#jargonvolcan — Public Fediverse posts
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Voilà, c’est déjà la fin de ce calendrier de l’avent dédié au vocabulaire de la volcanologie ! J’ai essayé de varier les langues et les thématiques : pétrographie, géomorphologie, etc. J’espère que ça vous a plu et que vous y avez appris quelques nouveaux mots, même si la plupart seront sans doute difficile à placer en société…
Évidemment, il y a bien plus que 24 termes dans notre jargon. Pour découvrir d’autres mots, il existe une foule de glossaires en ligne, même si beaucoup sont très incomplets. Celui de l’US Geological Survey (en anglais) n’est pas trop mal pour débuter et a le mérite d'être illustré : https://volcanoes.usgs.gov/vsc/glossary/. Et pour celles et ceux qui voudraient aller plus loin, voici quelques sources textuelles que j’ai utilisées :
– Pour les noms de roches volcaniques, la bible est « Igneous Rocks: A Classification and Glossary of Terms » (https://doi.org/10.1017/CBO9780511535581). Vous y découvrirez des noms que même moi je n’ai jamais entendus !
– Pour les formes de relief, les 2 460 pages de Encyclopedia of Planetary Landforms (https://doi.org/10.1007/978-1-4614-3134-3) devraient contenir tout ce qu’il vous faut…
– Le méconnu « Volcanic Landforms and Surface Features – A Photographic Atlas and Glossary » (https://doi.org/10.1007/978-3-642-65150-2) est une mine d’or. Beaucoup de termes sont obsolètes – certains sont déjà mentionnés comme tels à l’époque en 1971 – mais c’est à la fois un beau témoignage de l’évolution du langage et un super outil pour décrypter les vieux documents. Tholoid, d'origine grecque, a ainsi été supplanté par dôme, d’origine latine… Dommage, le puy de Tholoïde ça sonnerait bien !
#JargonVolcan #livre #textes #sources -
24 décembre. C’est la fête aujourd’hui, alors voici plusieurs mots pour terminer ! Ils appartiennent tous au vocabulaire lié aux émanations de gaz volcaniques : fumerolle, solfatare, mofette, mazuku.
Fumerolle est un terme générique, qui désigne un évent d’où sortent des gaz volcaniques.
Solfatare est parfois employé pour parler d’une fumerolle riche en soufre. Le mot vient de l’italien Solfatara, une zone volcanique des Champs Phlégréens, nom lui-même issu du latin sulpha terra, « terre soufrée ».
Mofette, quant à lui, désigne un évent d’où sort plutôt du dioxyde de carbone. Lui aussi provient du latin (via l’italien) mephitis, « exhalaison pestilentielle ».
Enfin, le dioxyde de carbone peut percoler à travers la roche poreuse, sans point de sortie réellement identifié, et s’accumuler au fond des creux topographiques. Cela forme un mazuku, terme d’origine swahilie, le phénomène étant courant dans les régions volcaniques d’Afrique de l’Est.
On pourrait encore citer le terme stufa (de l’italien signifiant poêle), utilisé comme synonyme de fumerolle mais désormais jugé archaïque.
#JargonVolcan #gaz #CO2 #volcan #italien #latin -
23 décembre. Le mot du jour est un acronyme, pour une fois, le jargon de la volcanologie n’y échappe pas, même s’ils sont bien moins présents que dans l’ESR par exemple… Il s’agit de DRE, qui signifie dense-rock equivalent, et que l’on pourrait traduire par « équivalent roche dense ». C’est une conversion, qui permet de remonter au volume de magma émis par une éruption à partir du volume estimé de ses dépôts. Car un certain volume de magma « dense », dans un réservoir, prend un plus grand volume une fois éjecté à la surface : l’expansion du gaz crée de la porosité dans les cendres et les ponces. À titre d’exemple, des dépôts éruptifs de 11,4–12,1 km³ (éruption du Huaynaputina en 1600) ont un volume DRE estimé à 4,6–4,95 km³, soit un facteur supérieur à 2. Mais tous les dépôts n’ont pas la même porosité, donc chaque taux de conversion est différent. Le volume DRE permet ainsi de mieux comparer les éruptions entre elles : avec ce chiffre, on compare une quantité de magma émise. Voir aussi isopaque (https://social.sciences.re/@kipuka/115666652929428310). Le DRE étant un concept particulièrement difficile à illustrer, je vous laisse avec une jolie photo de volcan sans rapport…
#JargonVolcan -
22 décembre. Le mot du jour est pépérite, ou peperino, un type de roche volcanique… et sédimentaire. Elle se forme lorsque du magma, en remontant, rencontre une couche de sédiments gorgés d’eau. Dans l’explosion qui s’ensuit, les fragments de lave sombre se mélangent aux calcaires et argiles clairs, ce qui leur donne l’aspect de grains de poivre dans la roche résultante (pépérite venant du latin peperinus, « poivre »). C'est un terme avant tout génétique, c’est-à-dire qu’il renseigne sur le processus de formation de la roche, mais en réalité il existe des pépérites d’aspects très différents selon la nature du magma, des sédiments, leurs proportions et leurs interactions… À noter qu’il ne faut pas confondre peperino avec piperno, un terme qui désigne exclusivement une roche volcanique de la région de Naples.
#JargonVolcan #roche #rockporn #géologie -
21 décembre. Le terme du jour est pseudo-cratère, ou rootless cone en anglais (« cône sans racine »). Contrairement aux volcans classiques, ces petits cratères n’ont pas été alimentés en magma par en dessous, en tous cas pas par une cheminée profonde (d’où l’absence de racine). Ils se forment lorsque de la lave s’écoule sur une surface humide, comme un marécage ou un lac. Avec la chaleur, l’eau piégée sous la lave se transforme en vapeur. Or la vapeur occupe un volume bien plus important… et son expansion provoque une explosion ! Ces cônes sont donc constitués de fragments de lave expulsés par une éruption de vapeur d’eau. Ils n’atteignent pas de grandes dimensions, mais sont souvent regroupés par dizaines au-dessus de la même coulée. Un célèbre site de pseudo-cratère est le lac Mývatn, en Islande, mais j’en connais aussi en Auvergne, quoique pas aussi jolis…
#JargonVolcan -
20 décembre. Poursuivons la découverte du #JargonVolcan avec le mot anglais mush, qu’on peut traduire par « bouillie ». Le mot est employé seul ou dans les expressions crystal mush et magmatic mush (« bouillie de cristaux », « bouillie magmatique »). Il faut dire que le paradigme des chambres magmatiques a bien évolué au cours des dernières décennies. On n’imagine plus ces réservoirs comme un grand espace rempli de liquide au sein des roches de la croûte. On pense désormais qu’il s’agit plutôt d’une série de filons interconnectés, au sein desquels toute la matière n’est pas liquide. On imagine plutôt une sorte d’éponge, le mush donc, constituée de nombreux cristaux, entre lesquels subsiste un peu de liquide magmatique interstitiel. À titre d’exemple, on estime que le réservoir magmatique de Yellowstone est en réalité un mush ne contenant que 25 à 28 % de liquide (et on estime qu’il faut que ce taux monte à 35–50 % pour qu’une éruption ait lieu).
C’est un mot difficile à illustrer, un crystal mush étant par définition à plusieurs kilomètres sous terre… Il existe tout de même quelques sites exhumés qui sont interprétés comme des réservoirs magmatiques fossiles. Par exemple l’intrusion de Skaergaard, au Groenland, qui a fait l’objet de nombreuses études. Cette intrusion présente une stratification, avec des couches riches en cristaux qui pourraient représenter un ancien mush.
#magma -
19 décembre. Le mot du jour est jökulhlaup, un terme d’origine islandaise, de jökull, « glacier », et hlaup qui signifie « course ». Il désigne les grandes inondations qui se produisent lorsque la chaleur géothermale ou l’éruption d’un volcan sous-glaciaire fait fondre une importante quantité de glace. Le phénomène peut créer des crues impressionnantes : lors de certaines éruptions du volcan Katla, on estime que le débit des eaux de fonte du glacier Mýrdalsjökull a atteint plus de 100 000 m³/s ! En Islande, les jökulhlaups menacent régulièrement la côte sud de l’île, mais ils sont désormais assez bien prédits et surveillés. Par extension, les glaciologues utilisent désormais le terme pour désigner des crues glaciaires d’origine non volcanique.
#JargonVolcan #volcan #glacier #Islande #glaciologie #géologie -
18 décembre. Le mot #JargonVolcan du jour est sphérulite. Ce terme désigne de petits globules de couleur blanche que l’on trouve parfois dans l’obsidienne, une roche volcanique noire et vitreuse, c’est-à-dire sans cristaux. Cela donne de jolis échantillons noirs mouchetés de ronds blancs.
Les sphérulites se forment par dévitrification de l’obsidienne, dont le caractère vitreux est dit métastable : sur de longues échelles de temps, les atomes vont diffuser à travers le verre pour former des phases stables, autrement dit des cristaux. Ces cristaux croissent en aiguilles fibreuses orientées de façon radiale, ce qui donne leur aspect sphérique aux sphérulites. Les minéraux sont souvent siliceux (quartz, cristobalite), mais on trouve aussi d’autres espèces, comme des feldspaths.
Des basaltes présentent parfois un aspect similaire, mais il s’agit de vacuoles (anciennes bulles) remplies par des zéolites (minéraux secondaires d’altération), une texture appelée amygdaloïde. Allez, arrêtons là le term-dropping !
#rockporn #géologie #minéralogie #minéraux -
17 décembre. Cocorico, le mot #JargonVolcan du jour est d’origine française, même s’il a perdu son accent depuis son passage dans l’anglais américain, sans doute via la Louisiane. Il s’agit du mot levee, qui signifie digue. Le mot est donc principalement utilisé en hydrologie. Mais les rivières de lave ont aussi des levees ; en fait, elles les construisent naturellement ! Sur les côtés d’une coulée, la lave se solidifie plus vite au contact de l’air et de la roche encaissante, tandis qu’elle reste liquide au centre. Ce processus forme des embryons de levees. Au début elles ne sont pas très hautes, et des débordements latéraux se produisent fréquemment. Mais cet apport de matière les fait grandir, et les levees finissent par former de véritables digues de roche, définissant un chenal central d’où la lave fluide ne peut plus sortir. Il arrive aussi qu’un « étang » de lave (lava pond) se forme derrière une levee (à ne pas confondre avec les véritables lacs de lave, alimentés par en dessous).
Une fois n’est pas coutume, j’en profite pour vous laisser avec un peu de musique ! Car à chaque fois que je lis le mot levee, je ne peux m’empêcher de penser à la chanson « When the levee breaks ». Voici donc la superbe reprise de Yat-Kha : https://yat-kha.bandcamp.com/track/when-the-levee-breaks -
16 décembre. Aujourd’hui, tentons de débrouiller un peu les termes neck, plug et protrusion, autour desquels il semble y avoir une certaine confusion. Le mot neck (« cou » en anglais) désigne un ancien conduit magmatique dégagé par l’érosion. Les matériaux meubles du volcan (cendres, scories…), qui formaient autrefois un cône entourant le conduit magmatique, ont disparu, laissant seulement le cylindre central de roche plus résistante. Le mot plug (« bouchon » en anglais) désigne… un ancien conduit volcanique dégagé par l’érosion. La plupart des glossaires et dictionnaires de géologie définissent neck et plug comme des synonymes, une des entrées renvoyant à l’autre. Les deux termes sont interchangeables.
Ça se complique avec protrusion. Le terme est ambigu, tantôt employé pour désigner un neck, tantôt pour désigner une aiguille de lave visqueuse (comme celle de la montagne Pelée en 1903). Or si les deux se ressemblent, ils ne naissent pas de la même façon. L’éruption d’une aiguille est un processus extrusif, c’est-à-dire avec émission de lave en surface, tandis qu’un neck est intrusif – ce n’est que longtemps après sa création qu’il finit par faire émerger.
Je propose donc unilatéralement de bannir le terme protrusion, et d’en rester aux termes intrusion et extrusion (pour les processus), et aux termes neck/plug et aiguille (pour les formes de relief résultantes).
#JargonVolcan #relief #volcan -
15 décembre. Le mot du jour est… kīpuka ! Je ne crois pas avoir déjà expliqué l’origine du nom de la revue ici, ou alors il y a fort longtemps. C’est un terme hawaïen, construit en ajoutant le préfixe intensifiant kī- au mot puka, « trou ». Il désigne un changement local d’aspect, tel qu’une clairière dans une forêt, une trouée dans les nuages, ou un endroit calme dans une mer agitée. Mais le terme s’emploie plus fréquemment dans son sens géologique : une zone entourée de tous côtés par la lave, mais épargnée par celle-ci. À Hawaï, cela se traduit généralement par des taches vertes sur fond noir – des îlots de forêt préservée perdus dans un océan de basalte.
La formation d’un kīpuka se produit à cause des ondulations du sol : la lave étant fluide, elle a tendance à inonder les creux topographiques. Un relief un peu plus élevé que le terrain environnant peut alors être épargné par les flots de lave, qui vont l’encercler sans totalement l’ensevelir. Dans les régions volcaniques, ces reliefs sont souvent eux-mêmes d’origine éruptive (anciens cônes ou dômes).
Les kīpukas offrent aux géologues une précieuse fenêtre sur des terrains qui, ailleurs, ont été recouverts par la lave. Ils offrent surtout un refuge à la faune et à la flore préservées en leur sein. Véritables réservoirs de biodiversité, ils permettent au vivant de partir recoloniser les surfaces de roche nue laissées par les coulées de lave refroidies.
Synonymes parfois rencontrés dans la littérature : dagala, terme sicilien réservé aux kīpukas de l’Etna ; steptoe, d’après Steptoe Butte, un kīpuka de l’État de Washington âgé de 1,5 milliard d’années.
#JargonVolcan -
14 décembre. Restons dans la thématique d’hier avec le mot guyot, terme qui désigne un volcan sous-marin à sommet aplati. Contrairement aux volcans sous-marins pointus, qui n’ont jamais émergé (ou du moins pas encore), les guyots sont considérés comme d’anciens volcans subaériens qui se sont enfoncés. Ils témoignent de la subsidence de la croûte océanique, qui devient plus froide, donc plus dense, à mesure qu’elle s’éloigne de la dorsale où elle est générée.
Le nom de ce type d’édifice a suivi un chemin quelque peu tortueux… Le géologue Harry Hess (un des pères de la tectonique des plaques), qui imagea une de ces structures au cours de la Seconde Guerre mondiale, leur donna le nom de guyot en référence à Guyot Hall, le bâtiment qui hébergeait le département des géosciences à l’université de Princeton, par analogie de forme avec son toit plat. (Signe des temps, le bâtiment va bientôt héberger le département d’informatique et être renommé le Eric and Wendy Schmidt Hall, d’après l’ex-CEO de Google…) Le Guyot Hall était baptisé du nom d’Arnold Henry Guyot, géologue et géographe, qui a donc donné son nom aux guyots via le building !
#JargonVolcan #étymologie #linguistique #géologie #océan #océanographie -
13 décembre. Le mot #JargonVolcan du jour est atoll, issu du maldivien atoḷu / އަތޮޅު signifiant « région ». Un atoll est un anneau de corail me-direz vous, constitué d’une structure minérale bioconstruite et non de roches volcaniques. Que vient donc faire ce terme dans le jargon volcanologique ? Eh bien pour construire un atoll, il faut d’abord un volcan ! Le corail a en effet besoin d’un support : il édifie son anneau sur le pourtour d’une île volcanique. Cette île disparaît ensuite progressivement par subsidence, c’est-à-dire qu’elle s’enfonce dans la mer. Le récif frangeant devient alors récif barrière, puis atoll (schéma ci-dessous). Le lagon central est ainsi le dernier témoin de ce qui fut un volcan émergé. Le premier à avoir compris (les grandes lignes de) ce processus est un certain Charles Darwin. Le célèbre naturaliste vit en effet de nombreux atolls durant le voyage du Beagle, et publia à son retour « The Structure and Distribution of Coral Reefs » (1842), bien avant « L’Origine des espèces ».
#île #océan #géologie #Darwin -
12 décembre. Restons dans la langue italienne avec le mot #JargonVolcan du jour : fiamme (« flammes »). Ce terme est utilisé pour désigner les fragments rocheux aplatis que l’on trouve parfois dans une ignimbrite – épais dépôt de cendres et ponces généré par une grande éruption explosive. Ils se forment lorsque des pierres ponces sont compactées, voire soudées, ce qui détruit leur porosité et crée ces sortes de lentilles vitreuses plus ou moins alignées. Une roche avec de nombreuses fiamme a une texture dite eutaxitique. L’orientation des fiamme peut indiquer la direction de l’écoulement pyroclastique et ainsi contribuer à la reconstitution d’une éruption ancienne.
#géologie #rockporn -
11 décembre. Il arrive parfois qu’un toponyme devienne nom commun par antonomase (Bikini, Macédoine, Porto…). C’est le cas des mots du jour, deux termes italiens issus du latin : somma et atrio, qui proviennent de la toponymie du Vésuve. Le célèbre volcan a en effet « poussé » dans la large dépression laissée par un volcan précédent, le mont Somma, dont il reste encore un large croissant au nord (images ci-dessous). Or le cas est loin d’être unique. De nombreux édifices présentent une morphologie similaire et sont donc parfois qualifiés de « volcan somma » (voire sommian en anglais), la montagne italienne donnant son nom à ce type de relief.
La vallée coincée entre le cône du Vésuve et l’escarpement du mont Somma s’appelle l’Atrio del Cavallo. Les laves du Vésuve empruntent parfois cette vallée pour s’écouler, en 1771 et 1944 par exemple. De la même façon que pour Somma / somma, le terme atrio s’est imposé pour désigner une vallée similaire sur ce type de volcan. Il faut admettre qu’il n’est pas très courant, mais on le rencontre à l’occasion dans la littérature, notamment concernant les volcans japonais, mais pas que. Par analogie de forme, les volcanologues auvergnats l’emploient parfois à propos du puy Pariou, dont le cône actuel est ceint d’un croissant plus ancien.
#JargonVolcan #linguistique #relief #géomorphologie #géographie #Italie #Vésuve -
10 décembre. Voici aujourd’hui un mot d’origine espagnole : hornito, qui signifie littéralement « petit four » (parfois appelé driblet cone ou driblet spire). Il s’agit d’une structure de forme cylindrique ou conique, de taille modeste (quelques mètres de hauteur), que l’on trouve fréquemment à la surface des champs de lave. Un hornito se forme lorsque de la lave fluide, s’écoulant dans un tunnel sous une croûte de lave solide, finit par fracturer cette croûte. Le gros du flot reste confiné sous la surface, mais la lave peut parfois déborder par cette ouverture, construisant vers le haut par spattering (« éclaboussure »). Les projections s’accumulent autour de cet évent, finissant par édifier de curieuses tours à l’architecture chthonienne…
#JargonVolcan #géologie -
9 décembre. Le mot #JargonVolcan du jour est komatiite. Il s’agit d’une roche volcanique rare, et pour cause : elle ne peut plus se former dans les conditions thermiques actuelles de la Terre. D’après les expériences de laboratoire, la lave qui a donné les komatiites devait s’écouler à plus de 1 600 °C ! Or aujourd’hui, les laves les plus chaudes ne dépassent guère les 1 250 °C. Ces laves datent donc de l’Archéen, il y a plus de 2,5 milliards d’années ; depuis, l’intérieur de notre planète s’est considérablement refroidi.
Les komatiites sont caractérisées par leur texture dite « spinifex », en référence à un buisson australien épineux. Dans cette roche, les grains d’olivine ont en effet un aspect aciculaire (en forme d’aiguilles) qui résulte d’une cristallisation rapide du liquide magmatique.
Le mot komatiite vient de la rivière Komati, en Afrique du Sud, qui est la localité type de ce type de roche. (J’ai déjà abordé l’étymologie des roches volcanique dans ce fil : https://social.sciences.re/@kipuka/112921472311234723.) Mais on trouve des komatiites dans tous les vieux cratons : Canada, Australie, Brésil, etc.
#roche #rockporn #Archéen #géologie #SVT -
Ouvrons notre calendrier de l’avent #JargonVolcan pour découvrir le mot de ce lundi 8 décembre. Il est français, il s’agit de planèze. Le terme désigne un plateau lavique triangulaire, avec la pointe dirigée vers le cœur du volcan, et délimité de part et d’autre par de profondes vallées (voir schéma ci-dessous). C’est donc une forme de relief que l’on trouve sur d’anciens volcans, déjà partiellement démantelés par l’érosion – les géomorphologues parlent parfois de « stade des planèzes ». Le mot est surtout utilisé dans le Cantal (la planèze de Saint-Flour étant sans doute la plus connue) et à la Réunion (planèzes du Piton des Neiges), essentiellement par des auteurs francophones. On en trouve tout de même quelques mentions dans des textes de géologie ou de géographie anglophones, sans l’accent. Il est d’ailleurs dommage que le terme ne soit pas plus répandu car, comme le notait le grand géomorphologue néo-zélandais Charles Andrew Cotton dans son ouvrage « Volcanoes as landscape forms » (1952), il remplace avantageusement des expressions comme « sloping triangular facets which are little dissected remnants of the constructional surface of the original lava dome »…
#Cantal #LaRéunion #géomorphologie #géologie #mot #linguistique -
7 décembre. Aujourd’hui, deux mots-valises anglais sont à l’honneur.
Le premier est vog, composé de volcanic et fog (« brouillard volcanique »). Cette pollution d’origine volcanique est due à l’émission de gaz lors des éruptions, principalement le dioxyde de soufre (SO₂). Dans l’atmosphère, une réaction chimique transforme ce gaz en fines particules (aérosols) d’acide sulfurique (H₂SO₄). Le vog peut avoir des impacts – encore mal quantifiés – sur la santé de la faune, de la flore et des êtres humains vivant à proximité d’un volcan actif.
Le second mot-valise est laze, composé de lava et haze (« brume lavique »). Le phénomène se produit lorsqu’une coulée de lave entre dans l’océan et vaporise de l’eau de mer. Contrairement au vog, un panache de laze est donc essentiellement composé de vapeur d’eau, ce qui se voit à sa couleur blanche. Cela ne le rend pas inoffensif pour autant, car le laze contient tout de même de petites quantités d’acide chlorhydrique, qui peuvent irriter la peau, les yeux et les poumons des personnes exposées. Bref, vog ou laze, mieux vaut éviter de respirer trop près d’un volcan en éruption !
#JargonVolcan #éruption #gaz #pollution #atmosphère #Hawaï -
6 décembre. Le mot #JargonVolcan du jour est toreva, issu d’une localité hopi en Arizona. Ce mot n’est pas exclusif au vocabulaire volcanologique : on le trouve dans toute la littérature scientifique associée aux glissements de terrain. Mais on le lit fréquemment dans les études des avalanches de débris, phénomène dans lequel un édifice volcanique s’effondre partiellement. Ces avalanches créent des dépôts caractérisés par des centaines de hummocks, de petites collines constituées par les fragments du volcan effondré (j’ai déjà mentionné cet autre terme à plusieurs reprises, ici https://social.sciences.re/@kipuka/111171177379658135 ici https://social.sciences.re/@kipuka/112135403817386979 et ici https://social.sciences.re/@kipuka/113595362420938540). Un toreva désigne un autre type de fragment qui, contrairement au hummock, n’a pas été transporté loin de la source mais est resté à la base de son lieu d’origine, avec un simple mouvement de translation et parfois de légère rotation. Avec un peu d’imagination, on peut parfois faire « remonter » mentalement le toreva à sa place initiale. Les torevas sont aussi plus gros que les hummocks – certains mesurent plus d’un kilomètre.
#géomorphologie #géologie #volcan #Chili -
5 décembre. Le mot #JargonVolcan du jour est isopaque (fr) ou isopach (en), du grec ancien ἴσος, « égal », et παχύς, « épais ». Ce sont donc des lignes d’égale épaisseur des dépôts géologiques, un peu comme les courbes de niveau relient les points d’égale altitude. Les volcanologues font des relevés de terrain pour mesurer l’épaisseur des dépôts de cendres des éruptions explosives passées. Ces points leur permettent de dresser la carte d’isopaques du dépôt, un travail qui était auparavant fait à la main et qui peut dorénavant s’effectuer à l’aide d’outils d’interpolation (krigeage par exemple).
Les isopaques définissent généralement des ellipses, le dépôt reflétant l’élongation du panache de cendres dans la direction du vent. L’aire comprise dans chaque courbe isopaque permet ensuite, à l’aide d’équations mathématiques, de calculer le volume total du dépôt de cendres, et donc de connaître la masse de magma éjectée, un paramètre crucial dans la classification des éruptions.
À chaque affleurement, les volcanologues mesurent aussi la taille des plus gros fragments du dépôt. Ces données servent à tracer une carte d’isoplèthes cette fois, un terme beaucoup plus générique, ici utilisé pour désigner des lignes d’égal diamètre. Ces cartes permettent d’estimer la hauteur du panache, liée au débit de magma (en kg par seconde). Connaissant la masse totale éjectée et le débit, on peut alors estimer la durée d’une éruption passée, juste en analysant ses dépôts !
#géologie #éruption #carte #cartographie -
4 décembre. Le mot #JargonVolcan du jour est celui par lequel tous les glossaires de volcanologie débutent, et pour cause : il s’agit de ʻaʻā (souvent juste orthographié « aa »). Ce mot hawaïen désigne l’un des deux principaux types de lave basaltique, l’autre étant pāhoehoe.
Pour faire simple, la lave ʻaʻā est rugueuse, composée de blocs irréguliers. Elle forme une surface chaotique difficile à traverser une fois la coulée refroidie – une étymologie fantaisiste veut que ʻaʻā soit le son produit par les Hawaïens en marchant pieds nus sur ces coulées… La lave pāhoehoe, au contraire, est caractérisée par une surface lisse. Cette variété peut à son tour être subdivisée en de multiples sous-types, dont les laves dites cordées.
Notez que les coulées basaltiques ne sont pas toujours exclusivement ʻaʻā ou pāhoehoe : les deux types de lave peuvent coexister au sein d’une même unité. On observe fréquemment des transitions d’un type à l’autre en fonction des variations de la rhéologie de la lave (essentiellement sa viscosité).
Si c’est le terme hawaïen qui s’est imposé dans le vocabulaire volcanologique international, on trouve plusieurs variations régionales de ce concept. En Auvergne, le mot cheire correspond à une coulée de type ʻaʻā. À La Réunion on parle de lave en gratons. Aux Açores, on trouve le mot biscoitos (« biscuits »), qui a donné plusieurs toponymes situés sur des champs de lave ʻaʻā. Enfin, certaines régions hispanophones (Canaries, Mexique, sud des USA) disent malpaís (« mauvais pays », à ne pas confondre avec les badlands, qui sont plutôt sédimentaires).
#mot #vocabulaire #Hawaï #lave #géologie -
3 décembre, continuons d’ouvrir notre calendrier de l’avent #JargonVolcan avec tindar, un mot issu de la langue islandaise. Il désigne un relief volcanique longiligne typique des environnements ayant connu des éruptions sous-glaciaires (Islande, Canada, Antarctique…).
Vous avez sans doute vu des images des grandes fissures qui se sont ouvertes lors des récentes éruptions islandaises. La lave étant fluide, elle peut s’étaler librement de part et d’autre de la fissure (ci-dessous). Maintenant, imaginez qu’une telle fissure s’ouvre sous une importante masse de glace : la glace va fondre un peu localement, mais la lave ne va pas pouvoir s’étaler. Latéralement contrainte, elle va s’accumuler sur place, construisant vers le haut. La roche constituant les tindars est d’ailleurs caractéristique des interactions magma–eau, avec notamment des laves en coussin et des hyaloclastites. Depuis le début de l’Holocène, la fonte de la calotte polaire islandaise a dévoilé de nombreux tindars.
Il ne faut pas confondre un tindar avec un tuya, une forme de relief voisine mais plus tabulaire que longiligne. Lors de la construction d’un tuya, la roche en fusion finit par atteindre la surface et s’écouler à l’air libre, coiffant le sommet d’une couche de lave « classique » et lui conférant une forme moins effilée. Le mot tuya est lui issu du peuple tahltan, Tuya Butte (Canada) étant la localité-type de cette forme de relief.
#éruption #Islande #Iceland #glacier #relief #géomorphologie -
2 décembre.
Le mot #JargonVolcan du jour est réticulite. C’est le nom d’une roche volcanique assez particulière, parfois aussi appelée thread-lace scoria (« scorie en dentelle ») ou froathy lava (« lave mousseuse »). Du point de vue de la composition chimique, il s’agit tout simplement d’un basalte. Mais en fonction des conditions éruptives, le basalte peut prendre de multiples aspects (ce qu’on appelle la texture de la roche) : lave compacte ou vésiculée ; surface lisse ou scoriacée ; larmes et cheveux de Pele… Et réticulite, donc, qui se forme lorsque les projections riches en gaz d’une fontaine de lave refroidissent brutalement. Elle est toutefois rare dans les dépôts, car très fragile. Lors du refroidissement, les filaments de basalte forment un réseau dodécaédrique du plus bel effet, d’autant que le caractère vitreux du basalte lui confère un aspect doré. Plus d’infos sur la réticulite dans cet article de @PlanetTerre : https://planet-terre.ens-lyon.fr/ressource/Img210-2007-10-01.xml
#roche #géologie #SVT -
C’est parti pour le calendrier de l’avent #JargonVolcan ! Chaque jour, nous déballons un nouveau mot d’un jargon volcanologique riche de nombreux termes exotiques.
On commence avec lavacicle, formé de lava, « lave », et de icicle, qui désigne une stalactite de glace. Il s’agit donc… d’une stalactite de lave ! On en trouve dans les tunnels fréquemment formés par les coulées de lave. C’est donc un mot qui appartient à un sous-jargon spécifique, celui de la spéléologie volcanique. Dans « Nomenclature of Lava Tube Features », le spéléologue américain Charlie Larson recense plus de 1 000 termes, désignant une centaine de formes caractéristiques des tunnels de lave. Il considère d’ailleurs lavacicle comme ambigu, utilisé par différents auteurs pour désigner différentes choses. On lui préférera donc des termes plus précis, tels que les stalactites « splash », créées par éclaboussement du plafond du tunnel ; les stalactites tubulaires ; ou encore les stalactites dites « shark tooth » (en dent de requin). Ces différentes formations peuvent être admirées sur le site The Virtual Lava Tube : http://www.goodearthgraphics.com/virtual_tube/virtube.html
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L’an dernier, j’avais proposé une sorte de calendrier de l’avent volcanique : chaque jour, entre le 1ᵉʳ et le 24 décembre, je postais un message décrivant un édifice volcanique (vous pouvez les retrouver au tag #AventVolcan). Cette année, j’ai envie de faire quelque chose d’un peu différent. La volcanologie possède un riche jargon, avec des termes issus de l’italien, de l’islandais, du japonais, de l’indonésien, du hawaïen… J’expliquerai donc un mot par jour, en essayant d’éviter les grands classiques des glossaires géologiques (caldeira, téphra…) pour faire découvrir du vocabulaire moins connu. Cela pourra être des noms de roches, des formes de relief volcanique, des termes associés à des phénomènes éruptifs… Le tout illustré, évidemment. Rendez-vous donc le 1ᵉʳ décembre pour un premier mot ! Vous pourrez les retrouver au tag #JargonVolcan (ou le masquer si ça ne vous intéresse pas).
#avent #Noël #volcan #vocabulaire #jargon #linguistique