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#analphabete — Public Fediverse posts

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  1. Carnets du grand chemin

    Presque aucune des routes où j’ai aimé m’engager, et qu’aujourd’hui encore j’aime reprendre, qui ne m’ait été, qui ne me demeure, comme une ouverture musicale, qui n’ait remué devant moi au bout de sa perspective, les plis et les lumières d’un rideau tout prêt à se lever. Pour quelques-unes, leur coloration à jamais joyeuse ou sombre est liée à l’attente, à l’anticipation de tristesse ou de bonheur sur laquelle elles s’ouvraient la première fois que je les ai prises.

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    Rattachée seulement à la terre vers l’amont par l’étroite tranchée charbonneuse du chemin de fer, la ville semblait couler au fil de sa rivière et s’ouvrir avec elle vers les horizons plats de son estuaire, mangé de roseaux, tout distendu par les anévrismes de plans d’eau secrets, bordés de pelouses désertes au fond desquelles sommeillaient, les yeux clos sous le couvert des arbres, des châteaux perdus.

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    Ce qui me surprit le plus, quand je traversai les Causses pour la première fois, ce fut la pâleur du sol dans les lointains tremblés de soleil du plateau : tous les tons exténués que tirent d’un caban de berger, après dix années, les morsures de la canicule succédant au lessivage des pluies d’hiver, s’étalent ici à perte de vue: gris fumés, ocres rôtis, rouille délavée, blanc cassé des espaces qui montrent la corde. C’est là que pour la première fois – gravies les sombres pentes boisées qui donnent accès de Mende au Causse de Sauveterre – j’ai eu la révélation du Midi sans couleur.

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    C’est comme un morceau de continent chauve et brusquement exondé qui ferait surface au-dessus des sempiternelles campagnes bocagères qui sont la banalité de notre terroir. Tonsures sacramentelles, austères, dans notre chevelu arborescent si continu, images d’un dépouillement presque spiritualisé du paysage, qui mêlent indissolublement, à l’usage du promeneur, sentiment d’altitude et sentiment d’élévation.

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    Littérature : quelle folie d’investir le meilleur de soi-même dans un art dont le médium, la langue, en continuelle évolution, reste à la merci de l’usage qu’en feront, année après année, quelques dizaines de millions d’analphabètes.

    Julien Gracq dans Carnets du grand chemin

    Une pièce musicale Anna Lapwood – Hans Zimmer & Camille Saint-Saëns • Opus Klassik 2024

    https://www.youtube.com/watch?v=hR80hXugE00&list=RDhR80hXugE00&start_radio=1

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  2. Fragments de sagesse

    Si l’on réduisait la population du monde à un village de cent personnes, voici comment elles se répartiraient : le village planétaire serait composé de 57 Asiatiques, 21 Européens, 14 Américains (du Nord, du Centre et du Sud) et 8 Africains. Il y aurait 52 femmes et 48 hommes; 30 Blancs et 70 non-Blancs ; 33 chrétiens, 21 musulmans, 13 hindouistes, 6 bouddhistes, 13 pratiquants de religions diverses (dont 0.2% de juifs) et 14 laïcs pur crin ; 89 hétérosexuels et 11 homosexuels ; 6 personnes possèderaient 59% de la richesse totale ; 80 vivraient dans des maisons insalubres ; 70 seraient analphabètes ; 50 souffriraient de malnutrition, une serait en train de mourir, une serait en train de naître, une possèderait un ordinateur et une (oui, une seulement) aurait un diplôme universitaire.

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    Mon maître zen Taisen Deshimaru disait : » pendant la méditation le grand ego, ce moi qui recherche la sérénité, le comportement juste, l’équilibre, regarde le petit ego, ce moi agité, futile, anxieux, mesquin, perturbé… » Et cette prise de distance, ce lâcher-prise, est absolument salutaire, car nous devenons spectateurs conscients de notre univers mental et non plus acteurs inconscients. Cela apaise la pollution psychique qui nous encombre sans cesse et nous remet dans la plénitude de l’instant présent. Cela nous permet de discerner en nous les énergies positives et négatives en laissant apparaître ce meilleur qui nous habite, ce qui débouche sur un accroissement naturel de la bienveillance pour tout ce qui existe, et donc nos frères et sœurs humains et toute la nature.

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    Nous devons apprendre, aujourd’hui et demain, non seulement à vivre en respectant la croyance d’autrui, mais aussi à se mettre à son écoute pour mieux approfondir la nôtre.

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    La manière d’appréhender le monde dépend de la manière dont on le voit.

    Tout est question de présence au monde : un simple brin d’herbe recèle le mystère de la vie. Et il faut goûter ce fameux kôan zen qui explique si bien la communication particulière que l’on peut avoir avec les plantes : « L’homme regarde la fleur, la fleur sourit » Ouvrons donc grand les yeux !

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    Chacun d’entre nous recèle des trésors d’inventivité, de gentillesse, d’amour, des qualités multiples qui ne demandent qu’à éclore. En termes personnels, que faisons-nous vraiment pour éveiller toutes ces potentialités enfouies en nous ?

    Marc de Smedt (1946- ) est un éditeur, journaliste et écrivain français.

    Marc De Smedt dans Une journée, une vie : Fragments de sagesse dans un monde fou

    Une pièce musicale de Anoushka Shankar – New Dawn 

    https://www.youtube.com/watch?v=_VzzaHWW74M&list=RD_VzzaHWW74M&start_radio=1

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