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  1. Le mode des propositions subordonnées

    Plan de l’article :

    1. I. Définition générale
    2. II. Modes personnels
      1. II.1. Selon le sens de la subordonnée (relatives et circonstancielles)
        1. II.1.1. Indicatif contraint
        2. II.1.2. Subjonctif contraint
      2. II.2. Selon le sens de la principale (complétives)
        1. II.2.1. Indicatif contraint
        2. II.2.2. Subjonctif contraint
        3. II.2.3. Cas particuliers
    3. III. Modes impersonnels
    4. IV. Interprétations temporelles
      1. IV.1. Lorsque la subordonnée est au subjonctif
      2. IV.2. Lorsque la subordonnée est à l’indicatif
    5. V. Conclusions et bibliographie

    I. Définition générale

    De quelle façon le mode des subordonnées varie-t-il ?

    Les propositions subordonnées composent une famille particulièrement riche de sous-phrases, qui participent de différentes façons à la syntaxe et au sens de l’énoncé. L’un des éléments les plus discutés est le choix du mode du verbe de la subordonnée car celui-ci, effectivement, peut être parfois libre et alterner, notamment, entre indicatif et subjonctif (1) ; et parfois contraint (2).

    (1) Je cherche un homme qui peut / puisse m’aider.
    (2) Avant qu’il *est / soit venu

    Il peut également se poser la question du tiroir verbal à choisir dans la subordonnée, en relation avec le tiroir verbal de la proposition principale (3), et les nuances de sens en découlant.

    (3) Je lui ai dit qu’il était / est / serait malade.

    D’une façon générale, le choix du mode et du temps dans la subordonnée a des influences décisives sur son sens, et est influencée tant par des contraintes morphosyntaxiques diverses liées tant à sa nature qu’à la nature du terme introducteur, tant par l’interprétation voulue.

    Nous diviserons cet article selon les grandes entrées modales reconnues par la grammaire traditionnelle, et notamment en distinguant les modes personnels d’une part (indicatif et subjonctif), les modes impersonnels de l’autre.

    II. Modes personnels

    Tant l’indicatif que le subjonctif peuvent se retrouver dans des propositions subordonnées, comme vu supra. L’impératif, en revanche, en est strictement exclu et ce quelle que soit la nature de la subordonnée, relative (4a), complétive (4b) ou circonstancielle (4c).

    (4a) *J’ai vu l’homme qui venons.
    (4b) *Je lui ai dit que venons.
    (4c) *Après que venons.

    L’emploi de l’indicatif ou du subjonctif relève, partant, de deux cas de figure : soit d’un choix libre, c’est-à-dire non contrait par la grammaire ; soit d’un choix contraint. Il y a une continuité de fait entre les deux, la contrainte venant, généralement, d’un figement d’une certaine liberté historique qui a sédimenté une certaine interprétation sémantique.

    II.1. Selon le sens de la subordonnée (relatives et circonstancielles)

    L’opposition trouvée entre indicatif et subjonctif dépend de l’interprétation générale de ces deux modes en langue : l’indicatif est lié à l’univers partagé entre les locuteurs et locutrices, monde du réel et du prévisible. Le subjonctif, quant à lui, est le mode de l’irréel et du potentiel, du souhait et de la conditionnalité. Cette opposition se matérialise très bien dans le cadre des subordonnées relatives adjectives restrictives, où l’alternance du monde influence particulièrement l’interprétation (5a, 5b) :

    (5a) Je cherche un homme qui peut m’aider.
    (5b) Je cherche un homme qui puisse m’aider.

    Ainsi, l’indicatif dans (5a) implique que ledit homme recherché existe bel et bien, tandis que le subjonctif dans (5b) va introduire un doute quant à cette existence. Selon, dès lors, les opinions et les sentiments de la personne qui construit cette subordonnée, l’interprétation sera légèrement différente. Ce cas compose, cependant, le seul et véritable endroit où le choix du mode de la subordonnée est parfaitement libre, puisque ce choix est généralement contraint par la nature des subordonnées ou des propositions matrices.

    II.1.1. Indicatif contraint

    L’indicatif est ainsi un choix contraint dans les subordonnées relatives périphrastiques, dans la mesure où elles construisent un groupe nominal dans l’existence est nécessairement présupposée (6). La même raison préside aux relatives substantives, dites encore « sans antécédents » (7).

    (6) Ceux qui veulent / *veuillent venir…
    (7) Qui veut / veuille voyager loin ménage sa monture.

    On trouve également l’indicatif dans les subordonnées relatives prédicatives, comme elles décrivent nécessairement des événements du monde réel, non soumis à interprétation (8).

    (8) Dix heures, et Pierre qui veut / veuille venir !

    L’indicatif est également contraint dans les subordonnées circonstancielles qui expriment, là encore, des événements non soumis à condition ou interprétation, notamment celles exprimant l’antériorité ou la simultanéité au regard de l’événement principal (9), les circonstancielles introduites par un si hypothétique dans la mesure où elles construisent un univers potentiel pour établir une conséquence imaginée (10) ; dans celles introduites par quand ou comme, qui présentent la temporalité de la subordonnée comme nécessaire et incontestable (11a et 11b) ; enfin, dans les circonstancielles argumentatives, qui présentent une cause à une conséquence donnée dans la proposition principale, là encore du fait de la temporalité logique entre les événements (12).

    (9) Après qu’il est / ?soit venu, on a fait la fête.
    (10) S’il vient / *vienne, alors on fera la fête.
    (11a) Quand il viendra / *vienne, on fera la fête.
    (11b) Comme il vient / *vienne, on fera la fête.
    (12) Parce qu’il est / *soit venu, on a fait la fête.

    Notons qu’on entend souvent le subjonctif dans les exemples similaires à (9), sans doute par analogie avec les subordonnées introduites par avant que (14 infra). Là, outre la symétrie des structures qui invite à généraliser le processus, le subjonctif étant souvent trouvé dans les locutions conjonctives composées par que (comme bien que, pour que 15 infra etc.), son emploi se trouve dans des structures qui, sémantiquement, devraient en être exemptes.

    II.1.2. Subjonctif contraint

    Le subjonctif est lors contraint dans toutes les autres occurrences de subordonnées relatives et circonstancielles, et notamment dans toutes les subordonnées exprimant la concession (13). Ces subordonnées construisent des mondes possibles dans lesquels on imagine tel événement se produire, mais qu’on élimine immédiatement de notre décision puisque la conséquence arrivera nécessairement.

    (13) Quel qu’il soit / *est, je l’aime. (c’est-à-dire, qu’il soit un tel, un tel, un tel… peu importe, je l’aime de toutes façons)

    On trouve également le subjonctif dans les subordonnées exprimant un événement ultérieur à la principale, dans la mesure où celui-ci, n’étant pas encore survenu, peut éventuellement ne pas avoir lieu (14).

    (14) Avant qu’il (ne) vienne / *vient, on fera les courses.

    On notera dans cet exemple l’emploi éventuellement d’une marque négative, dit encore ne explétif, relique d’une ancienne négation en tant que telle. Ce ne a, dans ces cas de figure, parfaitement perdu son rôle niant, mais il garde une valeur discordantielle, marquant un désaccord ou, tout u moins, l’ouverture d’une éventualité contrecarrée.

    On trouve également le subjonctif dans les circonstancielles évoquant des conséquences, dont la cause est dans la principale, puisque la conséquence n’est donc pas encore survenu (15).

    (15) Je lui écris pour qu’il vienne / *vient me voir.

    II.2. Selon le sens de la principale (complétives)

    Dans les subordonnées complétives, le choix du mode dépend d’un calcul sémantique plus complexe, qui prend en compte le sens du verbe de la proposition principale et ce toujours selon une logique opposant « univers réel » et « univers supposé ».

    II.2.1. Indicatif contraint

    L’indicatif est de mise si le verbe de la proposition principale évoque une prise de parole (comme dire), une perception sensible (sentir), un savoir présenté comme certain (savoir, être évident). Ces verbes et périphrases verbales ancrent nécessairement le prédicat subséquent dans un univers partagé (16a, 16b, 16c et 16d).

    (16a) Je dis qu’il faut / *faille partir.
    (16b) Je sens qu’il faut / *faille partir.
    (16c) Je sais qu’il faut / *faille partir.
    (16d) Il est évident qu’il faut / *faille partir.

    II.2.2. Subjonctif contraint

    Le subjonctif est employé dans les complétives dans les cas où le verbe principal implique une action recommandée ou à venir, par obligation ou nécessité, ou encore avec des verbes de souhait : ainsi, les verbes falloir, souhaiter, vouloir ou désirer introduisent une complétives au subjonctif (17a, 17b, 17c, 17d) dans la mesure où l’action de la subordonnée est soumise à conditionnalité. C’est par excellence, l’emploi attendu du subjonctif en français.

    (17a) Il faut qu’il vienne / *vient.
    (17b) Je souhaite qu’il vienne / *vient.
    (17c) Je veux qu’il vienne / *vient.
    (17d) Je désire qu’il vienne / *vient.

    De même, les verbes exprimant une probabilité, un doute ou une crainte, introduisent également une complétive au subjonctif pour les mêmes raisons (18a et 18b).

    (18a) Je crains qu’il (ne) vienne / *vient.
    (18b) Je doute qu’il (ne) vienne / *vient.

    Notons que l’on peut encore trouver là le ne explétif dont nous parlions précédemment.

    II.2.3. Cas particuliers

    Deux cas particuliers doivent être évoqués ici, dans la mesure où ils autorisent une alternance entre indicatif et subjonctif. Il y a, tout d’abord, le cas des verbes de croyance (comme croire), qui appellent l’indicatif à la forme affirmative (19a) et le subjonctif à la forme négative (19b).

    (19a) Je crois qu’il vient / *vienne.
    (19b) Je ne crois pas qu’il vienne / *vient.

    L’interprétation sémantiquement est ici à l’origine de cette distinction : à la forme affirmative, le verbe croire implique une croyance présentée comme véritable ; à la forme négative, il implique un doute et, partant, introduit une action qui peut ne pas se réaliser.

    Un autre cas particulier concerne le tour il est probable que, pour lequel le choix du mode détermine le degré de certitude envisagé, avec l’indicatif, évidemment, marquant une grande certitude (20a) et le subjonctif, une certitude moindre ou faible (20b).

    (20a) Il est probable qu’il vient.
    (20b) Il est probable qu’il vienne.

    III. Modes impersonnels

    Les modes impersonnels (gérondif, participe et infinitif) se rencontrent dans des équivalents fonctionnels à certaines subordonnées complétives ou circonstancielles. Ainsi, le gérondif pourra alterner avec une subordonnée introduite par alors que (21), l’infinitif avec une complétive lorsque le sujet du prédicat second est le même que la principale (22), le participe peut construire des subordonnées circonstancielles elliptiques de différentes façons (23).

    (21) En venant (alors que je venais)
    (22) Je veux venir (*je veux que je vienne)
    (23) Le temps écoulé (une fois le temps écoulé)

    IV. Interprétations temporelles

    L’interprétation temporelle du prédicat de la subordonnée s’analyse en relation de l’événement dénoté par la proposition principale, et détermine différents types de relation. On distingue notamment une interprétation de l’ordre de la simultanéité, fût-elle présente, passée ou future (24), et une autre sous la forme d’une antériorité d’une action sur une autre (25).

    (24) Je vois / ai vu / verrai la femme qui parle / a parlé / parlera.
    (25) Je vois la femme qui a parlé / J’ai vu la femme qui parle.

    La relation temporelle entre les propositions a donné lieu à des tendances particulières, appelée souvent la concordance des temps, qui donne lieu à deux cas de figure selon le mode de la subordonnée. Cette concordance vise à rendre explicite les relations temporelles entre les subordonnées.

    IV.1. Lorsque la subordonnée est au subjonctif

    Lorsque la proposition principale est au présent ou au futur, le subjonctif présent marquera la simultanéité entre les événements (26a), alors que le subjonctif passé marquera l’antériorité de la subordonnée sur la principale (26b) :

    (26a) Je veux / voudrai que tu viennes (l’action de venir est concomitante à l’action de vouloir)
    (26b) Je veux / voudrai que tu sois retardé (l’action d’être retardé est antérieure à l’action de vouloir).

    Lorsque la proposition principale est à un temps du passé, on attendrait légitiment les subjonctifs imparfait et plus-que-parfait pour traduire les mêmes relations de simultanéité (27a) et d’antériorité (27b). Leur paradigme très irrégulier, cependant, les rend difficiles à manipuler et dès l’époque classique, on a préféré, tant à l’écrit qu’à l’oral, employer les subjonctifs présents et passés à leur place (28).

    (27a) Je voulais que tu vinsses (l’action de venir est concomitante à l’action de vouloir)
    (27b) Je voulais que tu fusses venu (l’action de venir est antérieure à l’action de vouloir)
    (28) Mon père a consenti que je suive mon choix. (Corneille, Le Menteur, 1643)

    On notera qu’en l’absence de « subjonctif futur », l’ultériorité de la subordonnée au regard de la principale est prise en charge par les mêmes formes que celles témoignant d’une simultanéité entre les événements, qui peut donc s’interpréter de plusieurs façons.

    IV.2. Lorsque la subordonnée est à l’indicatif

    Les contraintes de la concordance des temps sont ici moins fortes, mais notons cependant que le conditionnel peut être employé pour ouvrir sur une interprétation modale potentielle, et ainsi suppléer l’impossibilité d’employer un subjonctif, de sens approchant, par exemple dans les subordonnées périphrastiques (29).

    (29) Ceux qui viendraient seront récompensés.

    On notera le cas particulier des paroles rapportées, où le choix des tiroirs verbaux dénotent des prises en charge énonciatives plus ou moins fortes. Avec une principale au passé notamment, le choix dans la subordonnée d’un verbe en passé semble témoigner d’un rapport plus objectif qu’un verbe au présent, qui oriente davantage vers une interprétation ou une reformulation des propos effectivement prononcés (30a et 30b).

    (30a) Il a dit qu’il parlait anglais.
    (30b) Il a dit qu’il parle anglais.

    Enfin, signalons que dans le cas des complétives introduites par un verbe de croyance, la concordance des temps doit être plus strictement observée dans la mesure où les deux événements sont perçus comme très fortement liés l’un à l’autre (31).

    (31) Il croyait que je m’étais / *me suis perdu.

    V. Conclusions et bibliographie

    On se reportera en priorité à la bibliographie des différents articles évoqués dans ce billet, et on complètera ces différentes questions avec cet article de Muller (2011), qui s’est penché sur la sémantique des relatives prédicatives. Également, bien qu’un peu plus vieux, cet article de Rosier & Wilmet (2003) interroge la notion de concordance des temps et montre, au-delà du caractère mécanique qui a été présenté précédemment, que les occurrences doivent toujours être contextualisées pour être interprétées.

    Site sous licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 4.0) : partage autorisé, sous couvert de citation et d’attribution de la source originale. Modification et utilisation commerciale formellement interdites (lien)

    #circonstancielle #complétive #concordanceDesTemps #grammaire #MathieuGoux #proposition #relative #Sémantique #subjonctif #subordonnée #Syntaxe #verbe
  2. Le mode des propositions subordonnées

    Plan de l’article :

    1. I. Définition générale
    2. II. Modes personnels
      1. II.1. Selon le sens de la subordonnée (relatives et circonstancielles)
        1. II.1.1. Indicatif contraint
        2. II.1.2. Subjonctif contraint
      2. II.2. Selon le sens de la principale (complétives)
        1. II.2.1. Indicatif contraint
        2. II.2.2. Subjonctif contraint
        3. II.2.3. Cas particuliers
    3. III. Modes impersonnels
    4. IV. Interprétations temporelles
      1. IV.1. Lorsque la subordonnée est au subjonctif
      2. IV.2. Lorsque la subordonnée est à l’indicatif
    5. V. Conclusions et bibliographie

    I. Définition générale

    De quelle façon le mode des subordonnées varie-t-il ?

    Les propositions subordonnées composent une famille particulièrement riche de sous-phrases, qui participent de différentes façons à la syntaxe et au sens de l’énoncé. L’un des éléments les plus discutés est le choix du mode du verbe de la subordonnée car celui-ci, effectivement, peut être parfois libre et alterner, notamment, entre indicatif et subjonctif (1) ; et parfois contraint (2).

    (1) Je cherche un homme qui peut / puisse m’aider.
    (2) Avant qu’il *est / soit venu

    Il peut également se poser la question du tiroir verbal à choisir dans la subordonnée, en relation avec le tiroir verbal de la proposition principale (3), et les nuances de sens en découlant.

    (3) Je lui ai dit qu’il était / est / serait malade.

    D’une façon générale, le choix du mode et du temps dans la subordonnée a des influences décisives sur son sens, et est influencée tant par des contraintes morphosyntaxiques diverses liées tant à sa nature qu’à la nature du terme introducteur, tant par l’interprétation voulue.

    Nous diviserons cet article selon les grandes entrées modales reconnues par la grammaire traditionnelle, et notamment en distinguant les modes personnels d’une part (indicatif et subjonctif), les modes impersonnels de l’autre.

    II. Modes personnels

    Tant l’indicatif que le subjonctif peuvent se retrouver dans des propositions subordonnées, comme vu supra. L’impératif, en revanche, en est strictement exclu et ce quelle que soit la nature de la subordonnée, relative (4a), complétive (4b) ou circonstancielle (4c).

    (4a) *J’ai vu l’homme qui venons.
    (4b) *Je lui ai dit que venons.
    (4c) *Après que venons.

    L’emploi de l’indicatif ou du subjonctif relève, partant, de deux cas de figure : soit d’un choix libre, c’est-à-dire non contrait par la grammaire ; soit d’un choix contraint. Il y a une continuité de fait entre les deux, la contrainte venant, généralement, d’un figement d’une certaine liberté historique qui a sédimenté une certaine interprétation sémantique.

    II.1. Selon le sens de la subordonnée (relatives et circonstancielles)

    L’opposition trouvée entre indicatif et subjonctif dépend de l’interprétation générale de ces deux modes en langue : l’indicatif est lié à l’univers partagé entre les locuteurs et locutrices, monde du réel et du prévisible. Le subjonctif, quant à lui, est le mode de l’irréel et du potentiel, du souhait et de la conditionnalité. Cette opposition se matérialise très bien dans le cadre des subordonnées relatives adjectives restrictives, où l’alternance du monde influence particulièrement l’interprétation (5a, 5b) :

    (5a) Je cherche un homme qui peut m’aider.
    (5b) Je cherche un homme qui puisse m’aider.

    Ainsi, l’indicatif dans (5a) implique que ledit homme recherché existe bel et bien, tandis que le subjonctif dans (5b) va introduire un doute quant à cette existence. Selon, dès lors, les opinions et les sentiments de la personne qui construit cette subordonnée, l’interprétation sera légèrement différente. Ce cas compose, cependant, le seul et véritable endroit où le choix du mode de la subordonnée est parfaitement libre, puisque ce choix est généralement contraint par la nature des subordonnées ou des propositions matrices.

    II.1.1. Indicatif contraint

    L’indicatif est ainsi un choix contraint dans les subordonnées relatives périphrastiques, dans la mesure où elles construisent un groupe nominal dans l’existence est nécessairement présupposée (6). La même raison préside aux relatives substantives, dites encore « sans antécédents » (7).

    (6) Ceux qui veulent / *veuillent venir…
    (7) Qui veut / veuille voyager loin ménage sa monture.

    On trouve également l’indicatif dans les subordonnées relatives prédicatives, comme elles décrivent nécessairement des événements du monde réel, non soumis à interprétation (8).

    (8) Dix heures, et Pierre qui veut / veuille venir !

    L’indicatif est également contraint dans les subordonnées circonstancielles qui expriment, là encore, des événements non soumis à condition ou interprétation, notamment celles exprimant l’antériorité ou la simultanéité au regard de l’événement principal (9), les circonstancielles introduites par un si hypothétique dans la mesure où elles construisent un univers potentiel pour établir une conséquence imaginée (10) ; dans celles introduites par quand ou comme, qui présentent la temporalité de la subordonnée comme nécessaire et incontestable (11a et 11b) ; enfin, dans les circonstancielles argumentatives, qui présentent une cause à une conséquence donnée dans la proposition principale, là encore du fait de la temporalité logique entre les événements (12).

    (9) Après qu’il est / ?soit venu, on a fait la fête.
    (10) S’il vient / *vienne, alors on fera la fête.
    (11a) Quand il viendra / *vienne, on fera la fête.
    (11b) Comme il vient / *vienne, on fera la fête.
    (12) Parce qu’il est / *soit venu, on a fait la fête.

    Notons qu’on entend souvent le subjonctif dans les exemples similaires à (9), sans doute par analogie avec les subordonnées introduites par avant que (14 infra). Là, outre la symétrie des structures qui invite à généraliser le processus, le subjonctif étant souvent trouvé dans les locutions conjonctives composées par que (comme bien que, pour que 15 infra etc.), son emploi se trouve dans des structures qui, sémantiquement, devraient en être exemptes.

    II.1.2. Subjonctif contraint

    Le subjonctif est lors contraint dans toutes les autres occurrences de subordonnées relatives et circonstancielles, et notamment dans toutes les subordonnées exprimant la concession (13). Ces subordonnées construisent des mondes possibles dans lesquels on imagine tel événement se produire, mais qu’on élimine immédiatement de notre décision puisque la conséquence arrivera nécessairement.

    (13) Quel qu’il soit / *est, je l’aime. (c’est-à-dire, qu’il soit un tel, un tel, un tel… peu importe, je l’aime de toutes façons)

    On trouve également le subjonctif dans les subordonnées exprimant un événement ultérieur à la principale, dans la mesure où celui-ci, n’étant pas encore survenu, peut éventuellement ne pas avoir lieu (14).

    (14) Avant qu’il (ne) vienne / *vient, on fera les courses.

    On notera dans cet exemple l’emploi éventuellement d’une marque négative, dit encore ne explétif, relique d’une ancienne négation en tant que telle. Ce ne a, dans ces cas de figure, parfaitement perdu son rôle niant, mais il garde une valeur discordantielle, marquant un désaccord ou, tout u moins, l’ouverture d’une éventualité contrecarrée.

    On trouve également le subjonctif dans les circonstancielles évoquant des conséquences, dont la cause est dans la principale, puisque la conséquence n’est donc pas encore survenu (15).

    (15) Je lui écris pour qu’il vienne / *vient me voir.

    II.2. Selon le sens de la principale (complétives)

    Dans les subordonnées complétives, le choix du mode dépend d’un calcul sémantique plus complexe, qui prend en compte le sens du verbe de la proposition principale et ce toujours selon une logique opposant « univers réel » et « univers supposé ».

    II.2.1. Indicatif contraint

    L’indicatif est de mise si le verbe de la proposition principale évoque une prise de parole (comme dire), une perception sensible (sentir), un savoir présenté comme certain (savoir, être évident). Ces verbes et périphrases verbales ancrent nécessairement le prédicat subséquent dans un univers partagé (16a, 16b, 16c et 16d).

    (16a) Je dis qu’il faut / *faille partir.
    (16b) Je sens qu’il faut / *faille partir.
    (16c) Je sais qu’il faut / *faille partir.
    (16d) Il est évident qu’il faut / *faille partir.

    II.2.2. Subjonctif contraint

    Le subjonctif est employé dans les complétives dans les cas où le verbe principal implique une action recommandée ou à venir, par obligation ou nécessité, ou encore avec des verbes de souhait : ainsi, les verbes falloir, souhaiter, vouloir ou désirer introduisent une complétives au subjonctif (17a, 17b, 17c, 17d) dans la mesure où l’action de la subordonnée est soumise à conditionnalité. C’est par excellence, l’emploi attendu du subjonctif en français.

    (17a) Il faut qu’il vienne / *vient.
    (17b) Je souhaite qu’il vienne / *vient.
    (17c) Je veux qu’il vienne / *vient.
    (17d) Je désire qu’il vienne / *vient.

    De même, les verbes exprimant une probabilité, un doute ou une crainte, introduisent également une complétive au subjonctif pour les mêmes raisons (18a et 18b).

    (18a) Je crains qu’il (ne) vienne / *vient.
    (18b) Je doute qu’il (ne) vienne / *vient.

    Notons que l’on peut encore trouver là le ne explétif dont nous parlions précédemment.

    II.2.3. Cas particuliers

    Deux cas particuliers doivent être évoqués ici, dans la mesure où ils autorisent une alternance entre indicatif et subjonctif. Il y a, tout d’abord, le cas des verbes de croyance (comme croire), qui appellent l’indicatif à la forme affirmative (19a) et le subjonctif à la forme négative (19b).

    (19a) Je crois qu’il vient / *vienne.
    (19b) Je ne crois pas qu’il vienne / *vient.

    L’interprétation sémantiquement est ici à l’origine de cette distinction : à la forme affirmative, le verbe croire implique une croyance présentée comme véritable ; à la forme négative, il implique un doute et, partant, introduit une action qui peut ne pas se réaliser.

    Un autre cas particulier concerne le tour il est probable que, pour lequel le choix du mode détermine le degré de certitude envisagé, avec l’indicatif, évidemment, marquant une grande certitude (20a) et le subjonctif, une certitude moindre ou faible (20b).

    (20a) Il est probable qu’il vient.
    (20b) Il est probable qu’il vienne.

    III. Modes impersonnels

    Les modes impersonnels (gérondif, participe et infinitif) se rencontrent dans des équivalents fonctionnels à certaines subordonnées complétives ou circonstancielles. Ainsi, le gérondif pourra alterner avec une subordonnée introduite par alors que (21), l’infinitif avec une complétive lorsque le sujet du prédicat second est le même que la principale (22), le participe peut construire des subordonnées circonstancielles elliptiques de différentes façons (23).

    (21) En venant (alors que je venais)
    (22) Je veux venir (*je veux que je vienne)
    (23) Le temps écoulé (une fois le temps écoulé)

    IV. Interprétations temporelles

    L’interprétation temporelle du prédicat de la subordonnée s’analyse en relation de l’événement dénoté par la proposition principale, et détermine différents types de relation. On distingue notamment une interprétation de l’ordre de la simultanéité, fût-elle présente, passée ou future (24), et une autre sous la forme d’une antériorité d’une action sur une autre (25).

    (24) Je vois / ai vu / verrai la femme qui parle / a parlé / parlera.
    (25) Je vois la femme qui a parlé / J’ai vu la femme qui parle.

    La relation temporelle entre les propositions a donné lieu à des tendances particulières, appelée souvent la concordance des temps, qui donne lieu à deux cas de figure selon le mode de la subordonnée. Cette concordance vise à rendre explicite les relations temporelles entre les subordonnées.

    IV.1. Lorsque la subordonnée est au subjonctif

    Lorsque la proposition principale est au présent ou au futur, le subjonctif présent marquera la simultanéité entre les événements (26a), alors que le subjonctif passé marquera l’antériorité de la subordonnée sur la principale (26b) :

    (26a) Je veux / voudrai que tu viennes (l’action de venir est concomitante à l’action de vouloir)
    (26b) Je veux / voudrai que tu sois retardé (l’action d’être retardé est antérieure à l’action de vouloir).

    Lorsque la proposition principale est à un temps du passé, on attendrait légitiment les subjonctifs imparfait et plus-que-parfait pour traduire les mêmes relations de simultanéité (27a) et d’antériorité (27b). Leur paradigme très irrégulier, cependant, les rend difficiles à manipuler et dès l’époque classique, on a préféré, tant à l’écrit qu’à l’oral, employer les subjonctifs présents et passés à leur place (28).

    (27a) Je voulais que tu vinsses (l’action de venir est concomitante à l’action de vouloir)
    (27b) Je voulais que tu fusses venu (l’action de venir est antérieure à l’action de vouloir)
    (28) Mon père a consenti que je suive mon choix. (Corneille, Le Menteur, 1643)

    On notera qu’en l’absence de « subjonctif futur », l’ultériorité de la subordonnée au regard de la principale est prise en charge par les mêmes formes que celles témoignant d’une simultanéité entre les événements, qui peut donc s’interpréter de plusieurs façons.

    IV.2. Lorsque la subordonnée est à l’indicatif

    Les contraintes de la concordance des temps sont ici moins fortes, mais notons cependant que le conditionnel peut être employé pour ouvrir sur une interprétation modale potentielle, et ainsi suppléer l’impossibilité d’employer un subjonctif, de sens approchant, par exemple dans les subordonnées périphrastiques (29).

    (29) Ceux qui viendraient seront récompensés.

    On notera le cas particulier des paroles rapportées, où le choix des tiroirs verbaux dénotent des prises en charge énonciatives plus ou moins fortes. Avec une principale au passé notamment, le choix dans la subordonnée d’un verbe en passé semble témoigner d’un rapport plus objectif qu’un verbe au présent, qui oriente davantage vers une interprétation ou une reformulation des propos effectivement prononcés (30a et 30b).

    (30a) Il a dit qu’il parlait anglais.
    (30b) Il a dit qu’il parle anglais.

    Enfin, signalons que dans le cas des complétives introduites par un verbe de croyance, la concordance des temps doit être plus strictement observée dans la mesure où les deux événements sont perçus comme très fortement liés l’un à l’autre (31).

    (31) Il croyait que je m’étais / *me suis perdu.

    V. Conclusions et bibliographie

    On se reportera en priorité à la bibliographie des différents articles évoqués dans ce billet, et on complètera ces différentes questions avec cet article de Muller (2011), qui s’est penché sur la sémantique des relatives prédicatives. Également, bien qu’un peu plus vieux, cet article de Rosier & Wilmet (2003) interroge la notion de concordance des temps et montre, au-delà du caractère mécanique qui a été présenté précédemment, que les occurrences doivent toujours être contextualisées pour être interprétées.

    Site sous licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 4.0) : partage autorisé, sous couvert de citation et d’attribution de la source originale. Modification et utilisation commerciale formellement interdites (lien)

    #circonstancielle #complétive #concordanceDesTemps #grammaire #MathieuGoux #proposition #relative #Sémantique #subjonctif #subordonnée #Syntaxe #verbe
  3. Le mode des propositions subordonnées

    Plan de l’article :

    1. I. Définition générale
    2. II. Modes personnels
      1. II.1. Selon le sens de la subordonnée (relatives et circonstancielles)
        1. II.1.1. Indicatif contraint
        2. II.1.2. Subjonctif contraint
      2. II.2. Selon le sens de la principale (complétives)
        1. II.2.1. Indicatif contraint
        2. II.2.2. Subjonctif contraint
        3. II.2.3. Cas particuliers
    3. III. Modes impersonnels
    4. IV. Interprétations temporelles
      1. IV.1. Lorsque la subordonnée est au subjonctif
      2. IV.2. Lorsque la subordonnée est à l’indicatif
    5. V. Conclusions et bibliographie

    I. Définition générale

    De quelle façon le mode des subordonnées varie-t-il ?

    Les propositions subordonnées composent une famille particulièrement riche de sous-phrases, qui participent de différentes façons à la syntaxe et au sens de l’énoncé. L’un des éléments les plus discutés est le choix du mode du verbe de la subordonnée car celui-ci, effectivement, peut être parfois libre et alterner, notamment, entre indicatif et subjonctif (1) ; et parfois contraint (2).

    (1) Je cherche un homme qui peut / puisse m’aider.
    (2) Avant qu’il *est / soit venu

    Il peut également se poser la question du tiroir verbal à choisir dans la subordonnée, en relation avec le tiroir verbal de la proposition principale (3), et les nuances de sens en découlant.

    (3) Je lui ai dit qu’il était / est / serait malade.

    D’une façon générale, le choix du mode et du temps dans la subordonnée a des influences décisives sur son sens, et est influencée tant par des contraintes morphosyntaxiques diverses liées tant à sa nature qu’à la nature du terme introducteur, tant par l’interprétation voulue.

    Nous diviserons cet article selon les grandes entrées modales reconnues par la grammaire traditionnelle, et notamment en distinguant les modes personnels d’une part (indicatif et subjonctif), les modes impersonnels de l’autre.

    II. Modes personnels

    Tant l’indicatif que le subjonctif peuvent se retrouver dans des propositions subordonnées, comme vu supra. L’impératif, en revanche, en est strictement exclu et ce quelle que soit la nature de la subordonnée, relative (4a), complétive (4b) ou circonstancielle (4c).

    (4a) *J’ai vu l’homme qui venons.
    (4b) *Je lui ai dit que venons.
    (4c) *Après que venons.

    L’emploi de l’indicatif ou du subjonctif relève, partant, de deux cas de figure : soit d’un choix libre, c’est-à-dire non contrait par la grammaire ; soit d’un choix contraint. Il y a une continuité de fait entre les deux, la contrainte venant, généralement, d’un figement d’une certaine liberté historique qui a sédimenté une certaine interprétation sémantique.

    II.1. Selon le sens de la subordonnée (relatives et circonstancielles)

    L’opposition trouvée entre indicatif et subjonctif dépend de l’interprétation générale de ces deux modes en langue : l’indicatif est lié à l’univers partagé entre les locuteurs et locutrices, monde du réel et du prévisible. Le subjonctif, quant à lui, est le mode de l’irréel et du potentiel, du souhait et de la conditionnalité. Cette opposition se matérialise très bien dans le cadre des subordonnées relatives adjectives restrictives, où l’alternance du monde influence particulièrement l’interprétation (5a, 5b) :

    (5a) Je cherche un homme qui peut m’aider.
    (5b) Je cherche un homme qui puisse m’aider.

    Ainsi, l’indicatif dans (5a) implique que ledit homme recherché existe bel et bien, tandis que le subjonctif dans (5b) va introduire un doute quant à cette existence. Selon, dès lors, les opinions et les sentiments de la personne qui construit cette subordonnée, l’interprétation sera légèrement différente. Ce cas compose, cependant, le seul et véritable endroit où le choix du mode de la subordonnée est parfaitement libre, puisque ce choix est généralement contraint par la nature des subordonnées ou des propositions matrices.

    II.1.1. Indicatif contraint

    L’indicatif est ainsi un choix contraint dans les subordonnées relatives périphrastiques, dans la mesure où elles construisent un groupe nominal dans l’existence est nécessairement présupposée (6). La même raison préside aux relatives substantives, dites encore « sans antécédents » (7).

    (6) Ceux qui veulent / *veuillent venir…
    (7) Qui veut / veuille voyager loin ménage sa monture.

    On trouve également l’indicatif dans les subordonnées relatives prédicatives, comme elles décrivent nécessairement des événements du monde réel, non soumis à interprétation (8).

    (8) Dix heures, et Pierre qui veut / veuille venir !

    L’indicatif est également contraint dans les subordonnées circonstancielles qui expriment, là encore, des événements non soumis à condition ou interprétation, notamment celles exprimant l’antériorité ou la simultanéité au regard de l’événement principal (9), les circonstancielles introduites par un si hypothétique dans la mesure où elles construisent un univers potentiel pour établir une conséquence imaginée (10) ; dans celles introduites par quand ou comme, qui présentent la temporalité de la subordonnée comme nécessaire et incontestable (11a et 11b) ; enfin, dans les circonstancielles argumentatives, qui présentent une cause à une conséquence donnée dans la proposition principale, là encore du fait de la temporalité logique entre les événements (12).

    (9) Après qu’il est / ?soit venu, on a fait la fête.
    (10) S’il vient / *vienne, alors on fera la fête.
    (11a) Quand il viendra / *vienne, on fera la fête.
    (11b) Comme il vient / *vienne, on fera la fête.
    (12) Parce qu’il est / *soit venu, on a fait la fête.

    Notons qu’on entend souvent le subjonctif dans les exemples similaires à (9), sans doute par analogie avec les subordonnées introduites par avant que (14 infra). Là, outre la symétrie des structures qui invite à généraliser le processus, le subjonctif étant souvent trouvé dans les locutions conjonctives composées par que (comme bien que, pour que 15 infra etc.), son emploi se trouve dans des structures qui, sémantiquement, devraient en être exemptes.

    II.1.2. Subjonctif contraint

    Le subjonctif est lors contraint dans toutes les autres occurrences de subordonnées relatives et circonstancielles, et notamment dans toutes les subordonnées exprimant la concession (13). Ces subordonnées construisent des mondes possibles dans lesquels on imagine tel événement se produire, mais qu’on élimine immédiatement de notre décision puisque la conséquence arrivera nécessairement.

    (13) Quel qu’il soit / *est, je l’aime. (c’est-à-dire, qu’il soit un tel, un tel, un tel… peu importe, je l’aime de toutes façons)

    On trouve également le subjonctif dans les subordonnées exprimant un événement ultérieur à la principale, dans la mesure où celui-ci, n’étant pas encore survenu, peut éventuellement ne pas avoir lieu (14).

    (14) Avant qu’il (ne) vienne / *vient, on fera les courses.

    On notera dans cet exemple l’emploi éventuellement d’une marque négative, dit encore ne explétif, relique d’une ancienne négation en tant que telle. Ce ne a, dans ces cas de figure, parfaitement perdu son rôle niant, mais il garde une valeur discordantielle, marquant un désaccord ou, tout u moins, l’ouverture d’une éventualité contrecarrée.

    On trouve également le subjonctif dans les circonstancielles évoquant des conséquences, dont la cause est dans la principale, puisque la conséquence n’est donc pas encore survenu (15).

    (15) Je lui écris pour qu’il vienne / *vient me voir.

    II.2. Selon le sens de la principale (complétives)

    Dans les subordonnées complétives, le choix du mode dépend d’un calcul sémantique plus complexe, qui prend en compte le sens du verbe de la proposition principale et ce toujours selon une logique opposant « univers réel » et « univers supposé ».

    II.2.1. Indicatif contraint

    L’indicatif est de mise si le verbe de la proposition principale évoque une prise de parole (comme dire), une perception sensible (sentir), un savoir présenté comme certain (savoir, être évident). Ces verbes et périphrases verbales ancrent nécessairement le prédicat subséquent dans un univers partagé (16a, 16b, 16c et 16d).

    (16a) Je dis qu’il faut / *faille partir.
    (16b) Je sens qu’il faut / *faille partir.
    (16c) Je sais qu’il faut / *faille partir.
    (16d) Il est évident qu’il faut / *faille partir.

    II.2.2. Subjonctif contraint

    Le subjonctif est employé dans les complétives dans les cas où le verbe principal implique une action recommandée ou à venir, par obligation ou nécessité, ou encore avec des verbes de souhait : ainsi, les verbes falloir, souhaiter, vouloir ou désirer introduisent une complétives au subjonctif (17a, 17b, 17c, 17d) dans la mesure où l’action de la subordonnée est soumise à conditionnalité. C’est par excellence, l’emploi attendu du subjonctif en français.

    (17a) Il faut qu’il vienne / *vient.
    (17b) Je souhaite qu’il vienne / *vient.
    (17c) Je veux qu’il vienne / *vient.
    (17d) Je désire qu’il vienne / *vient.

    De même, les verbes exprimant une probabilité, un doute ou une crainte, introduisent également une complétive au subjonctif pour les mêmes raisons (18a et 18b).

    (18a) Je crains qu’il (ne) vienne / *vient.
    (18b) Je doute qu’il (ne) vienne / *vient.

    Notons que l’on peut encore trouver là le ne explétif dont nous parlions précédemment.

    II.2.3. Cas particuliers

    Deux cas particuliers doivent être évoqués ici, dans la mesure où ils autorisent une alternance entre indicatif et subjonctif. Il y a, tout d’abord, le cas des verbes de croyance (comme croire), qui appellent l’indicatif à la forme affirmative (19a) et le subjonctif à la forme négative (19b).

    (19a) Je crois qu’il vient / *vienne.
    (19b) Je ne crois pas qu’il vienne / *vient.

    L’interprétation sémantiquement est ici à l’origine de cette distinction : à la forme affirmative, le verbe croire implique une croyance présentée comme véritable ; à la forme négative, il implique un doute et, partant, introduit une action qui peut ne pas se réaliser.

    Un autre cas particulier concerne le tour il est probable que, pour lequel le choix du mode détermine le degré de certitude envisagé, avec l’indicatif, évidemment, marquant une grande certitude (20a) et le subjonctif, une certitude moindre ou faible (20b).

    (20a) Il est probable qu’il vient.
    (20b) Il est probable qu’il vienne.

    III. Modes impersonnels

    Les modes impersonnels (gérondif, participe et infinitif) se rencontrent dans des équivalents fonctionnels à certaines subordonnées complétives ou circonstancielles. Ainsi, le gérondif pourra alterner avec une subordonnée introduite par alors que (21), l’infinitif avec une complétive lorsque le sujet du prédicat second est le même que la principale (22), le participe peut construire des subordonnées circonstancielles elliptiques de différentes façons (23).

    (21) En venant (alors que je venais)
    (22) Je veux venir (*je veux que je vienne)
    (23) Le temps écoulé (une fois le temps écoulé)

    IV. Interprétations temporelles

    L’interprétation temporelle du prédicat de la subordonnée s’analyse en relation de l’événement dénoté par la proposition principale, et détermine différents types de relation. On distingue notamment une interprétation de l’ordre de la simultanéité, fût-elle présente, passée ou future (24), et une autre sous la forme d’une antériorité d’une action sur une autre (25).

    (24) Je vois / ai vu / verrai la femme qui parle / a parlé / parlera.
    (25) Je vois la femme qui a parlé / J’ai vu la femme qui parle.

    La relation temporelle entre les propositions a donné lieu à des tendances particulières, appelée souvent la concordance des temps, qui donne lieu à deux cas de figure selon le mode de la subordonnée. Cette concordance vise à rendre explicite les relations temporelles entre les subordonnées.

    IV.1. Lorsque la subordonnée est au subjonctif

    Lorsque la proposition principale est au présent ou au futur, le subjonctif présent marquera la simultanéité entre les événements (26a), alors que le subjonctif passé marquera l’antériorité de la subordonnée sur la principale (26b) :

    (26a) Je veux / voudrai que tu viennes (l’action de venir est concomitante à l’action de vouloir)
    (26b) Je veux / voudrai que tu sois retardé (l’action d’être retardé est antérieure à l’action de vouloir).

    Lorsque la proposition principale est à un temps du passé, on attendrait légitiment les subjonctifs imparfait et plus-que-parfait pour traduire les mêmes relations de simultanéité (27a) et d’antériorité (27b). Leur paradigme très irrégulier, cependant, les rend difficiles à manipuler et dès l’époque classique, on a préféré, tant à l’écrit qu’à l’oral, employer les subjonctifs présents et passés à leur place (28).

    (27a) Je voulais que tu vinsses (l’action de venir est concomitante à l’action de vouloir)
    (27b) Je voulais que tu fusses venu (l’action de venir est antérieure à l’action de vouloir)
    (28) Mon père a consenti que je suive mon choix. (Corneille, Le Menteur, 1643)

    On notera qu’en l’absence de « subjonctif futur », l’ultériorité de la subordonnée au regard de la principale est prise en charge par les mêmes formes que celles témoignant d’une simultanéité entre les événements, qui peut donc s’interpréter de plusieurs façons.

    IV.2. Lorsque la subordonnée est à l’indicatif

    Les contraintes de la concordance des temps sont ici moins fortes, mais notons cependant que le conditionnel peut être employé pour ouvrir sur une interprétation modale potentielle, et ainsi suppléer l’impossibilité d’employer un subjonctif, de sens approchant, par exemple dans les subordonnées périphrastiques (29).

    (29) Ceux qui viendraient seront récompensés.

    On notera le cas particulier des paroles rapportées, où le choix des tiroirs verbaux dénotent des prises en charge énonciatives plus ou moins fortes. Avec une principale au passé notamment, le choix dans la subordonnée d’un verbe en passé semble témoigner d’un rapport plus objectif qu’un verbe au présent, qui oriente davantage vers une interprétation ou une reformulation des propos effectivement prononcés (30a et 30b).

    (30a) Il a dit qu’il parlait anglais.
    (30b) Il a dit qu’il parle anglais.

    Enfin, signalons que dans le cas des complétives introduites par un verbe de croyance, la concordance des temps doit être plus strictement observée dans la mesure où les deux événements sont perçus comme très fortement liés l’un à l’autre (31).

    (31) Il croyait que je m’étais / *me suis perdu.

    V. Conclusions et bibliographie

    On se reportera en priorité à la bibliographie des différents articles évoqués dans ce billet, et on complètera ces différentes questions avec cet article de Muller (2011), qui s’est penché sur la sémantique des relatives prédicatives. Également, bien qu’un peu plus vieux, cet article de Rosier & Wilmet (2003) interroge la notion de concordance des temps et montre, au-delà du caractère mécanique qui a été présenté précédemment, que les occurrences doivent toujours être contextualisées pour être interprétées.

    Site sous licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 4.0) : partage autorisé, sous couvert de citation et d’attribution de la source originale. Modification et utilisation commerciale formellement interdites (lien)

    #circonstancielle #complétive #concordanceDesTemps #grammaire #MathieuGoux #proposition #relative #Sémantique #subjonctif #subordonnée #Syntaxe #verbe
  4. Le mode des propositions subordonnées

    Plan de l’article :

    1. I. Définition générale
    2. II. Modes personnels
      1. II.1. Selon le sens de la subordonnée (relatives et circonstancielles)
        1. II.1.1. Indicatif contraint
        2. II.1.2. Subjonctif contraint
      2. II.2. Selon le sens de la principale (complétives)
        1. II.2.1. Indicatif contraint
        2. II.2.2. Subjonctif contraint
        3. II.2.3. Cas particuliers
    3. III. Modes impersonnels
    4. IV. Interprétations temporelles
      1. IV.1. Lorsque la subordonnée est au subjonctif
      2. IV.2. Lorsque la subordonnée est à l’indicatif
    5. V. Conclusions et bibliographie

    I. Définition générale

    De quelle façon le mode des subordonnées varie-t-il ?

    Les propositions subordonnées composent une famille particulièrement riche de sous-phrases, qui participent de différentes façons à la syntaxe et au sens de l’énoncé. L’un des éléments les plus discutés est le choix du mode du verbe de la subordonnée car celui-ci, effectivement, peut être parfois libre et alterner, notamment, entre indicatif et subjonctif (1) ; et parfois contraint (2).

    (1) Je cherche un homme qui peut / puisse m’aider.
    (2) Avant qu’il *est / soit venu

    Il peut également se poser la question du tiroir verbal à choisir dans la subordonnée, en relation avec le tiroir verbal de la proposition principale (3), et les nuances de sens en découlant.

    (3) Je lui ai dit qu’il était / est / serait malade.

    D’une façon générale, le choix du mode et du temps dans la subordonnée a des influences décisives sur son sens, et est influencée tant par des contraintes morphosyntaxiques diverses liées tant à sa nature qu’à la nature du terme introducteur, tant par l’interprétation voulue.

    Nous diviserons cet article selon les grandes entrées modales reconnues par la grammaire traditionnelle, et notamment en distinguant les modes personnels d’une part (indicatif et subjonctif), les modes impersonnels de l’autre.

    II. Modes personnels

    Tant l’indicatif que le subjonctif peuvent se retrouver dans des propositions subordonnées, comme vu supra. L’impératif, en revanche, en est strictement exclu et ce quelle que soit la nature de la subordonnée, relative (4a), complétive (4b) ou circonstancielle (4c).

    (4a) *J’ai vu l’homme qui venons.
    (4b) *Je lui ai dit que venons.
    (4c) *Après que venons.

    L’emploi de l’indicatif ou du subjonctif relève, partant, de deux cas de figure : soit d’un choix libre, c’est-à-dire non contrait par la grammaire ; soit d’un choix contraint. Il y a une continuité de fait entre les deux, la contrainte venant, généralement, d’un figement d’une certaine liberté historique qui a sédimenté une certaine interprétation sémantique.

    II.1. Selon le sens de la subordonnée (relatives et circonstancielles)

    L’opposition trouvée entre indicatif et subjonctif dépend de l’interprétation générale de ces deux modes en langue : l’indicatif est lié à l’univers partagé entre les locuteurs et locutrices, monde du réel et du prévisible. Le subjonctif, quant à lui, est le mode de l’irréel et du potentiel, du souhait et de la conditionnalité. Cette opposition se matérialise très bien dans le cadre des subordonnées relatives adjectives restrictives, où l’alternance du monde influence particulièrement l’interprétation (5a, 5b) :

    (5a) Je cherche un homme qui peut m’aider.
    (5b) Je cherche un homme qui puisse m’aider.

    Ainsi, l’indicatif dans (5a) implique que ledit homme recherché existe bel et bien, tandis que le subjonctif dans (5b) va introduire un doute quant à cette existence. Selon, dès lors, les opinions et les sentiments de la personne qui construit cette subordonnée, l’interprétation sera légèrement différente. Ce cas compose, cependant, le seul et véritable endroit où le choix du mode de la subordonnée est parfaitement libre, puisque ce choix est généralement contraint par la nature des subordonnées ou des propositions matrices.

    II.1.1. Indicatif contraint

    L’indicatif est ainsi un choix contraint dans les subordonnées relatives périphrastiques, dans la mesure où elles construisent un groupe nominal dans l’existence est nécessairement présupposée (6). La même raison préside aux relatives substantives, dites encore « sans antécédents » (7).

    (6) Ceux qui veulent / *veuillent venir…
    (7) Qui veut / veuille voyager loin ménage sa monture.

    On trouve également l’indicatif dans les subordonnées relatives prédicatives, comme elles décrivent nécessairement des événements du monde réel, non soumis à interprétation (8).

    (8) Dix heures, et Pierre qui veut / veuille venir !

    L’indicatif est également contraint dans les subordonnées circonstancielles qui expriment, là encore, des événements non soumis à condition ou interprétation, notamment celles exprimant l’antériorité ou la simultanéité au regard de l’événement principal (9), les circonstancielles introduites par un si hypothétique dans la mesure où elles construisent un univers potentiel pour établir une conséquence imaginée (10) ; dans celles introduites par quand ou comme, qui présentent la temporalité de la subordonnée comme nécessaire et incontestable (11a et 11b) ; enfin, dans les circonstancielles argumentatives, qui présentent une cause à une conséquence donnée dans la proposition principale, là encore du fait de la temporalité logique entre les événements (12).

    (9) Après qu’il est / ?soit venu, on a fait la fête.
    (10) S’il vient / *vienne, alors on fera la fête.
    (11a) Quand il viendra / *vienne, on fera la fête.
    (11b) Comme il vient / *vienne, on fera la fête.
    (12) Parce qu’il est / *soit venu, on a fait la fête.

    Notons qu’on entend souvent le subjonctif dans les exemples similaires à (9), sans doute par analogie avec les subordonnées introduites par avant que (14 infra). Là, outre la symétrie des structures qui invite à généraliser le processus, le subjonctif étant souvent trouvé dans les locutions conjonctives composées par que (comme bien que, pour que 15 infra etc.), son emploi se trouve dans des structures qui, sémantiquement, devraient en être exemptes.

    II.1.2. Subjonctif contraint

    Le subjonctif est lors contraint dans toutes les autres occurrences de subordonnées relatives et circonstancielles, et notamment dans toutes les subordonnées exprimant la concession (13). Ces subordonnées construisent des mondes possibles dans lesquels on imagine tel événement se produire, mais qu’on élimine immédiatement de notre décision puisque la conséquence arrivera nécessairement.

    (13) Quel qu’il soit / *est, je l’aime. (c’est-à-dire, qu’il soit un tel, un tel, un tel… peu importe, je l’aime de toutes façons)

    On trouve également le subjonctif dans les subordonnées exprimant un événement ultérieur à la principale, dans la mesure où celui-ci, n’étant pas encore survenu, peut éventuellement ne pas avoir lieu (14).

    (14) Avant qu’il (ne) vienne / *vient, on fera les courses.

    On notera dans cet exemple l’emploi éventuellement d’une marque négative, dit encore ne explétif, relique d’une ancienne négation en tant que telle. Ce ne a, dans ces cas de figure, parfaitement perdu son rôle niant, mais il garde une valeur discordantielle, marquant un désaccord ou, tout u moins, l’ouverture d’une éventualité contrecarrée.

    On trouve également le subjonctif dans les circonstancielles évoquant des conséquences, dont la cause est dans la principale, puisque la conséquence n’est donc pas encore survenu (15).

    (15) Je lui écris pour qu’il vienne / *vient me voir.

    II.2. Selon le sens de la principale (complétives)

    Dans les subordonnées complétives, le choix du mode dépend d’un calcul sémantique plus complexe, qui prend en compte le sens du verbe de la proposition principale et ce toujours selon une logique opposant « univers réel » et « univers supposé ».

    II.2.1. Indicatif contraint

    L’indicatif est de mise si le verbe de la proposition principale évoque une prise de parole (comme dire), une perception sensible (sentir), un savoir présenté comme certain (savoir, être évident). Ces verbes et périphrases verbales ancrent nécessairement le prédicat subséquent dans un univers partagé (16a, 16b, 16c et 16d).

    (16a) Je dis qu’il faut / *faille partir.
    (16b) Je sens qu’il faut / *faille partir.
    (16c) Je sais qu’il faut / *faille partir.
    (16d) Il est évident qu’il faut / *faille partir.

    II.2.2. Subjonctif contraint

    Le subjonctif est employé dans les complétives dans les cas où le verbe principal implique une action recommandée ou à venir, par obligation ou nécessité, ou encore avec des verbes de souhait : ainsi, les verbes falloir, souhaiter, vouloir ou désirer introduisent une complétives au subjonctif (17a, 17b, 17c, 17d) dans la mesure où l’action de la subordonnée est soumise à conditionnalité. C’est par excellence, l’emploi attendu du subjonctif en français.

    (17a) Il faut qu’il vienne / *vient.
    (17b) Je souhaite qu’il vienne / *vient.
    (17c) Je veux qu’il vienne / *vient.
    (17d) Je désire qu’il vienne / *vient.

    De même, les verbes exprimant une probabilité, un doute ou une crainte, introduisent également une complétive au subjonctif pour les mêmes raisons (18a et 18b).

    (18a) Je crains qu’il (ne) vienne / *vient.
    (18b) Je doute qu’il (ne) vienne / *vient.

    Notons que l’on peut encore trouver là le ne explétif dont nous parlions précédemment.

    II.2.3. Cas particuliers

    Deux cas particuliers doivent être évoqués ici, dans la mesure où ils autorisent une alternance entre indicatif et subjonctif. Il y a, tout d’abord, le cas des verbes de croyance (comme croire), qui appellent l’indicatif à la forme affirmative (19a) et le subjonctif à la forme négative (19b).

    (19a) Je crois qu’il vient / *vienne.
    (19b) Je ne crois pas qu’il vienne / *vient.

    L’interprétation sémantiquement est ici à l’origine de cette distinction : à la forme affirmative, le verbe croire implique une croyance présentée comme véritable ; à la forme négative, il implique un doute et, partant, introduit une action qui peut ne pas se réaliser.

    Un autre cas particulier concerne le tour il est probable que, pour lequel le choix du mode détermine le degré de certitude envisagé, avec l’indicatif, évidemment, marquant une grande certitude (20a) et le subjonctif, une certitude moindre ou faible (20b).

    (20a) Il est probable qu’il vient.
    (20b) Il est probable qu’il vienne.

    III. Modes impersonnels

    Les modes impersonnels (gérondif, participe et infinitif) se rencontrent dans des équivalents fonctionnels à certaines subordonnées complétives ou circonstancielles. Ainsi, le gérondif pourra alterner avec une subordonnée introduite par alors que (21), l’infinitif avec une complétive lorsque le sujet du prédicat second est le même que la principale (22), le participe peut construire des subordonnées circonstancielles elliptiques de différentes façons (23).

    (21) En venant (alors que je venais)
    (22) Je veux venir (*je veux que je vienne)
    (23) Le temps écoulé (une fois le temps écoulé)

    IV. Interprétations temporelles

    L’interprétation temporelle du prédicat de la subordonnée s’analyse en relation de l’événement dénoté par la proposition principale, et détermine différents types de relation. On distingue notamment une interprétation de l’ordre de la simultanéité, fût-elle présente, passée ou future (24), et une autre sous la forme d’une antériorité d’une action sur une autre (25).

    (24) Je vois / ai vu / verrai la femme qui parle / a parlé / parlera.
    (25) Je vois la femme qui a parlé / J’ai vu la femme qui parle.

    La relation temporelle entre les propositions a donné lieu à des tendances particulières, appelée souvent la concordance des temps, qui donne lieu à deux cas de figure selon le mode de la subordonnée. Cette concordance vise à rendre explicite les relations temporelles entre les subordonnées.

    IV.1. Lorsque la subordonnée est au subjonctif

    Lorsque la proposition principale est au présent ou au futur, le subjonctif présent marquera la simultanéité entre les événements (26a), alors que le subjonctif passé marquera l’antériorité de la subordonnée sur la principale (26b) :

    (26a) Je veux / voudrai que tu viennes (l’action de venir est concomitante à l’action de vouloir)
    (26b) Je veux / voudrai que tu sois retardé (l’action d’être retardé est antérieure à l’action de vouloir).

    Lorsque la proposition principale est à un temps du passé, on attendrait légitiment les subjonctifs imparfait et plus-que-parfait pour traduire les mêmes relations de simultanéité (27a) et d’antériorité (27b). Leur paradigme très irrégulier, cependant, les rend difficiles à manipuler et dès l’époque classique, on a préféré, tant à l’écrit qu’à l’oral, employer les subjonctifs présents et passés à leur place (28).

    (27a) Je voulais que tu vinsses (l’action de venir est concomitante à l’action de vouloir)
    (27b) Je voulais que tu fusses venu (l’action de venir est antérieure à l’action de vouloir)
    (28) Mon père a consenti que je suive mon choix. (Corneille, Le Menteur, 1643)

    On notera qu’en l’absence de « subjonctif futur », l’ultériorité de la subordonnée au regard de la principale est prise en charge par les mêmes formes que celles témoignant d’une simultanéité entre les événements, qui peut donc s’interpréter de plusieurs façons.

    IV.2. Lorsque la subordonnée est à l’indicatif

    Les contraintes de la concordance des temps sont ici moins fortes, mais notons cependant que le conditionnel peut être employé pour ouvrir sur une interprétation modale potentielle, et ainsi suppléer l’impossibilité d’employer un subjonctif, de sens approchant, par exemple dans les subordonnées périphrastiques (29).

    (29) Ceux qui viendraient seront récompensés.

    On notera le cas particulier des paroles rapportées, où le choix des tiroirs verbaux dénotent des prises en charge énonciatives plus ou moins fortes. Avec une principale au passé notamment, le choix dans la subordonnée d’un verbe en passé semble témoigner d’un rapport plus objectif qu’un verbe au présent, qui oriente davantage vers une interprétation ou une reformulation des propos effectivement prononcés (30a et 30b).

    (30a) Il a dit qu’il parlait anglais.
    (30b) Il a dit qu’il parle anglais.

    Enfin, signalons que dans le cas des complétives introduites par un verbe de croyance, la concordance des temps doit être plus strictement observée dans la mesure où les deux événements sont perçus comme très fortement liés l’un à l’autre (31).

    (31) Il croyait que je m’étais / *me suis perdu.

    V. Conclusions et bibliographie

    On se reportera en priorité à la bibliographie des différents articles évoqués dans ce billet, et on complètera ces différentes questions avec cet article de Muller (2011), qui s’est penché sur la sémantique des relatives prédicatives. Également, bien qu’un peu plus vieux, cet article de Rosier & Wilmet (2003) interroge la notion de concordance des temps et montre, au-delà du caractère mécanique qui a été présenté précédemment, que les occurrences doivent toujours être contextualisées pour être interprétées.

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    #circonstancielle #complétive #concordanceDesTemps #grammaire #MathieuGoux #proposition #relative #Sémantique #subjonctif #subordonnée #Syntaxe #verbe
  5. Le mode des propositions subordonnées

    Plan de l’article :

    1. I. Définition générale
    2. II. Modes personnels
      1. II.1. Selon le sens de la subordonnée (relatives et circonstancielles)
        1. II.1.1. Indicatif contraint
        2. II.1.2. Subjonctif contraint
      2. II.2. Selon le sens de la principale (complétives)
        1. II.2.1. Indicatif contraint
        2. II.2.2. Subjonctif contraint
        3. II.2.3. Cas particuliers
    3. III. Modes impersonnels
    4. IV. Interprétations temporelles
      1. IV.1. Lorsque la subordonnée est au subjonctif
      2. IV.2. Lorsque la subordonnée est à l’indicatif
    5. V. Conclusions et bibliographie

    I. Définition générale

    De quelle façon le mode des subordonnées varie-t-il ?

    Les propositions subordonnées composent une famille particulièrement riche de sous-phrases, qui participent de différentes façons à la syntaxe et au sens de l’énoncé. L’un des éléments les plus discutés est le choix du mode du verbe de la subordonnée car celui-ci, effectivement, peut être parfois libre et alterner, notamment, entre indicatif et subjonctif (1) ; et parfois contraint (2).

    (1) Je cherche un homme qui peut / puisse m’aider.
    (2) Avant qu’il *est / soit venu

    Il peut également se poser la question du tiroir verbal à choisir dans la subordonnée, en relation avec le tiroir verbal de la proposition principale (3), et les nuances de sens en découlant.

    (3) Je lui ai dit qu’il était / est / serait malade.

    D’une façon générale, le choix du mode et du temps dans la subordonnée a des influences décisives sur son sens, et est influencée tant par des contraintes morphosyntaxiques diverses liées tant à sa nature qu’à la nature du terme introducteur, tant par l’interprétation voulue.

    Nous diviserons cet article selon les grandes entrées modales reconnues par la grammaire traditionnelle, et notamment en distinguant les modes personnels d’une part (indicatif et subjonctif), les modes impersonnels de l’autre.

    II. Modes personnels

    Tant l’indicatif que le subjonctif peuvent se retrouver dans des propositions subordonnées, comme vu supra. L’impératif, en revanche, en est strictement exclu et ce quelle que soit la nature de la subordonnée, relative (4a), complétive (4b) ou circonstancielle (4c).

    (4a) *J’ai vu l’homme qui venons.
    (4b) *Je lui ai dit que venons.
    (4c) *Après que venons.

    L’emploi de l’indicatif ou du subjonctif relève, partant, de deux cas de figure : soit d’un choix libre, c’est-à-dire non contrait par la grammaire ; soit d’un choix contraint. Il y a une continuité de fait entre les deux, la contrainte venant, généralement, d’un figement d’une certaine liberté historique qui a sédimenté une certaine interprétation sémantique.

    II.1. Selon le sens de la subordonnée (relatives et circonstancielles)

    L’opposition trouvée entre indicatif et subjonctif dépend de l’interprétation générale de ces deux modes en langue : l’indicatif est lié à l’univers partagé entre les locuteurs et locutrices, monde du réel et du prévisible. Le subjonctif, quant à lui, est le mode de l’irréel et du potentiel, du souhait et de la conditionnalité. Cette opposition se matérialise très bien dans le cadre des subordonnées relatives adjectives restrictives, où l’alternance du monde influence particulièrement l’interprétation (5a, 5b) :

    (5a) Je cherche un homme qui peut m’aider.
    (5b) Je cherche un homme qui puisse m’aider.

    Ainsi, l’indicatif dans (5a) implique que ledit homme recherché existe bel et bien, tandis que le subjonctif dans (5b) va introduire un doute quant à cette existence. Selon, dès lors, les opinions et les sentiments de la personne qui construit cette subordonnée, l’interprétation sera légèrement différente. Ce cas compose, cependant, le seul et véritable endroit où le choix du mode de la subordonnée est parfaitement libre, puisque ce choix est généralement contraint par la nature des subordonnées ou des propositions matrices.

    II.1.1. Indicatif contraint

    L’indicatif est ainsi un choix contraint dans les subordonnées relatives périphrastiques, dans la mesure où elles construisent un groupe nominal dans l’existence est nécessairement présupposée (6). La même raison préside aux relatives substantives, dites encore « sans antécédents » (7).

    (6) Ceux qui veulent / *veuillent venir…
    (7) Qui veut / veuille voyager loin ménage sa monture.

    On trouve également l’indicatif dans les subordonnées relatives prédicatives, comme elles décrivent nécessairement des événements du monde réel, non soumis à interprétation (8).

    (8) Dix heures, et Pierre qui veut / veuille venir !

    L’indicatif est également contraint dans les subordonnées circonstancielles qui expriment, là encore, des événements non soumis à condition ou interprétation, notamment celles exprimant l’antériorité ou la simultanéité au regard de l’événement principal (9), les circonstancielles introduites par un si hypothétique dans la mesure où elles construisent un univers potentiel pour établir une conséquence imaginée (10) ; dans celles introduites par quand ou comme, qui présentent la temporalité de la subordonnée comme nécessaire et incontestable (11a et 11b) ; enfin, dans les circonstancielles argumentatives, qui présentent une cause à une conséquence donnée dans la proposition principale, là encore du fait de la temporalité logique entre les événements (12).

    (9) Après qu’il est / ?soit venu, on a fait la fête.
    (10) S’il vient / *vienne, alors on fera la fête.
    (11a) Quand il viendra / *vienne, on fera la fête.
    (11b) Comme il vient / *vienne, on fera la fête.
    (12) Parce qu’il est / *soit venu, on a fait la fête.

    Notons qu’on entend souvent le subjonctif dans les exemples similaires à (9), sans doute par analogie avec les subordonnées introduites par avant que (14 infra). Là, outre la symétrie des structures qui invite à généraliser le processus, le subjonctif étant souvent trouvé dans les locutions conjonctives composées par que (comme bien que, pour que 15 infra etc.), son emploi se trouve dans des structures qui, sémantiquement, devraient en être exemptes.

    II.1.2. Subjonctif contraint

    Le subjonctif est lors contraint dans toutes les autres occurrences de subordonnées relatives et circonstancielles, et notamment dans toutes les subordonnées exprimant la concession (13). Ces subordonnées construisent des mondes possibles dans lesquels on imagine tel événement se produire, mais qu’on élimine immédiatement de notre décision puisque la conséquence arrivera nécessairement.

    (13) Quel qu’il soit / *est, je l’aime. (c’est-à-dire, qu’il soit un tel, un tel, un tel… peu importe, je l’aime de toutes façons)

    On trouve également le subjonctif dans les subordonnées exprimant un événement ultérieur à la principale, dans la mesure où celui-ci, n’étant pas encore survenu, peut éventuellement ne pas avoir lieu (14).

    (14) Avant qu’il (ne) vienne / *vient, on fera les courses.

    On notera dans cet exemple l’emploi éventuellement d’une marque négative, dit encore ne explétif, relique d’une ancienne négation en tant que telle. Ce ne a, dans ces cas de figure, parfaitement perdu son rôle niant, mais il garde une valeur discordantielle, marquant un désaccord ou, tout u moins, l’ouverture d’une éventualité contrecarrée.

    On trouve également le subjonctif dans les circonstancielles évoquant des conséquences, dont la cause est dans la principale, puisque la conséquence n’est donc pas encore survenu (15).

    (15) Je lui écris pour qu’il vienne / *vient me voir.

    II.2. Selon le sens de la principale (complétives)

    Dans les subordonnées complétives, le choix du mode dépend d’un calcul sémantique plus complexe, qui prend en compte le sens du verbe de la proposition principale et ce toujours selon une logique opposant « univers réel » et « univers supposé ».

    II.2.1. Indicatif contraint

    L’indicatif est de mise si le verbe de la proposition principale évoque une prise de parole (comme dire), une perception sensible (sentir), un savoir présenté comme certain (savoir, être évident). Ces verbes et périphrases verbales ancrent nécessairement le prédicat subséquent dans un univers partagé (16a, 16b, 16c et 16d).

    (16a) Je dis qu’il faut / *faille partir.
    (16b) Je sens qu’il faut / *faille partir.
    (16c) Je sais qu’il faut / *faille partir.
    (16d) Il est évident qu’il faut / *faille partir.

    II.2.2. Subjonctif contraint

    Le subjonctif est employé dans les complétives dans les cas où le verbe principal implique une action recommandée ou à venir, par obligation ou nécessité, ou encore avec des verbes de souhait : ainsi, les verbes falloir, souhaiter, vouloir ou désirer introduisent une complétives au subjonctif (17a, 17b, 17c, 17d) dans la mesure où l’action de la subordonnée est soumise à conditionnalité. C’est par excellence, l’emploi attendu du subjonctif en français.

    (17a) Il faut qu’il vienne / *vient.
    (17b) Je souhaite qu’il vienne / *vient.
    (17c) Je veux qu’il vienne / *vient.
    (17d) Je désire qu’il vienne / *vient.

    De même, les verbes exprimant une probabilité, un doute ou une crainte, introduisent également une complétive au subjonctif pour les mêmes raisons (18a et 18b).

    (18a) Je crains qu’il (ne) vienne / *vient.
    (18b) Je doute qu’il (ne) vienne / *vient.

    Notons que l’on peut encore trouver là le ne explétif dont nous parlions précédemment.

    II.2.3. Cas particuliers

    Deux cas particuliers doivent être évoqués ici, dans la mesure où ils autorisent une alternance entre indicatif et subjonctif. Il y a, tout d’abord, le cas des verbes de croyance (comme croire), qui appellent l’indicatif à la forme affirmative (19a) et le subjonctif à la forme négative (19b).

    (19a) Je crois qu’il vient / *vienne.
    (19b) Je ne crois pas qu’il vienne / *vient.

    L’interprétation sémantiquement est ici à l’origine de cette distinction : à la forme affirmative, le verbe croire implique une croyance présentée comme véritable ; à la forme négative, il implique un doute et, partant, introduit une action qui peut ne pas se réaliser.

    Un autre cas particulier concerne le tour il est probable que, pour lequel le choix du mode détermine le degré de certitude envisagé, avec l’indicatif, évidemment, marquant une grande certitude (20a) et le subjonctif, une certitude moindre ou faible (20b).

    (20a) Il est probable qu’il vient.
    (20b) Il est probable qu’il vienne.

    III. Modes impersonnels

    Les modes impersonnels (gérondif, participe et infinitif) se rencontrent dans des équivalents fonctionnels à certaines subordonnées complétives ou circonstancielles. Ainsi, le gérondif pourra alterner avec une subordonnée introduite par alors que (21), l’infinitif avec une complétive lorsque le sujet du prédicat second est le même que la principale (22), le participe peut construire des subordonnées circonstancielles elliptiques de différentes façons (23).

    (21) En venant (alors que je venais)
    (22) Je veux venir (*je veux que je vienne)
    (23) Le temps écoulé (une fois le temps écoulé)

    IV. Interprétations temporelles

    L’interprétation temporelle du prédicat de la subordonnée s’analyse en relation de l’événement dénoté par la proposition principale, et détermine différents types de relation. On distingue notamment une interprétation de l’ordre de la simultanéité, fût-elle présente, passée ou future (24), et une autre sous la forme d’une antériorité d’une action sur une autre (25).

    (24) Je vois / ai vu / verrai la femme qui parle / a parlé / parlera.
    (25) Je vois la femme qui a parlé / J’ai vu la femme qui parle.

    La relation temporelle entre les propositions a donné lieu à des tendances particulières, appelée souvent la concordance des temps, qui donne lieu à deux cas de figure selon le mode de la subordonnée. Cette concordance vise à rendre explicite les relations temporelles entre les subordonnées.

    IV.1. Lorsque la subordonnée est au subjonctif

    Lorsque la proposition principale est au présent ou au futur, le subjonctif présent marquera la simultanéité entre les événements (26a), alors que le subjonctif passé marquera l’antériorité de la subordonnée sur la principale (26b) :

    (26a) Je veux / voudrai que tu viennes (l’action de venir est concomitante à l’action de vouloir)
    (26b) Je veux / voudrai que tu sois retardé (l’action d’être retardé est antérieure à l’action de vouloir).

    Lorsque la proposition principale est à un temps du passé, on attendrait légitiment les subjonctifs imparfait et plus-que-parfait pour traduire les mêmes relations de simultanéité (27a) et d’antériorité (27b). Leur paradigme très irrégulier, cependant, les rend difficiles à manipuler et dès l’époque classique, on a préféré, tant à l’écrit qu’à l’oral, employer les subjonctifs présents et passés à leur place (28).

    (27a) Je voulais que tu vinsses (l’action de venir est concomitante à l’action de vouloir)
    (27b) Je voulais que tu fusses venu (l’action de venir est antérieure à l’action de vouloir)
    (28) Mon père a consenti que je suive mon choix. (Corneille, Le Menteur, 1643)

    On notera qu’en l’absence de « subjonctif futur », l’ultériorité de la subordonnée au regard de la principale est prise en charge par les mêmes formes que celles témoignant d’une simultanéité entre les événements, qui peut donc s’interpréter de plusieurs façons.

    IV.2. Lorsque la subordonnée est à l’indicatif

    Les contraintes de la concordance des temps sont ici moins fortes, mais notons cependant que le conditionnel peut être employé pour ouvrir sur une interprétation modale potentielle, et ainsi suppléer l’impossibilité d’employer un subjonctif, de sens approchant, par exemple dans les subordonnées périphrastiques (29).

    (29) Ceux qui viendraient seront récompensés.

    On notera le cas particulier des paroles rapportées, où le choix des tiroirs verbaux dénotent des prises en charge énonciatives plus ou moins fortes. Avec une principale au passé notamment, le choix dans la subordonnée d’un verbe en passé semble témoigner d’un rapport plus objectif qu’un verbe au présent, qui oriente davantage vers une interprétation ou une reformulation des propos effectivement prononcés (30a et 30b).

    (30a) Il a dit qu’il parlait anglais.
    (30b) Il a dit qu’il parle anglais.

    Enfin, signalons que dans le cas des complétives introduites par un verbe de croyance, la concordance des temps doit être plus strictement observée dans la mesure où les deux événements sont perçus comme très fortement liés l’un à l’autre (31).

    (31) Il croyait que je m’étais / *me suis perdu.

    V. Conclusions et bibliographie

    On se reportera en priorité à la bibliographie des différents articles évoqués dans ce billet, et on complètera ces différentes questions avec cet article de Muller (2011), qui s’est penché sur la sémantique des relatives prédicatives. Également, bien qu’un peu plus vieux, cet article de Rosier & Wilmet (2003) interroge la notion de concordance des temps et montre, au-delà du caractère mécanique qui a été présenté précédemment, que les occurrences doivent toujours être contextualisées pour être interprétées.

    Site sous licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 4.0) : partage autorisé, sous couvert de citation et d’attribution de la source originale. Modification et utilisation commerciale formellement interdites (lien)

    #circonstancielle #complétive #concordanceDesTemps #grammaire #MathieuGoux #proposition #relative #Sémantique #subjonctif #subordonnée #Syntaxe #verbe
  6. (5/12) ... rurale (cf 1976 2014 2016 2017) + Psdt de la 'République' arrêté dans la Cité Interdite -> torturé pendant des semaines par ses propres subalternes (cf 1969).

    "Notre État a pour régime la dictature démocratique du Peuple.
    Sa 1ère fonction est d'exercer la répression à l'intérieur du pays sur les classes et les éléments réactionnaires." #semantique

    #year1966 #year1975 #anthropocene #climat #climate #climatechange #climatecrisis

  7. (4/11) ... avec auto-critique publique devant les membres de toutes les cellules du Parti pour faire avouer les 'crimes' d'anti-Parti et anti-socialisme + imposition à chaque unité de travail chinoise son quota de droitier à dénoncer -> si objectif non atteint : coupables à inventer via fausses accusation = trouver des esclaves (#semantique cf 'contre-révolutionnaire' 1949) = 0.5 millions de 'droitiers' arrêtés avec ...

    #year1957 #anthropocene #climat #climate #climatechange #climatecrisis

  8. Sur l’imparfait de l’indicatif

    Plan de l’article :

    I. Définition générale
    II. Emplois temporo-aspectuels
    III. Emplois modaux

    IV. Bibliographie

    I. Définition générale

    Quelles sont les valeurs de l’imparfait de l’indicatif ?

    Le terme imparfait doit d’ores et déjà s’entendre comme « incomplet » ou « inachevé », en opposition du parfait, terme de grammaire qui a pu désigner, pour le français, le passé simple et que l’on retrouve encore en grammaire anglaise, par exemple (perfect, past perfect etc.).

    C’est un tiroir verbal particulièrement riche, aux très nombreuses valeurs temporelles, modales et aspectuelles, proches, finalement, du présent de l’indicatif.

    On désigne ainsi parfois l’imparfait sous le terme de « présent du passé », si ce n’est que son point d’ancrage, plutôt que d’être lié au moment de l’énonciation, est situé dans le passé. Il y a cependant une continuité patente entre ces formes, qui autorisent des commentaires croisés. Généralement et de prime abord, l’imparfait s’interprète en relation avec un autre événement, avec lequel il est en rupture :

    (1) J’observais les étoiles quand je l’entendis.
    (2) Il sort, alors que je l’attendais.

    Cette rupture implique que l’action à l’imparfait n’envisage pas ses limites : on parle ainsi d’aspect sécant, qui s’oppose par exemple à l’aspect global du passé simple, qui dénote une action ayant un début et une fin (2). Cela explique dès lors que l’on trouve souvent l’imparfait avec des verbes dits « imperfectifs », terme de la même famille étymologique que « imparfait », qui n’impliquent pas de finalité à leur action :

    (3) Nous vivions sous la menace.

    Dans le cas contraire, l’imparfait estompe au contraire cette finalité, en donnant l’impression qu’une action d’ordinaire brève se prolonge indûment au-delà de ses bornes naturelles :

    (4) Il sortait.

    Il peut cependant se combiner à des repères temporels (5) ou à des successions chronologiques (6). Ces actions sont prises en relation avec un repère temporel unique, ce qui donne alors un effet d’incomplétude.

    (5) Depuis deux jours, il pleuvait.
    (6) Il se couchait, se redressait, puis frappait.

    En ce sens, l’imparfait est dit comme envisageant l’action du verbe « de l’intérieur », en et par lui-même, et non en relation avec l’environnement. Il autorise en ce sens une progression textuelle spécifique, ce qui en fait souvent un acteur de premier plan de la cohérence textuelle. Cette incomplétude caractéristique autorise enfin l’imparfait à se mouler dans un grand nombre de contextes et ses valeurs, tant temporelles que modales, découlent directement de cette propriété fondamentale.

    II. Emplois temporo-aspectuels

    Comme évoqué précédemment, les emplois temporels de l’imparfait le rendent propices à la description d’événements « de second plan », notamment au regard du passé simple qui fixe le repère temporel primordial.

    (7) Le soleil brillait. Jean se leva alors…

    L’imparfait évite ainsi de créer une fin nette à son action, et propose plutôt une fin ouverte, « comme le dernier écho d’une symphonie qui s’éloigne » pour reprendre une célèbre phrase de Flaubert. On reste sur une impression d’inachevé, au regard du passé simple. Conséquemment, il se prête assez bien à un emploi itératif ou « d’habitude », d’actions qui se répètent un nombre indéterminé de fois :

    (8) Tous les jours, il lisait.

    Au contraire, et du fait de cette saisie de l’action « de l’intérieur », on peut également trouver un emploi plus narratif, lié à un repère temporel précis. L’action est ainsi saisie dans son déroulement et sa longueur, de façon continue. Une comparaison avec le passé simple le fait voir :

    (9a) Le 1er septembre, l’Allemagne envahit la Pologne.
    (9b) Le 1er septembre, l’Allemagne envahissait la Pologne.

    L’imparfait allonge décisivement l’effet de sens, au regard du passé simple qui détermine quant à lui une action commencée et achevée dans un même élan. Comme c’est là une propriété partagée par le présent, on trouvera l’imparfait dans le cadre de la transposition au discours indirect :

    (10a) Jean demanda : « Es-tu rêveur ? »
    (10b) Jean demanda si j’étais rêveur.

    On citera enfin les emplois dits « hypochoristiques », qui imite un parler enfantin. En association avec la troisième personne, l’imparfait rejette alors fictivement l’événement dans le passé pour en atténuer la force.

    (11) Alors, on n’était pas sage ?

    III. Emplois modaux

    Comme l’imparfait exige d’envisager l’action « de l’intérieur », il est possible de l’envisager comme virtuelle, et donc ouverte à toutes les perspectives : incomplète par nature, elle peut s’arrêter, s’infléchir ou s’interrompre. C’est la raison pour laquelle on la trouve souvent dans les systèmes hypothétiques, par exemple en lien avec le conditionnel :

    (12) S’il avait de l’argent, il achèterait une maison.

    On le trouve également dans l’imparfait dit « contrefactuel », ou « d’imminence contrecarrée » : l’événement se serait produit si les conditions idoines avaient été réunies.

    (13) Un instant de plus, et on y passait.

    Mais on l’emploie aussi pour exprimer le souhait (« Si j’étais riche ! »), la perspective (« Et s’il avait raison ? »), le regret (« Si j’avais su ! »), etc. Ces emplois modaux sont des conséquences attendues des propriétés temporo-aspectuelles de l’imparfait, que nous avons présentées précédemment.

    L’imparfait est, avec le présent de l’indicatif, sans doute le tiroir verbal du français le plus polyfonctionnel.Tout comme le présent, il se prête à diverses interprétations en fonction du contexte et se moule ainsi aisément dans des énoncés divers. On retiendra cependant et surtout sa valeur d’incomplétude, d' »imperfection », et le fait qu’il saisisse le procès « de l’intérieur », en et par lui-même, de façon continue mais inachevée, prompte à être interrompue, modifiée ou infléchie.

    IV. Bibliographie

    Parmi les références que nous pouvons donner :

    • On donnera un ouvrage collectif de E. Labeau et P. Larrivée (2005), Nouveaux développements de l’imparfait, qui récapitule beaucoup d’éléments sur ce tiroir verbal.
    • J. Bres (2005) a produit un ouvrage dédié à L’imparfait dit narratif, dont l’apparition en langue n’est pas sans difficultés, et qui a nombre de subtilités à identifier.
    • Enfin, Berthonneau & Kleiber (1993) proposent dans cet article une théorie nouvelle sur son analyse, qui demeure malgré son âge très stimulante pour la compréhension de l’imparfait.

    Site sous licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 4.0) : partage autorisé, sous couvert de citation et d’attribution de la source originale. Modification et utilisation commerciale formellement interdites (lien)

    #grammaire #imparfait #MathieuGoux #mode #Sémantique #temps #verbe

  9. Plan de l’article :

    I. Définition générale
    II. Morphologie
    III. Copules
    IV. Verbes à élargissement attributif

    V. Attributs de l’objet
    VI. Bibliographie

    I. Définition générale

    Que sont les attributs ?

    Nous avions déjà évoqué la notion d’attribution, jadis, par l’intermédiaire du concept de diathèse du verbe, comme on peut faire l’analyse de la « voix passive » sous l’angle de l’attribution. Typiquement et généralement, l’actant de type « attribut » est analysé comme un actant essentiel du verbe, puisque sa suppression entraîne un changement majeur de sens (1). On le trouve généralement à la droite de verbes dits attributifs comme être, paraître ou demeurer, et servent généralement à préciser une propriété ou une qualité d’un autre actant comme le sujet.

    (1a) Jean paraît malade.
    (1b) Jean paraît.

    En ce sens, l’attribut est non seulement dépendant de l’identité du verbe l’introduisant, mais aussi de l’actant auquel il se rapporte. Cela se voit notamment par l’intermédiaire de l’accord entre l’attribut et l’actant auquel il se rapporte (2). Cet actant est souvent sujet, mais il peut aussi être, comme on le verra, objet du verbe.

    (2a) Jean est gentil.
    (2b) Marie est gentille.

    Si les interprétations sémantiques de l’attribut sont diverses, elles impliquent généralement une procédure d’identification, proche de l’opérateur égal (« = ») des mathématiques. Il s’agit d’attribuer (d’où le nom « d’attribut ») une propriété, de l’ordre de la qualité ou de l’identité à un autre référent.

    Un certain nombre de structures peuvent être qualifiées comme relevant de l’attribution, et un très grand nombre de verbes peuvent les introduire. Au niveau syntaxique, deux propriétés majeures permettent de repérer l’attribution :

    • D’une part, le lien que l’attribut tisse avec le verbe introducteur les consacre comme faisant partie pleinement de sa structure d’actance. En ce sens, un détachement en tête de phrase nécessite de prendre le groupe composé du verbe attributif et de l’attribut (3b), et non pas, simplement, l’attribut seul (3c). Au contraire, les compléments d’objet direct peuvent être isolés en tête de phrase (4b).

    (3a) Tout le monde rêve d’être heureux
    (3b) Être heureux, tout le monde en rêve.
    (3c) *Heureux, tout le monde rêve d’être.

    (4a) Tout le monde rêve de manger des pommes
    (4b) Des pommes, tout le monde rêve d’en manger.
    (4c) Manger des pommes, tout le monde en rêve.

    • Ensuite, ces attributs peuvent être pronominalisés par la forme invariable le, qui agit davantage comme une « béquille syntaxique » assurant la grammaticalité du verbe, que comme une véritable anaphore, référentiellement interprétable. Là encore, ce trait distingue, les attributs des compléments d’objet.

    (4a) Je suis une psychologue.
    (4b) Je le suis (attribut)
    (4c) Je la suis (complément d’objet)

    Notre article reviendra tout d’abord sur la diversité morphologique des attributs, avant d’explorer les deux grandes familles de verbes pouvant les introduire : les copules et les verbes à élargissement attributif. Nous terminerons par parler des attributs de l’objet, qui composent une famille de compléments au repérage parfois difficile.

    II. Morphologie des attributs

    Ces deux dernières propriétés (détachement avec le verbe en tête de phrase ; pronominalisation par le) nous permettent de faire un inventaire des différentes formes que peuvent prendre les attributs en française. On peut trouver, ainsi :

    • Des adjectifs, souvent présentés comme la forme prototypique de l’attribut.

    (5) Je suis heureux/heureuse.

    (6) Je suis professeur.
    (7) Je suis un professeur.

    • Des pronoms :

    (8) Ils sont plusieurs.

    (9a) Je suis qui je suis.
    (9b) Je suis celui que tu crois.

    (10) Pierre est de bonne humeur.

    (11) Marie est ainsi.

    • Des propositions infinitives :

    (13) Souffler n’est pas jouer.

    • Ou des subordonnées circonstancielles :

    (14) L’inflation (c’)est quand l’argent perd sa valeur.

    III. Copules

    Les copules sont des verbes spécialisées dans l’introduction d’attributs du sujet : ce sont les seuls compléments qu’ils peuvent introduire. Le verbe être est sans doute le prototype de cette famille et sans doute le plus employé ; mais on peut également trouver une série de verbes qui peuvent être vus comme des variantes sémantiques de celui-ci, comme paraître, devenir, demeurer, sembler ou rester. Ainsi, devenir dénote une identité future ou en cours d’accomplissement alors que paraître signalerait une identité superficielle.

    Le verbe avoir peut également, dans certaines structures, avoir un rôle de copule et introduire des attributs, et non des compléments d’objet. Ainsi, les exemples (15) emploient avoir dans un rôle de copule, comme le montrent les tests de pronominalisation et de détachement :

    (15a) Je n’ai pas honte d’avoir faim.
    (15b) Les maisons ont le toit pentu.
    (15c) (D’)Avoir faim, je n’en ai pas honte.
    (15d) Elles l’ont (*Elles les ont)

    Le verbe avoir peut également entrer dans des périphrases attributives, et l’accord peut parfois être senti comme facultatif, en fonction de l’analyse : après l’expression avoir l’air, l’accord, fréquent, indique un lien attributif avec le sujet (16a) ; mais l’absence d’accord fait de l’adjectif un épithète du nom air, et non un attribut.

    (16a) Marie a l’air idiote.
    (16b) Marie a l’air idiot.

    On notera enfin que dans dans une perspective interlangue, c’est tantôt l’équivalent de la copule être, tantôt le verbe avoir, qui rend la même propriété attributive :

    (17a) I am 16 (ang.)
    (17b) J’ai 16 ans.

    Enfin, notons que les copules peuvent souvent être supprimées, particulièrement le verbe être, l’attribut devenant un genre d’apposition ou de construction détachée :

    (18a) Marie est une autrice et elle compose des romans.
    (18b) Marie, une autrice, compose des romans.

    IV. Verbes à élargissement attributif

    Du fait de l’ellipse possible de la copule, certaines verbes peuvent, au prix d’une sorte d’associations de prédications réduites, introduire des attributs alors que leurs structures d’actance ne semblent pas, normalement, s’y prêter. Par exemple, en (19a), l’adjectif furieuses est attribut du sujet elles, par l’intermédiaire du verbe sortir, verbe de direction mais qui devient, ici, un verbe à élargissement attributif.

    (19a) Elles sont sorties furieuses du bureau.

    L’attribut, une fois encore, se repère par l’accord (furieuses et non furieux). La portée de la négation, qui va toucher non pas l’action du verbe, mais la propriété offerte par l’attribut (19b), permet également d’identifier le lien fort entre l’adjectif et le verbe, lien caractéristique de l’attribution et non d’un autre type de complément.

    (19b) Elles ne sont pas sorties furieuses du bureau, mais heureuses.

    En ce sens, (19a) peut être analysé comme le mélange de deux prédications, l’une événementielle, décrivant le mouvement du verbe sortir, ce qui serait son sens principal :

    (19c) Elles sont sorties du bureau.

    et une seconde prédication, existentielle ou attributive, portant sur l’adjectif furieuses :

    (19d) Elles sont furieuses.

    En quelques sortes, il y a comme une « mise en facteur commun » et la copule étant facultative, il devient tout à fait possible d’élaborer une expression réduite et d’étendre le domaine de l’attribution. Ce phénomène est assez fréquent : les verbes pronominaux (se trouver, se sentir…) sont des candidats de choix à cet élargissement attributif.

    (20) Marie s’est retrouvée/trouvée/sentie… idiote sur le coup.

    V. Attribut de l’objet

    L’ellipse de la copule permet aussi de construire un phénomène plus discret en français, les attributs de l’objet, qui établissent un lien attributif non avec le sujet syntaxique de la phrase, mais avec un complément d’objet. La difficulté de repérage tient en ce que ces attributs, comme propres en (21a), sont identiques à des adjectifs épithètes.

    (21a) Laissez les murs propres.

    Nous avons pourtant ici, comme en (19a), une superposition de deux prédications, l’une événementielle :

    (21b) Laissez les murs

    , l’autre existentielle :

    (21c) Les murs sont propres.

    Différence étant, la relation attributive ne se fait pas avec le sujet, mais l’objet du verbe laisser, soit les murs. Une fois encore, remarquons que la négation porte sur l’attribut, et non sur le complément d’objet :

    (21d) Ne laissez pas les murs propres, mais sales.

    Mais également, on peut pronominaliser l’objet à part de l’attribut, du moins selon l’interprétation que l’on veut donner à la phrase, attribution (21e) ou complément d’objet (21f).

    (21e) Laissez-les propres.
    (21f) Laissez-les.

    VI. Bibliographie

    Parmi les références que nous pouvons citer sur ce sujet :

    Site sous licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 4.0) : partage autorisé, sous couvert de citation et d’attribution de la source originale. Modification et utilisation commerciale formellement interdites (lien)

    https://questionsdelangue.wordpress.com/2024/10/19/lattribution/

    #adjectif #attribut #complémentDObjet #copule #grammaire #MathieuGoux #Sémantique #Syntaxe #verbe

  10. Plan de l’article :

    I. Définition générale
    II. Morphologie
    III. Copules
    IV. Verbes à élargissement attributif

    V. Attributs de l’objet
    VI. Bibliographie

    I. Définition générale

    Que sont les attributs ?

    Nous avions déjà évoqué la notion d’attribution, jadis, par l’intermédiaire du concept de diathèse du verbe, comme on peut faire l’analyse de la « voix passive » sous l’angle de l’attribution. Typiquement et généralement, l’actant de type « attribut » est analysé comme un actant essentiel du verbe, puisque sa suppression entraîne un changement majeur de sens (1). On le trouve généralement à la droite de verbes dits attributifs comme être, paraître ou demeurer, et servent généralement à préciser une propriété ou une qualité d’un autre actant comme le sujet.

    (1a) Jean paraît malade.
    (1b) Jean paraît.

    En ce sens, l’attribut est non seulement dépendant de l’identité du verbe l’introduisant, mais aussi de l’actant auquel il se rapporte. Cela se voit notamment par l’intermédiaire de l’accord entre l’attribut et l’actant auquel il se rapporte (2). Cet actant est souvent sujet, mais il peut aussi être, comme on le verra, objet du verbe.

    (2a) Jean est gentil.
    (2b) Marie est gentille.

    Si les interprétations sémantiques de l’attribut sont diverses, elles impliquent généralement une procédure d’identification, proche de l’opérateur égal (« = ») des mathématiques. Il s’agit d’attribuer (d’où le nom « d’attribut ») une propriété, de l’ordre de la qualité ou de l’identité à un autre référent.

    Un certain nombre de structures peuvent être qualifiées comme relevant de l’attribution, et un très grand nombre de verbes peuvent les introduire. Au niveau syntaxique, deux propriétés majeures permettent de repérer l’attribution :

    • D’une part, le lien que l’attribut tisse avec le verbe introducteur les consacre comme faisant partie pleinement de sa structure d’actance. En ce sens, un détachement en tête de phrase nécessite de prendre le groupe composé du verbe attributif et de l’attribut (3b), et non pas, simplement, l’attribut seul (3c). Au contraire, les compléments d’objet direct peuvent être isolés en tête de phrase (4b).

    (3a) Tout le monde rêve d’être heureux
    (3b) Être heureux, tout le monde en rêve.
    (3c) *Heureux, tout le monde rêve d’être.

    (4a) Tout le monde rêve de manger des pommes
    (4b) Des pommes, tout le monde rêve d’en manger.
    (4c) Manger des pommes, tout le monde en rêve.

    • Ensuite, ces attributs peuvent être pronominalisés par la forme invariable le, qui agit davantage comme une « béquille syntaxique » assurant la grammaticalité du verbe, que comme une véritable anaphore, référentiellement interprétable. Là encore, ce trait distingue, les attributs des compléments d’objet.

    (4a) Je suis une psychologue.
    (4b) Je le suis (attribut)
    (4c) Je la suis (complément d’objet)

    Notre article reviendra tout d’abord sur la diversité morphologique des attributs, avant d’explorer les deux grandes familles de verbes pouvant les introduire : les copules et les verbes à élargissement attributif. Nous terminerons par parler des attributs de l’objet, qui composent une famille de compléments au repérage parfois difficile.

    II. Morphologie des attributs

    Ces deux dernières propriétés (détachement avec le verbe en tête de phrase ; pronominalisation par le) nous permettent de faire un inventaire des différentes formes que peuvent prendre les attributs en française. On peut trouver, ainsi :

    • Des adjectifs, souvent présentés comme la forme prototypique de l’attribut.

    (5) Je suis heureux/heureuse.

    (6) Je suis professeur.
    (7) Je suis un professeur.

    • Des pronoms :

    (8) Ils sont plusieurs.

    (9a) Je suis qui je suis.
    (9b) Je suis celui que tu crois.

    (10) Pierre est de bonne humeur.

    (11) Marie est ainsi.

    • Des propositions infinitives :

    (13) Souffler n’est pas jouer.

    • Ou des subordonnées circonstancielles :

    (14) L’inflation (c’)est quand l’argent perd sa valeur.

    III. Copules

    Les copules sont des verbes spécialisées dans l’introduction d’attributs du sujet : ce sont les seuls compléments qu’ils peuvent introduire. Le verbe être est sans doute le prototype de cette famille et sans doute le plus employé ; mais on peut également trouver une série de verbes qui peuvent être vus comme des variantes sémantiques de celui-ci, comme paraître, devenir, demeurer, sembler ou rester. Ainsi, devenir dénote une identité future ou en cours d’accomplissement alors que paraître signalerait une identité superficielle.

    Le verbe avoir peut également, dans certaines structures, avoir un rôle de copule et introduire des attributs, et non des compléments d’objet. Ainsi, les exemples (15) emploient avoir dans un rôle de copule, comme le montrent les tests de pronominalisation et de détachement :

    (15a) Je n’ai pas honte d’avoir faim.
    (15b) Les maisons ont le toit pentu.
    (15c) (D’)Avoir faim, je n’en ai pas honte.
    (15d) Elles l’ont (*Elles les ont)

    Le verbe avoir peut également entrer dans des périphrases attributives, et l’accord peut parfois être senti comme facultatif, en fonction de l’analyse : après l’expression avoir l’air, l’accord, fréquent, indique un lien attributif avec le sujet (16a) ; mais l’absence d’accord fait de l’adjectif un épithète du nom air, et non un attribut.

    (16a) Marie a l’air idiote.
    (16b) Marie a l’air idiot.

    On notera enfin que dans dans une perspective interlangue, c’est tantôt l’équivalent de la copule être, tantôt le verbe avoir, qui rend la même propriété attributive :

    (17a) I am 16 (ang.)
    (17b) J’ai 16 ans.

    Enfin, notons que les copules peuvent souvent être supprimées, particulièrement le verbe être, l’attribut devenant un genre d’apposition ou de construction détachée :

    (18a) Marie est une autrice et elle compose des romans.
    (18b) Marie, une autrice, compose des romans.

    IV. Verbes à élargissement attributif

    Du fait de l’ellipse possible de la copule, certaines verbes peuvent, au prix d’une sorte d’associations de prédications réduites, introduire des attributs alors que leurs structures d’actance ne semblent pas, normalement, s’y prêter. Par exemple, en (19a), l’adjectif furieuses est attribut du sujet elles, par l’intermédiaire du verbe sortir, verbe de direction mais qui devient, ici, un verbe à élargissement attributif.

    (19a) Elles sont sorties furieuses du bureau.

    L’attribut, une fois encore, se repère par l’accord (furieuses et non furieux). La portée de la négation, qui va toucher non pas l’action du verbe, mais la propriété offerte par l’attribut (19b), permet également d’identifier le lien fort entre l’adjectif et le verbe, lien caractéristique de l’attribution et non d’un autre type de complément.

    (19b) Elles ne sont pas sorties furieuses du bureau, mais heureuses.

    En ce sens, (19a) peut être analysé comme le mélange de deux prédications, l’une événementielle, décrivant le mouvement du verbe sortir, ce qui serait son sens principal :

    (19c) Elles sont sorties du bureau.

    et une seconde prédication, existentielle ou attributive, portant sur l’adjectif furieuses :

    (19d) Elles sont furieuses.

    En quelques sortes, il y a comme une « mise en facteur commun » et la copule étant facultative, il devient tout à fait possible d’élaborer une expression réduite et d’étendre le domaine de l’attribution. Ce phénomène est assez fréquent : les verbes pronominaux (se trouver, se sentir…) sont des candidats de choix à cet élargissement attributif.

    (20) Marie s’est retrouvée/trouvée/sentie… idiote sur le coup.

    V. Attribut de l’objet

    L’ellipse de la copule permet aussi de construire un phénomène plus discret en français, les attributs de l’objet, qui établissent un lien attributif non avec le sujet syntaxique de la phrase, mais avec un complément d’objet. La difficulté de repérage tient en ce que ces attributs, comme propres en (21a), sont identiques à des adjectifs épithètes.

    (21a) Laissez les murs propres.

    Nous avons pourtant ici, comme en (19a), une superposition de deux prédications, l’une événementielle :

    (21b) Laissez les murs

    , l’autre existentielle :

    (21c) Les murs sont propres.

    Différence étant, la relation attributive ne se fait pas avec le sujet, mais l’objet du verbe laisser, soit les murs. Une fois encore, remarquons que la négation porte sur l’attribut, et non sur le complément d’objet :

    (21d) Ne laissez pas les murs propres, mais sales.

    Mais également, on peut pronominaliser l’objet à part de l’attribut, du moins selon l’interprétation que l’on veut donner à la phrase, attribution (21e) ou complément d’objet (21f).

    (21e) Laissez-les propres.
    (21f) Laissez-les.

    VI. Bibliographie

    Parmi les références que nous pouvons citer sur ce sujet :

    Site sous licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 4.0) : partage autorisé, sous couvert de citation et d’attribution de la source originale. Modification et utilisation commerciale formellement interdites (lien)

    https://questionsdelangue.wordpress.com/2024/10/19/lattribution/

    #adjectif #attribut #complémentDObjet #copule #grammaire #MathieuGoux #Sémantique #Syntaxe #verbe

  11. Plan de l’article :

    I. Définition générale
    II. Morphologie
    III. Copules
    IV. Verbes à élargissement attributif

    V. Attributs de l’objet
    VI. Bibliographie

    I. Définition générale

    Que sont les attributs ?

    Nous avions déjà évoqué la notion d’attribution, jadis, par l’intermédiaire du concept de diathèse du verbe, comme on peut faire l’analyse de la « voix passive » sous l’angle de l’attribution. Typiquement et généralement, l’actant de type « attribut » est analysé comme un actant essentiel du verbe, puisque sa suppression entraîne un changement majeur de sens (1). On le trouve généralement à la droite de verbes dits attributifs comme être, paraître ou demeurer, et servent généralement à préciser une propriété ou une qualité d’un autre actant comme le sujet.

    (1a) Jean paraît malade.
    (1b) Jean paraît.

    En ce sens, l’attribut est non seulement dépendant de l’identité du verbe l’introduisant, mais aussi de l’actant auquel il se rapporte. Cela se voit notamment par l’intermédiaire de l’accord entre l’attribut et l’actant auquel il se rapporte (2). Cet actant est souvent sujet, mais il peut aussi être, comme on le verra, objet du verbe.

    (2a) Jean est gentil.
    (2b) Marie est gentille.

    Si les interprétations sémantiques de l’attribut sont diverses, elles impliquent généralement une procédure d’identification, proche de l’opérateur égal (« = ») des mathématiques. Il s’agit d’attribuer (d’où le nom « d’attribut ») une propriété, de l’ordre de la qualité ou de l’identité à un autre référent.

    Un certain nombre de structures peuvent être qualifiées comme relevant de l’attribution, et un très grand nombre de verbes peuvent les introduire. Au niveau syntaxique, deux propriétés majeures permettent de repérer l’attribution :

    • D’une part, le lien que l’attribut tisse avec le verbe introducteur les consacre comme faisant partie pleinement de sa structure d’actance. En ce sens, un détachement en tête de phrase nécessite de prendre le groupe composé du verbe attributif et de l’attribut (3b), et non pas, simplement, l’attribut seul (3c). Au contraire, les compléments d’objet direct peuvent être isolés en tête de phrase (4b).

    (3a) Tout le monde rêve d’être heureux
    (3b) Être heureux, tout le monde en rêve.
    (3c) *Heureux, tout le monde rêve d’être.

    (4a) Tout le monde rêve de manger des pommes
    (4b) Des pommes, tout le monde rêve d’en manger.
    (4c) Manger des pommes, tout le monde en rêve.

    • Ensuite, ces attributs peuvent être pronominalisés par la forme invariable le, qui agit davantage comme une « béquille syntaxique » assurant la grammaticalité du verbe, que comme une véritable anaphore, référentiellement interprétable. Là encore, ce trait distingue, les attributs des compléments d’objet.

    (4a) Je suis une psychologue.
    (4b) Je le suis (attribut)
    (4c) Je la suis (complément d’objet)

    Notre article reviendra tout d’abord sur la diversité morphologique des attributs, avant d’explorer les deux grandes familles de verbes pouvant les introduire : les copules et les verbes à élargissement attributif. Nous terminerons par parler des attributs de l’objet, qui composent une famille de compléments au repérage parfois difficile.

    II. Morphologie des attributs

    Ces deux dernières propriétés (détachement avec le verbe en tête de phrase ; pronominalisation par le) nous permettent de faire un inventaire des différentes formes que peuvent prendre les attributs en française. On peut trouver, ainsi :

    • Des adjectifs, souvent présentés comme la forme prototypique de l’attribut.

    (5) Je suis heureux/heureuse.

    (6) Je suis professeur.
    (7) Je suis un professeur.

    • Des pronoms :

    (8) Ils sont plusieurs.

    (9a) Je suis qui je suis.
    (9b) Je suis celui que tu crois.

    (10) Pierre est de bonne humeur.

    (11) Marie est ainsi.

    • Des propositions infinitives :

    (13) Souffler n’est pas jouer.

    • Ou des subordonnées circonstancielles :

    (14) L’inflation (c’)est quand l’argent perd sa valeur.

    III. Copules

    Les copules sont des verbes spécialisées dans l’introduction d’attributs du sujet : ce sont les seuls compléments qu’ils peuvent introduire. Le verbe être est sans doute le prototype de cette famille et sans doute le plus employé ; mais on peut également trouver une série de verbes qui peuvent être vus comme des variantes sémantiques de celui-ci, comme paraître, devenir, demeurer, sembler ou rester. Ainsi, devenir dénote une identité future ou en cours d’accomplissement alors que paraître signalerait une identité superficielle.

    Le verbe avoir peut également, dans certaines structures, avoir un rôle de copule et introduire des attributs, et non des compléments d’objet. Ainsi, les exemples (15) emploient avoir dans un rôle de copule, comme le montrent les tests de pronominalisation et de détachement :

    (15a) Je n’ai pas honte d’avoir faim.
    (15b) Les maisons ont le toit pentu.
    (15c) (D’)Avoir faim, je n’en ai pas honte.
    (15d) Elles l’ont (*Elles les ont)

    Le verbe avoir peut également entrer dans des périphrases attributives, et l’accord peut parfois être senti comme facultatif, en fonction de l’analyse : après l’expression avoir l’air, l’accord, fréquent, indique un lien attributif avec le sujet (16a) ; mais l’absence d’accord fait de l’adjectif un épithète du nom air, et non un attribut.

    (16a) Marie a l’air idiote.
    (16b) Marie a l’air idiot.

    On notera enfin que dans dans une perspective interlangue, c’est tantôt l’équivalent de la copule être, tantôt le verbe avoir, qui rend la même propriété attributive :

    (17a) I am 16 (ang.)
    (17b) J’ai 16 ans.

    Enfin, notons que les copules peuvent souvent être supprimées, particulièrement le verbe être, l’attribut devenant un genre d’apposition ou de construction détachée :

    (18a) Marie est une autrice et elle compose des romans.
    (18b) Marie, une autrice, compose des romans.

    IV. Verbes à élargissement attributif

    Du fait de l’ellipse possible de la copule, certaines verbes peuvent, au prix d’une sorte d’associations de prédications réduites, introduire des attributs alors que leurs structures d’actance ne semblent pas, normalement, s’y prêter. Par exemple, en (19a), l’adjectif furieuses est attribut du sujet elles, par l’intermédiaire du verbe sortir, verbe de direction mais qui devient, ici, un verbe à élargissement attributif.

    (19a) Elles sont sorties furieuses du bureau.

    L’attribut, une fois encore, se repère par l’accord (furieuses et non furieux). La portée de la négation, qui va toucher non pas l’action du verbe, mais la propriété offerte par l’attribut (19b), permet également d’identifier le lien fort entre l’adjectif et le verbe, lien caractéristique de l’attribution et non d’un autre type de complément.

    (19b) Elles ne sont pas sorties furieuses du bureau, mais heureuses.

    En ce sens, (19a) peut être analysé comme le mélange de deux prédications, l’une événementielle, décrivant le mouvement du verbe sortir, ce qui serait son sens principal :

    (19c) Elles sont sorties du bureau.

    et une seconde prédication, existentielle ou attributive, portant sur l’adjectif furieuses :

    (19d) Elles sont furieuses.

    En quelques sortes, il y a comme une « mise en facteur commun » et la copule étant facultative, il devient tout à fait possible d’élaborer une expression réduite et d’étendre le domaine de l’attribution. Ce phénomène est assez fréquent : les verbes pronominaux (se trouver, se sentir…) sont des candidats de choix à cet élargissement attributif.

    (20) Marie s’est retrouvée/trouvée/sentie… idiote sur le coup.

    V. Attribut de l’objet

    L’ellipse de la copule permet aussi de construire un phénomène plus discret en français, les attributs de l’objet, qui établissent un lien attributif non avec le sujet syntaxique de la phrase, mais avec un complément d’objet. La difficulté de repérage tient en ce que ces attributs, comme propres en (21a), sont identiques à des adjectifs épithètes.

    (21a) Laissez les murs propres.

    Nous avons pourtant ici, comme en (19a), une superposition de deux prédications, l’une événementielle :

    (21b) Laissez les murs

    , l’autre existentielle :

    (21c) Les murs sont propres.

    Différence étant, la relation attributive ne se fait pas avec le sujet, mais l’objet du verbe laisser, soit les murs. Une fois encore, remarquons que la négation porte sur l’attribut, et non sur le complément d’objet :

    (21d) Ne laissez pas les murs propres, mais sales.

    Mais également, on peut pronominaliser l’objet à part de l’attribut, du moins selon l’interprétation que l’on veut donner à la phrase, attribution (21e) ou complément d’objet (21f).

    (21e) Laissez-les propres.
    (21f) Laissez-les.

    VI. Bibliographie

    Parmi les références que nous pouvons citer sur ce sujet :

    Site sous licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 4.0) : partage autorisé, sous couvert de citation et d’attribution de la source originale. Modification et utilisation commerciale formellement interdites (lien)

    https://questionsdelangue.wordpress.com/2024/10/19/lattribution/

    #adjectif #attribut #complémentDObjet #copule #grammaire #MathieuGoux #Sémantique #Syntaxe #verbe

  12. Plan de l’article :

    I. Définition générale
    II. Morphologie
    III. Copules
    IV. Verbes à élargissement attributif

    V. Attributs de l’objet
    VI. Bibliographie

    I. Définition générale

    Que sont les attributs ?

    Nous avions déjà évoqué la notion d’attribution, jadis, par l’intermédiaire du concept de diathèse du verbe, comme on peut faire l’analyse de la « voix passive » sous l’angle de l’attribution. Typiquement et généralement, l’actant de type « attribut » est analysé comme un actant essentiel du verbe, puisque sa suppression entraîne un changement majeur de sens (1). On le trouve généralement à la droite de verbes dits attributifs comme être, paraître ou demeurer, et servent généralement à préciser une propriété ou une qualité d’un autre actant comme le sujet.

    (1a) Jean paraît malade.
    (1b) Jean paraît.

    En ce sens, l’attribut est non seulement dépendant de l’identité du verbe l’introduisant, mais aussi de l’actant auquel il se rapporte. Cela se voit notamment par l’intermédiaire de l’accord entre l’attribut et l’actant auquel il se rapporte (2). Cet actant est souvent sujet, mais il peut aussi être, comme on le verra, objet du verbe.

    (2a) Jean est gentil.
    (2b) Marie est gentille.

    Si les interprétations sémantiques de l’attribut sont diverses, elles impliquent généralement une procédure d’identification, proche de l’opérateur égal (« = ») des mathématiques. Il s’agit d’attribuer (d’où le nom « d’attribut ») une propriété, de l’ordre de la qualité ou de l’identité à un autre référent.

    Un certain nombre de structures peuvent être qualifiées comme relevant de l’attribution, et un très grand nombre de verbes peuvent les introduire. Au niveau syntaxique, deux propriétés majeures permettent de repérer l’attribution :

    • D’une part, le lien que l’attribut tisse avec le verbe introducteur les consacre comme faisant partie pleinement de sa structure d’actance. En ce sens, un détachement en tête de phrase nécessite de prendre le groupe composé du verbe attributif et de l’attribut (3b), et non pas, simplement, l’attribut seul (3c). Au contraire, les compléments d’objet direct peuvent être isolés en tête de phrase (4b).

    (3a) Tout le monde rêve d’être heureux
    (3b) Être heureux, tout le monde en rêve.
    (3c) *Heureux, tout le monde rêve d’être.

    (4a) Tout le monde rêve de manger des pommes
    (4b) Des pommes, tout le monde rêve d’en manger.
    (4c) Manger des pommes, tout le monde en rêve.

    • Ensuite, ces attributs peuvent être pronominalisés par la forme invariable le, qui agit davantage comme une « béquille syntaxique » assurant la grammaticalité du verbe, que comme une véritable anaphore, référentiellement interprétable. Là encore, ce trait distingue, les attributs des compléments d’objet.

    (4a) Je suis une psychologue.
    (4b) Je le suis (attribut)
    (4c) Je la suis (complément d’objet)

    Notre article reviendra tout d’abord sur la diversité morphologique des attributs, avant d’explorer les deux grandes familles de verbes pouvant les introduire : les copules et les verbes à élargissement attributif. Nous terminerons par parler des attributs de l’objet, qui composent une famille de compléments au repérage parfois difficile.

    II. Morphologie des attributs

    Ces deux dernières propriétés (détachement avec le verbe en tête de phrase ; pronominalisation par le) nous permettent de faire un inventaire des différentes formes que peuvent prendre les attributs en française. On peut trouver, ainsi :

    • Des adjectifs, souvent présentés comme la forme prototypique de l’attribut.

    (5) Je suis heureux/heureuse.

    (6) Je suis professeur.
    (7) Je suis un professeur.

    • Des pronoms :

    (8) Ils sont plusieurs.

    (9a) Je suis qui je suis.
    (9b) Je suis celui que tu crois.

    (10) Pierre est de bonne humeur.

    (11) Marie est ainsi.

    • Des propositions infinitives :

    (13) Souffler n’est pas jouer.

    • Ou des subordonnées circonstancielles :

    (14) L’inflation (c’)est quand l’argent perd sa valeur.

    III. Copules

    Les copules sont des verbes spécialisées dans l’introduction d’attributs du sujet : ce sont les seuls compléments qu’ils peuvent introduire. Le verbe être est sans doute le prototype de cette famille et sans doute le plus employé ; mais on peut également trouver une série de verbes qui peuvent être vus comme des variantes sémantiques de celui-ci, comme paraître, devenir, demeurer, sembler ou rester. Ainsi, devenir dénote une identité future ou en cours d’accomplissement alors que paraître signalerait une identité superficielle.

    Le verbe avoir peut également, dans certaines structures, avoir un rôle de copule et introduire des attributs, et non des compléments d’objet. Ainsi, les exemples (15) emploient avoir dans un rôle de copule, comme le montrent les tests de pronominalisation et de détachement :

    (15a) Je n’ai pas honte d’avoir faim.
    (15b) Les maisons ont le toit pentu.
    (15c) (D’)Avoir faim, je n’en ai pas honte.
    (15d) Elles l’ont (*Elles les ont)

    Le verbe avoir peut également entrer dans des périphrases attributives, et l’accord peut parfois être senti comme facultatif, en fonction de l’analyse : après l’expression avoir l’air, l’accord, fréquent, indique un lien attributif avec le sujet (16a) ; mais l’absence d’accord fait de l’adjectif un épithète du nom air, et non un attribut.

    (16a) Marie a l’air idiote.
    (16b) Marie a l’air idiot.

    On notera enfin que dans dans une perspective interlangue, c’est tantôt l’équivalent de la copule être, tantôt le verbe avoir, qui rend la même propriété attributive :

    (17a) I am 16 (ang.)
    (17b) J’ai 16 ans.

    Enfin, notons que les copules peuvent souvent être supprimées, particulièrement le verbe être, l’attribut devenant un genre d’apposition ou de construction détachée :

    (18a) Marie est une autrice et elle compose des romans.
    (18b) Marie, une autrice, compose des romans.

    IV. Verbes à élargissement attributif

    Du fait de l’ellipse possible de la copule, certaines verbes peuvent, au prix d’une sorte d’associations de prédications réduites, introduire des attributs alors que leurs structures d’actance ne semblent pas, normalement, s’y prêter. Par exemple, en (19a), l’adjectif furieuses est attribut du sujet elles, par l’intermédiaire du verbe sortir, verbe de direction mais qui devient, ici, un verbe à élargissement attributif.

    (19a) Elles sont sorties furieuses du bureau.

    L’attribut, une fois encore, se repère par l’accord (furieuses et non furieux). La portée de la négation, qui va toucher non pas l’action du verbe, mais la propriété offerte par l’attribut (19b), permet également d’identifier le lien fort entre l’adjectif et le verbe, lien caractéristique de l’attribution et non d’un autre type de complément.

    (19b) Elles ne sont pas sorties furieuses du bureau, mais heureuses.

    En ce sens, (19a) peut être analysé comme le mélange de deux prédications, l’une événementielle, décrivant le mouvement du verbe sortir, ce qui serait son sens principal :

    (19c) Elles sont sorties du bureau.

    et une seconde prédication, existentielle ou attributive, portant sur l’adjectif furieuses :

    (19d) Elles sont furieuses.

    En quelques sortes, il y a comme une « mise en facteur commun » et la copule étant facultative, il devient tout à fait possible d’élaborer une expression réduite et d’étendre le domaine de l’attribution. Ce phénomène est assez fréquent : les verbes pronominaux (se trouver, se sentir…) sont des candidats de choix à cet élargissement attributif.

    (20) Marie s’est retrouvée/trouvée/sentie… idiote sur le coup.

    V. Attribut de l’objet

    L’ellipse de la copule permet aussi de construire un phénomène plus discret en français, les attributs de l’objet, qui établissent un lien attributif non avec le sujet syntaxique de la phrase, mais avec un complément d’objet. La difficulté de repérage tient en ce que ces attributs, comme propres en (21a), sont identiques à des adjectifs épithètes.

    (21a) Laissez les murs propres.

    Nous avons pourtant ici, comme en (19a), une superposition de deux prédications, l’une événementielle :

    (21b) Laissez les murs

    , l’autre existentielle :

    (21c) Les murs sont propres.

    Différence étant, la relation attributive ne se fait pas avec le sujet, mais l’objet du verbe laisser, soit les murs. Une fois encore, remarquons que la négation porte sur l’attribut, et non sur le complément d’objet :

    (21d) Ne laissez pas les murs propres, mais sales.

    Mais également, on peut pronominaliser l’objet à part de l’attribut, du moins selon l’interprétation que l’on veut donner à la phrase, attribution (21e) ou complément d’objet (21f).

    (21e) Laissez-les propres.
    (21f) Laissez-les.

    VI. Bibliographie

    Parmi les références que nous pouvons citer sur ce sujet :

    Site sous licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 4.0) : partage autorisé, sous couvert de citation et d’attribution de la source originale. Modification et utilisation commerciale formellement interdites (lien)

    https://questionsdelangue.wordpress.com/2024/10/19/lattribution/

    #adjectif #attribut #complémentDObjet #copule #grammaire #MathieuGoux #Sémantique #Syntaxe #verbe

  13. Plan de l’article :

    I. Définition générale
    II. Morphologie
    III. Copules
    IV. Verbes à élargissement attributif

    V. Attributs de l’objet
    VI. Bibliographie

    I. Définition générale

    Que sont les attributs ?

    Nous avions déjà évoqué la notion d’attribution, jadis, par l’intermédiaire du concept de diathèse du verbe, comme on peut faire l’analyse de la « voix passive » sous l’angle de l’attribution. Typiquement et généralement, l’actant de type « attribut » est analysé comme un actant essentiel du verbe, puisque sa suppression entraîne un changement majeur de sens (1). On le trouve généralement à la droite de verbes dits attributifs comme être, paraître ou demeurer, et servent généralement à préciser une propriété ou une qualité d’un autre actant comme le sujet.

    (1a) Jean paraît malade.
    (1b) Jean paraît.

    En ce sens, l’attribut est non seulement dépendant de l’identité du verbe l’introduisant, mais aussi de l’actant auquel il se rapporte. Cela se voit notamment par l’intermédiaire de l’accord entre l’attribut et l’actant auquel il se rapporte (2). Cet actant est souvent sujet, mais il peut aussi être, comme on le verra, objet du verbe.

    (2a) Jean est gentil.
    (2b) Marie est gentille.

    Si les interprétations sémantiques de l’attribut sont diverses, elles impliquent généralement une procédure d’identification, proche de l’opérateur égal (« = ») des mathématiques. Il s’agit d’attribuer (d’où le nom « d’attribut ») une propriété, de l’ordre de la qualité ou de l’identité à un autre référent.

    Un certain nombre de structures peuvent être qualifiées comme relevant de l’attribution, et un très grand nombre de verbes peuvent les introduire. Au niveau syntaxique, deux propriétés majeures permettent de repérer l’attribution :

    • D’une part, le lien que l’attribut tisse avec le verbe introducteur les consacre comme faisant partie pleinement de sa structure d’actance. En ce sens, un détachement en tête de phrase nécessite de prendre le groupe composé du verbe attributif et de l’attribut (3b), et non pas, simplement, l’attribut seul (3c). Au contraire, les compléments d’objet direct peuvent être isolés en tête de phrase (4b).

    (3a) Tout le monde rêve d’être heureux
    (3b) Être heureux, tout le monde en rêve.
    (3c) *Heureux, tout le monde rêve d’être.

    (4a) Tout le monde rêve de manger des pommes
    (4b) Des pommes, tout le monde rêve d’en manger.
    (4c) Manger des pommes, tout le monde en rêve.

    • Ensuite, ces attributs peuvent être pronominalisés par la forme invariable le, qui agit davantage comme une « béquille syntaxique » assurant la grammaticalité du verbe, que comme une véritable anaphore, référentiellement interprétable. Là encore, ce trait distingue, les attributs des compléments d’objet.

    (4a) Je suis une psychologue.
    (4b) Je le suis (attribut)
    (4c) Je la suis (complément d’objet)

    Notre article reviendra tout d’abord sur la diversité morphologique des attributs, avant d’explorer les deux grandes familles de verbes pouvant les introduire : les copules et les verbes à élargissement attributif. Nous terminerons par parler des attributs de l’objet, qui composent une famille de compléments au repérage parfois difficile.

    II. Morphologie des attributs

    Ces deux dernières propriétés (détachement avec le verbe en tête de phrase ; pronominalisation par le) nous permettent de faire un inventaire des différentes formes que peuvent prendre les attributs en française. On peut trouver, ainsi :

    • Des adjectifs, souvent présentés comme la forme prototypique de l’attribut.

    (5) Je suis heureux/heureuse.

    (6) Je suis professeur.
    (7) Je suis un professeur.

    • Des pronoms :

    (8) Ils sont plusieurs.

    (9a) Je suis qui je suis.
    (9b) Je suis celui que tu crois.

    (10) Pierre est de bonne humeur.

    (11) Marie est ainsi.

    • Des propositions infinitives :

    (13) Souffler n’est pas jouer.

    • Ou des subordonnées circonstancielles :

    (14) L’inflation (c’)est quand l’argent perd sa valeur.

    III. Copules

    Les copules sont des verbes spécialisées dans l’introduction d’attributs du sujet : ce sont les seuls compléments qu’ils peuvent introduire. Le verbe être est sans doute le prototype de cette famille et sans doute le plus employé ; mais on peut également trouver une série de verbes qui peuvent être vus comme des variantes sémantiques de celui-ci, comme paraître, devenir, demeurer, sembler ou rester. Ainsi, devenir dénote une identité future ou en cours d’accomplissement alors que paraître signalerait une identité superficielle.

    Le verbe avoir peut également, dans certaines structures, avoir un rôle de copule et introduire des attributs, et non des compléments d’objet. Ainsi, les exemples (15) emploient avoir dans un rôle de copule, comme le montrent les tests de pronominalisation et de détachement :

    (15a) Je n’ai pas honte d’avoir faim.
    (15b) Les maisons ont le toit pentu.
    (15c) (D’)Avoir faim, je n’en ai pas honte.
    (15d) Elles l’ont (*Elles les ont)

    Le verbe avoir peut également entrer dans des périphrases attributives, et l’accord peut parfois être senti comme facultatif, en fonction de l’analyse : après l’expression avoir l’air, l’accord, fréquent, indique un lien attributif avec le sujet (16a) ; mais l’absence d’accord fait de l’adjectif un épithète du nom air, et non un attribut.

    (16a) Marie a l’air idiote.
    (16b) Marie a l’air idiot.

    On notera enfin que dans dans une perspective interlangue, c’est tantôt l’équivalent de la copule être, tantôt le verbe avoir, qui rend la même propriété attributive :

    (17a) I am 16 (ang.)
    (17b) J’ai 16 ans.

    Enfin, notons que les copules peuvent souvent être supprimées, particulièrement le verbe être, l’attribut devenant un genre d’apposition ou de construction détachée :

    (18a) Marie est une autrice et elle compose des romans.
    (18b) Marie, une autrice, compose des romans.

    IV. Verbes à élargissement attributif

    Du fait de l’ellipse possible de la copule, certaines verbes peuvent, au prix d’une sorte d’associations de prédications réduites, introduire des attributs alors que leurs structures d’actance ne semblent pas, normalement, s’y prêter. Par exemple, en (19a), l’adjectif furieuses est attribut du sujet elles, par l’intermédiaire du verbe sortir, verbe de direction mais qui devient, ici, un verbe à élargissement attributif.

    (19a) Elles sont sorties furieuses du bureau.

    L’attribut, une fois encore, se repère par l’accord (furieuses et non furieux). La portée de la négation, qui va toucher non pas l’action du verbe, mais la propriété offerte par l’attribut (19b), permet également d’identifier le lien fort entre l’adjectif et le verbe, lien caractéristique de l’attribution et non d’un autre type de complément.

    (19b) Elles ne sont pas sorties furieuses du bureau, mais heureuses.

    En ce sens, (19a) peut être analysé comme le mélange de deux prédications, l’une événementielle, décrivant le mouvement du verbe sortir, ce qui serait son sens principal :

    (19c) Elles sont sorties du bureau.

    et une seconde prédication, existentielle ou attributive, portant sur l’adjectif furieuses :

    (19d) Elles sont furieuses.

    En quelques sortes, il y a comme une « mise en facteur commun » et la copule étant facultative, il devient tout à fait possible d’élaborer une expression réduite et d’étendre le domaine de l’attribution. Ce phénomène est assez fréquent : les verbes pronominaux (se trouver, se sentir…) sont des candidats de choix à cet élargissement attributif.

    (20) Marie s’est retrouvée/trouvée/sentie… idiote sur le coup.

    V. Attribut de l’objet

    L’ellipse de la copule permet aussi de construire un phénomène plus discret en français, les attributs de l’objet, qui établissent un lien attributif non avec le sujet syntaxique de la phrase, mais avec un complément d’objet. La difficulté de repérage tient en ce que ces attributs, comme propres en (21a), sont identiques à des adjectifs épithètes.

    (21a) Laissez les murs propres.

    Nous avons pourtant ici, comme en (19a), une superposition de deux prédications, l’une événementielle :

    (21b) Laissez les murs

    , l’autre existentielle :

    (21c) Les murs sont propres.

    Différence étant, la relation attributive ne se fait pas avec le sujet, mais l’objet du verbe laisser, soit les murs. Une fois encore, remarquons que la négation porte sur l’attribut, et non sur le complément d’objet :

    (21d) Ne laissez pas les murs propres, mais sales.

    Mais également, on peut pronominaliser l’objet à part de l’attribut, du moins selon l’interprétation que l’on veut donner à la phrase, attribution (21e) ou complément d’objet (21f).

    (21e) Laissez-les propres.
    (21f) Laissez-les.

    VI. Bibliographie

    Parmi les références que nous pouvons citer sur ce sujet :

    Site sous licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 4.0) : partage autorisé, sous couvert de citation et d’attribution de la source originale. Modification et utilisation commerciale formellement interdites (lien)

    https://questionsdelangue.wordpress.com/2024/10/19/lattribution/

    #adjectif #attribut #complémentDObjet #copule #grammaire #MathieuGoux #Sémantique #Syntaxe #verbe

  14. Plan de l’article :

    I. Définition générale
    II. SRA déterminatives
    III. SRA explicatives
    IV. SRA narratives

    V. Bibliographie

    I. Définition générale

    Quelles sont les interprétations sémantiques des subordonnées relatives adjectives ?

    Les subordonnées relatives adjectives, que l’on a présentées dans un précédent billet, sont introduites par un pronom relatif (qui, que, quoi, dont, où, lequel et ses dérivés) et sont fonctionnellement équivalentes à des adjectifs avec lesquelles on peut, notamment, les coordonner (1a, 1b).

    (1a) Un souriceau tout jeune et qui n’avait rien vu
    (1b) Un souriceau tout et jeune et inexpérimenté

    Tout comme les adjectifs cependant, la relation que ces subordonnées entretiennent avec le nom auquel elles se raccrochent n’est pas univoque, et elles participent plus ou moins à la détermination de l’antécédent, parfois sans qu’une analyse précise ne puisse être faite.

    La sémantique des subordonnées relatives adjectives est une analyse difficile, qui rend compte de leur statut particulier et de leur relation avec leur antécédent.

    La tradition considère, généralement, trois grandes catégories de subordonnées relatives adjectives (SRA, à présent) : les restrictives, ou déterminatives, les explicatives et les narratives, ou rallonge.

    II. SRA déterminatives

    Les SRA déterminatives peuvent être assimilées à des adjectifs épithètes : on les trouve, en langue moderne, directement postposés à leurs antécédents sans segmentation graphique, virgule ou point (2).

    (2) Les oiseaux qui sont blancs sont des perruches.

    Ces SRA sont dites « déterminatives », ou « restrictives » car, du point de vue sémantique, elles « restreignent » l’extension de l’antécédent, c’est-à-dire sa faculté à désigner des référents, ou encore elles « déterminent » des sous-catégories d’antécédents. Ainsi, la différence entre les oiseaux et les oiseaux qui sont blancs tient en ce qu’il y a davantage d’animaux dans le monde qui peuvent être désignés par le groupe nominal les oiseaux, que les oiseaux qui sont blancs ; et les oiseaux qui sont blancs composent un sous-ensemble des oiseaux.

    Il convient dès lors de comprendre que les SRA déterminatives co-construisent l’antécédent avec le nom, il ne s’agit pas d’un ajout d’information à partir d’une référence déjà construite. Par exemple, en (3a), le groupe « nom + SRA » peut être remplacé par un nom unique, sans modifier le sens général de la phrase (3b)

    (3a) Les enfants qui bavardent seront punis.
    (3b) Les bavards seront punis.

    Cette co-construction référentielle explique pourquoi l’on peut retrouver ces SRA déterminatives dans des surnoms de personnages, comme « L’homme qui rit » de VIctor Hugo, comme elles font entièrement partie de leur interprétation. En ce sens, leur suppression entraîne une différence majeure de sens : Les enfants seront punis dessinent un scénario bien distinct de Les enfants qui bavardent seront punis.

    Incidemment, le pronom relatif n’est pas, ici, une « vraie anaphore« , dans la mesure où il ne reprend pas le contenu sémantique de l’antécédent mais participe, pleinement, à celui-ci. C’est un relais, qui assure une continuité du fil de référence, mais non une reprise à proprement parler.

    III. SRA explicatives

    Les SRA explicatives peuvent être vues, de prime abord, comme l’exact contraire des SRA déterminatives. Elles ne participent pas à la co-construction référentielle de leur antécédent mais rajoutent une précision venant faciliter la compréhension, ou l’intension, de leur antécédent, c’est-à-dire leur faculté à désigner tel ou tel référent dans le contexte de la phrase. Par exemple, en (4)

    (4) Les enfants, qui sont énergiques, m’épuisent.

    La SRA qui sont énergiques vient expliciter (d’où ce nom de SRA explicative) un détail de l’antécédent pour faciliter la compréhension. Ainsi, ce qui explique le fait que « les enfants m’épuisent », ce n’est pas leur âge, leur petite taille, leur insouciance, etc., mais le fait qu’ils « sont énergiques ». Comme ces SRA ne participent pas à la construction référentielle de l’antécédent, et comme elles ne font que mettre en lumière une dimension sémantique de l’antécédent, elles sont parfois considérées comme « facultatives », voire supprimables. En typographie moderne, une séparation par une virgule indique, au regard des SRA déterminatives, ce caractère facultatif. Il est vrai, pour reprendre le dernier exemple, la différence entre ce dernier est « Les enfants m’épuisent » semble ténue. D’autres fois, cependant, la nuance est plus difficile à reconnaître. Si nous reprenons un couple d’exemples canoniques :

    (5a) Les Alsaciens qui boivent de la bière sont obèses.
    (5b) Les Alsaciens, qui boivent de la bière, sont obèses.

    La différence entre (5a) et (5b) est certes cohérente avec les descriptions précédentes, mais rien, formellement, ne vient les distinguer si ce n’est cette virgule et la perspective communicationnelle de l’énoncé, soit ce que l’on veut dire par cette phrase. Comme la suppression de la SRA n’entraîne qu’une nuance sémantique, et non une agrammaticalité syntaxique, le test de suppression que l’on peut conduire est rarement conclusif en lui-même. C’est davantage la prise en compte globale de l’énoncé, le contexte précédent et suivant, qui permettra d’établir définitivement le rôle sémantique de la SRA. Si la ponctuation peut guider l’interprétation, non seulement celle-ci est un indice de seconde main, que l’on peut oublier ou mal employer par exemple, mais cette convention typographique n’a été véritablement établie qu’à l’époque moderne en français. D’ailleurs, certaines traditions, comme en allemand par exemple, emploient une virgule devant toutes les SRA, qu’elles soient déterminatives ou explicatives.

    Cette fois-ci, enfin, le pronom relatif qui introduit une SRA explicative est une « vraie » anaphore, qui reprend les informations référentielles de l’antécédent. D’ailleurs, un indice permet d’identifier, quasiment à coup sûr, ces subordonnées : elles peuvent être introduites par le pronom relatif lequel, qui ne peut pas, quant à lui, introduire des SRA déterminatives. Son emploi force nécessairement une lecture non-déterminant, en raison de sa morphologie particulière.

    (5c) Les Alsaciens, lesquels boivent de la bière, sont obèses.

    IV. SRA narratives

    Une troisième catégorie de SRA, qui n’est pas toujours identifiée par les grammaires, est appelée « narrative » ou « rallonge ». Elles ressemblent aux SRA explicatives, si ce n’est qu’elles développent une nouvelle prédication, ou une nouvelle information, à partir de l’antécédent, plutôt que d’expliciter une dimension de celle-ci. En ce sens, elles ne permutent pas réellement avec des adjectifs comme c’était encore le cas avec les explicatives (« Les Alsaciens, buveurs de bière… »). On peut, en revanche, substituer le pronom relatif avec un pronom anaphorique, cette transformation étant, encore une fois, impossible avec les autres SRA.

    (6a) J’ai rencontré Pierre dans la rue, qui m’a dit qu’il partait en vacances.
    (6b) J’ai rencontré Pierre dans la rue, il m’a dit qu’il partait en vacances.

    Là encore, lequel peut introduire ces SRA narratives et on peut les trouver, notamment, après des signes de ponctuation plus forts que les virgules, des points-virgules ou des points. Ces emplois sont parfois condamnés, mais ils témoignent du caractère autonome de ces SRA, qui ne partagent plus qu’avec leur antécédent qu’un lien anaphorique et non plus syntaxique.

    (7) Ça, c’est un autre problème. Qui se réglera en son temps. (Raizer, Mécanique mort, 2022)

    Ce type de phénomène, dit encore « ajout après le point » ou « hyperbate », remet également en question l’unité de la phrase, et son éclatement dans la langue contemporaine au profit d’unités textuelles de rang supérieur.

    V. Bibliographie

    L’analyse des différents types sémantiques de subordonnée relative adjectives a fait l’objet d’un très grand nombre d’analyses et de publications, notamment afin de déterminer des tests d’identification fiables. Je n’en donnerai que quelques unes :

    J’ai moi-même beaucoup travaillé sur la subordination relative : mon ouvrage dédié au pronom lequel, publié en 2019 aux éditions Classiques Garnier…

    …et cet article, de 2019 encore, discute encore de ce sujet.

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    https://questionsdelangue.wordpress.com/2024/09/14/semantique-des-subordonnees-relatives-adjectives/

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