est loin d’être évident.

    On se retrouve bientôt pour la suite : le TDAH dans le concret – les symptômes vécus, l’impact au quotidien.

    Petite Loutre

    Sources

    Idées reçues et stéréotypes

    Fausses croyances TDAH

    https://hal.science/hal-04804511v1

    Cette maladie devient tendance

    Psychanalyse

    La psychanalyse en France

    Françoise Dolto

    Un diagnostic surévalué

    Et si l’hyperactivité n’existait pas ?

    Historiques

    Types et degrés d’insuffisances mentales

    Les anomalies mentales chez les écoliers : étude médico-pédagogique

    Syndrome hyperkinétique

    L’épopée du TDAH

    Histoire du TDAH

    Les scientifiques

    Tests de Binet et Simon

    Alexander Crichton

    Charles Bradley

    Georges Fréderic Still

    Virginia Douglas

    Paul Wender

    Enfance

    Les enfants en justice : la Petite Roquette

    Prisons pour enfants au 19ème siècle

    L’histoire de l’enfance en Europe

    Enfants perdus de l’exode

    TDAH aujourd’hui

    Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (Québec)

    HAS – reco TDAH 2015

    Mini bibliographie de psychiatrie infantile, âmes sensibles s’abstenir

    • Bourneville, D.-M. & Philippe, G. (1905). Les anomalies mentales chez les écoliers.
    • Binet, A. & Simon, T. (1908). La mesure du développement de l’intelligence chez les enfants.
    • Decroly, O. (1911). L’enfant, la vie, l’école.
    • Healy, W. (1915). The Individual Delinquent.
    • Claparède, É. (1920). L’école sur mesure.
    • Wallon, H. (1934). Les origines du caractère chez l’enfant.
    • Ajuriaguerra, J. de (1950). Manuel de psychiatrie de l’enfant.

    Laisser un commentaire Annuler la réponse.

    Δ

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

    Indique ton mail

    Abonne toi 

    Rejoignez les 1 728 autres abonnés

    Sur Ko-fi, tu peux faire un don.

    L’argent récolté sert à payer les frais engendrés par la tenue de ce blog et me permet de garantir un site sans publicité.

    Participer

    Serveur Discord

    Tu es autiste, ou en questionnement sur un éventuel autisme te concernant ? Tu veux rejoindre un serveur discord pour en discuter ?

    Clique ici

    Derniers Articles

    Autisme et relations toxiques : Comprendre l’impact du cycle de l’emprise

    Ma relation est-elle toxique ? questionnaires et ressources pour déjouer les injonctions patriarcales

    Les relations affectives : comment venir en aide à une victime de relation toxique

    #diagnostic #enfance #handicap #histoire #TDAH #TND

  3. CW: psychiatrie infantile 19ème

    Le TDA/H (ADHD) : historique et définition d’un diagnostic

    La semaine dernière, un énième CEO LinkedIn en mal d’attention taclait la soi-disant glamourisation de troubles que tout le monde s’approprie n’importe comment. Aujourd’hui, l’information sur le TDAH est plus ou moins accessible, mais ça m’a donné envie de creuser : comment on en est arrivé là ? Loin du glamour, le diagnostic de TDA/H a une histoire – pas très tendre – faite de normes sociales et d’enfants qui ne rentrent pas dans les cases. Remonter le fil de cette histoire, c’est pas juste de la curiosité, c’est se rappeler que derrière chaque diagnostic, il y a une société qui décide qui doit s’adapter. C’est le premier volet de ma série sur le TDAH.

    Cet article contient des références historiques à la psychiatrie, en particulier infantile : les termes peuvent être violents.

    1. Petite histoire du TDAH
      1. Du tribunal à la salle de classe
      2. Quand tout le monde a dû aller à l’école
      3. Sous l’œil de la médecine
      4. De l’approche organique et neurologique…
      5. …A l’approche psychanalytique ou cognitive
      6. Neurosciences, génétique et imagerie
    2. Evolution de la classification du TDAH dans le DSM
    3. Les critères diagnostiques du TDAH aujourd’hui
    4. Sources

    Petite histoire du TDAH

    Du tribunal à la salle de classe

    Pendant longtemps, l’enfant n’est pas un être “à protéger”, mais plutôt un humain pas encore fini. Il travaille tôt, participe à la vie de la ferme ou de l’atelier, est juridiquement responsable dès qu’il peut marcher droit. On attend de lui qu’il s’adapte au monde adulte. Au 19ème siècle, on ne se pose pas vraiment la question de l’enfance, sauf de celle qui dérange. Les enfants de la bourgeoisie bénéficient de précepteurs ou d’écoles privées, souvent à travers l’enseignement des prêtres. Quant aux enfants pauvres, ils travaillent avec leurs parents.

    Que faire des enfants qui volent, mentent, fuguent, refusent l’autorité ? La délinquance infantile est une question d’ordre public, une affaire de morale et de contrôle. Les irrécupérables sont envoyés en maison d’éducation correctionnelle – comprendre prison pour enfant. C’est surtout l’affaire des prêtres et des juges, jusqu’à ce que la médecine et la psychiatrie s’interrogent : certains enfants ne seraient pas mauvais, mais malades. La déviance serait pathologique, et le mauvais gosse, un anormal.

    Avec la révolution industrielle, les enfants deviennent des ouvriers très prisés pour leurs petites mains (dans l’industrie textile) ou leurs petits corps (dans les mines).
    Les familles quittent les campagnes pour aller bosser à l’usine, enfants compris, là où il faut de la régularité, du silence, de l’attention : les corps doivent obéir et suivre la cadence.

    Les familles pauvres sont vite pointées du doigt comme source d’instabilité sociale, y compris à travers les enfants qu’il faut discipliner. L’école devient la solution : le bras éducatif de la société industrielle. Elle apprend à se taire, à se lever à la cloche, à rester assis, à obéir, tout ce qu’il faut pour être un bon ouvrier.

    Quand tout le monde a dû aller à l’école

    1881, France : La loi Ferry rend l’école gratuite, laïque et obligatoire. Tous les enfants doivent aller à l’école, y compris ceux qui avaient d’autres « occupations », y compris les pauvres, les rejetés, etc. Ce qu’on attend d’eux est simple : apprendre, dans un cadre inflexible. Spoiler : ça ne fonctionne pas pour tout le monde.

    Rester assis pendant des heures face à un tableau noir. Suivre un programme. Ecouter et retenir. Ne pas bavarder. Se tenir sage… Certains n’écoutent pas, gigotent, parlent fort, se battent entre eux, se rebellent contre l’autorité. D’autres regardent par la fenêtre, dans la lune. Maintenant que l’école doit accueillir tout le monde, ceux qui sortent du cadre deviennent un danger potentiel, et un problème à résoudre (oui, on en est toujours là, on a juste un vocabulaire plus soft).

    Plus la société se mécanise, plus elle veut des humains prévisibles, stables et linéaires. C’est alors que naît la question de la norme scolaire. Qui est “apte” à apprendre ? Qui ne l’est pas ? Qui faut-il corriger, éduquer, rejeter ? Et enfin : qui décide de ce qui est normal ? (spoiler : ni vous ni moi).

    L’enfant est un sujet à modeler, un investissement à long terme, qui doit être rentabilisé. En effet, la mortalité infantile s’effondre au tournant du 20ème siècle. Comme les enfants survivent en plus grand nombre, la société mise sur leur promesse d’avenir : systèmes éducatifs, pédiatrie, psychologie de l’enfant et même protection de l’enfance.

    Sous l’œil de la médecine

    (Attention ça pique)

    Entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle, psychiatres et psychologues s’attachent à objectiver l’anormalité des enfants à problèmes. Binet et Simon (1905) proposent, à la demande de l’état, l’ancêtre du test de QI, l’échelle métrique de l’intelligence, qui mesure si le développement intellectuel de l’enfant correspond à son âge : c’est le concept d’âge mental. On cherche à définir des types et des degrés d’insuffisance mentale. Ainsi, les enfants « débiles » peuvent être des idiots, des imbéciles ou juste des arriérés.

    D’autres ne semblent pas entrer dans ces cases : le problème n’est pas l’intelligence, mais le comportement. On trouve de nombreuses descriptions de problématiques attentionnelles dès le 18ème siècle. Ainsi, en 1889, pour Ribot, psychologue, « La concentration de la conscience et celle des mouvements, la diffusion des idées et celle des mouvements vont de pair (…) entre une grande dépense de mouvements et l’état d’attention, il y antagonisme« .

    Heinrich Hoffmann : Der Struwwelpeter; réédition 1917, wikimédia.org

    Dans le livre (moralisateur) d’histoires pour enfants Der Struwwelpeter, le médecin psychiatre H. Hoffmann décrit en 1844 le comportement impulsif et inattentif de Peter, parmi d’autres enfants dont les difficultés peuvent s’apparenter au TDAH. En Allemagne, le TDAH est également appelé « syndrome de Zappelphilipp » en référence à l’un des personnages de Hoffmann.

    Dans leur ouvrage Les anomalies mentales chez l’écolier, Philippe et Paul-Boncour décrivent, en 1905, parmi autres hystériques et vicieux, l‘élève instable : un enfant déséquilibré, impulsif, nerveux. Extraits :

    L’écolier instable est un enfant mentalement anormal, qui ne peut fixer son attention soit pour écouter, soit pour répondre, soit pour comprendre. C’est en vain qu’on le ramène au sujet : perpétuellement et malgré lui son esprit se tourne ailleurs et il est à noter que souvent l’instabilité physique n’est pas moins prononcée que l’instabilité mentale (…) Est-il rare de trouver ces enfants dans les écoles ordinaires ? Non certes : ils sont même souvent assez intelligents pour saisir avec rapidité bon nombre des explications qu’on leur donne en classe ; mais on n’est jamais sûr de leur attention. Elle se manifeste au hasard de n’importe quelle circonstance et s’évanouit de même (…)

    D’autres écoliers instables ne sont pas seulement des enfants mobiles, ce sont en outre et surtout des impulsifs. Leur irascibilité est extrême. En classe, en récréation surtout, ils crient pour un rien, sont perpétuellement impatients et leur impatience morbide s’exprime tout naturellement par des violences. Sont-ils pris d’une idée, il faut qu’ils la réalisent à quelque prix que ce soit, sans envisager aucune de ses conséquences. Si on les en empêche, alors se manifeste leur colère d’impulsifs (…) Cependant, on rencontre quelquefois parmi ces dégénérés, dont les tares mentales ne peuvent faire doute, des enfants qui étonnent par la diversité de leurs aptitudes ; mais ces aptitudes sont toujours inégales et cette inégalité empêche d’en tirer parti.

    (Je vous fait grâce de l’ouvrage complémentaire, L’Éducation des anormaux, principes d’éducation physique, intellectuelle, morale, par les mêmes auteurs)

    Le comportement hors norme est désormais une affaire de médecins et d’éducateurs.

    De l’approche organique et neurologique…

    G. Still, pionnier de la pédiatrie, définit en 1902 le manque de contrôle moral comme l’incapacité d’agir en conformité avec les normes sociales. A son origine, un retard de développement à la naissance ou un accident provoquant une blessure cérébrale. Plus tard, il associe ce tableau clinique à une maladie neurologique ou héréditaire (Brain Damage Syndrome).

    Dans les années 20, Hohman, puis Strecker et Ebaugh, observent des enfants devenus hyperactifs après avoir contracté une encéphalite (changements dans la personnalité, instabilité émotionnelle, déficits cognitifs, difficultés d’apprentissage, manque de contrôle moteur) : le trouble serait une séquelle de la maladie. En 1932, Robin, explique que l’inattention peut être associée à un trouble psychiatrique ou organique, en particulier chez le sujet ayant un retard de développement neurologique.

    En 1937 (oui oui, déjà !), Bradley prescrit de la benzédrine (amphétamine, dont sera issue la Ritaline) pour augmenter la production de liquide céphalo rachidien chez certains de ses jeunes patients. Les enseignants et les infirmières constatent que ces enfants ont de meilleurs résultats scolaires et sont moins agités. Même si ses recherches ne sont pas valorisées à l’époque, ces résultats inattendus ouvrent vers une approche différente du TDAH.

    …A l’approche cognitive ou psychanalytique

    La place de l’enfant évolue. On se soucie de sa santé, de son développement psychologique, et de trauma précoces potentiels qui pourraient lui nuire. Les parents sont bombardés de conseils quant à la meilleure éducation possible, mais confrontés à des approches contradictoires.

    En France et dans d’autres pays européens, la guerre, l’occupation et l’exode provoquent l’errance et la dislocation de nombreuses familles. Les enfants représentent entre un tiers et la moitié de la population déplacée, et la Croix Rouge évoque 90 000 enfants perdus. En plus de la recherche active pour réunir les familles séparées, des institutions éducatives se créent pour faire face à l’isolement des mineurs et à l’augmentation de la délinquance juvénile. C’est le début d’une coordination du futur secteur de « l’enfance inadaptée », sous la devise Travail, Famille, Patrie.

    Outre-Manche, Laufer, Denhoff et Solomons s’intéressent au fonctionnement du cortex cérébral et publient en 1956 :

    Une cause très fréquente de troubles du comportement chez l’enfant est le trouble des impulsions hyperkinétiques. Ce trouble se caractérise par une hyperactivité, une faible capacité d’attention et de concentration, de l’irritabilité, de l’impulsivité, de la variabilité et de faibles résultats scolaires. L’existence de ce complexe peut entraîner de nombreux problèmes psychologiques, en raison de son effet extrêmement irritant sur les parents et les enseignants.

    Ils évoquent une situation surmontée par la maturation du cerveau de l’enfant et l’effet améliorateur de l’amphétamine, qui est autorisée en 1961 aux Etats Unis.
    En 1969, C. Keith Conners, psychologue américain, publie des échelles d’évaluations psychométriques ayant pour objectif de détecter le trouble (et d’évaluer la pertinence d’un traitement).

    En 1971, Virginia Douglas, psychologue canadienne, affirme que les enfants concernés par un trouble des impulsions hyperkinétiques ont des déficits d’attention soutenue, même en l’absence de distractions. Cela réoriente la recherche vers les problèmes attentionnels, et une approche cognitive.

    Paul Wender, biochimiste et psychiatre américain, publie la première monographie sur le TDAH et prouve une origine génétique. Il observe un manque de dopamine dans le cerveau de ses patients. Il défend la persistance du trouble chez l’adulte et propose une liste d’éléments diagnostiques (WURS-61) en 1976. Dans les années 80, Russel A. Barkley, psychologue clinicien, introduit la notion de fonctions exécutives et de difficultés d’inhibition dans le TDAH.

    Parallèlement, en Europe, la psychiatrie biologique a été discréditée par les horreurs du nazisme. En France particulièrement, on se tourne vers une approche psychique perçue comme plus humaine. La psychanalyse freudienne et ses variantes s’imposent dans le champ de la santé mentale, comme le montre l’influence de Françoise Dolto.

    Les comportements “hyperactifs”, “instables” ou “agités” sont des symptômes d’un inconscient perturbé, et toute autre approche est rejetée. L’enfant agité exprime une angoisse, l’hyperactivité compense une carence affective, et l’inattention traduit une fuite du conflit Œdipien, ou l’inverse, ou le contraire, peu importe, l’essentiel est de comprendre que c’est la faute des parents, voire de la mère, et que le petit (et les parents) a besoin d’une thérapie car il est psychiquement malade. En France, les années 50 à 70 sont entièrement dominées par cette lecture. On parle de psychopathies infantiles et de troubles affectivo-caractériels.

    Michel Dugas modernise le regard français avec son ouvrage L’hyperactivité chez l’enfant (1985) où il aborde la neurobiologie, les critères diagnostiques et la pharmacologie, sans rejeter totalement l’influence du milieu et de l’affectif.

    Neurosciences, génétique et imagerie

    A partir des années 90, le TDAH quitte le divan du psy pour passer sous le scanner. Les neurosciences s’emparent du sujet :

    Les IRM fonctionnelles permettent de repérer des différences dans certaines zones du cerveau (cortex préfrontal, cervelet, ganglions de la base), moins activées dans le TDAH en présence de consigne ou d’impulsion à freiner, ce qui justifie le trouble des fonctions exécutives.

    Dans les années 2000, les études sur les familles et les jumeaux sont nombreuses et montrent un profil hautement génétique dans le TDAH . Les gènes impliqués sont ceux liés à la dopamine et à la régulation du cortex préfrontal. Cela ne désigne pas un gène spécifique au TDAH, mais plutôt une constellation de variantes qui modulent la prédisposition au trouble.

    Le concept de connectivité cérébrale montre que le cerveau TDAH a une moins bonne synchronisation entre les réseaux de contrôle (préfrontal) et ceux du vagabondage mental (réseau par défaut). Le TDAH apparaît comme une difficulté de timing et de gestion des priorités : ce n’est pas être incapable de se concentrer mais plutôt ne pas pouvoir choisir sur quoi se concentrer.

    En 2015, la Haute Autorité de Santé publie enfin les premières recommandations de prise en charge du TDAH. Les psychothérapies basées sur la psychanalyse ne sont pas un traitement spécifique du TDAH, affirme-t-elle en 2015 puis, en 2024 : En l’absence d’évaluation suffisante, les approches psychothérapeutiques de type neurofeedback, entraînement cognitif, programmes basés sur la pleine conscience, thérapie psychanalytique et thérapies autres que les TCCE (thérapies comportementales cognitives et émotionnelles) ne sont pas recommandées (…).

    Malgré ces avancées, la psychanalyse reste très présente, et conteste encore aujourd’hui l’approche scientifique du trouble, alimentant la désinformation ambiante :

    Pour nous psy cliniciens d’orientation analytique, donc, vous l’aurez bien compris, le TDAH n’existe pas en soi. Nous considérons que la souffrance psychique n’obéit pas du tout aux mêmes lois qu’une souffrance somatique et ne suit pas la même logique qu’un protocole de soin médical pour réparer une douleur corporelle… Nous regrettons que les protocoles et ces solutions du DSM rendent des médicaments nécessaires alors que nous pensons parvenir la plupart du temps à soigner les maux de l’enfance, sans médicaments. (Caroline Goldman, 2022)

    La psychanalyse a depuis longtemps débordé du pur domaine psy, pour envahir l’ensemble des métiers éducatifs, sociaux, de protection de l’enfance ou de santé. De nos jours, de nombreux·es professionnel·les ont reçu une formation psychanalytique en ce qui concerne le développement de l’enfant et la prise en charge de la santé mentale.

    Evolution de la classification du TDAH dans le DSM

    Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (ou DSM, pour Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) publié par l’Association Américaine de Psychiatrie . Il décrit et classe les troubles mentaux. C’est un ouvrage de référence utilisé par les professionnel·les pour la pose de diagnostics. C’est aussi le reflet – souvent retardataire – de la manière dont la médecine envisage chaque trouble (mais aussi de ce qu’elle classe comme trouble ou maladie…).

    DSM-I, 1952

    • Pas d’évocation

    DSM-II, 1968

    • Hyperkinetic Reaction of Childhood
    • Hyperactivité motrice, impulsivité, instabilité émotionnelle.

    DSM-III, 1980

    • Attention Deficit Disorder (ADD)
    • Inattention avec ou sans hyperactivité

    DSM-III-R, 1987

    • Attention-Deficit Hyperactivity Disorder (ADHD)
    • Syndrome unique, manifestations variables.
    • Concept d’impulsivité

    DSM-IV, 1994

    • Attention-Deficit Hyperactivity Disorder (ADHD)
    • 3 sous types : inattentif, hyperactif et mixte
    • Présentation adulte.
    • Apparition avant 7 ans.

    DSM-V, 2013

    • Attention-Deficit Hyperactivity Disorder (ADHD)
    • Catégorie des TND, cumul possible avec TSA
    • Critères adultes et adolescents
    • Apparition avant 12 ans

    Pas d’évolution majeure en 2022, dans le DSM-V-TR. On trouve des clarifications textuelles, des exemples supplémentaires, des formulations plus inclusives, mais la structure diagnostique reste inchangée.

    Les critères diagnostiques du TDAH aujourd’hui

    Deux catégories de symptômes figurent dans le DSM-V :

    Hyperactivité Impulsivité

    • Remue les mains ou les pieds, se tortille
    • Quitte son siège dans des situations inadaptées
    • Interrompt les autres, s’immisce dans les conversations
    • Difficultés à attendre son tour
    • Termine les phrases de son interlocuteur, coupe la parole
    • Parle trop
    • Inconfort à se tenir immobile ou à patienter
    • Agitation ou sentiment d’agitation
    • Difficulté à se tenir tranquille dans les activités de loisir

    Inattention

    • Difficultés de maintien de l’attention
    • Difficultés au respect des consignes, à terminer une tâche
    • Difficultés organisationnelles
    • Difficultés à s’engager dans des tâches qui nécessitent un effort mental soutenu
    • Perte fréquente d’objets
    • Oublis fréquents
    • Difficultés d’écoute
    • Pas d’attention aux détails, fautes d’inattention
    • Distraction par des stimuli externes
    • Six symptômes ou plus de chaque catégorie doivent être présents pendant plus de 6 mois, et les symptômes doivent être présents avant 12 ans.
    • Le TDAH peut être mixte (ou combiné), avec inattention prévalente ou avec hyperactivité/impulsivité prévalente.

    Attention : les créations présentes sur ce site sont soumises au droit d’auteur. L’utilisation pour votre usage personnel est autorisé, mais aucune modification sans autorisation préalable de l’auteure n’est permise. Pour toute autre utilisation que personnelle, me contacter. Merci, en règle générale, de respecter le travail d’autrui.

    Télécharger

    Ce qu’on retrouve dans l’histoire du TDAH, au delà de la normativité sociale qui nous fait désigner comme trouble tout ce qui ne colle pas au moule, c’est toute la genèse de la désinformation d’aujourd’hui : enfant mal élevé voire violent, incapable de la moindre concentration, inadapté ; absence de contrôle moral ; défaillance parentale ; trouble qui n’existe pas réellement, et encore moins chez les adultes.

    L’histoire du TDAH n’est pas un conte de fées : entre fantasmes éducatifs et querelles de chapelle, on est loin du glamour. On subit encore les méfaits de la psychanalyse, et l’accès à la bonne information, dans une perspective de compréhension de soi, est loin d’être évident.

    On se retrouve bientôt pour la suite : le TDAH dans le concret – les symptômes vécus, l’impact au quotidien.

    Petite Loutre

    Sources

    Idées reçues et stéréotypes

    Fausses croyances TDAH

    https://hal.science/hal-04804511v1

    Cette maladie devient tendance

    Psychanalyse

    La psychanalyse en France

    Françoise Dolto

    Un diagnostic surévalué

    Et si l’hyperactivité n’existait pas ?

    Historiques

    Types et degrés d’insuffisances mentales

    Les anomalies mentales chez les écoliers : étude médico-pédagogique

    Syndrome hyperkinétique

    L’épopée du TDAH

    Histoire du TDAH

    Les scientifiques

    Tests de Binet et Simon

    Alexander Crichton

    Charles Bradley

    Georges Fréderic Still

    Virginia Douglas

    Paul Wender

    Enfance

    Les enfants en justice : la Petite Roquette

    Prisons pour enfants au 19ème siècle

    L’histoire de l’enfance en Europe

    Enfants perdus de l’exode

    TDAH aujourd’hui

    Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (Québec)

    HAS – reco TDAH 2015

    Mini bibliographie de psychiatrie infantile, âmes sensibles s’abstenir

    • Bourneville, D.-M. & Philippe, G. (1905). Les anomalies mentales chez les écoliers.
    • Binet, A. & Simon, T. (1908). La mesure du développement de l’intelligence chez les enfants.
    • Decroly, O. (1911). L’enfant, la vie, l’école.
    • Healy, W. (1915). The Individual Delinquent.
    • Claparède, É. (1920). L’école sur mesure.
    • Wallon, H. (1934). Les origines du caractère chez l’enfant.
    • Ajuriaguerra, J. de (1950). Manuel de psychiatrie de l’enfant.

    Laisser un commentaire Annuler la réponse.

    Δ

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

    Indique ton mail

    Abonne toi 

    Rejoignez les 1 728 autres abonnés

    Sur Ko-fi, tu peux faire un don.

    L’argent récolté sert à payer les frais engendrés par la tenue de ce blog et me permet de garantir un site sans publicité.

    Participer

    Serveur Discord

    Tu es autiste, ou en questionnement sur un éventuel autisme te concernant ? Tu veux rejoindre un serveur discord pour en discuter ?

    Clique ici

    Derniers Articles

    Autisme et relations toxiques : Comprendre l’impact du cycle de l’emprise

    Ma relation est-elle toxique ? questionnaires et ressources pour déjouer les injonctions patriarcales

    Les relations affectives : comment venir en aide à une victime de relation toxique

    #diagnostic #enfance #handicap #histoire #TDAH #TND

  4. CW: psychiatrie infantile 19ème

    Le TDA/H (ADHD) : historique et définition d’un diagnostic

    La semaine dernière, un énième CEO LinkedIn en mal d’attention taclait la soi-disant glamourisation de troubles que tout le monde s’approprie n’importe comment. Aujourd’hui, l’information sur le TDAH est plus ou moins accessible, mais ça m’a donné envie de creuser : comment on en est arrivé là ? Loin du glamour, le diagnostic de TDA/H a une histoire – pas très tendre – faite de normes sociales et d’enfants qui ne rentrent pas dans les cases. Remonter le fil de cette histoire, c’est pas juste de la curiosité, c’est se rappeler que derrière chaque diagnostic, il y a une société qui décide qui doit s’adapter. C’est le premier volet de ma série sur le TDAH.

    Cet article contient des références historiques à la psychiatrie, en particulier infantile : les termes peuvent être violents.

    1. Petite histoire du TDAH
      1. Du tribunal à la salle de classe
      2. Quand tout le monde a dû aller à l’école
      3. Sous l’œil de la médecine
      4. De l’approche organique et neurologique…
      5. …A l’approche psychanalytique ou cognitive
      6. Neurosciences, génétique et imagerie
    2. Evolution de la classification du TDAH dans le DSM
    3. Les critères diagnostiques du TDAH aujourd’hui
    4. Sources

    Petite histoire du TDAH

    Du tribunal à la salle de classe

    Pendant longtemps, l’enfant n’est pas un être “à protéger”, mais plutôt un humain pas encore fini. Il travaille tôt, participe à la vie de la ferme ou de l’atelier, est juridiquement responsable dès qu’il peut marcher droit. On attend de lui qu’il s’adapte au monde adulte. Au 19ème siècle, on ne se pose pas vraiment la question de l’enfance, sauf de celle qui dérange. Les enfants de la bourgeoisie bénéficient de précepteurs ou d’écoles privées, souvent à travers l’enseignement des prêtres. Quant aux enfants pauvres, ils travaillent avec leurs parents.

    Que faire des enfants qui volent, mentent, fuguent, refusent l’autorité ? La délinquance infantile est une question d’ordre public, une affaire de morale et de contrôle. Les irrécupérables sont envoyés en maison d’éducation correctionnelle – comprendre prison pour enfant. C’est surtout l’affaire des prêtres et des juges, jusqu’à ce que la médecine et la psychiatrie s’interrogent : certains enfants ne seraient pas mauvais, mais malades. La déviance serait pathologique, et le mauvais gosse, un anormal.

    Avec la révolution industrielle, les enfants deviennent des ouvriers très prisés pour leurs petites mains (dans l’industrie textile) ou leurs petits corps (dans les mines).
    Les familles quittent les campagnes pour aller bosser à l’usine, enfants compris, là où il faut de la régularité, du silence, de l’attention : les corps doivent obéir et suivre la cadence.

    Les familles pauvres sont vite pointées du doigt comme source d’instabilité sociale, y compris à travers les enfants qu’il faut discipliner. L’école devient la solution : le bras éducatif de la société industrielle. Elle apprend à se taire, à se lever à la cloche, à rester assis, à obéir, tout ce qu’il faut pour être un bon ouvrier.

    Quand tout le monde a dû aller à l’école

    1881, France : La loi Ferry rend l’école gratuite, laïque et obligatoire. Tous les enfants doivent aller à l’école, y compris ceux qui avaient d’autres « occupations », y compris les pauvres, les rejetés, etc. Ce qu’on attend d’eux est simple : apprendre, dans un cadre inflexible. Spoiler : ça ne fonctionne pas pour tout le monde.

    Rester assis pendant des heures face à un tableau noir. Suivre un programme. Ecouter et retenir. Ne pas bavarder. Se tenir sage… Certains n’écoutent pas, gigotent, parlent fort, se battent entre eux, se rebellent contre l’autorité. D’autres regardent par la fenêtre, dans la lune. Maintenant que l’école doit accueillir tout le monde, ceux qui sortent du cadre deviennent un danger potentiel, et un problème à résoudre (oui, on en est toujours là, on a juste un vocabulaire plus soft).

    Plus la société se mécanise, plus elle veut des humains prévisibles, stables et linéaires. C’est alors que naît la question de la norme scolaire. Qui est “apte” à apprendre ? Qui ne l’est pas ? Qui faut-il corriger, éduquer, rejeter ? Et enfin : qui décide de ce qui est normal ? (spoiler : ni vous ni moi).

    L’enfant est un sujet à modeler, un investissement à long terme, qui doit être rentabilisé. En effet, la mortalité infantile s’effondre au tournant du 20ème siècle. Comme les enfants survivent en plus grand nombre, la société mise sur leur promesse d’avenir : systèmes éducatifs, pédiatrie, psychologie de l’enfant et même protection de l’enfance.

    Sous l’œil de la médecine

    (Attention ça pique)

    Entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle, psychiatres et psychologues s’attachent à objectiver l’anormalité des enfants à problèmes. Binet et Simon (1905) proposent, à la demande de l’état, l’ancêtre du test de QI, l’échelle métrique de l’intelligence, qui mesure si le développement intellectuel de l’enfant correspond à son âge : c’est le concept d’âge mental. On cherche à définir des types et des degrés d’insuffisance mentale. Ainsi, les enfants « débiles » peuvent être des idiots, des imbéciles ou juste des arriérés.

    D’autres ne semblent pas entrer dans ces cases : le problème n’est pas l’intelligence, mais le comportement. On trouve de nombreuses descriptions de problématiques attentionnelles dès le 18ème siècle. Ainsi, en 1889, pour Ribot, psychologue, « La concentration de la conscience et celle des mouvements, la diffusion des idées et celle des mouvements vont de pair (…) entre une grande dépense de mouvements et l’état d’attention, il y antagonisme« .

    Heinrich Hoffmann : Der Struwwelpeter; réédition 1917, wikimédia.org

    Dans le livre (moralisateur) d’histoires pour enfants Der Struwwelpeter, le médecin psychiatre H. Hoffmann décrit en 1844 le comportement impulsif et inattentif de Peter, parmi d’autres enfants dont les difficultés peuvent s’apparenter au TDAH. En Allemagne, le TDAH est également appelé « syndrome de Zappelphilipp » en référence à l’un des personnages de Hoffmann.

    Dans leur ouvrage Les anomalies mentales chez l’écolier, Philippe et Paul-Boncour décrivent, en 1905, parmi autres hystériques et vicieux, l‘élève instable : un enfant déséquilibré, impulsif, nerveux. Extraits :

    L’écolier instable est un enfant mentalement anormal, qui ne peut fixer son attention soit pour écouter, soit pour répondre, soit pour comprendre. C’est en vain qu’on le ramène au sujet : perpétuellement et malgré lui son esprit se tourne ailleurs et il est à noter que souvent l’instabilité physique n’est pas moins prononcée que l’instabilité mentale (…) Est-il rare de trouver ces enfants dans les écoles ordinaires ? Non certes : ils sont même souvent assez intelligents pour saisir avec rapidité bon nombre des explications qu’on leur donne en classe ; mais on n’est jamais sûr de leur attention. Elle se manifeste au hasard de n’importe quelle circonstance et s’évanouit de même (…)

    D’autres écoliers instables ne sont pas seulement des enfants mobiles, ce sont en outre et surtout des impulsifs. Leur irascibilité est extrême. En classe, en récréation surtout, ils crient pour un rien, sont perpétuellement impatients et leur impatience morbide s’exprime tout naturellement par des violences. Sont-ils pris d’une idée, il faut qu’ils la réalisent à quelque prix que ce soit, sans envisager aucune de ses conséquences. Si on les en empêche, alors se manifeste leur colère d’impulsifs (…) Cependant, on rencontre quelquefois parmi ces dégénérés, dont les tares mentales ne peuvent faire doute, des enfants qui étonnent par la diversité de leurs aptitudes ; mais ces aptitudes sont toujours inégales et cette inégalité empêche d’en tirer parti.

    (Je vous fait grâce de l’ouvrage complémentaire, L’Éducation des anormaux, principes d’éducation physique, intellectuelle, morale, par les mêmes auteurs)

    Le comportement hors norme est désormais une affaire de médecins et d’éducateurs.

    De l’approche organique et neurologique…

    G. Still, pionnier de la pédiatrie, définit en 1902 le manque de contrôle moral comme l’incapacité d’agir en conformité avec les normes sociales. A son origine, un retard de développement à la naissance ou un accident provoquant une blessure cérébrale. Plus tard, il associe ce tableau clinique à une maladie neurologique ou héréditaire (Brain Damage Syndrome).

    Dans les années 20, Hohman, puis Strecker et Ebaugh, observent des enfants devenus hyperactifs après avoir contracté une encéphalite (changements dans la personnalité, instabilité émotionnelle, déficits cognitifs, difficultés d’apprentissage, manque de contrôle moteur) : le trouble serait une séquelle de la maladie. En 1932, Robin, explique que l’inattention peut être associée à un trouble psychiatrique ou organique, en particulier chez le sujet ayant un retard de développement neurologique.

    En 1937 (oui oui, déjà !), Bradley prescrit de la benzédrine (amphétamine, dont sera issue la Ritaline) pour augmenter la production de liquide céphalo rachidien chez certains de ses jeunes patients. Les enseignants et les infirmières constatent que ces enfants ont de meilleurs résultats scolaires et sont moins agités. Même si ses recherches ne sont pas valorisées à l’époque, ces résultats inattendus ouvrent vers une approche différente du TDAH.

    …A l’approche cognitive ou psychanalytique

    La place de l’enfant évolue. On se soucie de sa santé, de son développement psychologique, et de trauma précoces potentiels qui pourraient lui nuire. Les parents sont bombardés de conseils quant à la meilleure éducation possible, mais confrontés à des approches contradictoires.

    En France et dans d’autres pays européens, la guerre, l’occupation et l’exode provoquent l’errance et la dislocation de nombreuses familles. Les enfants représentent entre un tiers et la moitié de la population déplacée, et la Croix Rouge évoque 90 000 enfants perdus. En plus de la recherche active pour réunir les familles séparées, des institutions éducatives se créent pour faire face à l’isolement des mineurs et à l’augmentation de la délinquance juvénile. C’est le début d’une coordination du futur secteur de « l’enfance inadaptée », sous la devise Travail, Famille, Patrie.

    Outre-Manche, Laufer, Denhoff et Solomons s’intéressent au fonctionnement du cortex cérébral et publient en 1956 :

    Une cause très fréquente de troubles du comportement chez l’enfant est le trouble des impulsions hyperkinétiques. Ce trouble se caractérise par une hyperactivité, une faible capacité d’attention et de concentration, de l’irritabilité, de l’impulsivité, de la variabilité et de faibles résultats scolaires. L’existence de ce complexe peut entraîner de nombreux problèmes psychologiques, en raison de son effet extrêmement irritant sur les parents et les enseignants.

    Ils évoquent une situation surmontée par la maturation du cerveau de l’enfant et l’effet améliorateur de l’amphétamine, qui est autorisée en 1961 aux Etats Unis.
    En 1969, C. Keith Conners, psychologue américain, publie des échelles d’évaluations psychométriques ayant pour objectif de détecter le trouble (et d’évaluer la pertinence d’un traitement).

    En 1971, Virginia Douglas, psychologue canadienne, affirme que les enfants concernés par un trouble des impulsions hyperkinétiques ont des déficits d’attention soutenue, même en l’absence de distractions. Cela réoriente la recherche vers les problèmes attentionnels, et une approche cognitive.

    Paul Wender, biochimiste et psychiatre américain, publie la première monographie sur le TDAH et prouve une origine génétique. Il observe un manque de dopamine dans le cerveau de ses patients. Il défend la persistance du trouble chez l’adulte et propose une liste d’éléments diagnostiques (WURS-61) en 1976. Dans les années 80, Russel A. Barkley, psychologue clinicien, introduit la notion de fonctions exécutives et de difficultés d’inhibition dans le TDAH.

    Parallèlement, en Europe, la psychiatrie biologique a été discréditée par les horreurs du nazisme. En France particulièrement, on se tourne vers une approche psychique perçue comme plus humaine. La psychanalyse freudienne et ses variantes s’imposent dans le champ de la santé mentale, comme le montre l’influence de Françoise Dolto.

    Les comportements “hyperactifs”, “instables” ou “agités” sont des symptômes d’un inconscient perturbé, et toute autre approche est rejetée. L’enfant agité exprime une angoisse, l’hyperactivité compense une carence affective, et l’inattention traduit une fuite du conflit Œdipien, ou l’inverse, ou le contraire, peu importe, l’essentiel est de comprendre que c’est la faute des parents, voire de la mère, et que le petit (et les parents) a besoin d’une thérapie car il est psychiquement malade. En France, les années 50 à 70 sont entièrement dominées par cette lecture. On parle de psychopathies infantiles et de troubles affectivo-caractériels.

    Michel Dugas modernise le regard français avec son ouvrage L’hyperactivité chez l’enfant (1985) où il aborde la neurobiologie, les critères diagnostiques et la pharmacologie, sans rejeter totalement l’influence du milieu et de l’affectif.

    Neurosciences, génétique et imagerie

    A partir des années 90, le TDAH quitte le divan du psy pour passer sous le scanner. Les neurosciences s’emparent du sujet :

    Les IRM fonctionnelles permettent de repérer des différences dans certaines zones du cerveau (cortex préfrontal, cervelet, ganglions de la base), moins activées dans le TDAH en présence de consigne ou d’impulsion à freiner, ce qui justifie le trouble des fonctions exécutives.

    Dans les années 2000, les études sur les familles et les jumeaux sont nombreuses et montrent un profil hautement génétique dans le TDAH . Les gènes impliqués sont ceux liés à la dopamine et à la régulation du cortex préfrontal. Cela ne désigne pas un gène spécifique au TDAH, mais plutôt une constellation de variantes qui modulent la prédisposition au trouble.

    Le concept de connectivité cérébrale montre que le cerveau TDAH a une moins bonne synchronisation entre les réseaux de contrôle (préfrontal) et ceux du vagabondage mental (réseau par défaut). Le TDAH apparaît comme une difficulté de timing et de gestion des priorités : ce n’est pas être incapable de se concentrer mais plutôt ne pas pouvoir choisir sur quoi se concentrer.

    En 2015, la Haute Autorité de Santé publie enfin les premières recommandations de prise en charge du TDAH. Les psychothérapies basées sur la psychanalyse ne sont pas un traitement spécifique du TDAH, affirme-t-elle en 2015 puis, en 2024 : En l’absence d’évaluation suffisante, les approches psychothérapeutiques de type neurofeedback, entraînement cognitif, programmes basés sur la pleine conscience, thérapie psychanalytique et thérapies autres que les TCCE (thérapies comportementales cognitives et émotionnelles) ne sont pas recommandées (…).

    Malgré ces avancées, la psychanalyse reste très présente, et conteste encore aujourd’hui l’approche scientifique du trouble, alimentant la désinformation ambiante :

    Pour nous psy cliniciens d’orientation analytique, donc, vous l’aurez bien compris, le TDAH n’existe pas en soi. Nous considérons que la souffrance psychique n’obéit pas du tout aux mêmes lois qu’une souffrance somatique et ne suit pas la même logique qu’un protocole de soin médical pour réparer une douleur corporelle… Nous regrettons que les protocoles et ces solutions du DSM rendent des médicaments nécessaires alors que nous pensons parvenir la plupart du temps à soigner les maux de l’enfance, sans médicaments. (Caroline Goldman, 2022)

    La psychanalyse a depuis longtemps débordé du pur domaine psy, pour envahir l’ensemble des métiers éducatifs, sociaux, de protection de l’enfance ou de santé. De nos jours, de nombreux·es professionnel·les ont reçu une formation psychanalytique en ce qui concerne le développement de l’enfant et la prise en charge de la santé mentale.

    Evolution de la classification du TDAH dans le DSM

    Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (ou DSM, pour Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) publié par l’Association Américaine de Psychiatrie . Il décrit et classe les troubles mentaux. C’est un ouvrage de référence utilisé par les professionnel·les pour la pose de diagnostics. C’est aussi le reflet – souvent retardataire – de la manière dont la médecine envisage chaque trouble (mais aussi de ce qu’elle classe comme trouble ou maladie…).

    DSM-I, 1952

    • Pas d’évocation

    DSM-II, 1968

    • Hyperkinetic Reaction of Childhood
    • Hyperactivité motrice, impulsivité, instabilité émotionnelle.

    DSM-III, 1980

    • Attention Deficit Disorder (ADD)
    • Inattention avec ou sans hyperactivité

    DSM-III-R, 1987

    • Attention-Deficit Hyperactivity Disorder (ADHD)
    • Syndrome unique, manifestations variables.
    • Concept d’impulsivité

    DSM-IV, 1994

    • Attention-Deficit Hyperactivity Disorder (ADHD)
    • 3 sous types : inattentif, hyperactif et mixte
    • Présentation adulte.
    • Apparition avant 7 ans.

    DSM-V, 2013

    • Attention-Deficit Hyperactivity Disorder (ADHD)
    • Catégorie des TND, cumul possible avec TSA
    • Critères adultes et adolescents
    • Apparition avant 12 ans

    Pas d’évolution majeure en 2022, dans le DSM-V-TR. On trouve des clarifications textuelles, des exemples supplémentaires, des formulations plus inclusives, mais la structure diagnostique reste inchangée.

    Les critères diagnostiques du TDAH aujourd’hui

    Deux catégories de symptômes figurent dans le DSM-V :

    Hyperactivité Impulsivité

    • Remue les mains ou les pieds, se tortille
    • Quitte son siège dans des situations inadaptées
    • Interrompt les autres, s’immisce dans les conversations
    • Difficultés à attendre son tour
    • Termine les phrases de son interlocuteur, coupe la parole
    • Parle trop
    • Inconfort à se tenir immobile ou à patienter
    • Agitation ou sentiment d’agitation
    • Difficulté à se tenir tranquille dans les activités de loisir

    Inattention

    • Difficultés de maintien de l’attention
    • Difficultés au respect des consignes, à terminer une tâche
    • Difficultés organisationnelles
    • Difficultés à s’engager dans des tâches qui nécessitent un effort mental soutenu
    • Perte fréquente d’objets
    • Oublis fréquents
    • Difficultés d’écoute
    • Pas d’attention aux détails, fautes d’inattention
    • Distraction par des stimuli externes
    • Six symptômes ou plus de chaque catégorie doivent être présents pendant plus de 6 mois, et les symptômes doivent être présents avant 12 ans.
    • Le TDAH peut être mixte (ou combiné), avec inattention prévalente ou avec hyperactivité/impulsivité prévalente.

    Attention : les créations présentes sur ce site sont soumises au droit d’auteur. L’utilisation pour votre usage personnel est autorisé, mais aucune modification sans autorisation préalable de l’auteure n’est permise. Pour toute autre utilisation que personnelle, me contacter. Merci, en règle générale, de respecter le travail d’autrui.

    Télécharger

    Ce qu’on retrouve dans l’histoire du TDAH, au delà de la normativité sociale qui nous fait désigner comme trouble tout ce qui ne colle pas au moule, c’est toute la genèse de la désinformation d’aujourd’hui : enfant mal élevé voire violent, incapable de la moindre concentration, inadapté ; absence de contrôle moral ; défaillance parentale ; trouble qui n’existe pas réellement, et encore moins chez les adultes.

    L’histoire du TDAH n’est pas un conte de fées : entre fantasmes éducatifs et querelles de chapelle, on est loin du glamour. On subit encore les méfaits de la psychanalyse, et l’accès à la bonne information, dans une perspective de compréhension de soi, est loin d’être évident.

    On se retrouve bientôt pour la suite : le TDAH dans le concret – les symptômes vécus, l’impact au quotidien.

    Petite Loutre

    Sources

    Idées reçues et stéréotypes

    Fausses croyances TDAH

    https://hal.science/hal-04804511v1

    Cette maladie devient tendance

    Psychanalyse

    La psychanalyse en France

    Françoise Dolto

    Un diagnostic surévalué

    Et si l’hyperactivité n’existait pas ?

    Historiques

    Types et degrés d’insuffisances mentales

    Les anomalies mentales chez les écoliers : étude médico-pédagogique

    Syndrome hyperkinétique

    L’épopée du TDAH

    Histoire du TDAH

    Les scientifiques

    Tests de Binet et Simon

    Alexander Crichton

    Charles Bradley

    Georges Fréderic Still

    Virginia Douglas

    Paul Wender

    Enfance

    Les enfants en justice : la Petite Roquette

    Prisons pour enfants au 19ème siècle

    L’histoire de l’enfance en Europe

    Enfants perdus de l’exode

    TDAH aujourd’hui

    Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (Québec)

    HAS – reco TDAH 2015

    Mini bibliographie de psychiatrie infantile, âmes sensibles s’abstenir

    • Bourneville, D.-M. & Philippe, G. (1905). Les anomalies mentales chez les écoliers.
    • Binet, A. & Simon, T. (1908). La mesure du développement de l’intelligence chez les enfants.
    • Decroly, O. (1911). L’enfant, la vie, l’école.
    • Healy, W. (1915). The Individual Delinquent.
    • Claparède, É. (1920). L’école sur mesure.
    • Wallon, H. (1934). Les origines du caractère chez l’enfant.
    • Ajuriaguerra, J. de (1950). Manuel de psychiatrie de l’enfant.

    Laisser un commentaire Annuler la réponse.

    Δ

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

    Indique ton mail

    Abonne toi 

    Rejoignez les 1 728 autres abonnés

    Sur Ko-fi, tu peux faire un don.

    L’argent récolté sert à payer les frais engendrés par la tenue de ce blog et me permet de garantir un site sans publicité.

    Participer

    Serveur Discord

    Tu es autiste, ou en questionnement sur un éventuel autisme te concernant ? Tu veux rejoindre un serveur discord pour en discuter ?

    Clique ici

    Derniers Articles

    Autisme et relations toxiques : Comprendre l’impact du cycle de l’emprise

    Ma relation est-elle toxique ? questionnaires et ressources pour déjouer les injonctions patriarcales

    Les relations affectives : comment venir en aide à une victime de relation toxique

    #diagnostic #enfance #handicap #histoire #TDAH #TND

  5. CW: psychiatrie infantile 19ème

    Le TDA/H (ADHD) : historique et définition d’un diagnostic

    La semaine dernière, un énième CEO LinkedIn en mal d’attention taclait la soi-disant glamourisation de troubles que tout le monde s’approprie n’importe comment. Aujourd’hui, l’information sur le TDAH est plus ou moins accessible, mais ça m’a donné envie de creuser : comment on en est arrivé là ? Loin du glamour, le diagnostic de TDA/H a une histoire – pas très tendre – faite de normes sociales et d’enfants qui ne rentrent pas dans les cases. Remonter le fil de cette histoire, c’est pas juste de la curiosité, c’est se rappeler que derrière chaque diagnostic, il y a une société qui décide qui doit s’adapter. C’est le premier volet de ma série sur le TDAH.

    Cet article contient des références historiques à la psychiatrie, en particulier infantile : les termes peuvent être violents.

    1. Petite histoire du TDAH
      1. Du tribunal à la salle de classe
      2. Quand tout le monde a dû aller à l’école
      3. Sous l’œil de la médecine
      4. De l’approche organique et neurologique…
      5. …A l’approche cognitive ou psychanalytique
      6. Neurosciences, génétique et imagerie
    2. Evolution de la classification du TDAH dans le DSM
    3. Les critères diagnostiques du TDAH aujourd’hui
    4. Sources

    Petite histoire du TDAH

    Du tribunal à la salle de classe

    Pendant longtemps, l’enfant n’est pas un être “à protéger”, mais plutôt un humain pas encore fini. Il travaille tôt, participe à la vie de la ferme ou de l’atelier, est juridiquement responsable dès qu’il peut marcher droit. On attend de lui qu’il s’adapte au monde adulte. Au 19ème siècle, on ne se pose pas vraiment la question de l’enfance, sauf de celle qui dérange. Les enfants de la bourgeoisie bénéficient de précepteurs ou d’écoles privées, souvent à travers l’enseignement des prêtres. Quant aux enfants pauvres, ils travaillent avec leurs parents.

    Que faire des enfants qui volent, mentent, fuguent, refusent l’autorité ? La délinquance infantile est une question d’ordre public, une affaire de morale et de contrôle. Les irrécupérables sont envoyés en maison d’éducation correctionnelle – comprendre prison pour enfant. C’est surtout l’affaire des prêtres et des juges, jusqu’à ce que la médecine et la psychiatrie s’interrogent : certains enfants ne seraient pas mauvais, mais malades. La déviance serait pathologique, et le mauvais gosse, un anormal.

    Avec la révolution industrielle, les enfants deviennent des ouvriers très prisés pour leurs petites mains (dans l’industrie textile) ou leurs petits corps (dans les mines).
    Les familles quittent les campagnes pour aller bosser à l’usine, enfants compris, là où il faut de la régularité, du silence, de l’attention : les corps doivent obéir et suivre la cadence.

    Les familles pauvres sont vite pointées du doigt comme source d’instabilité sociale, y compris à travers les enfants qu’il faut discipliner. L’école devient la solution : le bras éducatif de la société industrielle. Elle apprend à se taire, à se lever à la cloche, à rester assis, à obéir, tout ce qu’il faut pour être un bon ouvrier.

    Quand tout le monde a dû aller à l’école

    1881, France : La loi Ferry rend l’école gratuite, laïque et obligatoire. Tous les enfants doivent aller à l’école, y compris ceux qui avaient d’autres « occupations », y compris les pauvres, les rejetés, etc. Ce qu’on attend d’eux est simple : apprendre, dans un cadre inflexible. Spoiler : ça ne fonctionne pas pour tout le monde.

    Rester assis pendant des heures face à un tableau noir. Suivre un programme. Ecouter et retenir. Ne pas bavarder. Se tenir sage… Certains n’écoutent pas, gigotent, parlent fort, se battent entre eux, se rebellent contre l’autorité. D’autres regardent par la fenêtre, dans la lune. Maintenant que l’école doit accueillir tout le monde, ceux qui sortent du cadre deviennent un danger potentiel, et un problème à résoudre (oui, on en est toujours là, on a juste un vocabulaire plus soft).

    Plus la société se mécanise, plus elle veut des humains prévisibles, stables et linéaires. C’est alors que naît la question de la norme scolaire. Qui est “apte” à apprendre ? Qui ne l’est pas ? Qui faut-il corriger, éduquer, rejeter ? Et enfin : qui décide de ce qui est normal ? (spoiler : ni vous ni moi).

    L’enfant est un sujet à modeler, un investissement à long terme, qui doit être rentabilisé. En effet, la mortalité infantile s’effondre au tournant du 20ème siècle. Comme les enfants survivent en plus grand nombre, la société mise sur leur promesse d’avenir : systèmes éducatifs, pédiatrie, psychologie de l’enfant et même protection de l’enfance.

    Sous l’œil de la médecine

    (Attention ça pique)

    Entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle, psychiatres et psychologues s’attachent à objectiver l’anormalité des enfants à problèmes. Binet et Simon (1905) proposent, à la demande de l’état, l’ancêtre du test de QI, l’échelle métrique de l’intelligence, qui mesure si le développement intellectuel de l’enfant correspond à son âge : c’est le concept d’âge mental. On cherche à définir des types et des degrés d’insuffisance mentale. Ainsi, les enfants « débiles » peuvent être des idiots, des imbéciles ou juste des arriérés.

    D’autres ne semblent pas entrer dans ces cases : le problème n’est pas l’intelligence, mais le comportement. On trouve de nombreuses descriptions de problématiques attentionnelles dès le 18ème siècle. Ainsi, en 1889, pour Ribot, psychologue, « La concentration de la conscience et celle des mouvements, la diffusion des idées et celle des mouvements vont de pair (…) entre une grande dépense de mouvements et l’état d’attention, il y antagonisme« .

    Heinrich Hoffmann : Der Struwwelpeter; réédition 1917, wikimédia.org

    Dans le livre (moralisateur) d’histoires pour enfants Der Struwwelpeter, le médecin psychiatre H. Hoffmann décrit en 1844 le comportement impulsif et inattentif de Peter, parmi d’autres enfants dont les difficultés peuvent s’apparenter au TDAH. En Allemagne, le TDAH est également appelé « syndrome de Zappelphilipp » en référence à l’un des personnages de Hoffmann.

    Dans leur ouvrage Les anomalies mentales chez l’écolier, Philippe et Paul-Boncour décrivent, en 1905, parmi autres hystériques et vicieux, l‘élève instable : un enfant déséquilibré, impulsif, nerveux. Extraits :

    L’écolier instable est un enfant mentalement anormal, qui ne peut fixer son attention soit pour écouter, soit pour répondre, soit pour comprendre. C’est en vain qu’on le ramène au sujet : perpétuellement et malgré lui son esprit se tourne ailleurs et il est à noter que souvent l’instabilité physique n’est pas moins prononcée que l’instabilité mentale (…) Est-il rare de trouver ces enfants dans les écoles ordinaires ? Non certes : ils sont même souvent assez intelligents pour saisir avec rapidité bon nombre des explications qu’on leur donne en classe ; mais on n’est jamais sûr de leur attention. Elle se manifeste au hasard de n’importe quelle circonstance et s’évanouit de même (…)

    D’autres écoliers instables ne sont pas seulement des enfants mobiles, ce sont en outre et surtout des impulsifs. Leur irascibilité est extrême. En classe, en récréation surtout, ils crient pour un rien, sont perpétuellement impatients et leur impatience morbide s’exprime tout naturellement par des violences. Sont-ils pris d’une idée, il faut qu’ils la réalisent à quelque prix que ce soit, sans envisager aucune de ses conséquences. Si on les en empêche, alors se manifeste leur colère d’impulsifs (…) Cependant, on rencontre quelquefois parmi ces dégénérés, dont les tares mentales ne peuvent faire doute, des enfants qui étonnent par la diversité de leurs aptitudes ; mais ces aptitudes sont toujours inégales et cette inégalité empêche d’en tirer parti.

    (Je vous fait grâce de l’ouvrage complémentaire, L’Éducation des anormaux, principes d’éducation physique, intellectuelle, morale, par les mêmes auteurs)

    Le comportement hors norme est désormais une affaire de médecins et d’éducateurs.

    De l’approche organique et neurologique…

    G. Still, pionnier de la pédiatrie, définit en 1902 le manque de contrôle moral comme l’incapacité d’agir en conformité avec les normes sociales. A son origine, un retard de développement à la naissance ou un accident provoquant une blessure cérébrale. Plus tard, il associe ce tableau clinique à une maladie neurologique ou héréditaire (Brain Damage Syndrome).

    Dans les années 20, Hohman, puis Strecker et Ebaugh, observent des enfants devenus hyperactifs après avoir contracté une encéphalite (changements dans la personnalité, instabilité émotionnelle, déficits cognitifs, difficultés d’apprentissage, manque de contrôle moteur) : le trouble serait une séquelle de la maladie. En 1932, Robin, explique que l’inattention peut être associée à un trouble psychiatrique ou organique, en particulier chez le sujet ayant un retard de développement neurologique.

    En 1937 (oui oui, déjà !), Bradley prescrit de la benzédrine (amphétamine, dont sera issue la Ritaline) pour augmenter la production de liquide céphalo rachidien chez certains de ses jeunes patients. Les enseignants et les infirmières constatent que ces enfants ont de meilleurs résultats scolaires et sont moins agités. Même si ses recherches ne sont pas valorisées à l’époque, ces résultats inattendus ouvrent vers une approche différente du TDAH.

    …A l’approche cognitive ou psychanalytique

    La place de l’enfant évolue. On se soucie de sa santé, de son développement psychologique, et de trauma précoces potentiels qui pourraient lui nuire. Les parents sont bombardés de conseils quant à la meilleure éducation possible, mais confrontés à des approches contradictoires.

    En France et dans d’autres pays européens, la guerre, l’occupation et l’exode provoquent l’errance et la dislocation de nombreuses familles. Les enfants représentent entre un tiers et la moitié de la population déplacée, et la Croix Rouge évoque 90 000 enfants perdus. En plus de la recherche active pour réunir les familles séparées, des institutions éducatives se créent pour faire face à l’isolement des mineurs et à l’augmentation de la délinquance juvénile. C’est le début d’une coordination du futur secteur de « l’enfance inadaptée », sous la devise Travail, Famille, Patrie.

    Outre-Manche, Laufer, Denhoff et Solomons s’intéressent au fonctionnement du cortex cérébral et publient en 1956 :

    Une cause très fréquente de troubles du comportement chez l’enfant est le trouble des impulsions hyperkinétiques. Ce trouble se caractérise par une hyperactivité, une faible capacité d’attention et de concentration, de l’irritabilité, de l’impulsivité, de la variabilité et de faibles résultats scolaires. L’existence de ce complexe peut entraîner de nombreux problèmes psychologiques, en raison de son effet extrêmement irritant sur les parents et les enseignants.

    Ils évoquent une situation surmontée par la maturation du cerveau de l’enfant et l’effet améliorateur de l’amphétamine, qui est autorisée en 1961 aux Etats Unis.
    En 1969, C. Keith Conners, psychologue américain, publie des échelles d’évaluations psychométriques ayant pour objectif de détecter le trouble (et d’évaluer la pertinence d’un traitement).

    En 1971, Virginia Douglas, psychologue canadienne, affirme que les enfants concernés par un trouble des impulsions hyperkinétiques ont des déficits d’attention soutenue, même en l’absence de distractions. Cela réoriente la recherche vers les problèmes attentionnels, et une approche cognitive.

    Paul Wender, biochimiste et psychiatre américain, publie la première monographie sur le TDAH et prouve une origine génétique. Il observe un manque de dopamine dans le cerveau de ses patients. Il défend la persistance du trouble chez l’adulte et propose une liste d’éléments diagnostiques (WURS-61) en 1976. Dans les années 80, Russel A. Barkley, psychologue clinicien, introduit la notion de fonctions exécutives et de difficultés d’inhibition dans le TDAH.

    Parallèlement, en Europe, la psychiatrie biologique a été discréditée par les horreurs du nazisme. En France particulièrement, on se tourne vers une approche psychique perçue comme plus humaine. La psychanalyse freudienne et ses variantes s’imposent dans le champ de la santé mentale, comme le montre l’influence de Françoise Dolto.

    Les comportements “hyperactifs”, “instables” ou “agités” sont des symptômes d’un inconscient perturbé, et toute autre approche est rejetée. L’enfant agité exprime une angoisse, l’hyperactivité compense une carence affective, et l’inattention traduit une fuite du conflit Œdipien, ou l’inverse, ou le contraire, peu importe, l’essentiel est de comprendre que c’est la faute des parents, voire de la mère, et que le petit (et les parents) a besoin d’une thérapie car il est psychiquement malade. En France, les années 50 à 70 sont entièrement dominées par cette lecture. On parle de psychopathies infantiles et de troubles affectivo-caractériels.

    Michel Dugas modernise le regard français avec son ouvrage L’hyperactivité chez l’enfant (1985) où il aborde la neurobiologie, les critères diagnostiques et la pharmacologie, sans rejeter totalement l’influence du milieu et de l’affectif.

    Neurosciences, génétique et imagerie

    A partir des années 90, le TDAH quitte le divan du psy pour passer sous le scanner. Les neurosciences s’emparent du sujet :

    Les IRM fonctionnelles permettent de repérer des différences dans certaines zones du cerveau (cortex préfrontal, cervelet, ganglions de la base), moins activées dans le TDAH en présence de consigne ou d’impulsion à freiner, ce qui justifie le trouble des fonctions exécutives.

    Dans les années 2000, les études sur les familles et les jumeaux sont nombreuses et montrent un profil hautement génétique dans le TDAH . Les gènes impliqués sont ceux liés à la dopamine et à la régulation du cortex préfrontal. Cela ne désigne pas un gène spécifique au TDAH, mais plutôt une constellation de variantes qui modulent la prédisposition au trouble.

    Le concept de connectivité cérébrale montre que le cerveau TDAH a une moins bonne synchronisation entre les réseaux de contrôle (préfrontal) et ceux du vagabondage mental (réseau par défaut). Le TDAH apparaît comme une difficulté de timing et de gestion des priorités : ce n’est pas être incapable de se concentrer mais plutôt ne pas pouvoir choisir sur quoi se concentrer.

    En 2015, la Haute Autorité de Santé publie enfin les premières recommandations de prise en charge du TDAH. Les psychothérapies basées sur la psychanalyse ne sont pas un traitement spécifique du TDAH, affirme-t-elle en 2015 puis, en 2024 : En l’absence d’évaluation suffisante, les approches psychothérapeutiques de type neurofeedback, entraînement cognitif, programmes basés sur la pleine conscience, thérapie psychanalytique et thérapies autres que les TCCE (thérapies comportementales cognitives et émotionnelles) ne sont pas recommandées (…).

    Malgré ces avancées, la psychanalyse reste très présente, et conteste encore aujourd’hui l’approche scientifique du trouble, alimentant la désinformation ambiante :

    Pour nous psy cliniciens d’orientation analytique, donc, vous l’aurez bien compris, le TDAH n’existe pas en soi. Nous considérons que la souffrance psychique n’obéit pas du tout aux mêmes lois qu’une souffrance somatique et ne suit pas la même logique qu’un protocole de soin médical pour réparer une douleur corporelle… Nous regrettons que les protocoles et ces solutions du DSM rendent des médicaments nécessaires alors que nous pensons parvenir la plupart du temps à soigner les maux de l’enfance, sans médicaments. (Caroline Goldman, 2022)

    La psychanalyse a depuis longtemps débordé du pur domaine psy, pour envahir l’ensemble des métiers éducatifs, sociaux, de protection de l’enfance ou de santé. De nos jours, de nombreux·es professionnel·les ont reçu une formation psychanalytique en ce qui concerne le développement de l’enfant et la prise en charge de la santé mentale.

    Evolution de la classification du TDAH dans le DSM

    Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (ou DSM, pour Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) publié par l’Association Américaine de Psychiatrie . Il décrit et classe les troubles mentaux. C’est un ouvrage de référence utilisé par les professionnel·les pour la pose de diagnostics. C’est aussi le reflet – souvent retardataire – de la manière dont la médecine envisage chaque trouble (mais aussi de ce qu’elle classe comme trouble ou maladie…).

    DSM-I, 1952

    • Pas d’évocation

    DSM-II, 1968

    • Hyperkinetic Reaction of Childhood
    • Hyperactivité motrice, impulsivité, instabilité émotionnelle.

    DSM-III, 1980

    • Attention Deficit Disorder (ADD)
    • Inattention avec ou sans hyperactivité

    DSM-III-R, 1987

    • Attention-Deficit Hyperactivity Disorder (ADHD)
    • Syndrome unique, manifestations variables.
    • Concept d’impulsivité

    DSM-IV, 1994

    • Attention-Deficit Hyperactivity Disorder (ADHD)
    • 3 sous types : inattentif, hyperactif et mixte
    • Présentation adulte.
    • Apparition avant 7 ans.

    DSM-V, 2013

    • Attention-Deficit Hyperactivity Disorder (ADHD)
    • Catégorie des TND, cumul possible avec TSA
    • Critères adultes et adolescents
    • Apparition avant 12 ans

    Pas d’évolution majeure en 2022, dans le DSM-V-TR. On trouve des clarifications textuelles, des exemples supplémentaires, des formulations plus inclusives, mais la structure diagnostique reste inchangée.

    Les critères diagnostiques du TDAH aujourd’hui

    Deux catégories de symptômes figurent dans le DSM-V :

    Hyperactivité Impulsivité

    • Remue les mains ou les pieds, se tortille
    • Quitte son siège dans des situations inadaptées
    • Interrompt les autres, s’immisce dans les conversations
    • Difficultés à attendre son tour
    • Termine les phrases de son interlocuteur, coupe la parole
    • Parle trop
    • Inconfort à se tenir immobile ou à patienter
    • Agitation ou sentiment d’agitation
    • Difficulté à se tenir tranquille dans les activités de loisir

    Inattention

    • Difficultés de maintien de l’attention
    • Difficultés au respect des consignes, à terminer une tâche
    • Difficultés organisationnelles
    • Difficultés à s’engager dans des tâches qui nécessitent un effort mental soutenu
    • Perte fréquente d’objets
    • Oublis fréquents
    • Difficultés d’écoute
    • Pas d’attention aux détails, fautes d’inattention
    • Distraction par des stimuli externes
    • Six symptômes ou plus de chaque catégorie doivent être présents pendant plus de 6 mois, et les symptômes doivent être présents avant 12 ans.
    • Le TDAH peut être mixte (ou combiné), avec inattention prévalente ou avec hyperactivité/impulsivité prévalente.

    Attention : les créations présentes sur ce site sont soumises au droit d’auteur. L’utilisation pour votre usage personnel est autorisé, mais aucune modification sans autorisation préalable de l’auteure n’est permise. Pour toute autre utilisation que personnelle, me contacter. Merci, en règle générale, de respecter le travail d’autrui.

    Télécharger

    Ce qu’on retrouve dans l’histoire du TDAH, au delà de la normativité sociale qui nous fait désigner comme trouble tout ce qui ne colle pas au moule, c’est toute la genèse de la désinformation d’aujourd’hui : enfant mal élevé voire violent, incapable de la moindre concentration, inadapté ; absence de contrôle moral ; défaillance parentale ; trouble qui n’existe pas réellement, et encore moins chez les adultes.

    L’histoire du TDAH n’est pas un conte de fées : entre fantasmes éducatifs et querelles de chapelle, on est loin du glamour. On subit encore les méfaits de la psychanalyse, et l’accès à la bonne information, dans une perspective de compréhension de soi, est loin d’être évident.

    On se retrouve bientôt pour la suite : le TDAH dans le concret – les symptômes vécus, l’impact au quotidien.

    Petite Loutre

    Sources

    Idées reçues et stéréotypes

    Fausses croyances TDAH

    https://hal.science/hal-04804511v1

    Cette maladie devient tendance

    Psychanalyse

    La psychanalyse en France

    Françoise Dolto

    Un diagnostic surévalué

    Et si l’hyperactivité n’existait pas ?

    Historiques

    Types et degrés d’insuffisances mentales

    Les anomalies mentales chez les écoliers : étude médico-pédagogique

    Syndrome hyperkinétique

    L’épopée du TDAH

    Histoire du TDAH

    Les scientifiques

    Tests de Binet et Simon

    Alexander Crichton

    Charles Bradley

    Georges Fréderic Still

    Virginia Douglas

    Paul Wender

    Enfance

    Les enfants en justice : la Petite Roquette

    Prisons pour enfants au 19ème siècle

    L’histoire de l’enfance en Europe

    Enfants perdus de l’exode

    TDAH aujourd’hui

    Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (Québec)

    HAS – reco TDAH 2015

    Mini bibliographie de psychiatrie infantile, âmes sensibles s’abstenir

    • Bourneville, D.-M. & Philippe, G. (1905). Les anomalies mentales chez les écoliers.
    • Binet, A. & Simon, T. (1908). La mesure du développement de l’intelligence chez les enfants.
    • Decroly, O. (1911). L’enfant, la vie, l’école.
    • Healy, W. (1915). The Individual Delinquent.
    • Claparède, É. (1920). L’école sur mesure.
    • Wallon, H. (1934). Les origines du caractère chez l’enfant.
    • Ajuriaguerra, J. de (1950). Manuel de psychiatrie de l’enfant.

    Laisser un commentaire Annuler la réponse.

    Δ

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

    Indique ton mail

    Abonne toi 

    Rejoignez les 1 728 autres abonnés

    Sur Ko-fi, tu peux faire un don.

    L’argent récolté sert à payer les frais engendrés par la tenue de ce blog et me permet de garantir un site sans publicité.

    Participer

    Serveur Discord

    Tu es autiste, ou en questionnement sur un éventuel autisme te concernant ? Tu veux rejoindre un serveur discord pour en discuter ?

    Clique ici

    Derniers Articles

    Autisme et relations toxiques : Comprendre l’impact du cycle de l’emprise

    Ma relation est-elle toxique ? questionnaires et ressources pour déjouer les injonctions patriarcales

    Les relations affectives : comment venir en aide à une victime de relation toxique

    #diagnostic #enfance #handicap #histoire #TDAH #TND

  6. Heute Abend wurde zum zweiten Mal der #Schach-Wettbewerb der #IHK Magdeburg ausgetragen. Erneut durfte ich im Team Wirtschaft & Politik mitspielen – und im Vergleich zum Vorjahr eine Steigerung verbuchen, ebenso wie meine Mitspieler. 👍

    Letztes Jahr holte ich aus zwei Partien ein Remis, diesmal einen Sieg aus zwei Runden. Zwar mussten wir uns abermals den Kindern der #Schachzwerge und der Ströbecker Grundschule geschlagen geben, doch fiel das Ergebnis heute deutlich knapper aus. 👏

  7. Die Causa Winfried #Stöcker hat ein neues Kapitel. Der Flughafen Lübeck schreibt den Bürger*innen in Lübeck vom Niedergang Deutschlands und lobhudelt die AfD. Handelt es sich um verdeckte Parteiwerbung für die AfD die der Bundestagsverwaltung hätte angezeigt werden müssen? ndr.de/nachrichten/schleswig-h #LübeckBlankensee #flughafenlubeck #Euroimmun #stocker #afd #EDHL #winfriedstocker

  8. Windenergie wird als „woke“ geframt. Und wer gegen #Klimaschutz ist, der ist auch gegen LGBTQIA, trans und alles andere, was „woke“ ist. Dass das alles kein Zufall ist, erklärt Chris Stöcker in dieser Folge des #LilaPodcast, in der es auch um die Schnittstellen und Parallelen von #Feminismus und Klimaschutz & um das Konzept der #Petromaskulinität von Cara New Dagget geht.
    ▶️ lila-podcast.de/klima-feminism

  9. Lesenswerte Doppelrezension der Bücher "Männer, die die Welt verbennen" von @chrisstoecker und "Die Reue des Prometheus" von Peter #Sloterdijk von @BlumeEvolution auf Spektrum #Scilogs:

    »Mit 240+ Seiten plus Faktensheets und beeindruckenden Fußnotenapparat belegt der 1973 in Würzburg geborene Psychologe und SPIEGEL-Kolumnist Christian #Stöcker seinen Anspruch auf Sachlich- und #Wissenschaftlichkeit. Faktenreich und rasant präsentiert er in “Männer, die die Welt verbrennen” (2024 bei Ullstein) eine männliche “globale Allianz der #Verbrenner”: Diese reicht von #DavidKoch (USA) und internationalen Wissenschaftsleugner-Netzwerken über Wladimir #Putin (Russland) und dem Medienmogul Rupert #Murdoch (Australien) bis hinunter zur deutschen #ISNM (an deren Anti-Baerbock-Moses-Kampagne er auch meine Kritik erwähnt), zu Frank #Schäffler (FDP), Aserbaidschan-Lobbyisten der CDU und Ex-Kanzler #GerhardSchröder (Gazprom & SPD). Auch Friedrich #Merz, Jens #Spahn sowie Angela #Merkel (zwar Frau, aber eben auch CDU) kommen bei ihm nicht gut weg. Milde erfahren nur die #Grünen, die auch bei der regionalen Ablehnung von Windkraftanlagen oder bei der Agitation gegen Atomkraft- zugunsten von Kohlekraftwerken eben “intraökologische Konflikte” austrügen. […]

    Wäre die fossile Blockade der #Energiewende ausschließlich ein Problem liberaler und rechter Akteure, so bliebe das krasse, umweltpolitische Scheitern der sozialistischen Staaten und Regierungen von der Sowjetunion über “linke” Regierungen des heutigen Angola und alleine in Europa Dutzende sozialdemokratischer Regierungen bis zum neo-autoritären, „revolutionären“ Venezuela unerklärlich. Alles nur bedauerliche, fossile Einzelfälle? Oder doch #Ressourcenfluch?
    An diesem global beobachtbaren Widerspruch setzt der 1947 in Karlsruhe geborene Philosoph Peter #Sloterdijk in “Die Reue des Prometheus. Von der Gabe des Feuers zur globalen Brandstiftung” an. […]
    Laut dem begabten Großrauner Sloterdijk sei das fossile Versagen auch heute keinesfalls auf bürgerliche Bequemlichkeit, sondern vor allem auf eine verhängnisvolle Fehlentscheidung der Marxisten und generell #Arbeiterbewegung im 19. Jahrhundert zurück zu führen. Denn statt nach der vor allem auch von Christen betriebenen Abschaffung der #Sklaverei als “#Ausbeutung des Menschen durch den Menschen” eine wirklich gerechte und nachhaltige Gesellschaft zu gründen, hätte die entstehende Linke mit der Verschmelzung des Arbeits- und Energiebegriffes den Weg zur “Ausbeutung der Erde im Interesse des Menschen” (S. 46) geebnet. […] Neben zahlreichen katastrophal gescheiterten Links-Diktaturen mit Millionen von Toten sei damit bestenfalls eine “Ausbeutungsverschiebung” (S. 48) erreicht worden, die “moderne Gesellschaften eher Konsumvereinen” angleiche und sich nicht zuletzt in “expandierender, ja explodierender #Massentierhaltung” (S. 49) zeige. Die Gier sei also den Menschen nicht erst durch kapitalistische Lobbyisten und Werber eingetrichtert worden. “Die Erwartungen in bezug auf Teilhabe an den quasi anonym und massenhaft anströmenden Überflußgütern wurden für große Mehrheiten zu einer zweiten Natur. Die ‘Feuer des Neides’ trugen das Ihre bei, die konsumierenden Massen zu synchronisieren und zu verähnlichen.” (S. 55) So mündet Sloterdijks sehr Schweiz-Alpenraum-kompatible Argumentation zum Schutz der “#Mitwelt” (statt #Umwelt) in Aufrufe zu neuerlicher Natürlichkeit, Genügsamkeit und familiärer Bescheidenheit vor allem von Frauen bis hin zum “energetischen Pazifismus” (S. 61) und einer “Helvetisierung des Planeten” (S. 63), also der Zerlegung von Großstädten und großen Nationalstaaten in kleinere, föderale Kantone. Der globale Aufstieg rechtspopulistischer und nationalistischer Bewegungen bilde dagegen einen Anfall von “hyper-prometheischem Aufbegehren” (S. 68). Wenn der Philosoph hier auch ausdrücklich #Verschwörungsmythen eine Absage erteilt, so bezeichnet der Spektrum-Rezensent Josef König den sloterdijkschen Stil doch recht treffend als “elitären #Traditionalismus”.«

    scilogs.spektrum.de/natur-des-

  10. #NASA Finds Building Blocks Of Life On Frozen Asteroid
    Scientists have found evidence that #aminoacids, the chemical building blocks of life (specifically proteins), formed on the asteroid #Bennu when it was so far from the Sun as to be frozen. This directly contradicts previous belief that amino acids required liquid #water to form, through a process called Strecker synthesis. The scientists studied samples from Bennu retrieved by NASA's #OSIRISREx, published last week.
    jalopnik.com/2103193/nasa-find

  11. Prof. h.c. (RCH) Dr. med. Winfried #Stöcker zur #MeeToo Debatte in seiner Weihnachtsansprache 2017 an die über 2.500 Mitarbeiter der Euroimmun AG:

    "... Und zeugt viele Kinder, dass wir dem mutwillig herbeigeführten, sinnlosen Ansturm unberechtigter Asylanten etwas entgegensetzen können. Unser Kindergarten steht Euch offen." >>>
    winfried-stoecker.com/blog/ges

  12. Auch übers lange Mai-Wochenende versorgen wir euch wie immer mit Film-, Video- und Podcast-Tipps zu #Klimaschutz und #Energiewende. Wir starten mit dem Gespräch zwischen Anne Will und Christian Stöcker über #Atomkraft und andere Energiemythen.

    👉 podcast.de/episode/703055490/w

  13. #Musk #Tesla #KI #AI #OpenAI #ChatGPT

    Nicht nur die #Justiz wird sich in Zukunft intensiver fragen müssen, welche #Bilder lügen - und zwar auch bewegte. Die Verfügbarkeit von #DeepFakes für IT-Laien bringt eine ganz neue Qualität der #Desinformation + des #Betrugs.

    spiegel.de/wissenschaft/mensch

  14. Guten Morgen - Tässle Kaffee ☕️?

    Der Philosoph & #Holocaust-Überlebende Hans #Blumenberg schrieb einmal:

    „Einseitigkeit ist das Schicksal aller Wahrnehmungen.“

    Deswegen habe ich zu den fossilen Widerständen gegen Erneuerbare #Friedensenergien & #Energiewende eine #Doppelrezension zu #Stöcker (links) & #Sloterdijk (rechts) geschrieben. Die Reaktionen sind schon sehr lebhaft & auch #Quentmeier ist wieder mit voller #Reaktanz da. #Bücher bleiben wichtig! ☺️📚🌈 scilogs.spektrum.de/natur-des-

  15. Habe nun also (auch für das Tässle Kaffee ☕ am Wochenende) zu den fossilen Widerständen gegen die #Energiewende das >linke< "Männer, die die Welt verbrennen" von @ChristianStoecker und das >rechte< "Die Reue des Prometheus" von Peter #Sloterdijk über Kreuz gelesen und rezensiert. Empfehle beide sehr, damit sich Rechte, Liberale und Linke nicht nur immer wieder in ihren jeweiligen Blasen selbst bestätigen. Wer hier weiterklickt, verlässt also die #Komfortzone! ;-) #Bücher scilogs.spektrum.de/natur-des-

  16. @bodoborn

    Ja, ich schätze @chrisstoecker sehr, auch wenn er anfangs das Versagen auch links-fossiler Regierungen z.B. in Südafrika oder Brasilien nicht so wahrhaben wollte. Habe deswegen sein Buch mit jenem von #Sloterdijk kontrastiert & "Männer, die die Welt verbrennen" sehr empfohlen. 👇

    Vor Kurzem lobte er sogar mal 1 #CDU - MP, #DanielGünther aus S.-H.!

    Und da will ich hin: Fair zu sein, auch über die je eigenen Blasen hinaus. Nur dialogisch kommen wir weiter.
    scilogs.spektrum.de/natur-des-

  17. @bodoborn

    Ja, ich schätze @chrisstoecker sehr, auch wenn er anfangs das Versagen auch links-fossiler Regierungen z.B. in Südafrika oder Brasilien nicht so wahrhaben wollte. Habe deswegen sein Buch mit jenem von #Sloterdijk kontrastiert & "Männer, die die Welt verbrennen" sehr empfohlen. 👇

    Vor Kurzem lobte er sogar mal 1 #CDU - MP, #DanielGünther aus S.-H.!

    Und da will ich hin: Fair zu sein, auch über die je eigenen Blasen hinaus. Nur dialogisch kommen wir weiter.
    scilogs.spektrum.de/natur-des-

  18. @bodoborn

    Ja, ich schätze @chrisstoecker sehr, auch wenn er anfangs das Versagen auch links-fossiler Regierungen z.B. in Südafrika oder Brasilien nicht so wahrhaben wollte. Habe deswegen sein Buch mit jenem von #Sloterdijk kontrastiert & "Männer, die die Welt verbrennen" sehr empfohlen. 👇

    Vor Kurzem lobte er sogar mal 1 #CDU - MP, #DanielGünther aus S.-H.!

    Und da will ich hin: Fair zu sein, auch über die je eigenen Blasen hinaus. Nur dialogisch kommen wir weiter.
    scilogs.spektrum.de/natur-des-

  19. Respekt, @molosovsky - der Name #Sloterdijk läuft ja hier auf #Mastodon nahe bei #Voldemort - da wirst Du sicher gleich „ermahnt“, nur Links zu lesen. 🤭

    Habe mich davon aber auch nicht aufhalten lassen, lese auch ihn immer wieder gerne. scilogs.spektrum.de/natur-des-

  20. Respekt, @molosovsky - der Name #Sloterdijk läuft ja hier auf #Mastodon nahe bei #Voldemort - da wirst Du sicher gleich „ermahnt“, nur Links zu lesen. 🤭

    Habe mich davon aber auch nicht aufhalten lassen, lese auch ihn immer wieder gerne. scilogs.spektrum.de/natur-des-

  21. Respekt, @molosovsky - der Name #Sloterdijk läuft ja hier auf #Mastodon nahe bei #Voldemort - da wirst Du sicher gleich „ermahnt“, nur Links zu lesen. 🤭

    Habe mich davon aber auch nicht aufhalten lassen, lese auch ihn immer wieder gerne. scilogs.spektrum.de/natur-des-

  22. @kresse

    Ja, ich rufe Konservative gerne auf, den @chrisstoecker über das fossile Versagen der #Rechten zu lesen & z.B. #Sloterdijk über das fossile Versagen der #Linken. In #Europa, #Afrika & #Lateinamerika sind rechte wie liberale & linke Parteien tief vom #Fossilismus & fossilen #Lobbyismus geprägt.

    Will aber kaum jemand wahrhaben: Linke nicht aus #Arroganz & Rechte nicht aus #Reaktanz.

    Schade, aber für ehrlichen #Solarpunk doch eigentlich keine Überraschung... scilogs.spektrum.de/natur-des-

  23. @kresse

    Ja, ich rufe Konservative gerne auf, den @chrisstoecker über das fossile Versagen der #Rechten zu lesen & z.B. #Sloterdijk über das fossile Versagen der #Linken. In #Europa, #Afrika & #Lateinamerika sind rechte wie liberale & linke Parteien tief vom #Fossilismus & fossilen #Lobbyismus geprägt.

    Will aber kaum jemand wahrhaben: Linke nicht aus #Arroganz & Rechte nicht aus #Reaktanz.

    Schade, aber für ehrlichen #Solarpunk doch eigentlich keine Überraschung... scilogs.spektrum.de/natur-des-

  24. Excerpt from today's program
    EP: Fachverband Extraterrestrische Physik
    EP 4: Sun and Heliosphere II
    Tuesday, 1 April 2025, 13:45–15:45, ZHG101

    13:45 EP 4.1
    Hauptvortrag: The Solar Orbiter Mission and the Polarimetric and Helioseismic Imager instrument: new opportunities for novel science — Gherardo Valori

    14:15h EP 4.2
    The inferred active region magnetic field at different vantage points: an analysis with SO/PHI and SDO/HMI — Jonas Sinjan, Johann Hirzberger, Daniele Calchetti, Sami K. Solanki, Gherardo Valori, Xiahong Li, David Orozco Suárez, Julián Blanco Rodríguez, and Hanna Strecker

    14:30h EP 4.3
    Stereoscopic disambiguation of solar vector magnetic fields using observations from SO/PHI and SDO/HMI — Xiang Li, Gherardo Valori, Daniele Calchetti, Sami Solanki, Johann Hirzberger, and Jonas Sinjan

    14:45h EP 4.4
    First results on coronal magnetic field modelling with Solar Orbiter data — Thomas Wiegelmann, Xiaohong Li, Sami K. Solanki, and Gherardo Valori

    15:00h EP 4.5
    Unveiling the dynamics and thermal structures of the jet base from SO high-resolution observation — Xiaohong Li

    15:15h EP 4.6
    Diffraction limited solar spectro-polarimetry and first steps towards solar many-line inversion — J. Hölken, H.-P. Doerr, A. Feller, M. van Noort, T. L. Riethmüller, S. K. Solanki, W. Cao, J. Kang, J. Chae, and E.-K. Lim

    15:30h EP 4.7
    Probing chromospheric fine structures with an Hα proxy using MURaM — Sanghita Chandra, Robert Cameron, Damien Przybylski, Sami Solanki, Patrick Ondratschek, and Sanja Danilovic

    dpg-verhandlungen.de/year/2025

    #DPGGOE25 #UniGöttingen