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⚠️ « INTERDIRE LES ARMES MUTILANTES DANS LES MANIFESTATIONS LYCÉENNES »
Quand j’ai lu cette phrase, j’ai eu exactement la réaction que ce genre de formulation provoque chez moi.
« Armes mutilantes ».
« Techniques d’immobilisation létales ».
Des voitures de police qui « foncent dans la foule ».
Le vocabulaire est fort. Militant, même.
Et lorsqu’un texte cherche manifestement à nous convaincre, c’est justement le moment où j’aime bien aller regarder ce qu’il reste une fois qu’on enlève les adjectifs.
Alors j’ai vérifié.
Et j’avoue que je m’attendais à trouver davantage d’exagérations.
Le problème, c’est que derrière les mots, il y a des faits particulièrement difficiles à évacuer.
Des adolescents ont réellement été grièvement blessés lors des mobilisations lycéennes.
À Tours, un lycéen de 16 ans a perdu l’usage d’un œil. Les lésions ont été décrites par la procureure comme compatibles avec un tir de LBD, même si l’enquête doit encore établir précisément ce qui s’est passé.
Un garçon de 14 ans a été atteint au visage par une grenade lacrymogène tirée avec un lanceur Cougar. Le tir tendu de ce type de projectile est justement interdit en raison de sa dangerosité.
À Lens, un adolescent de 15 ans a eu une main arrachée par l’explosion d’une grenade assourdissante.
Des enquêtes de l’IGPN sont ouvertes.
Et les inquiétudes autour de certaines de ces armes ne sont pas apparues avec cette pétition.
Dès 2019, la commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe demandait à la France de revoir sa doctrine d’emploi des armes intermédiaires et de suspendre l’utilisation des LBD dans les opérations de maintien de l’ordre.
Ça ne signifie pas pour autant que chaque phrase de la pétition doit être acceptée sans discussion.
Certaines formulations vont plus loin que ce que permettent d’affirmer les faits.
Dire qu’une technique d’immobilisation peut provoquer une asphyxie et entraîner la mort n’est pas exactement la même chose que la qualifier simplement de « technique létale ».
Parler de voitures qui « foncent dans la foule » décrit des images réelles, mais attribue aussi une intention qu’une vidéo ne suffit pas toujours à démontrer.
Et certains éléments sont encore sous enquête.
Il faut également raconter l'autre partie de l'histoire.
Certaines mobilisations ont connu des jets de projectiles, des dégradations et des violences. Faire disparaître ces faits donnerait une vision tout aussi biaisée de la situation.
Mais voilà où l'exercice devient intéressant.
Reconnaître ces violences ne répond pas à la question posée par la pétition.
Parce que le recours à la force reste soumis à une exigence de nécessité et de proportionnalité.
Et lorsqu’on parle de lycéens, parfois très jeunes, la question de savoir quelles armes nous acceptons collectivement de voir utilisées mérite probablement mieux qu’un réflexe de camp.
C’est finalement ce qui m’a intéressé dans cette pétition.
Je suis parti de mots qui me semblaient suffisamment chargés pour mériter ma méfiance.
Je termine ma vérification en pensant que certaines formulations méritent effectivement d’être nuancées…
mais que le problème qu’elles décrivent, lui, ne peut pas sérieusement être balayé.
Vous n’êtes pas obligés de signer cette pétition.
Vous n’êtes même pas obligés d’être d’accord avec la solution qu’elle propose.
Mais si le sujet vous interpelle, lisez-la.
Puis faites quelque chose d’encore plus important :
vérifiez.
Et décidez ensuite.
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