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La médecine est spéciste mais les médecines alternatives ne sont pas la solution
Si tu as un régime végétarien ou végétalien, il y a de grandes chances pour que tu aies déjà été fortement déçu⸱e par un ou une professionnel⸱le de santé. Entre le médecin qui met sur le compte que tu ne manges pas de viande absolument tous tes problèmes de santé, la pharmacienne qui veut te faire acheter des compléments pour des carences imaginaires, et même la diététicienne qui ne connaît rien aux alimentations végétales et qui du coup ne sait pas répondre à tes questions et ne sait pas te conseiller correctement… hé bien, il y a de quoi être déçu⸱e par les professionnel⸱les de santé, clairement !
Au final, beaucoup d’entre nous font le choix de ne plus parler de leur végétarisme ou de leur végétalisme à leurs médecins, histoire de ne plus être embêté⸱es. Ce sont des problématiques dont j’ai déjà parlé en long en large et en travers sur mon site. Malheureusement, le constat est le même dans toutes les études menées à ce sujet : les professionnel⸱les de santé ne sont globalement pas formé⸱es aux spécificités des alimentations végétales et, par ignorance, perpétuent des préjugés tenaces mais sans fondement, notamment en craignant des carences qui ne sont pourtant pas documentées ou bien en niant les bénéfices sur la santé des régimes végétalisés.
Cette ignorance, elle tient au fait que les régimes végétalisés sont encore trop peu adoptés dans notre société spéciste. On ne leur accorde que peu d’intérêt et surtout on en parle mal, dans le sens où on en dit tout et n’importe quoi, notamment car de nombreuses personnes sont encore persuadées qu’il faut manger des produits d’origine animale pour être en bonne santé. La médecine n’échappant pas aux biais du reste de la société dans laquelle elle s’intègre, elle est elle aussi tout ce qu’il y a de plus spéciste.
Ça transparaît dans les menus qu’on nous propose à l’hôpital (où il est encore extrêmement compliqué d’accéder à un menu végétalisé convenable), ça transparaît aussi dans la méconnaissance des professionnel⸱les de santé au sujet de l’équilibre alimentaire végétarien ou végétalien, dans les jugements que ces mêmes professionnel⸱les de santé émettent du fait de leur ignorance, dans la composition des médicaments qu’on nous prescrit, dans l’expérimentation animale à laquelle il est fait recours pour déterminer les effets des traitements mis sur le marché… Bref, quel que soit le bout par lequel on prend le problème, le constat est sans appel : la médecine est spéciste.
Et cela peut amener certain⸱es d’entre nous à développer une méfiance généralisée vis à vis du corps médical, à juste titre. Certain⸱es vont franchir une étape supplémentaire en confiant leur santé à d’autres personnes que des professionnel.les de santé, imaginant trouver un contexte plus satisfaisant vis à vis de leurs engagements antispécistes. Celles et ceux-là iront donc consulter plus facilement des naturopathes, des coachs en nutrition, ou autres praticien⸱nes de médecines alternatives. Avec l’espoir d’être moins jugé⸱es, mieux conseillé⸱es, plus respecté⸱es.
Et il est effectivement probable que cela puisse permettre des consultations où l’on est plus respecté⸱es et moins jugé⸱es, car il me semble que les praticien⸱nes de médecines alternatives sont plus ouvert⸱es aux régimes végétalisés et même au véganisme. Par contre, pour ce qui est d’être bien conseillé.es, c’est une autre histoire… Car ce ne sont pas des professionnel⸱les de santé justement. Leurs formations ne leur confèrent aucune des compétences nécessaires pour formuler des recommandations diététiques sérieuses, à l’inverse des diététicien⸱nes. Leurs formations en nutrition sont particulièrement superficielles et déconnectées des savoirs scientifiques. On leur apprend notamment à promouvoir des pratiques alimentaires dont certaines induisent des restrictions inutiles et dangereuses. Malgré leurs bonnes intentions et leurs promesses extraordinaires, il n’est pas rare que je doive passer derrière en consultation diététique pour corriger des conséquences parfois dramatiques telles que la dénutrition protéino-énergétique, des carences diverses en conséquence de restrictions alimentaires nombreuses et injustifiées, des troubles digestifs invalidants, des effets secondaires de compléments alimentaires inutiles, ou bien des attitudes orthorexiques.
Autrement dit, consulter en médecine alternative, c’est prendre le risque de se faire plus de mal que de bien, car il s’agit de personnes qui ne sont pas formées sérieusement ni en diététique ni dans aucun des autres aspects de la santé. Alors, même si ces personnes peuvent se montrer plus compréhensives vis à vis du végétarisme et du végétalisme, elles ne sont pas qualifiées pour remplacer les conseils prodigués par un⸱e médecin ou un⸱e diététicien.ne.
Pour en revenir aux professionnel⸱les de santé, il me semble important de préciser que, si leur formation initiale est clairement inadaptée à la prise en charge convenable des personnes végétariennes et végétaliennes, par chance, il existe depuis quelques années deux formations sérieuses qui leur permettent de développer les compétences et les connaissances nécessaires à une prise en charge optimale de ces patient.es. Je t’encourage donc vivement à choisir des professionnel⸱les de santé qui auraient suivi soit la formation de Virginie Bach, soit celle du DU de la Sorbonne sur les alimentations végétariennes, voire les deux. Tu peux par exemple jeter un œil au répertoire mis en ligne sur le site de l’Observatoire National des Alimentations Végétales : https://lonav.fr/trouver-un-e-pro-de-sante/
Il n’y a là bas que des professionnel⸱les de santé formé⸱es aux spécificités des alimentations végétales. Ce sont des médecins, diététiciens et diététiciennes auprès desquel⸱les tu peux être toi-même en tant que personne végétarienne ou végétalienne, et recevoir des conseils éclairés adaptés à ta situation.
Tu peux également solliciter des recommandations auprès de groupes dédiés aux alimentations végétales sur les réseaux sociaux par exemple. Je suis sûr⸱e que d’autres personnes auront des médecins ou diététicien⸱nes compétent.es à te conseiller.
#Diététique #Naturopathie #Nutrition #PseudoMédecines #vegan #véganisme #Végétalisme #Végétarisme
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Mise à jour du rapport EAT Lancet !
Ça y est, la commission scientifique EAT-Lancet a publié la mise à jour de ses travaux publiés il y a 6 ans déjà, sur des systèmes alimentaires justes, sains et durables !
→ https://eatforum.org/update/eat-lancet-commission-warns-food-systems-breach-planetary-limits/
Les points clés du rapport sont les suivants :
– Des changements alimentaires globaux pourraient éviter plus de 15 millions de décès prématurés chaque année dans le monde. Cela passe par l’adoption d’un régime alimentaire équilibré faisant la part belle aux fruits, légumes, céréales complètes, graines oléagineuses et légumineuses, tout en réduisant drastiquement la consommation de viande, produits laitiers et aliments sucrés.
– L’alimentation est le facteur qui contribue le plus au dépassement de 5 des 9 limites planétaires identifiées (changement climatique, préservation des écosystèmes, déforestation, acidification des océans etc…).
– Les systèmes alimentaires sont responsables d’environ 30 % des émissions de gaz à effet de serre ; leur transformation permettraient de réduire de plus de moitié ces émissions.
– Moins de 1 % de la population mondiale vit actuellement dans un espace « safe » et juste, où les droits de la population et leurs besoins nutritionnels sont respectés.
– Les 30 % des plus riches sont responsables de plus de 70 % des dégâts environnementaux causés par l’alimentation.
Comme cela a été le cas lors de la publication de leurs précédents travaux, il faut s’attendre à voir leurs détracteurs (pour la plupart au service des lobbys de la viande ou des produits laitiers) dérouler leurs contenus de désinformation… Soyez donc vigilant.e.s dans les semaines à venir si vous êtes amené.e.s à lire ou écouter des contenu au sujet de EAT Lancet : prenez du recul et gardez votre esprit critique affûté ! A ce sujet, voir le rapport effarant de la Changing Markets Foudation, dont est issu le visuel partagé ci-dessous : https://changingmarkets.org/press-releases/un-rapport-majeur-sur-lalimentation-pour-la-sante-et-le-climat-est-menace-par-de-la-desinformation/
#Diététique #Ecologie #Flexitarisme #Nutrition #Végétalisme #Végétarisme
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Reprise des consultations !
Fini l’été, mais aussi fini le salariat ! Je reprends les consultations dès le mois d’octobre 🤗
🍎 Diététicien·ne basé·e à Toulouse, je suis spécialisé·e dans l’accompagnement des personnes flexitariennes, végétariennes, végétaliennes ou souhaitant le devenir.
🌍 Je consulte en visio uniquement, sans limite géographique donc.
💰 Je pratique le prix libre, c’est à dire que je vous laisse choisir combien régler pour chaque consultation.
🔍 Je m’attache à formuler des recommandations basées sur des preuves scientifiques, et à déconstruire les croyances dangereuses liées à des pratiques non éprouvées.
💜 Je suis par ailleurs engagé·e contre toutes formes de discrimination (sexisme, racisme, grossophobie, transphobie, validisme…). J’essaie donc autant que possible d’adopter une posture inclusive à l’égard de toustes, et je m’inscris dans une démarche de constante amélioration à ce sujet.
Si vous vous demandez pourquoi consulter, vous pouvez jeter un œil ici : Pourquoi consulter ?
Si vous voulez prendre rendez-vous, c’est par ici : Tarif et prise de rendez-vous
Si vous voulez en savoir plus sur moi (formations, liens d’intérêt…), c’est là : Qui suis-je ?
#Diététique #Flexitarisme #vegan #véganisme #Végétalisme #Végétarisme
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La naturopathie, au delà de la caricature médiatique et sceptique
Tout vient à point à qui sait attendre ! Voici enfin en ligne le replay de mon intervention bruxelloise du 28 octobre 2023 sur invitation de l’association Comité Para. J’y ai abordé plusieurs aspects qui me tiennent à cœur autour du vaste sujet qu’est la naturopathie. Je me suis ré-écouté avant de partager ce replay et… je suis encore d’accord avec ce que j’y raconte, ouf !
Pour écouter cela, c’est par ici : https://www.youtube.com/watch?v=CnAS5MSxv2I
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Participer à l’étude Nutrinet ?
🥳 Déjà 11 ans que je participe à l’étude Nutrinet ! Saviez-vous que vous aussi, vous pourriez contribuer à la recherche sur les liens entre nutrition et santé ?
📋 Pour ce faire, rien de plus simple : il suffit d’avoir au moins 15 ans et de répondre de temps en temps à quelques questionnaires en ligne. Des questionnaires sur votre manière de manger, sur votre niveau d’activité physique, sur votre état de santé, sur votre mode de vie et sur vos données anthropométriques.
🧑⚕️ Les chercheurs et chercheuses derrière cette étude de cohorte ont constamment besoin de données pour avancer dans leurs travaux et tirer des conclusions pertinentes au sujet des maladies les plus courantes (hypertension artérielle, diabète, maladies cardiovasculaires, cancers, asthme, migraine, troubles digestifs…) Leur but ? « […] identifier les facteurs de risque ou de protection liés à la nutrition pour ces maladies, étape indispensable pour établir des recommandations nutritionnelles permettant de prévenir le risque de maladies et […] améliorer la qualité de la santé de la population actuelle et des générations futures. »
🥦 Que vous soyez en bonne santé ou pas, vos données sont pertinentes pour faire avancer la recherche. Et si vous êtes végétarien.ne ou végétalien.ne, les données vous concernant sont d’autant plus précieuses que nous sommes peu nombreux.ses… Alors n’hésitez pas à vous inscrire et à participer ! C’est par ici : https://etude-nutrinet-sante.fr/profil/inscription
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Pourquoi consulter un·e diététicien·ne (et pas un·e naturopathe ou un·e nutritionniste) ?
A l’inverse des naturopathes, coachs en nutrition, nutrithérapeuthes, micronutritionnistes etc…, les diététicien·nes sont des professionnel·les de santé. Là où il suffit d’un peu de bagou pour exercer comme coach/naturopathe/nutrithérapeuthe/micronutritionniste (bagou parfois additionné d’une formation exagérément couteuse, mais sans fondement sérieux), nous autres – diététicien·nes – exerçons après avoir validé un diplôme d’État, suite à une période de formation théorique et pratique au cours de laquelle nous avons reçu des enseignements scientifiquement éprouvés concernant la prise en charge diététique de personnes de tout âge (nourrissons, enfants, ado, adultes, personnes enceintes ou allaitantes, personnes âgées), bien portantes ou malades.
Nous sommes des professionnel·les de santé inscrit·es au RPPS et qualifié·es pour formuler des recommandations diététiques individualisées, que ce soit pour prévenir l’apparition de problèmes de santé ou pour accompagner nos patient·es dans leur démarche thérapeutique, dans un travail coordonné avec les autres professionnel·les de santé qui les prennent en charge (médecins libéraux ou hospitaliers, généralistes ou spécialistes, infirmier·es, kinésithérapeutes, maïeuticien·nes…).
L’exercice de notre profession est soumis à la détention de diplômes spécifiques. En effet, afin de protéger les patient·es des pratiques et recommandations dangereuses formulées par des personnes incompétentes en la matière (malgré leurs bonnes intentions et promesses extraordinaires), exercer la diététique sans détenir de tels diplômes expose au risque d’être poursuivi·e pour exercice illégal de la diététique (cf. articles L4371-1 à L4372-2 du code de la santé publique).
Mes collègues diététicien·nes et moi-même devons malheureusement trop souvent gérer en consultation les dégâts occasionnés sur nos patient·es (parfois enfants) qui ont suivi les conseils de pseudo-thérapeutes bien intentionné·es, plein·es d’assurance et aux promesses miraculeuses : dénutrition protéino-énergétique, carences diverses en conséquence de restrictions alimentaires nombreuses et injustifiées et de déséquilibres nutritionnels majeurs, troubles digestifs invalidants, effets secondaires de compléments alimentaires inutiles (parfois sévères), orthorexie (menant ironiquement à des alimentations particulièrement déséquilibrées), troubles des conduites alimentaires, rejet des traitements médicamenteux, méfiance exacerbée envers le corps médical et autres pro de santé, refus de soins/chirurgies, conséquences financières majeures en lien avec des conseils inutiles et coûteux etc… Bref, le genre de choses dont on peut se passer !
Alors, bien qu’il y a ait encore beaucoup de critiques légitimes à formuler envers notre profession et notre système de santé (formation insuffisante, absence de prise en charge par la sécurité sociale, inégalités d’accès aux soins…), et les personnes qui l’exercent (porosité avec des pratiques non éprouvées, pratiques sexistes, grossophobes, racistes, classistes….), ça reste toujours un meilleur choix de se diriger vers un·e diététicien·ne que vers un·e pseudo-thérapeuthe sympathique dont les conseils risquent d’occasionner plus de dégâts que de bien…
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Été en vue : voici venu le temps des promesses miraculeuses des régimes…
Que ce soit en parcourant les rayons d’une librairie ou bien en scrollant sur les réseaux sociaux, vous avez vous aussi dû tomber sur les promesses miraculeuses des régimes hyper-restrictifs, dont on entend de plus en plus parler à l’approche de l’été. On vous vante les mérites des menus « légers », des repas « minceur », des recettes « light »… quitte à vous encourager à consommer moitié moins de calories que ce dont vous avez besoin pour que votre organisme fonctionne normalement, à base de repas à 500, 400 voire 300 kcal !
De prime abord, cela ne vous semble peut-être pas problématique ni dangereux, car après tout, pour perdre du poids, il suffit de manger moins, n’est-ce pas ? Ce n’est pas si simple…
Dans son rapport d’évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement, l’ANSES a passé en revue différents régimes amincissants pour en évaluer les effets. Le premier apport de ce travail, ça a été de mettre en lumière l’importance d’un suivi adapté lorsque l’on s’engage dans un régime amincissant, avec un⸱e ou des professionnel⸱les de santé. Mais au-delà de ce constat, les conclusions montrent que les régimes restrictifs étudiés ne permettent visiblement pas d’atteindre sur le long terme les objectifs auxquels ils sont censés répondre (la perte de poids), et exposent en plus de cela à des risques non négligeables :
« Ce travail a permis de mettre en évidence, sur la base de la littérature scientifique, des risques cliniques, biologiques, comportementaux, ou psychologiques liés à la pratique des régimes amaigrissants. La caractérisation de plusieurs exemples de régimes amaigrissants révèle qu’ils peuvent induire des déséquilibres nutritionnels et des inadéquations d’apports (insuffisance et excès), notamment en vitamines et en minéraux. […] De plus, l’analyse bibliographique souligne que la pratique de ces régimes peut avoir pour conséquences des perturbations somatiques, d’ordre osseux et musculaires notamment, ainsi que des perturbations psychologiques (notamment troubles du comportement alimentaire), ou encore des modifications profondes du métabolisme énergétique et de la régulation physiologique du comportement alimentaire. Ces dernières modifications sont souvent à l’origine du cercle vicieux d’une reprise de poids, éventuellement plus sévère, à plus ou moins long terme. »
Concernant la reprise de poids, on entend parfois dire que 95 % des personnes qui ont fait un régime amincissant ont repris le poids perdu après cinq ans. Difficile de trouver la source de cette affirmation, cependant il semble raisonnable d’affirmer au regard des étude menées à ce sujet que la plupart des gens reprennent le poids perdu au cours d’un régime dans les années qui suivent.*
En plus des perturbations métaboliques évoquées dans le rapport de l’ANSES cité précédemment, cela peut aussi s’expliquer en raison du fait que les régimes amincissants ne répondent pas vraiment aux causes du surpoids, qui sont variables d’une personne à l’autre (si globalement tout le monde s’accorde à dire que, dans l’immense majorité des cas, le surpoids résulte d’un déséquilibre entre les apports caloriques et les dépenses énergétiques, ce déséquilibre ne résulte pas nécessairement des mêmes comportements). De plus, les régimes amincissants sont perçus comme temporaires car particulièrement contraignants et restrictifs, donc complexes à tenir sur la durée (et il n’est de toute façon pas souhaitable de les conduire sur la durée, notamment en raison du risque de déséquilibre nutritionnel et de l’impact psychologique). De ce fait, l’arrêt du régime marque quasi-nécessairement la reprise de certaines habitudes et comportements favorables à la prise de poids.
Bref, comme je l’évoquais déjà dans ce visuel de ma série « Le saviez-vous ?« , à moins que vous soyez un enfant ou de très petite taille, des repas à 300, 400 ou 500 kcal ne permettent pas de couvrir vos besoins en calories et en nutriments. De plus, les régimes amincissants restrictifs exposent à un risque important de carences, mais aussi de troubles du comportement alimentaire, du métabolisme énergétique et de la régulation physiologique du comportement alimentaire.
Lorsque que l’on souhaite perdre du poids, mieux vaut donc s’orienter vers une prise en charge permettant de mettre en place progressivement des changements bénéfiques et durables, dans la ligne directrice des recommandations formulées par la Haute Autorité de Santé. A savoir une prise en charge :
- Individualisée, où les recommandations sont adaptées à votre mode de vie, à votre état de santé (physique et mentale), à vos contraintes (financières, familiales, professionnelles…), à votre histoire personnelle, à votre rapport à la nourriture et à votre corps, votre culture, votre éthique, vos habitudes…
- Axée sur le comportement alimentaire, à travers une reconnexion à vos sensations alimentaires (les signaux de faim, de rassasiement et de satiété) et au plaisir gustatif, pour une régulation différente (mais surtout plus fiable et sans effet secondaire) de celle induite par le contrôle des calories ou des grammes ingérés.
- Axée sur une alimentation équilibrée, adaptée à vos besoins et à votre état de santé, sans aliment interdit.
- Sans culpabilisation !
- Sans objectifs déraisonnables : pour certaines personnes en situation d’obésité, l’objectif le plus raisonnable sera de stabiliser le poids et de mettre en place des habitudes destinées à minimiser les risques de complications (à travers l’activité physique et une alimentation plus équilibrée notamment). Pour d’autres personnes, il peut être raisonnable de viser une certaine perte de poids et de travailler à maintenir ensuite ce poids dans le temps. Tout cela est à déterminer selon le profil de chaque personne.
Une telle approche ne permet pas d’obtenir une perte de poids importante et rapide. Elle occasionne même parfois une prise de poids au début de la prise en charge, car on apprend à lâcher des interdits, mais on ne sait pas encore comment bien contrôler ses apports sans les restrictions des habituels régimes amincissants (pesée des aliments, comptage des calories). Mais elle permet d’accompagner les patient⸱es en douceur et durablement vers leur poids d’équilibre, d’apaiser leur rapport à la nourriture et d’amener de la souplesse dans certaines croyances dysfonctionnelles héritées de l’enfance ou de la société dans laquelle nous vivons.
Si vous avez envie de perdre du poids de manière durable tout en prenant soin de votre santé, évitez donc de céder aux sirènes des régimes restrictifs et faites vous plutôt accompagner par un⸱e diététicien⸱ne qui lutte contre la culture du régime et saura vous guider avec bienveillance et non jugement.
Et si vous étiez plutôt parti⸱e pour investir dans un bouquin, prenez soin de vous en vous tenant à distance des livres de régimes en tout genre et optez plutôt pour quelque chose comme :
- « Anti Régime » de Christy Harrison
- « 10 questions sur la grossophobie » de Daria Marx
- « L’alimentation intuitive – La méthode anti-régime » par Evelyn Tribole et Elise Resch
Sur ce, je vous souhaite un printemps agréable, ponctué de repas délicieux et apaisés !
* Bernard Lavallée, Pourquoi je ne dirai plus que « 95 % des gens qui font une diète reprennent leur poids après cinq ans », 5 janvier 2022 https://nutritionnisteurbain.ca/actualite/pourquoi-je-ne-dirai-plus-que-95-des-gens-qui-font-une-diete-reprennent-leur-poids-apres-cinq-ans/
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Geneviève Ledent, Diététicienne conventionnée Nutritionniste engagée. Remboursement mutuelle.
Sur rdv, à l'écoute de votre objectif, amaigrissant ou bien être digestif
(( 06 79 43 85 01 ))#nantes #nanteserdre #nantescity #nantespassion #nantesmaville #nantesestuaire #nantesest #espacevitalitejulesverne #dietetique #dieteticienne #nutritionniste #mincir #maigrir #regime #régime #nutrition #nutritionsportive #nutritionsports #enceinte #grossesse
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L’ANSES publie enfin des recommandations nutritionnelles pour les personnes végé !
Vous avez dû voir passer la nouvelle : le groupe de travail de l’ANSES qui travaillait depuis de longues années sur les populations végétariennes a enfin publié ses recommandations nutritionnelles !
Je n’ai pas eu le temps d’aller lire tout cela dans le détail pour l’instant, mais je vous renvoie bien volontiers vers la synthèse qu’en a fait l’Observatoire National des Alimentations Végétales (ONAV), à lire ici : https://lonav.fr/resume-des-recommandations-de-lanses-pour-les-alimentations-vegetariennes/
L’autre actualité qui a fait beaucoup de bruit, c’est la publication, hier, du rapport de l’ANSES sur la consommation en isoflavones, dont le soja est le plus grand vecteur dans la population humaine. L’ANSES recommande en effet d’éviter de servir des aliments à base de soja dans la restauration collective, quelque soit l’âge des convives, craignant une surconsommation délétère. Ces conclusions contreviennent à celles publiées par l’ONAV dans sa position de 2024 (à lire ici : https://lonav.fr/position-de-lonav-relative-a-la-consommation-alimentaire-de-soja-et-a-son-action-sur-la-sante-humaine/). L’ONAV a d’ailleurs immédiatement réagi au rapport récent de l’ANSES en publiant aujourd’hui un article critique fourni rédigé par le Dr Demange, que vous pouvez lire par ici si le sujet vous intéresse : https://lonav.fr/analyse-critique-avis-anses-isoflavones-soja-restauration-collective/
Bonne lecture !
#Diététique #Flexitarisme #Nutrition #Végétalisme #Végétarisme
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Se former pour accompagner au mieux les personnes végé
C’est avec une joie immense que je partage avec vous la nouvelle : la formation de Virginie Bach est de nouveau en ligne ! Après quelques mois passés à la mettre à jour et à lui préparer un espace de diffusion plus convenable, voici de nouveau accessible LA formation destinée aux médecins et diététicien·nes qui souhaitent optimiser le prise en charge de leur patient·es flexitarien·nes, végétarien·nes ou végétalien·nes de tout âge : https://virginiebach.fr/formations/
Pour avoir suivi la précédente édition de cette formation, je peux vous assurer qu’elle est tout d’abord facile d’accès car elle est dispensée en distanciel, en e-learning. Ce qui signifie que vous pouvez la suivre tranquillement installé·e chez vous, à votre rythme, quand vous voulez et quand vous pouvez. Elle est d’ailleurs très accessible financièrement également puisqu’elle est commercialisée à 149€ (avec un tarif préférentiel à 99€ pour les adhérent·es de l’ONAV et abonné·es MonSuiviDiet).
Cette formation a été créée et mise à jour par Virginie Bach, diététicienne membre du conseil scientifique de l’ONAV, l’Observatoire National des Alimentations Végétales. Et clairement, on sent qu’il y a eu un travail monstrueux pour préparer cette formation ! Toutes les données sont sourcées, et à la fin de chaque séquence on peut retrouver les publications scientifiques qui servent de fondement à la formation, dans le cas où on voudrait aller les lire ensuite. D’ailleurs une petite partie de la formation est dédiée à la compréhension des études sur la nutrition, ce qui est un vrai « plus » !
Un point très positif, c’est que Virginie est précautionneuse et prudente dans ses affirmations, et elle sait faire preuve de nuances pour aborder la complexité et la diversité des alimentations à dominante végétale. On est bien loin des clichés et des dogmes, là on est vraiment dans une approche méthodique et scientifique de la nutrition.
Et la formation est très complète ! Les nutriments clés sont longuement détaillés, avec une attention toute particulière portée à la vitamine B12 bien évidemment, mais aussi, entre autres, aux protéines, aux acides gras, au fer et au calcium. Dans une autre longue partie, les spécificités liées aux nourrissons, aux enfants, aux personnes enceintes et allaitantes et aux personnes âgées sont également abordées, avec plusieurs cas cliniques. Virginie n’oublie pas de faire aussi un point sur les liens entre alimentation végé et santé, notamment en parlant du diabète, des cancers, des maladies inflammatoires chroniques des intestins et des maladies cardiovasculaires, avec un focus spécifique sur le syndrome de l’intestin irritable et le régime FODMAPs. Il y a même une partie très pertinente sur les liens entre alimentation végétale et troubles du comportement alimentaire. Dans une autre partie, il est aussi question des mythes autour de l’alimentation « naturelle », et Virginie profite de ce sujet pour aborder la question des aliments transformés, et plus précisément des simili viandes, simili poissons ou simili fromages. Et la formation se termine sur une partie très pratique, qui passe en revue les incontournables des alimentations végé, en faisant notamment un focus sur le soja et les mythes qui l’entourent.
Et pour s’assurer que l’on a bien compris et vérifier ce que l’on a retenu, il y a après chaque séquence un petit quiz qu’il faut réussir pour passer à la séquence suivante.
Au total, il y a pas moins de 12h de cours à visionner ! A mon sens il manque juste une toute petite partie sur les populations sportives, et là ça serait parfaitement parfait !
Vous l’aurez compris, je vous recommande vivement cette formation. Elle m’a passionné autant dans la théorie que dans sa dimension pratique, et je ne doute pas qu’elle vous passionnera également ! N’hésitez pas à en parler autour de vous 😉
Au passage, j’en profite pour formuler un grand merci à Virginie Bach qui a travaillé d’arrache-pied pour réaliser cette formation et la mettre à jour, bravo pour ce travail d’intérêt général !
#Diététique #Flexitarisme #Nutrition #Végétalisme #Végétarisme
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#dietetique Ce soir on mange des #fractales !
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Prise en charge diététique des personnes vivant avec le VIH
Une fois n’est pas coutume, cet article s’adresse principalement aux collègues diététicien·nes. Mais si le sujet vous questionne et que vous n’êtes pas professionnel·le de santé, ça vous intéressera peut être quand même.
Lorsque l’on reçoit en consultation diététique un·e patient·e séropositif·ve au VIH, on peut être amené·e à se poser tout un tas de questions tant les informations disponibles sur le VIH et le Sida sont contradictoires : Est-ce que je dois prendre des précautions particulières pour recevoir cette personne sans prendre de risque ? Est-ce que je dois formuler des recommandations spécifiques ? Quels sont les points de vigilance sur lesquels je dois me concentrer ?
Je vais donc partager ici quelques recommandations concrètes pour faciliter et améliorer la prise en charge diététique de vos patient·es vivant avec le VIH, en me basant notamment sur les recommandations de bonnes pratiques élaborées par la Haute autorité de santé, le Conseil national du sida et des hépatites virales et l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales… mais pas que.
La première chose à souligner, c’est que la séropositivité, cela concerne de nombreuses personnes, puisqu’on estimait qu’en 2022 en France 180 000 personnes étaient infectées par le VIH, dont 150 000 connaissaient leur statut virologique. Et chaque année, ce sont environ 4 000 à 5 000 personnes qui découvrent leur séropositivité au VIH en France.
On peut se réjouir du fait que la mortalité liée au Sida continue de baisser en France, avec 10 % de causes Sida parmi les décès des personnes vivant avec le VIH en 2021 (contre 25 % en 2010, 36 % en 2005 et 47 % en 2000), et ce, grâce aux traitements antirétroviraux. Cependant, il reste des efforts à faire concernant le dépistage, puisqu’en 2022, ce ne sont pas moins de 43 % des cas de séropositivité au VIH qui ont été découverts à un stade tardif de l’infection, et 28% au stade avancé de l’infection… indiquant que les stratégies de dépistage peuvent être encore améliorées.
Si vous devez recevoir en consultation une personne infectée par le VIH, il me semble important de rappeler avant toute chose qu’il n’y a aucune précaution particulière à prendre pour éviter les risques de transmission. Tout simplement parce que vous ne risquez pas d’être infecté·e en étant dans la même pièce, pas plus qu’en lui serrant la main, en partageant les mêmes toilettes, ni même en lui roulant une pelle (mais ça, normalement on ne le fait pas avec ses patient·es, n’est-ce pas?!).
En fait, les modes de transmission sont limités à certains contextes d’exposition au sang, par transmission de la mère à l’enfant pendant la grossesse ou l’allaitement, et via des rapports sexuels non protégés (avec pénétration vaginale, anale ou buccale). Et encore, ça se discute, puisque sous traitement, la charge virale peut devenir indétectable, ce qui rend impossible de transmettre le virus lors de relations sexuelles non protégées… (mais ça non plus on ne le fait pas en consultation : je le dis juste pour que vous ayez l’info !)
Une autre chose qu’il me semble important de préciser, et qui est souvent mal comprise, c’est qu’un·e patient·e n’a pas à vous préciser s’iel est séropostif.ve au VIH. Quoi que vous en pensiez, iel est libre de vous parler de son statut virologique… ou pas ! Et je le répète pour que ça finisse par devenir une évidence pour tout le monde : une personne infectée par le VIH n’a aucune obligation de préciser qu’elle l’est.
Bon, ce préalable indispensable étant posé, qu’est-ce que ça induit en termes de prise en charge diététique de recevoir une personne infectée par le VIH ? (si celle-ci partage cette information avec vous)
Déjà, pour ce qui concerne les répercussions sur la santé, il faut savoir que les personnes vivant avec le VIH présentent notamment un risque augmenté de cancers, de maladies cardiovasculaires, de dyslipidémies, de pathologies rénales et hépatiques, d’hypertension artérielle pulmonaire, d’ostéoporose, de troubles neurocognitifs et de dépression. Et ce, pour partie en raison des effets secondaires des traitements antirétroviraux (dont la composition a pourtant largement été améliorée ces dernières décennies).
Le risque de contracter une pathologie infectieuse est également plus élevé chez ces personnes, lorsque l’infection VIH est prise en charge tardivement ou lorsque les traitements mis en place ne fonctionnent pas ou ne sont pas pris correctement. On parle alors d’infections opportunistes, qui sont principalement des pneumopathies bactériennes.
Et qu’est ce que ça change pour la prise en charge diététique des personnes infectées par le VIH ? Hé bien… rien. Il n’y a pas de mesures diététiques spécifiques aux personnes vivant avec le VIH.
Alors, attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit hein ! Ça ne veut pas dire qu’en tant que diététicien·nes on ne sert à rien. Ça signifie simplement qu’il n’y a pas de recommandations diététiques spécifiques à ces personnes qui seraient justifiées par le VIH.
Concrètement, cela signifie que notre rôle consiste à leur prodiguer des recommandations destinées à optimiser leur équilibre nutritionnel comme on le ferait avec n’importe quelle autre personne, pour leur garantir les apports les plus adaptés à leurs besoins, et leur permettre de rester en meilleure santé le plus longtemps possible. Bien sûr, en présence de certaines pathologies justifiant des mesures diététiques spécifiques, il convient de s’adapter… mais rien de spécifique aux personnes qui sont « juste » infectées par le VIH.
D’ailleurs, cela va sans dire mais je préfère le préciser : contrairement à ce que l’on peut parfois lire ou entendre en provenance de pseudo-thérapeutes bien intentionné·es mais complètement déconnecté·es de la réalité, il n’existe pas de complément alimentaire ou de régime miraculeux permettant de prévenir ou guérir le Sida, ni même d’empêcher d’être infecté·e par le VIH*. Aucun, walou, nada. Inutile donc de claquer des centaines d’euros en compléments inutiles, de boire son urine ou de s’aventurer à bannir le gluten, les produits laitiers, le sucre ou n’importe quel autre aliment en imaginant que cela pourrait avoir le moindre effet préventif ou curatif. Encourager nos patient·es à se rapprocher des recommandations du programme national nutrition santé (PNNS), c’est le mieux que nous pouvons faire, et ça demande déjà pas mal de boulot !
A noter également que, contrairement aux idées reçues, les personnes vivant avec le VIH sont désormais plus à risque d’obésité que de maigreur, exactement comme la population générale. Les recommandations diététiques en termes de régulation du poids sont donc les mêmes.
Alors, certes, il n’y a pas de recommandations diététiques spécifiques à ce profil de patient·es… mais, je vous encourage à faire preuve d’une vigilance accrue sur certaines consommations pouvant mener à des interactions avec les traitements antirétroviraux des patient·es concerné·es. En particulier le jus de pamplemousse, qui en raison de son activité enzymatique, peut augmenter la concentration de certains antirétroviraux. L’intensité de l’interaction, donc la répercussion clinique peut varier selon les traitements, mais aussi selon la marque et la composition exacte du jus. Par principe de précaution, la consommation de jus de pamplemousse est donc déconseillée en présence de tels traitements.
A noter également que la consommation de certains compléments alimentaires peut amener à des interactions avec les traitements antirétroviraux, notamment ceux à base de millepertuis, dont une étude a montré qu’ils sont susceptibles d’entraîner une diminution de la réponse virologique et le développement de résistances virales chez les patient·es infecté·es par le VIH traité·es par Indinavir (Crixivan®). Ce médicament n’est presque plus prescrit depuis 2016, car il n’est remboursé que pour les patient·es n’ayant pas d’alternatives thérapeutiques appropriées. Mais l’ANSM précisait à ce sujet en 2000 : « A ce jour, aucune information n’est disponible sur l’existence d’une interaction entre le millepertuis et d’autres médicaments antirétroviraux. Néanmoins, au vu du métabolisme et des voies d’élimination des antirétroviraux, il existe un risque d’interaction lorsque ces médicaments sont associés au millepertuis. » Cette invitation a la prudence a depuis trouvé d’autres justifications, puisque, sans faire une recherche longue et exhaustive, j’ai déjà croisé la mention d’interactions du millepertuis avec au moins deux autres traitements antirétroviraux – le Névirapine (Viramune®) et le Saquinavir (Invirase®) – dont les effets sont également diminués par la consommation de compléments sous forme de gélules d’ail.
La vigilance est également de mise avec les compléments alimentaires contenant du magnésium, du fer, du calcium ou du zinc, y compris les compléments multivitamines qui en contiennent. Ceux-ci sont en effet susceptibles de diminuer les effets de certains traitements antirétroviraux, parfois lorsqu’ils sont consommés au même moment, ou lorsqu’ils sont consommés ensemble entre les repas.
Et c’est l’occasion de rappeler qu’il est recommandé de solliciter un avis médical avant de consommer tout complément alimentaire, que ce soit de plantes, de vitamines ou de minéraux, notamment pour éviter les risques d’interactions. Il nous appartient, en tant que diététicien·nes, de le faire savoir à nos patient·es et d’aborder ces risques en consultation.
Mais notre boulot en tant que professionnel·les de santé ne s’arrête pas là. Nous avons également une part de responsabilité conséquente dans l’accès aux soins des personnes vivant avec le VIH. A ce titre, il nous appartient à minima de ne pas alimenter les discriminations qu’elles subissent et d’accueillir sans jugement leur parole à ce sujet. Il me semble que c’est aussi notre rôle de dénoncer ces discriminations, de lutter contre les discours stigmatisants et de déconstruire les fausses informations qui aliment les préjugés qui leur collent à la peau.
Car même en 2024, la peur de la contamination provoque des réactions de rejet vis à vis des personnes vivant avec le VIH et ce, dans tous les domaines de la vie quotidienne : que ce soit pour accéder à des soins médicaux, trouver un emploi, nouer des relations amicales, sexuelles ou amoureuses, se loger, voyager etc. On parle de sérophobie.
Ces discriminations qui sont la conséquence de craintes infondées sont lourdes de conséquence puisque, en plus de limiter l’accès de ces personnes à leurs droits les plus fondamentaux, cela peut également les conduire à s’isoler, à mentir à leur médecin et à leurs proches, voire à cacher leur traitement ou à l’arrêter pour ne pas être suspectées par leurs proches.
Une partie importante des personnes vivant avec le VIH expérimente dans le même temps d’autres discriminations, liées notamment à leur orientation sexuelle, leur genre, leur précarité, leur consommation de drogues, leur activité de travail du sexe ou bien encore leur nationalité. Autrement dit, elles subissent aussi souvent des violences homophobes, transphobes, classistes, toxicophobes, putophobes ou racistes. Et cette liste n’est malheureusement pas exhaustive…
Pour accompagner au mieux les patient·es concerné·es, il est de notre devoir de ne pas alimenter ces discours et comportements discriminants aux conséquences tragiques. Et ça commence par se renseigner, s’intéresser au sujet du VIH pour déconstruire ses propres croyances et craintes infondées. Pour faciliter la chose, j’ai glissé quelques ressources que je pense pertinentes ci-dessous, et je vous encourage vivement à aller y jeter un œil !
Je ne peux que vous encourager également à suivre sur les réseaux sociaux des personnes qui parlent du sujet en connaissance de cause, comme par exemple Nicolas, que l’on peut trouver sur Instagram ou Tiktok sous le pseudo @supersero, et qui a rédigé « Le petit dico des superséros » pour sensibiliser le grand public au sujet de la séropositivité.
*Je ne parle pas ici de la PrEP, qui n’est pas un complément alimentaire mais un traitement préventif destiné aux personnes particulièrement exposées au VIH. Ce traitement empêche le virus du VIH de survivre et permet aux personnes sous traitement de rester séronégatives.
Ressources généralistes :
https://www.sida-info-service.org
Ressources spécifiques aux professionnel·les de santé :
- Fiches synthétiques : https://preventionsida.org/fr/espace-pro/
- « VIH. Consultation de suivi en médecine générale des personnes sous traitement antirétroviral – Note méthodologique et de synthèse documentaire », Haute Autorité de Santé (HAS), 2018 : https://www.has-sante.fr/jcms/c_2876774/fr/vih-consultation-de-suivi-en-medecine-generale-des-personnes-sous-traitement-antiretroviral
- « Prise en charge du VIH – Recommandations du groupe d’experts », Conseil national du sida et des hépatites virales (CNS) & Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS), 2019 : https://cns.sante.fr/actualites/prise-en-charge-du-vih-recommandations-du-groupe-dexperts/
- « Guidelines for the use of antiretroviral agents in adults and adolescents with HIV », Office of AIDS Research Advisory Council (OARAC), 2024 : https://clinicalinfo.hiv.gov/en/guidelines/adult-and-adolescent-arv
Sur la sérophobie :
- Sondage pour AIDES par l’Institut CSA sur la perception des personnes séropositives au VIH par la population française, 2017 : https://www.aides.org/communique/les-francais-es-et-les-personnes-seropositives-le-sondage-qui-rassure-autant-quil
- Rapport « VIH/hépatites, la face cachée des discriminations », AIDES, 2020 : https://www.aides.org/publication/rapport-discriminations-2020
- Enquête sur les discriminations à l’encontre des personnes vivant avec le VIH, Observatoire SIS Association, 2019 : https://www.sida-info-service.org/wp-content/uploads/2020/03/Enqu%C3%AAte-Discri-2019_SIS-1.pdf
- De la stigmatisation à la sérophobie : définition et évolution des concepts, CRIPS Île de France, 2016 : https://www.sante.fr/de-la-stigmatisation-la-serophobie-definition-et-evolution-des-concepts
Statistiques récentes sur le VIH et le Sida en France :
- Bulletin de santé publique France VIH-IST, 2023 : https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/infections-sexuellement-transmissibles/vih-sida/documents/bulletin-national/bulletin-de-sante-publique-vih-ist.-novembre-2023
- « Qui décède encore du Sida en France ? », Kheira Bettayeb / Sidaction, 2023 : https://www.sidaction.org/transversal/qui-meurt-encore-du-sida-france/
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Végétarisme : nouvelles recommandations danoises pour la grossesse et l’allaitement
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Alternatives végétales à la viande et au produits laitiers : mieux les choisir !
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Légumes secs : les véritables super-aliments !
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Algues : danger ou super-aliment ?
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Prévenir les cancers avec l’alimentation
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4 conseils clés pour devenir ou rester végétarien·ne !
Des personnes végétariennes ou végétaliennes, il y en a de plus en plus… Mais des personnes qui ne le sont plus… il y en a plein aussi. Pour ce qui me concerne, j’ai très régulièrement en consultation diététique des patient.es qui me disent avoir été végétariennes ou végétaliennes, mais qui remangent de la viande et d’autres produits d’origine animale pour tout un tas de raisons différentes. Pourtant, ces personnes me semblent toutes partager des motivations assez fortes, dont on pourrait imaginer qu’elles seraient suffisantes pour tenir une telle alimentation dans la durée. Sauf que dans la pratique… parfois pas. Alors je me suis interrogé.e à ce sujet et j’ai enquêté !
Mais avant de vous faire part de mes trouvailles, je précise que si vous avez envie d’aller à l’essentiel, n’hésitez pas à sauter mon blabla préalable pour aller directement à la deuxième partie de cet article, dans laquelle je propose une synthèse en quatre points-clés, avec pas mal de conseils pratiques pour aider les personnes qui le souhaitent à devenir ou rester durablement végétariennes ou végétaliennes.
Bon, si vous êtes encore là, c’est sûrement parce que ça vous intéresse de rentrer dans le détail avec moi. Alors c’est parti pour quelques recherches sur ce qui nous interroge aujourd’hui ! J’ai commencé à creuser le sujet en lisant le rapport de l’enquête IFOP pour France Agrimer publié en 2020, dans lequel il s’avère qu’on a un début de réponse, puisque, parmi les questions posées dans cette enquête sur les personnes végétariennes et flexitariennes qui vivent en France, il y en avait qui portaient justement sur les raisons qui ont conduit certaines personnes à abandonner le végétarisme ou le végétalisme. Parmi les personnes concernées, la principale raison invoquée, c’était les « difficultés à partager leurs repas avec leur entourage n’ayant pas le même type de régime alimentaire ». En bref, un manque de convivialité et une distance qui s’installe vis à vis de ses proches. La deuxième raison invoquée, ce sont des problèmes de santé. Mais malheureusement, le questionnaire ne permet pas de savoir lesquels ni de déterminer la réalité ou la gravité de ces problèmes de santé… Et en troisième position, on trouve invoquées des difficultés d’organisation pour cuisiner et faire les courses, ainsi que des difficultés pour manger à l’extérieur, au restaurant notamment.
Un truc intéressant à noter, c’est que ces raisons n’ont absolument rien à voir avec les raisons invoquées par les personnes qui mangent de la viande lorsqu’on leur demande pourquoi elles ne sont pas végétariennes. Personnellement je m’attendais à ce que ce soit un peu comparable, mais en fait, pas du tout ! Les personnes ayant une alimentation carnée répondent massivement que si elles ne sont pas végétariennes, c’est simplement parce qu’elles aiment beaucoup trop la viande et le poisson pour s’en passer…
Bref, pour revenir au sujet principal, à savoir l’abandon du végétarisme et du végétalisme, je dois avouer que l’enquête FranceAgrimer ne me satisfait pas vraiment. Déjà parce que l’échantillon des personnes anciennement végétariennes ou végétaliennes est très petit, mais aussi parce que le questionnaire de l’institut de sondage me semble pas mal foireux par moment… comme tous les sondages en fait ^^
Mais du coup, c’est un bon prétexte pour aller se plonger dans la littérature scientifique et voir ce que les chercheurs et chercheuses ont à nous dire au sujet des personnes qui choisissent de remanger de la viande, du poisson ou d’autres aliments d’origine animale ! Et ça tombe bien, parce qu’il y a quelques études sympathiques à ce sujet dont j’aimerais partager les conclusions avec vous, parce que les chercheurs et chercheuses ont identifié plusieurs facteurs clés jouant un rôle dans le maintien du choix d’une alimentation végétarienne ou végétalienne. Si vous voulez aller lire les études auxquelles je me réfère, je mets comme toujours toutes les ressources en notes de bas de page. Mais en attendant, je vais vous en livrer ici un résumé en sept points.
1. Motivations éthiques VS motivations de santé ou environnementales
Le premier point concerne les motivations. Et sans surprise, les motivations à l’origine de ce choix ont un impact majeur sur l’adhésion à une alimentation végétalisée. Les motivations écologistes et animalistes sont comparables en ce qu’elles sont impliquées dans une dynamique pro-sociale, voire morale, à l’inverse des motivations de santé, qui sont, elles, personnelles et centrées sur soi. Cependant, les personnes qui végétalisent leur alimentation pour des raisons de santé ou des motifs écologistes sont globalement moins dégoûtées par la viande que celles qui le font pour des considérations animalistes. Elles ont donc tendance à plus facilement abandonner le végétarisme ou faire des entorses à leur régime.
Il ressort aussi des études menées à ce sujet qu’en comparaison avec des personnes motivées par la santé, les personnes qui choisissent de végétaliser leur alimentation pour des raisons éthiques adhérent plus longtemps au régime choisi. D’ailleurs les personnes qui restent végétariennes cumulent souvent plusieurs facteurs de motivation, en plus du bien-être animal : elles sont globalement aussi intéressées par l’impact de leur alimentation sur l’émission de gaz à effet de serre, sur l’eau nécessaire pour produire leurs aliments, sur les effets de leur choix alimentaires sur leur santé etc.
Et puis, les personnes qui parviennent à maintenir une alimentation végétale sont généralement convaincues que leurs choix alimentaires ont un impact positif sur la condition animale, la protection de l’environnement et les valeurs politiques qu’elles défendent. Cela aide sans aucun doute à persévérer dans leurs choix alimentaires.
2. Un régime alimentaire qui fait partie de son identité
Un autre facteur important mentionné dans les études scientifiques, c’est le fait de considérer son régime alimentaire comme faisant partie intégrante de son identité sociale, voire politique : cela semble être un point commun aux personnes qui parviennent à rester végétariennes ou végétaliennes dans le temps. Et c’est assez logique, puisque c’est moins coûteux d’abandonner le végétarisme ou le végétalisme si on ne considère pas que cela est important au point d’être une composante de son identité.
A noter à ce sujet que, les personnes qui sont végétariennes ou végétaliennes pour des raisons éthiques ont tendance à s’identifier plus fortement à leur régime alimentaire que celles qui le sont pour des raisons de santé. Ce qui peut aussi contribuer à expliquer pourquoi elles adhérent généralement plus longtemps à ce type d’alimentation.
En bref, s’identifier socialement comme végétarien.ne, végétalien.ne ou végane, ça aide à maintenir une alimentation végétarienne ou végétalienne, puisque faire des écarts reviendrait alors à trahir sa propre identité.
3. L’importance du soutien et de l’approbation sociale
Au delà de la dimension identitaire, les chercheurs et chercheuses qui ont travaillé sur ce sujet mettent également en avant l’importance du soutien et de l’approbation sociale. Le manque de soutien émotionnel et pratique que peuvent ressentir les personnes qui souhaitent végétaliser leur alimentation de manière isolée peut en partie expliquer pourquoi elles ne parviennent pas à passer au végétarisme ou pourquoi elles finissent par remanger des produits d’origine animale.
C’est notamment le cas de certaines personnes qui ne bénéficient pas du soutien de leurs proches non impliqué.es dans une démarche de végétalisation de l’alimentation. L’acceptation sociale de la transition alimentaire vers le végétarisme ou le végétalisme est en effet un facteur clé de son maintien sur la durée.
A ce titre, le fait d’être membre d’un groupe de personnes végétariennes, végétaliennes ou véganes par exemple (que ce soit un groupe d’ami.es, de personnes militantes ou un groupe sur les réseaux sociaux…) semble aider à transitionner vers une alimentation plus végétale et à maintenir une telle alimentation, tout en contribuant à un sentiment d’appartenance identitaire. Le soutien social que l’on peut obtenir dans un tel groupe facilite l’accès à une nouvelle façon de manger en permettant de partager des astuces pour surmonter d’éventuelles difficultés de préparation en cuisine ou d’approvisionnement, mais aussi pour surmonter le manque d’imagination pour composer des repas ou bien encore des fringales de produits d’origine animale. Au sein d’un tel groupe, on peut aussi échanger des conseils pour communiquer avec des proches qui questionneraient voire jugeraient ces choix alimentaires, pour obtenir du réconfort lorsque l’on se sent seul.e face à l’ampleur de la souffrance animale, ou bien encore pour développer ses connaissances éthiques et politiques et ainsi affirmer ses choix alimentaires.
4. Transition alimentaire abrupte VS progressive
Autre point clé : la vitesse à laquelle on opère la transition vers une alimentation plus végétale. Plusieurs études suggèrent en effet qu’une transition alimentaire abrupte est défavorable au maintien dans le temps d’un régime végétalisé. Le fait de réduire progressivement sa consommation de viande, poisson et produits d’origine animale semble rendre la transition plus facile et durable, notamment car ce choix alimentaire s’inscrit à contre-courant de la culture dominante et nécessite donc de nombreuses adaptations.
Procéder étape par étape permet de surmonter une à une les difficultés pour adapter ses recettes favorites, repenser l’équilibre de ses repas, changer de rayon pour faire ses courses, découvrir de nouvelles saveurs en goûtant de nouveaux aliments, tester de nouveaux restaurants près de chez soi… en bref, pour remplacer ses anciennes habitudes alimentaires par des nouvelles.
Autrement dit, adopter des changements alimentaires graduels vers une alimentation plus végétale permettrait de rendre ces changements plus stables et pérennes que de procéder de manière précipitée.
5. (In)disponibilité des alternatives végétales
Un autre facteur souvent impliqué dans l’abandon du végétarisme ou du végétalisme, c’est la difficulté à trouver des alternatives végétales satisfaisantes dans les commerces ou restaurants. Bien que de moins en moins forte avec le développement rapide des alternatives végétales, cette barrière amène certaines personnes à faire preuve de souplesse dans leurs choix alimentaires, en visant des objectifs moins restrictifs mais perçus comme plus réalisables (par exemple avoir une alimentation végétalienne à la maison, et végétarienne à l’extérieur). Pour d’autres personnes, cela peut les conduire à complètement abandonner la végétalisation de leur alimentation : partisanes de la loi du « tout ou rien », ces personnes préfèrent finalement manger de la viande plusieurs fois par semaine, faute de parvenir à maintenir dans le temps une alimentation strictement végétale…
Pour empêcher ce désengagement face aux difficultés d’approvisionnement et de consommation, le fait d’adopter une alimentation plus végétale de manière graduelle peut là encore aider à surmonter les barrières une à une, en mettant en place des stratégies d’adaptation progressivement, ce qui peut limiter les abandons en cours de démarche.
6. Facteurs psychologiques
Quelques études pointent aussi du doigt des facteurs psychologiques intéressants, à savoir que les personnes qui parviennent à rester végétariennes ou végétaliennes attacheraient plus d’importance que les autres au fait d’agir en accord avec leurs valeurs, qu’elles auraient des aptitudes d’auto-régulation plus marquées et qu’elles auraient plus confiance en leur démarche dans le choix de leur régime alimentaire que celles qui adoptent d’autres régimes.
7. Effets sur la santé
Enfin, de manière extrêmement anecdotique, certaines études (à vrai dire je n’en ai trouvé que deux) mentionnent le retour à la consommation de produits d’origine animale en raison des effets sur la santé des régimes végétalisés. Que ce soit en raison des symptômes d’une carence avérée (en vitamine B12 par exemple), ou en raison d’une crainte infondée de carence (en protéines ou en fer notamment). A ce sujet, il me faut préciser qu’une alimentation végétarienne ou végétalienne équilibrée et correctement supplémentée n’expose pas à un risque majoré de problèmes de santé. En la matière, il convient donc de prendre conseil auprès d’un.e diététicien.ne formé.e aux spécificités des alimentations végétales pour équilibrer au mieux son alimentation et prévenir les carences qui peuvent aisément être évitées… Mais à ce sujet, je vous en dirai plus dans la seconde partie de cet article !
Et ça tombe bien, puisque nous y sommes enfin, dans la deuxième partie de cet article !
Après avoir lu toutes ces études et pris le temps de cogiter à ce sujet, j’ai dégagé ce qui me semble être les 4 conseils clés à donner à une personne qui voudrait adopter durablement une alimentation végétarienne ou végétalienne. Je vais donc articuler la suite de mon propos autour de 4 recommandations principales. Je vais mentionner tout un tas de ressources que je pense utiles dans cette démarche, et que je vous invite à découvrir en suivant les liens cliquables si ça vous intéresse pour vous-même, ou pour faire suivre à des personnes qui peinent à arrêter de consommer de la viande ou à rester végétariennes.
1. Se décentrer de soi-même, s’intéresser aux animaux non-humains, premiers bénéficiaires de la démarche qui consiste à végétaliser son assiette !
Mon premier conseil, consiste à vous encourager à apprendre à mieux connaître les animaux non-humains exploités pour produire de la viande ou d’autres aliments d’origine animale. S’intéresser de plus près à leur vie sociale, leur intelligence, leurs cultures, leurs aptitudes à interagir et à communiquer entre eux ou avec nous, leurs aptitudes à ressentir des émotions positives ou de la souffrance (physique comme psychologique) permet de progressivement développer notre empathie à leur égard.
Percevoir les vaches, cochons, poissons, poules, chevaux, crevettes, canards, lapins, crabes, moutons et autres animaux exploités pour nous nourrir comme les individus qu’ils sont, et non plus comme une bloc uniforme sous couvert d’espèce, c’est aussi une étape importante pour les considérer moralement et cesser de les consommer.
Dans cette logique, s’exposer à la réalité des souffrances induites par les conditions d’exploitation permet de développer une posture plus affirmée dans le choix de ne plus cautionner en consommant les aliments produits dans le cadre de cette exploitation. S’informer sur les conditions d’élevage, de reproduction, de transport et d’abattage, ça aide donc à maintenir dans le temps une alimentation végétalisée.
Il existe énormément de ressources pour mieux connaître tous ces individus, mais je me permets d’en recommander quelques unes que je trouve vraiment bien faites, notamment l’ouvrage « Les cerveaux de la ferme » par Layla Benabid et Sébastien Moro, ainsi que l’ouvrage « Les paupières des poissons », par Fanny Vaucher et Sébastien Moro. Ce dernier vulgarise aussi tout un tas d’infos passionnantes sur les animaux non-humains dans des conférences données à droite à gauche, et sur sa chaîne YouTube « Cervelle d’oiseau ». Et pour s’informer sur les conditions d’exploitation, il y a par exemple les fiches synthétiques mises en ligne par L214.
2. Développer ses connaissances en éthique animale et repolitiser le choix d’une alimentation plus végétale !
Mon second conseil, c’est de vous encourager à développer les motivations éthiques et politiques derrière le choix d’adopter une alimentation plus végétale, puisque ce sont celles qui permettent de maintenir le plus durablement ce choix. Pour ce faire, il est important de repolitiser ce choix en l’inscrivant dans une démarche progressiste de lutte contre le suprémacisme humain. Il est donc primordial de se renseigner à la fois sur le concept de sentience et ses implications en termes de philosophie éthique (notamment le sentientisme), mais aussi sur les mécanismes de domination et de discrimination à l’œuvre dans l’idéologie spéciste… et leur corollaire : l’antispécisme.
Il existe de nombreuses ressources qualitatives à ce sujet, dont je vous propose quelques unes de mes préférées. A commencer par l’excellent (bien que très court) ouvrage « L’antispécisme » par Valérie Giroux, le génialissime podcast sur le spécisme « Comme un poisson dans l’eau », mais aussi les capsules audio percutantes et pertinentes de la chaîne « Réplique Éthique », les fiches info synthétiques de Florence Dellerie (sur son site « Questions animalistes »), ainsi que les incontournables replays des estivales de la question animale et les innombrables articles des revues « L’amorce » et « Les cahiers antispécistes ».
Pour ce qui est de la philosophie morale, il y a de très chouettes vidéos à ce sujet sur les chaînes de Monsieur Phi et de Yohann Hoarau. Et concernant plus spécifiquement la sentience et le sentientisme, je renvoie volontiers vers toutes les interventions de Victor Duran le Peuch (en particulier celle-ci), qui vulgarise de manière extrêmement claire à ce sujet. Et plus globalement je conseille aussi le site sentience.pm, qui regorge de ressources sur la sentience et le sentientisme.
D’ailleurs, quitte à parler d’idéologie politique, je suis tombé.e sur des publications scientifiques intéressantes dans lesquelles des chercheurs ont montré que plus une personne est située à droite de l’échiquier politique, plus elle consomme de produits d’origine animale, et plus elle risque de remanger de la viande un jour si elle tente d’adopter une alimentation végétarienne ou végétalienne. Ceci s’explique notamment par le fait que les personnes les plus conservatrices accordent globalement moins d’intérêt aux considérations de justice sociale (y compris dans la démarche de végétalisation de leur alimentation), et qu’elles bénéficient de moins de soutien de leurs proches, plus souvent opposé.es aux régimes végétalisés… Bref, je dis ça, je dis rien… mais ça fait quand même beaucoup écho avec l’étude dont j’avais parlé il y a quelques mois et qui, comme d’autres, faisait un lien évident entre idéologies politiques de droite et anti-véganisme…
3. S’entourer de personnes végétariennes, végétaliennes, véganes !
Mon troisième conseil consiste à vous encourager à vous entourer de plus de personnes végétariennes, végétaliennes et véganes. Que ce soit à travers des évènements associatifs, festifs ou militants, des groupes thématiques sur les réseaux sociaux, sur des sites de rencontres… l’idée c’est de pouvoir bénéficier d’une dynamique collective de solidarité et de soutien et de tisser des liens sociaux avec des personnes qui vivent des choses similaires. S’entourer de personnes végé, ça aide à se sentir moins isolé.e quand on souffre notamment de la distance qui s’instaure vis à vis de ses proches non concerné.es. C’est aussi une belle opportunité pour développer de nouvelles amitiés, échanger des astuces, s’informer sur les enjeux éthiques et politiques des alimentations végétales etc.
Le choix du végétarisme ou du végétalisme étant une posture très minoritaire, c’est clairement un soutien immense de s’entourer de personnes devant affronter les mêmes difficultés et avec qui on partage au moins une partie de nos valeurs éthiques.
Bref, regardez ce qui se fait autour de chez vous et n’hésitez pas à vous rapprocher d’une asso étudiante animaliste, d’un collectif activiste antispéciste, d’un pique-nique végétarien ou végétalien, d’une vegan place… mais aussi des nombreux groupes thématiques sur les réseaux sociaux !
4. Prendre soin de son équilibre nutritionnel (et prendre sa B12 !)
Bon, mon dernier conseil, il sort un peu du lot car il ne transparaît pas tant que ça dans les études que j’ai passées en revue… mais il me semble tout de même essentiel : je vous encourage vivement à développer quelques connaissances de base concernant l’équilibre nutritionnel végétarien ou végétalien. Parce que, contrairement aux idées reçues qui circulent encore largement (y compris chez de nombreux.ses professionnel.les de santé…), non, choisir d’être végétarien.ne ou végétalien.ne ne vous met pas en danger…à la condition d’avoir une alimentation équilibrée et de choisir les compléments alimentaires adaptés à vos besoins (la fameuse vitamine B12 notamment!).
Pour balayer quelques unes des idées reçues les plus coriaces, je vous renvoie notamment à l’article où j’abordais les croyances que je pense être les plus courantes au sujet des alimentations végétales, par exemple celles concernant l’association céréales/légumineuses, les dangers du soja et des aliments transformés et la complémentation en vitamine B12 chez les personnes végétariennes et flexitariennes.
Mais pour aller beaucoup plus loin, je vous recommande la lecture de l’ouvrage en deux tomes de Léa Lebrun et Fabien Badariotti : « La meilleure façon de manger végétal » et « La science de l’alimentation végétale ». A mon sens, c’est l’ouvrage francophone de référence à ce sujet : vous y trouverez presque toutes les informations théoriques et pratiques sur l’équilibre nutritionnel dans le cadre d’une alimentation végétarienne ou végétalienne.
Ceci étant, si vous avez des interrogations ou des inquiétudes concernant votre situation individuelle, ou bien concernant une situation particulière comme l’équilibre nutritionnel chez un enfant, une personne enceinte ou une personne atteinte de telle ou telle maladie, le mieux reste de consulter un.e professionnel.le de santé formé.e aux spécificités des alimentations végétales (car malheureusement, toustes les pro de santé ne sont pas au point à ce sujet, et certain.es disent encore des bêtises énormes…). Si vous cherchez par exemple un.e diététicien.ne pour vous aider à équilibrer vos repas dans le cadre d’une alimentation végétarienne ou végétalienne, pour vous aider à faire des changements progressifs, respectueux de vos besoins nutritionnels, de vos valeurs et de vos contraintes personnelles, pour répondre à vos questions, vous rassurer ou vous orienter vers les choix alimentaires les plus adaptés à votre situation individuelle, vous pouvez regarder sur le répertoire en ligne de l’ONAV (l’Observatoire National des Alimentations Végétales) si vous trouvez un.e diététicien.ne qui exerce près de chez vous ou qui exerce, comme moi, à distance !
Bon, vous vous en doutez, des conseils je pourrais encore en donner à la pelle… mais il a bien fallu que je fasse des choix pour que cet article reste digeste et pas trop long ! Alors j’espère que ces recommandations que je pense essentielles vous auront semblé utiles, et si c’est le cas, je vous invite à les partager largement autour de vous.
Sources :
Rapport « Végétariens et flexitariens en France en 2020 », enquête IFOP pour FranceAgriMer, 2021 : https://www.franceagrimer.fr/Actualite/Etablissement/2021/VEGETARIENS-ET-FLEXITARIENS-EN-FRANCE-EN-2020
Ruehlman LS, Karoly P. Adherence versus striving to adhere to vegan, vegetarian, or pescatarian diets: Applying a goal-centered, self-regulatory framework. J Health Psychol. 2022 Aug;27(9):2236-2246. doi: 10.1177/13591053221111976. Epub 2022 Jun 30. PMID: 35770848.
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#Diététique #Flexitarisme #Nutrition #Végétalisme #Végétarisme
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De naturopathe à diététicien·ne : pourquoi, comment ?
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Adopter une alimentation végétale, est-ce un privilège ?
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Végétarisme, végétalisme : quelques idées reçues
Aujourd’hui je voudrais prendre le temps de revenir point par point sur plusieurs idées reçues qui circulent au sujet des alimentations végétales, que ce soit dans les médias, sur les réseaux sociaux ou bien encore… chez les professionnel.les de santé.
Il me semble que cela pourra vous intéresser si vous avez vous-même une alimentation végétarienne ou végétalienne, si en tant que diététicien.ne vous accompagnez régulièrement des personnes ayant une alimentation à dominante végétale, ou plus globalement si vous faites preuve de curiosité au sujet de ces alimentations.
On va aborder les croyances que je pense être les plus courantes au sujet des alimentations végétales, et il y en a beaucoup… On va parler (entre autres choses) de l’association céréales/légumineuses, des dangers du soja, des produits laitiers et des aliments transformés, des sources végétales de vitamine B12, des bienfaits de l’alimentation crue, de diète alcalinisante… et essayer de démêler le vrai du faux dans tout ça.
Du coup, n’hésitez pas à naviguer d’une thématique à l’autre selon ce qui vous intéresse (…ou pas). Et comme d’habitude, je mets en bas de pages toutes les sources.
Bon, maintenant que ces précisions sont faites, intéressons nous à toutes ces idées reçues…
Sur l’association céréales / légumineuses à chaque repas
La première que je voulais aborder concerne inévitablement les protéines !
On conseille en effet très souvent aux personnes végétariennes ou végétaliennes d’associer céréales et légumineuses pour obtenir des protéines « complètes ». Les céréales et légumineuses sont en effet présentées comme des sources de protéines « incomplètes », en opposition avec les sources animales qui seraient, elles, « complètes ». Chez les personnes qui ne mangent pas de viande ni de poisson, il faudrait donc associer ces différentes sources de protéines à chaque repas, sous peine de ne pas ingérer assez d’acides aminés essentiels. Cette peur de ne pas consommer des protéines « complètes » s’inscrit dans la continuité de la crainte bien ancrée de manquer de protéines en ne consommant pas de chair animale…
La première chose à préciser en la matière, c’est que dans nos sociétés occidentales d’abondance, rares sont les personnes à ne pas consommer assez de protéines. D’ailleurs, il n’y a pas de risque documenté de carence en protéines chez les personnes végétariennes ou végétaliennes qui ont une alimentation diversifiée et des apports énergétiques adaptés.
Pour ce qui concerne la qualité des protéines, la recherche a historiquement conclu à l’infériorité générale des sources végétales par rapport aux sources animales, notamment en faisant des comparaisons avec le profil nutritionnel de l’œuf ou en procédant à des expérimentations sur des rats… Mais si l’on cherche à évaluer la qualité des sources de protéines en se fiant à nos réels besoins humains en protéines et acides aminés, comme cela est fait depuis quelques décennies, les conclusions sont bien plus nuancées. En effet, les chercheurs et chercheuses ont pu constater que les sources végétales de protéines sont bien plus qualitatives que ce que nous pensions jusqu’alors.
Et en parlant de « qualité » des protéines justement, de plus en plus de chercheurs, chercheuses et professionnel.les de santé souhaitent voir ce concept évoluer. Pendant longtemps, la qualité nutritionnelle d’une protéine a été évaluée uniquement selon des critères biochimiques et métaboliques (teneur en acides aminés essentiels, indice chimique, digestibilité, etc) ; plusieurs personnes proposent de moderniser cette définition en intégrant d’autres paramètres tels que l’impact des sources de protéines sur la santé à long terme, ainsi que leur impact environnemental. Cela s’intégrerait dans une démarche plus globale de santé publique et conduirait à ne plus faire passer pour indésirables les sources de protéines végétales étiquetées jusqu’alors comme « de moindre qualité », mais qui présentent pourtant de nombreux avantages pour la santé et l’environnement.
Bref, ce qu’il faut retenir en pratique, c’est qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter de ses apports en protéines dans le cadre d’une alimentation végétarienne ou végétalienne, à la condition de manger à sa faim et d’avoir une alimentation diversifiée, donc comprenant des aliments végétaux riches en protéines tels que des légumineuses, des graines oléagineuses et/ou des substituts végétaux. Nul besoin de faire de savantes associations comme suggéré un peu partout, car l’équilibre nutritionnel ne se fait pas sur un repas, ni même sur une journée. En dehors de rares contextes particuliers (de dénutrition par exemple), se focaliser sur la qualité des protéines d’un aliment en particulier, ça n’a absolument aucun intérêt pratique.
Sur le caractère alcalinisant des alimentations végétales
Une autre croyance tenace au sujet des alimentations végétales concerne leurs effets positifs sur la santé en raison de leur caractère alcalinisant. Adopter une alimentation végétarienne, voire mieux, végétalienne, aurait pour conséquence de bannir les aliments les plus acidifiants, donc de prévenir ou traiter l’état d’acidose et d’éviter ainsi une liste sans fin de pathologies qui sont supposées s’installer sur un « terrain » acidifié : les maladies inflammatoires de tout ordre (les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, les cystites, les dermatites, l’arthrite et d’une manière générale toutes les pathologies qui terminent en « ite ») mais aussi les cancers, les calculs rénaux, l’insuffisance rénale, l’ostéoporose, la stéatose hépatique, le diabète, l’hypertension artérielle et les autres maladies cardiovasculaires…
Avant d’aller plus loin, il me faut donner quelques précisions préalables sur l’équilibre acido-basique. De la même manière qu’il existe dans l’organisme des processus complexes pour réguler notre température ou assurer un équilibre hydrique, il existe des processus pour garantir un équilibre entre les acides et les bases générés par le métabolisme. Lorsque les acides ou les bases sont en excès, ou lorsque les organes en charge de cet équilibre dysfonctionnent, cet équilibre peut être rompu et cela se répercute sur le pH sanguin. Lorsque le déséquilibre se fait au profit des acides, on parle d’acidose ; et lorsque le déséquilibre se fait au profit des bases, on parle d’alcalose.
Et cela a des conséquences en termes de santé, puisque, en cas d’acidose métabolique chronique par exemple, cela suscite notamment des troubles de la minéralisation osseuse, une fonte de la masse musculaire, une stimulation de l’inflammation et des complications cardiovasculaires. Je n’ai par contre jamais lu aucune étude qui établirait un lien avec la survenue plus fréquente de certaines maladies comme les cancers…
La problématique principale de la promotion d’une alimentation alcalinisante réside dans une incompréhension manifeste du fonctionnement de l’équilibre acido-basique, puisqu’en réalité, la promotion d’une alimentation alcalinisante n’a d’intérêt que dans des contextes pathologiques précis… et graves. C’est ce que l’on recommande par exemple aux personnes qui sont en état d’acidose chronique, comme peuvent l’être des personnes qui souffrent d’insuffisance rénale chronique notamment : lorsque leur état de santé le permet, on les oriente généralement vers une diète alcaline, en parallèle des traitements qui visent à traiter les causes et à corriger l’acidose.
Cela n’a aucun sens de bannir les aliments les plus acidifiants en dehors de ce genre de situation, puisque notre organisme sait tout à fait équilibrer les acides et les bases, exactement de la même manière qu’il sait équilibrer notre température corporelle quand on entre dans un hammam ou quand on sort se promener sous la neige.
D’ailleurs, si on mange équilibré et varié en respectant les recommandations du PNNS (programme national nutrition santé), donc avec une quantité modérée de produits d’origine animale et au moins 5 portions de fruits et légumes par jour, notre alimentation n’est pas particulièrement acidifiante et notre organisme sait très bien gérer ces variations.
Et personnellement, ces discours m’inquiète, parce que la principale conséquence que je vois à la promotion d’une alimentation alcalinisante pour toustes, c’est le risque d’entretenir ou de susciter des attitudes orthorexiques. Cela peut aussi conduire à éviter les aliments sources de protéines et donc à augmenter chez des personnes âgées le risque de dénutrition.
Bon, je pourrais parler du sujet pendant des heures et aborder d’innombrables autres aspects, mais, pour finir sur cette thématique, je me contenterai de souligner que les personnes qui promeuvent une alimentation alcalinisante sont le plus souvent soit de mauvaise foi, soit peu compétentes à ce sujet, notamment car elles déconseillent des aliments indiqués comme étant acidifiants… mais qui en réalité ne le sont pas ! On trouve ainsi souvent dans les listes de produits présentés comme acidifiants les aliments gras et sucrés, les céréales sources de gluten, le lait, ou bien encore les plats préparés.
Bref, il y a de très bonnes raisons qui peuvent conduire à faire le choix d’une alimentation végétarienne ou végétalienne (notamment des raisons éthiques et environnementales). Mais aucune de ces raisons n’a le moindre rapport avec le caractère acidifiant des produits d’origine animale. En dehors de rares situations pathologiques, notre organisme est tout à fait équipé pour gérer la charge acidifiante de ces aliments, et leur consommation modérée ne pose aucun de problème de santé.
Sur l’exagération des méfaits des produits laitiers
Dans un logique comparable, il me semble pertinent d’évoquer les idées reçues sur les méfaits des produits laitiers. On leur reproche leur teneur en protéines trop élevée, d’être source de cholestérol, de contenir des résidus d’antibiotiques et du pus, leur teneur en facteurs de croissance, qui seraient impliqués dans le développement des cancers et la prise de poids, leur implication dans divers problèmes de peau, l’asthme, le développement des maladies auto-immunes, l’ostéoporose, les maladies inflammatoires, le diabète, les maladies cardiovasculaires, etc. Bref, les produits laitiers sont parfois présentés comme particulièrement dangereux. S’en passer serait donc un choix de santé.
Qu’est ce qui est vrai là dedans ? Pas grand-chose… Déjà, je voudrais souligner que c’est assez peu pertinent d’évaluer sur un pied d’égalité l’impact nutritionnel d’aliments aussi différents que des yaourts, du lait demi-écrémé ou du fromage.
Et puis, si l’on respecte les recommandations nutritionnelles du PNNS (programme national nutrition santé) en se limitant à 2 ou 3 portions par jour, la consommation de produits laitiers s’intègre parfaitement dans le cadre d’une alimentation équilibrée.
Les deux seuls risques éventuels que j’ai pu voir en parcourant la littérature scientifique récente à ce sujet, ce sont :
– un risque plus élevé d’acné lié à la consommation de lait (mais ce risque n’est pas observé avec la consommation de fromage ou de yaourt),
– et un risque plus élevé de mortalité lié au cancer de la prostate , en lien avec la consommation de lait entier (mais on n’observe pas ce lien avec les autres produits laitiers, ni avec les autres types de cancers).
Et c’est tout.
Bon, après je dois avouer que je n’ai pas lu l’ensemble des revues systématiques et méta-analyses publiées récemment sur les produits laitiers. Je n’ai été chercher « que » celles en rapport avec les problèmes de santé qui leur sont souvent reprochés. Mais bon, si les produits laitiers étaient le « poison mortel » décrit par certaines personnes, ça se serait vu quelque part dans ces publications… Et ce n’est pas le cas.
Mais si les produits laitiers ne sont pas aussi dangereux qu’on voudrait nous le faire croire… ils ne sont pas indispensables pour autant ! Aucun aliment ne l’est d’ailleurs, seuls les nutriments le sont (en l’occurrence ici le calcium et les protéines)… On peut tout à fait avoir des apports adéquats en calcium et protéines sans consommer de produits laitiers. Cela nécessite, certes, de penser autrement son alimentation et l’équilibre nutritionnel, mais c’est possible.
Et si les études montrent l’existence d’un risque de fracture plus élevé chez les personnes végétaliennes, aucun lien n’a été établi entre ce risque et les apports en calcium et protéines. Une piste à creuser serait peut-être celle du lien entre risque de fracture et IMC, les personnes végétaliennes étant globalement plus minces que la moyenne. Pour l’instant, nous n’avons pas de certitude à ce sujet…
Bref, pour en revenir à l’exagération des méfaits des produits laitiers, on a pas besoin d’inventer de faux effets néfastes sur la santé humaine pour défendre l’idée que la consommation de produits laitiers pose problème. Le simple fait qu’ils soient issus de l’exploitation d’animaux sentients et que leur impact environnemental soit aussi élevé justifie de critiquer la consommation qui en est faite…
Sur la diabolisation des produits transformés
Un autre discours problématique que je voulais évoquer ici, c’est la diabolisation des produits transformés. Dans l’idée de promouvoir une alimentation perçue comme « naturelle », certaines personnes assurent qu’il ne faudrait pas consommer d’aliments transformés si l’on veut être en pleine santé. On retrouve ces discours dans plusieurs mouvements en lien avec les alimentations végétales, comme par exemple celui qui promeut la « whole food plant-based diet » (WFPBD), c’est à dire une alimentation composée uniquement d’aliments végétaux bruts ou peu raffinés : des céréales complètes, des légumineuses, des fruits, des légumes, des graines oléagineuses, des algues… mais pas de céréales blanches, pas de sucre, pas de produits transformés ni même d’huile. Les personnes qui promeuvent ce mode d’alimentation assurent que cela permettrait de prévenir ou traiter un nombre conséquent de problèmes de santé. Et même en dehors de ces mouvements un peu « puristes », on retrouve très souvent des craintes formulées à l’encontre des produits transformés végétaux, comme les viandes végétales ou les fromages végétaux.
Avant toute chose, je voudrais préciser qu’il est bien évidemment possible d’avoir une alimentation végétale équilibrée en bannissant de ses menus le sucre, les céréales raffinées et plus globalement les aliments transformés. C’est possible. Mais aucun élément ne permet de soutenir l’idée que de telles restrictions rendent cette alimentation plus saine qu’une alimentation contenant une quantité modérée de produits d’origine animale et/ou d’aliments transformés.
Au sujet des aliments transformés justement, la recherche semble montrer que la consommation d’aliments ultra-transformés est corrélée avec des risques majeurs en termes de santé : cela impacterait notamment la santé cardiovasculaire, la fréquence des cancers et la mortalité toutes causes confondues. Sauf que… ces conclusions suscitent de nombreuses critiques. Notamment du fait que la classification qui sert de base pour mener ces études est mal définie, imprécise, non mesurable, et se réfère plus au processus de fabrication des aliments qu’à leur profil nutritionnel et à la taille des portions consommées. De plus en plus de professionnel.les de la nutrition vont même jusqu’à affirmer que, cette classification étant si peu pertinente, cela remet en cause le fait que les produits ultra-transformés seraient, par essence, mauvais pour la santé.
Dans la continuité de cette critique, de nombreux.ses professionnel.les de santé soulignent que, si la problématique des aliments ultra-transformés tient à leur faible densité nutritionnelle et à leur teneur élevée en calories, en graisses saturées, en sucres et/ou en sel, les recommandations nutritionnelles actuelles prévoient DÉJÀ ces aspects là, et qu’il serait donc superflu de s’attarder sur le caractère transformé des aliments.
La diabolisation des aliments ultra-transformées semble d’autant plus questionnable que cela concerne aussi des aliments pratiques et accessibles qui peuvent contribuer à un bon équilibre nutritionnel, comme par exemple du pain complet tranché pré-emballé, des céréales complètes pour le petit-déjeuner sans sucres ajoutés, des conserves de légumineuses cuisinées ou bien encore des boissons végétales enrichies en vitamines et minéraux.
D’ailleurs, les publications qui distinguent les différentes catégories d’aliments transformés sont révélatrices à ce sujet : une méta-analyse que je glisse dans les ressources accessibles en bas de page conclut par exemple que les céréales pour le petit-déjeuner, aussi ultra-transformées soient-elles, auraient des effets protecteurs sur la santé, là où les viandes transformées et les boissons sucrées seraient au contraire néfastes. Une étude de cohorte plus récente encore conclut que les risques de cancer et de maladies cardiovasculaires observés en lien avec la consommation d’aliments ultra-transformés concerne surtout les produits à base de viande et les boissons sucrées, et que les céréales, pains et alternatives végétales ultra-transformées ne sont pas associées à ce risque.
Et pour ce qui concerne les alternatives végétales à la viande et aux produits laitiers justement, on retrouve une grande hétérogénéité dans leur composition et leurs profils nutritionnels. Si la consommation régulière de ces aliments n’occasionne pas les problèmes de santé causés par d’autres aliments ultra-transformés, impossible d’affirmer pour autant que tous ont des effets équivalents sur l’équilibre nutritionnel et sur la santé. Pour conserver un bon équilibre nutritionnel, il est important de les consommer avec modération, mais aussi de choisir les plus intéressants. Par exemple, un bon réflexe pour choisir des alternatives végétales à la viande serait de privilégier celles qui présentent un Nutriscore A, celles qui contiennent le plus de protéines, le moins de graisses saturées et de sel. Quant aux alternatives au lait, il s’agirait de privilégier les boissons végétales les plus riches en protéines, peu ou pas sucrées et enrichies en calcium.
En bref, rien ne permet d’affirmer aujourd’hui que les produits ultra-transformés sont par essence problématiques et devraient être bannis de nos assiettes. Nous n’avons aucune raison valable de nous empêcher de profiter de ces aliments facilement accessibles et si pratiques dans un contexte de végétalisation des repas. Il semble cependant pertinent de préférer ceux ayant le meilleur profil nutritionnel, et de les consommer avec modération.
Sur la promotion du crudivorisme
Dans la continuité des craintes exagérées envers les aliments transformés, on est aussi parfois exposé.es à des discours qui promeuvent les bienfaits d’une alimentation crue, parfois aussi nommée « alimentation vivante ». Certaines personnes défendent en effet l’idée qu’il serait bénéfique d’avoir une alimentation très fortement ou complètement crue : cela protègerait des cancers et des maladies cardiovasculaires, cela soignerait le diabète, renforcerait l’immunité, traiterait les allergies etc. L’idée repose sur la promotion d’aliments considérés comme « naturels » et non dénaturés par la cuisson, un peu comme ceux que consommaient nos lointains ancêtres.
A noter au passage qu’il existe parfois une confusion entre végétalisme et crudivorisme, car les personnes qui promeuvent une alimentation crue insistent sur l’importance de consommer des aliments végétaux (fruits, légumes, graines germées, algues, graines en tout genre)… mais en réalité, les crudivores à ne jamais consommer de produits d’origine animale sont assez peu nombreux. Dans deux des plus grosses études menées sur des personnes crudivores, seuls 20 à 25 % d’entre elles avaient une alimentation végétalienne, tandis que 50 à 60 % des crudivores participant.es à ces études mangeaient de la viande et du poisson. Ce qui n’est pas bien surprenant, puisque la démarche crudivore est une démarche de santé, pas d’éthique animale.
Alors certes, consommer des aliments crus permet d’éviter certaines réactions négatives liées à la cuisson, comme la production de substances toxiques lors d’une cuisson trop importante des graisses, la production de composés possiblement cancérigènes lors d’une cuisson au barbecue, mais aussi la migration vers les aliments de certains composés toxiques issus des revêtements des ustensiles de cuisson… Cela permet également de préserver la teneur en certains nutriments sensibles à la chaleur.
Mais, même si c’est mieux de ne pas abuser des modes de cuisson que sont la friture et le barbecue, la consommation d’aliments cuits n’est pas dangereuse. Au contraire, c’est la cuisson des aliments qui nous permet d’aller puiser de précieux nutriments dans une large variété d’aliments et de composer des repas denses en énergie et en nutriments.
Car la cuisson présente de nombreux avantages. Elle augmente la digestibilité de nombreux aliments, notamment les aliments fibreux, mais aussi certains aliments qui ne peuvent pas être consommés crus, comme les pommes de terre, les légumineuses et les céréales complètes, sources très intéressantes de protéines, glucides, minéraux et fibres. La cuisson présente également l’intérêt de détruire certains pathogènes qui peuvent être sources d’intoxications alimentaires.
Et même si je pense que je ne l’apprendrais à personne, je me sens obligé.e de préciser aussi qu’une alimentation à dominante crue est particulièrement inconfortable au niveau digestif… Autre problématique de taille : il est très compliqué de mettre en place une alimentation crue qui soit équilibrée, c’est à dire qui apporte à la fois suffisamment de calories, et les nutriments essentiels dans des proportions adéquates. Sans surprise, les études menées à ce sujet concluent à un risque de carences nutritionnelles, de perte de poids excessive, de déminéralisation osseuse et d’aménorrhée, surtout si ce régime est adopté sur le long terme.
Il n’existe d’ailleurs aucune étude qui permette de conclure aux bienfaits sur la santé qui découleraient d’une alimentation crue en comparaison avec une alimentation équilibrée contenant une large part d’aliments cuits : les prétentions extraordinaires du crudivorisme n’ont en effet aucun fondement scientifique.
En bref, les crudités c’est très bien d’en manger, mais rien ne justifie d’en faire la base de votre alimentation. Méfiance donc si vous croisez des discours de promotion du crudivorisme, surtout si ces discours font état d’effets miraculeux sur la santé ou le poids. A ce sujet, une autre raison pour se méfier du crudivorisme, c’est qu’il est très souvent associé à des pratiques pseudo-scientifiques dont certaines exposent à de réels dangers pour la santé. Il n’est pas rare non plus de voir le crudivorisme vanté dans des milieux très perméables aux dérives sectaires.
Sur les dangers du soja
Sur un tout autre sujet, je voulais évoquer ici les dangers liés à la consommation de soja. Traditionnellement, les aliments à base de soja sont plutôt consommés dans les pays asiatiques. Mais depuis quelques années, on observe que la disponibilité des aliments à base de soja est grandissante en France et en Europe : on trouve en effet facilement dans n’importe quel supermarché du tofu, du lait et des yaourts de soja, ou bien encore des nuggets végétaux à base de soja. Et si on va explorer les rayons des magasins bio ou des épiceries asiatiques, on peut aussi croiser des protéines de soja texturées, de la farine de soja, du tempeh, du miso, du tofu lactofermenté ou soyeux, des crèmes glacées à base de soja… Bref, on trouve du soja sous toutes ses formes et pour tous les goûts.
Mes patient.es me posent souvent des questions à ce sujet en consultation, en raison des discours inquiétants qu’iels entendent sur les effets de la consommation de soja sur la santé, mais aussi en raison de ses effets indirects, à travers son impact environnemental.
Pour ce qui concerne les effets de la consommation de soja sur la santé, les craintes sont multiples : en raison de sa teneur en isoflavones, le soja serait un dangereux perturbateur endocrinien qui féminise les garçons, qui provoque des cancers et qui cause des malformations chez le fœtus ; il serait également à l’origine de nombreuses pathologies thyroïdiennes ; et pour les personnes les plus alarmistes, la consommation de soja serait tout simplement toxique et mortelle.
Clairement, c’est le genre de discours qui fait flipper… mais qu’en est-il dans la réalité ?
Les professionnel.les de santé membres du conseil scientifique de l’ONAV (observatoire national des alimentations végétales) se sont penché.es sur l’abondante littérature scientifique à ce sujet et ont publié une position actualisée particulièrement fournie. Et leurs conclusions sont très rassurantes. Iels concluent en effet que « l’innocuité de la consommation de soja à tous les stades de la vie constatée par une consommation ancienne est confirmée par les études, tant observationnelles qu’interventionnelles. ». Iels ajoutent que « les différentes études menées chez les êtres humains ne rapportent pas de risque à la consommation de soja quel que soit le contexte (santé, cancer du sein, fertilité, etc.). Certains individus semblent même tirer un bénéfice de cette consommation. ». Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à aller lire directement cette publication, mais en résumé, ces bénéfices éventuels semblent concerner surtout les risques cardio-vasculaires et les cancers hormono-dépendants.
Les auteurices prennent cependant la précaution de préciser qu’aucune étude ne permet de tirer de conclusion pour une consommation supérieure à 4 portions de soja par jour. Mais de toute façon, du point de vue de la diversité nécessaire à l’équilibre nutritionnel, cela n’aurait aucun sens de consommer autant de produits à base de soja… En bref, les craintes évoquées plus tôt n’ont aucun fondement sérieux, y compris dans le cadre d’une consommation quotidienne de soja.
Pour ce qui est de l’impact environnemental du soja par contre, les craintes sont beaucoup plus pertinentes. De nombreuses personnes dénoncent notamment l’effet désastreux de la déforestation massive induite par la production intensive de soja à travers le monde. Et clairement, ce n’est pas une bonne nouvelle pour la lutte contre le réchauffement climatique. Sauf que… nous devrions faire preuve de nuance à ce sujet. Car l’immense majorité du soja cultivé dans le monde (près de 80%) l’est pour nourrir les animaux d’élevage, surtout les volailles. Seulement moins de 20 % de la production mondiale sert à la consommation humaine. D’ailleurs, le soja consommé en France sous forme de tofu, lait ou autre aliment destiné aux humain.es provient principalement d’exploitations françaises et n’est donc pas impliqué dans cette déforestation massive.
Et pour amener plus de perspective encore à ce sujet, je me permets de citer à nouveau la position de l’ONAV mentionnée plus tôt : « Les plus importants consommateurs et consommatrices de soja […] consomment 32 kg d’aliments au soja par an, ce qui représente […] moins de 90 g par jour. En Europe, en moyenne, les consommateurs et consommatrices de viande en consomment 61 kg / an soit […] 167,6 g/jour à travers l’alimentation des animaux d’élevage consommés. »
En bref, pour consommer moins de soja et diminuer ainsi l’impact de la déforestation induite par la sa culture intensive… mieux vaut manger du tofu que de la viande !
Sur la complémentation en vitamine B12
La prochaine idée reçue, ç’en est une que je croise aussi très souvent en consultation. Dans la tête de nombreuses personnes, seules les personnes végétaliennes auraient besoin de recourir à des compléments alimentaires de vitamine B12 en raison d’un déficit d’apport par l’alimentation. Dans cette logique, la plupart des personnes végétariennes ou flexitariennes ne se sentent pas concernées, car elles consomment régulièrement des produits d’origine animale sources de vitamine B12.
Sauf que… si les aliments d’origine animale sont effectivement les meilleures sources alimentaires de vitamine B12, tous n’en contiennent pas des quantités importantes, et pour certains d’entre eux, la biodisponibilité de la vitamine B12 est très faible. En gros, les chairs et viscères animales (dont les poissons) ainsi que les produits laitiers à base de lait de vache ou de brebis sont de bonnes sources de vitamine B12 ; tandis que les œufs de poule et les produits laitiers à base de lait de chèvre en sont de très mauvais pourvoyeurs.
Les membres du conseil scientifique de l’ONAV ont calculé combien de portions de ces aliments il faudrait consommer pour assurer des apports alimentaires suffisants pour couvrir nos besoins. Là encore, je vous renvoie à leur position à ce sujet si vous voulez lire le détail de leurs calculs (j’ai mis les références en bas de page). A l’issue de ces calculs, iels indiquent que, pour couvrir nos besoins par l’alimentation, il faudrait consommer un minimum de 9 à 20 portions d’aliments d’origine animale par semaine, en privilégiant les plus riches en vitamine B12, à savoir la viande, le poisson, les abats et les produits laitiers de vache.
Leurs recommandations prévoient donc une complémentation systématique en vitamine B12 chez les personnes ayant une alimentation végétarienne ou végétalienne, et la complémentation est conseillée chez les personnes flexitariennes qui n’atteignent pas ces seuils de consommation.
Les professionnels de santé qui œuvrent pour alimenter le site végéclic.com ont quant à eux simplifié la chose, en précisant que la complémentation en vitamine B12 se justifie dès lors qu’une personne mange moins de 7 fois par semaine de la viande ou du poisson (soit à moins d’un repas sur deux) : là encore cela concerne de facto les personnes végétaliennes et végétariennes, mais aussi les personnes flexitariennes ayant une faible consommation de viande et poisson.
Il me semble important de rappeler au passage que cette complémentation en vitamine B12 issue de la synthèse bactérienne a une objectif préventif : celui d’éviter une carence liée à des apports alimentaires insuffisants, cette carence pouvant avoir des conséquences graves et irréversibles. C’est donc une complémentation à suivre aussi longtemps que les apports alimentaires ne permettent pas de couvrir les besoins.
Bon, ceci étant dit, puisque nous parlons de vitamine B12, je me dois aussi d’évoquer quelques idées reçues qui circulent sur d’autres sources que les produits d’origine animale et les compléments alimentaires.
Par exemple, on entend parfois que certaines algues, champignons et aliments fermentés seraient sources de vitamine B12 et permettraient de couvrir nos besoins, que les légumes non lavés permettraient d’apporter de la vitamine B12 via les particules de terre qui les recouvrent, ou même encore que notre flore intestinale permettrait de satisfaire nos besoins en vitamine B12 si l’on adopte une alimentation adéquate…
Ce sont des idées séduisantes, surtout si on est attaché e à l’idée d’avoir une alimentation qualifiée de « naturelle » et que, dans cette logique, on cherche à éviter les compléments alimentaires (à ce sujet, je vous recommande d’ailleurs chaleureusement la conférence de Florence Dellerie sur « les mythes de l’alimentation naturelle »). Mais les choses ne sont pas aussi simples…
Concernant le fait d’obtenir des quantités de vitamine B12 suffisantes en mangeant de la terre ou en se reposant sur la synthèse qu’en ferait notre microbiote intestinal, il ne faut pas compter dessus… Aucun donnée ne vient étayer ces affirmations fantaisistes, dont les conséquences peuvent être graves si on y adhère.
Pour ce qui concerne les algues, champignons et produits fermentés, cela semble déjà une idée plus crédible, car certains de ces aliments contiennent bel et bien de la vitamine B12. Mais en réalité, leur teneur en vitamine B12 est souvent faible (surtout si on exclut les formes inactives et les analogues), mais aussi très variable. En fait, on ne peut pas vraiment estimer de manière fiable la quantité de vitamine B12 que l’on consomme à travers ces aliments, et il faudrait de toute façon en consommer des quantités énormes pour satisfaire nos besoins. Ce qui n’est pas sans risque lorsque l’on parle d’algues marines par exemple, car cela pourrait conduire à des apports excessifs en iode.
En bref, il est particulièrement hasardeux de se reposer sur ces catégories d’aliments pour assurer de bons apports en vitamine B12. Les seules sources fiables de vitamine B12 non animales, ce sont donc les compléments issus de la synthèse bactérienne : ceux contenus dans des comprimés ou bien ceux qui enrichissent certains aliments, comme des céréales pour le petit-déjeuner ou des viandes végétales par exemple.
Mais en France ces aliments enrichis sont encore assez rares et ne constituent qu’une infime partie de nos apports. La solution la plus fiable lorsque l’on consomme peu ou pas de viande ou poisson, c’est donc de se complémenter !
Sur la complémentation en oméga 3
La dernière idée reçue que je voulais évoquer est celle que je pense être la plus récente. En tout cas, ç’en est une dont j’entends parler seulement depuis peu, alors que ça fait quelque chose comme 10 ans que je traîne dans les milieux végétariens/végétaliens/véganes. Mais il est possible que je sois tout simplement passé.e à côté pendant de nombreuses années !
Depuis plus ou moins longtemps donc, certaines personnes soutiennent l’idée qu’une complémentation en acides gras essentiels oméga 3 serait indispensable dès lors que l’on mangerait peu ou pas de poisson, donc a fortiori lorsque l’on a une alimentation végétarienne ou végétalienne. Cela se justifierait par le fait que les aliments végétaux sources d’oméga 3 ne contiennent pas les oméga 3 « actifs » que sont l’EPA et le DHA, mais uniquement des oméga 3 qui en sont des précurseurs. Et comme il y a beaucoup de perte dans les processus de conversion en DHA en particulier, cela fait craindre des répercussions en termes de santé, notamment sur la vue et le système cardiovasculaire.
Pour évoquer ce sujet, je me repose là encore sur une publication de plusieurs membres du conseil scientifique de l’ONAV, que vous pourrez trouver en bas de page. Dans leur position, iels rappellent qu’en effet, les niveaux de DHA observés chez les personnes végétariennes et végétaliennes sont très inférieurs à ceux observés chez les personnes ayant une alimentation carnée. Pour autant, je les cite, « on peut s’interroger sur la signification biologique et clinique de telles observations, dans la mesure où elles ne sont jamais reliées à une dégradation de la santé des personnes végétariennes et végétaliennes ».
En effet, les auteurices relèvent que les données épidémiologiques obtenues chez les personnes végétariennes et végétaliennes se montrent très rassurantes quant aux conséquences redoutés lors d’un déficit en DHA (notamment une augmentation du risque cardiovasculaire, de syndrome métabolique, de diabète, d’obésité, de maladies neuropsychiatriques, de cancers du sein et du côlon et de DMLA).
Les auteurices précisent ensuite qu’ «il n’existe aucune donnée clinique étayant le fait qu’une complémentation en DHA puisse être bénéfique à la santé des végétariens et végétaliens au-delà de l’âge de 6 mois » mais iels ajoutent que « cet argument est à relativiser au regard de la qualité des données épidémiologiques disponibles chez les végétariens et surtout les végétaliens. ».
Leur conclusion est donc, au regard de la littérature scientifique actuellement disponible, de ne pas recommander une complémentation systématique en DHA chez les personnes végétariennes et végétaliennes. Iels indiquent que, par principe de précaution, une complémentation en DHA peut par contre être conseillée pour les personnes enceintes et allaitantes, ainsi que pour les enfants de moins de 6 mois. Ce conseil concerne également les personnes végétariennes et végétaliennes dont les apports alimentaires en précurseurs d’EPA et DHA sont faibles.
En bref, en dehors des périodes de grossesse, d’allaitement et des premiers mois de vie, il est possible de se passer de ces coûteux compléments alimentaires et d’optimiser ses apports en faisant des choix alimentaires opportuns afin d’augmenter les sources d’oméga 3 d’origine végétale et de se rapprocher d’un ratio oméga 3/oméga 6 favorable à la bonne conversion de ces oméga 3 en EPA et DHA.
C’est l’occasion pour moi de rappeler que l’immense majorité des compléments alimentaires consommés en France l’est sans aucune nécessité, surtout en l’absence de trouble de l’assimilation et dans un contexte d’alimentation variée et équilibrée. De plus, certains compléments sont à la fois inutiles et coûteux, ce qui pèse parfois lourd dans le budget. Certains compléments présentent aussi des risques avérés de toxicité, d’allergie et d’interactions médicamenteuses… aussi naturels soient ils ! Mon conseil à ce sujet, c’est donc de ne pas les consommer à la légère et de vous faire accompagner par un.e professionnel.le de santé : d’une part pour vous assurer que vous en avez vraiment besoin, et d’autre part pour adapter la posologie à vos besoins individuels.
Conclusion
Bon, il y aurait sûrement plein d’autres idées reçues à évoquer, mais je voulais aller à l’essentiel, j’ai donc dû faire des choix… En tout cas, j’espère que vous aurez appris quelques petites choses intéressantes en lisant cet article, et si c’est le cas, n’hésitez pas à le partager auprès d’autres personnes susceptibles d’être intéressées ! N’hésitez pas non plus à creuser les sujets que j’ai abordés ici de manière très synthétique, par exemple en allant explorer les sources et ressources que j’ai glissées en bas de page !
Avant de vous laisser, je dois préciser que, si vous avez un doute ou des questions sur l’équilibre de votre alimentation, sur votre situation personnelle, je vous encourage à solliciter un.e diététicien.ne formé.e aux spécificités des alimentations végétales. Vous en trouverez notamment dans l’annuaire des professionnel.les de santé mis en ligne par l’ONAV (Observatoire National des Alimentations Végétales) : vous y trouverez sûrement une personne qualifiée qui exerce près de chez vous, ou une personne qui exerce en visio… comme moi !
Sources et ressources :
Sur l’association céréales / légumineuses à chaque repas
Sur la couverture des besoins en protéines chez les personnes végétariennes et végétaliennes : Mariotti F, Gardner CD. Dietary Protein and Amino Acids in Vegetarian Diets-A Review. Nutrients. 2019 Nov 4;11(11):2661. doi: 10.3390/nu11112661. PMID: 31690027; PMCID: PMC6893534.
Sur les besoins en protéines et acides aminés essentiels : Joint WHO/FAO/UNU Expert Consultation. Protein and amino acid requirements in human nutrition. World Health Organ Tech Rep Ser. 2007;(935):1-265, back cover. PMID: 18330140.
Sur la nécessité de redéfinir la « qualité » des protéines : Katz DL, Doughty KN, Geagan K, Jenkins DA, Gardner CD. Perspective: The Public Health Case for Modernizing the Definition of Protein Quality. Adv Nutr. 2019 Sep 1;10(5):755-764. doi: 10.1093/advances/nmz023. PMID: 31066877; PMCID: PMC6743844.
Sur l’absence de nécessité d’associer céréales et légumineuses lorsque l’on introduit des repas végétariens chez des enfants : Note de l’Anses relative aux recommandations nutritionnelles pour la mise en place d’une expérimentation en milieu scolaire de menus végétariens, 2020, https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2019SA0205.pdf
Réflexions générales et historiques sur la qualité nutritionnelle des protéines végétales : ONAV, Position relative à l’appréciation de la qualité nutritionnelle des protéines végétales, 2022, https://onav.fr/position-de-lonav-relative-a-lappreciation-de-la-qualite-nutritionnelle-des-proteines-vegetales/
Sur le caractère alcalinisant des alimentations végétales
Sur l’équilibre acido-basique : https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/troubles-hormonaux-et-m%C3%A9taboliques/%C3%A9quilibre-acidobasique/pr%C3%A9sentation-de-l-%C3%A9quilibre-acidobasique
Sur l’acidose métabolique : https://www.msdmanuals.com/fr/professional/troubles-endocriniens-et-m%C3%A9taboliques/r%C3%A9gulation-et-troubles-acido-basiques/acidose-m%C3%A9tabolique
Sur l’acidose respiratoire : https://www.msdmanuals.com/fr/professional/troubles-endocriniens-et-m%C3%A9taboliques/r%C3%A9gulation-et-troubles-acido-basiques/acidose-respiratoire
Sur les conséquences cliniques d’une acidémie : https://www.msdmanuals.com/fr/professional/troubles-endocriniens-et-m%C3%A9taboliques/r%C3%A9gulation-et-troubles-acido-basiques/troubles-de-%C3%A9quilibre-acide-base#v987295_fr
« Diagnostic et Prise en Charge de l’Acidose Métabolique – Recommandations formalisées d’experts communes Société de réanimation de langue française (SRLF) – Société française de médecine d’urgence (SFMU) » Ann. Fr. Med. Urgence (2019) 9:387-408, DOI 10.3166/afmu-2019-0162 : https://www.sfmu.org/upload/consensus/rfe%202019_acidose_metaboliqueSFMUv1-2.pdf
Contrôle diététique de l’acidose métabolique chez le patient insuffisant rénal chronique, Néphrologie & Thérapeutique, Volume 15, Issue 7, 2019, Pages 491-497, ISSN 1769-7255, https://doi.org/10.1016/j.nephro.2018.12.001 : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1769725519301191
Sur l’exagération des méfaits des produits laitiers
Sur les effets sur la santé des produits laitiers :
- Sur la santé cardiovasculaire : Giosuè A, Calabrese I, Vitale M, Riccardi G, Vaccaro O. Consumption of Dairy Foods and Cardiovascular Disease: A Systematic Review. Nutrients. 2022 Feb 16;14(4):831. doi: 10.3390/nu14040831. PMID: 35215479; PMCID: PMC8875110.
- Sur les marqueurs d’inflammation : Nieman KM, Anderson BD, Cifelli CJ. The Effects of Dairy Product and Dairy Protein Intake on Inflammation: A Systematic Review of the Literature. J Am Coll Nutr. 2021 Aug;40(6):571-582. doi: 10.1080/07315724.2020.1800532. Epub 2020 Sep 1. PMID: 32870744.
- Sur l’ostéoporose : Malmir H, Larijani B, Esmaillzadeh A. Consumption of milk and dairy products and risk of osteoporosis and hip fracture: a systematic review and Meta-analysis. Crit Rev Food Sci Nutr. 2020;60(10):1722-1737. doi: 10.1080/10408398.2019.1590800. Epub 2019 Mar 26. PMID: 30909722.
- Sur les cancers : Lu W, Chen H, Niu Y, Wu H, Xia D, Wu Y. Dairy products intake and cancer mortality risk: a meta-analysis of 11 population-based cohort studies. Nutr J. 2016 Oct 21;15(1):91. doi: 10.1186/s12937-016-0210-9. PMID: 27765039; PMCID: PMC5073921.
- Sur l’hypertension, le surpoids et le diabète de type 2 : Feng Y, Zhao Y, Liu J, Huang Z, Yang X, Qin P, Chen C, Luo X, Li Y, Wu Y, Li X, Huang H, Hu F, Hu D, Liu Y, Zhang M. Consumption of Dairy Products and the Risk of Overweight or Obesity, Hypertension, and Type 2 Diabetes Mellitus: A Dose-Response Meta-Analysis and Systematic Review of Cohort Studies. Adv Nutr. 2022 Dec 22;13(6):2165-2179. doi: 10.1093/advances/nmac096. PMID: 36047956; PMCID: PMC9776648.
- Sur l’acné : Aghasi M, Golzarand M, Shab-Bidar S, Aminianfar A, Omidian M, Taheri F. Dairy intake and acne development: A meta-analysis of observational studies. Clin Nutr. 2019 Jun;38(3):1067-1075. doi: 10.1016/j.clnu.2018.04.015. Epub 2018 May 8. PMID: 29778512.
- Sur l’asthme : Song F, Xie Y, Guo N, Zhao H. Consumption of milk and dairy products and risk of asthma in children: a systematic review and Meta-analysis. Arch Public Health. 2023 Aug 16;81(1):147. doi: 10.1186/s13690-023-01162-8. PMID: 37587503; PMCID: PMC10428541.
Sur les apports adéquats en calcium chez les personnes végétariennes et végétaliennes : Neufingerl N, Eilander A. Nutrient Intake and Status in Adults Consuming Plant-Based Diets Compared to Meat-Eaters: A Systematic Review. Nutrients. 2021 Dec 23;14(1):29. doi: 10.3390/nu14010029. PMID: 35010904; PMCID: PMC8746448.
Sur le risque de fracture plus élevé chez les personnes végétaliennes : Iguacel I, Miguel-Berges ML, Gómez-Bruton A, Moreno LA, Julián C. Veganism, vegetarianism, bone mineral density, and fracture risk: a systematic review and meta-analysis. Nutr Rev. 2019 Jan 1;77(1):1-18. doi: 10.1093/nutrit/nuy045. PMID: 30376075.
Sur la diabolisation des produits transformés
Sur la remise en cause de la nocivité par essence des aliments ultra-transformés :
- Visioli F, Marangoni F, Fogliano V, Del Rio D, Martinez JA, Kuhnle G, Buttriss J, Da Costa Ribeiro H, Bier D, Poli A. The ultra-processed foods hypothesis: a product processed well beyond the basic ingredients in the package. Nutr Res Rev. 2022 Jun 22:1-11. doi: 10.1017/S0954422422000117. Epub ahead of print. PMID: 35730561.
- British Nutrition Foundation, « Position statement on the concept of ultra-processed foods (UPF) », 2023 : https://www.nutrition.org.uk/news/2023/position-statement-on-the-concept-of-ultra-processed-foods-upf/
- « Processed foods – overly broad and ill-defined », Tom Embury, British Dietetic Association, 2021 : https://www.bda.uk.com/static/06661eb4-b635-44a7-b3a1f753525c8f99/53f7356a-51eb-42c9-b1fbc6680230fbf3/Processed-Food-Position-Statement-FINAL-approved.pdf
Sur les nuances observées dans les effets de différentes catégories d’aliments ultra-transformés :
- Taneri PE, Wehrli F, Roa-Díaz ZM, Itodo OA, Salvador D, Raeisi-Dehkordi H, Bally L, Minder B, Kiefte-de Jong JC, Laine JE, Bano A, Glisic M, Muka T. Association Between Ultra-Processed Food Intake and All-Cause Mortality: A Systematic Review and Meta-Analysis. Am J Epidemiol. 2022 Jun 27;191(7):1323-1335. doi: 10.1093/aje/kwac039. PMID: 35231930.
- Reynalda Cordova, Vivian Viallon, Emma Fontvieille, Laia Peruchet-Noray, Anna Jansana, Karl-Heinz Wagner, Cecilie Kyrø, Anne Tjønneland, Verena Katzke, Rashmita Bajracharya, Matthias B. Schulze, Giovanna Masala, Sabina Sieri, Salvatore Panico, Fulvio Ricceri, Rosario Tumino, Jolanda M.A. Boer, W.M.Monique Verschuren, Yvonne T. van der Schouw, Paula Jakszyn, Daniel Redondo-Sánchez, Pilar Amiano, José María Huerta, Marcela Guevara, Yan Borné, Emily Sonestedt, Konstantinos K. Tsilidis, Christopher Millett, Alicia K. Heath, Elom K. Aglago, Dagfinn Aune, Marc J. Gunter, Pietro Ferrari, Inge Huybrechts, Heinz Freisling, Consumption of ultra-processed foods and risk of multimorbidity of cancer and cardiometabolic diseases: a multinational cohort study, The Lancet Regional Health – Europe, 2023, 100771, ISSN 2666-7762, https://doi.org/10.1016/j.lanepe.2023.100771.
Sur l’hétérogénéité des profils nutritionnels des aliments ultra-transformés végétaux que sont les substituts à la viande et aux produits laitiers : Mariotti, F. (2023). Nutritional and health benefits and risks of plant-based substitute foods. Proceedings of the Nutrition Society, 1-32. doi:10.1017/S0029665123004767
Réponses scientifiques aux critiques des détracteurs du Nutri-Score : https://nutriscore.blog/2023/09/01/reponses-scientifiques-aux-critiques-des-detracteurs-du-nutri-score-mise-a-jour-septembre-2023/
Sur la promotion du crudivorisme
Sur le risque de carences nutritionnelles, de perte de poids excessive, de déminéralisation osseuse et d’aménorrhée :
- Abraham K, Trefflich I, Gauch F, Weikert C. Nutritional Intake and Biomarker Status in Strict Raw Food Eaters. Nutrients. 2022 Apr 21;14(9):1725. doi: 10.3390/nu14091725. PMID: 35565694; PMCID: PMC9105765.
- Koebnick C, Strassner C, Hoffmann I, Leitzmann C. Consequences of a long-term raw food diet on body weight and menstruation: results of a questionnaire survey. Ann Nutr Metab. 1999;43(2):69-79. doi: 10.1159/000012770. PMID: 10436305.
- Koebnick C, Garcia AL, Dagnelie PC, Strassner C, Lindemans J, Katz N, Leitzmann C, Hoffmann I. Long-term consumption of a raw food diet is associated with favorable serum LDL cholesterol and triglycerides but also with elevated plasma homocysteine and low serum HDL cholesterol in humans. J Nutr. 2005 Oct;135(10):2372-8. doi: 10.1093/jn/135.10.2372. PMID: 16177198.
- Hoffmann I., Leitzmann C. Raw food diet: health benefits and risks. Watson R.R. (Ed.), Vegetables, Fruits, and Herbs in Health Promotion., CRC Press Boca Raton, FL (2000), pp. 293-308
- Fontana L, Shew JL, Holloszy JO, Villareal DT. Low Bone Mass in Subjects on a Long-term Raw Vegetarian Diet. Arch Intern Med. 2005;165(6):684–689. doi:10.1001/archinte.165.6.684
Rapport d’activités 2021 de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES), évoquant les risques associés au crudivorisme ainsi que la porosité observée entre diverses pratiques pseudo-thérapeutiques et dérives sectaires : https://www.miviludes.interieur.gouv.fr/publications-de-la-miviludes/rapports-annuels/rapport-dactivit%C3%A9-2021
Sur les dangers du soja
Position de l’ONAV relative à la consommation alimentaire de soja et à son action sur la santé humaine : https://lonav.fr/position-de-lonav-relative-a-la-consommation-alimentaire-de-soja-et-a-son-action-sur-la-sante-humaine/
« Soja, Véganisme et Déforestation », par l’Effet Chimpanzé : https://www.youtube.com/watch?v=EM40vrs2L78 (voir les sources primaires mentionnées en description de la vidéo)
Sur la complémentation en vitamine B12
Position de l’ONAV relative à la couverture des besoins en vitamine B12 chez les personnes ayant une alimentation flexitarienne, végétarienne et végane : https://lonav.fr/position-de-lonav-relative-a-la-couverture-des-besoins-en-vitamine-b12-chez-les-personnes-ayant-une-alimentation-flexitarienne-vegetarienne-et-vegane/
Position de l’ONAV relative à la complémentation en vitamine B12 chez les personnes ayant une alimentation flexitarienne, végétarienne et végane : https://lonav.fr/position-de-lonav-relative-a-la-complementation-en-vitamine-b12-chez-les-personnes-ayant-une-alimentation-flexitarienne-vegetarienne-et-vegane/
Informations sur la complémentation en vitamine B12 sur le site vegeclic.com : https://vegeclic.com/patient/fiches-conseils/
Conséquences d’une carence en vitamine B12 : https://vegeclic.com/professionnel-de-sante/nutriments/#Vitamine_B12
Conférence de Florence Dellerie sur « Les mythes de l’alimentation naturelle » : https://www.youtube.com/watch?v=fbzatlJTawg
Sur la complémentation en oméga 3 :
« Faut-il se complémenter en DHA lorsqu’on végétalise son alimentation ? », note scientifique de l’ONAV, 2023 : https://lonav.fr/faut-il-se-complementer-en-dha-lorsquon-vegetalise-son-alimentation/
ANSES – Compléments alimentaires, nécessité d’une consommation éclairée : https://www.anses.fr/fr/content/les-compl%C3%A9ments-alimentaires-n%C3%A9cessit%C3%A9-dune-consommation-%C3%A9clair%C3%A9e
Sur les aspects éthiques et environnementaux mentionnés dans plusieurs des thématiques abordées :
Sur la sentience et l’éthique sentientiste : https://sentience.pm/
Sur les conditions d’élevage des vaches laitières et des veaux, par L214 : https://www.l214.com/animaux/vaches/veaux-vaches-et-produits-laitiers/
Sur l’intelligence et la sensibilité des vaches : « L’intelligence et la sensibilité des vaches », par Delphine Debieu, 2023 : https://savoir-animal.fr/intelligence-sensibilite-vaches/
Sur l’impact environnemental de la viande et des autres produits d’origine animale : https://sohan-tricoire.fr/impact-environnemental-de-la-viande-et-equilibre-alimentaire-vege/
Sur l’impact environnemental des produits laitiers :
- « Dairy vs. plant-based milk: what are the environmental impacts? », par Hannah Ritchie, 2022 : https://ourworldindata.org/environmental-impact-milks
- « The carbon footprint of foods: are differences explained by the impacts of methane? » par Hannah Ritchie, 2020 : https://ourworldindata.org/carbon-footprint-food-methane
- « Environmental Impacts of Food Production » par Hannah Ritchie, Pablo Rosado et Max Roser : https://ourworldindata.org/environmental-impacts-of-food
Annuaire des pro de santé formé.es aux spécificités des alimentations végétales – ONAV : https://lonav.fr/trouver-un-e-pro-de-sante/
Je tiens à préciser que l’ONAV, bien que mentionné à plusieurs reprises dans cet article, n’a pas été consulté pour en valider le contenu. Je vous encourage à vous référer directement aux positions scientifiques publiées sur son site internet onav.fr
#Diététique #Flexitarisme #Nutrition #Végétalisme #Végétarisme
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Se former aux alimentations végétariennes – DU Sorbonne Université
Il y a … Lire la suite
#dietetique #flexitarisme #nutrition #vegetalisme #vegetarisme
https://sohan-tricoire.fr/se-former-aux-alimentations-vegetariennes-du-sorbonne-universite/
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Pourquoi je ne promeus plus la « whole food plant-based diet »…
Lorsque j’étais naturopathe (et surtout sur la fin de ma pratique), je faisais une fixation sur la « whole food plant-based diet » (que je nommerai WFPBD ci-après). C’est l’alimentation que je pensais idéale et dont je faisais la promotion auprès de presque toutes mes client-e-s. J’avais même créée des supports de communications spécifiques pour du « coaching » en WFPBD !
Mais avant d’aller plus loin, précisons de quoi il s’agit. La WFPBD est une alimentation « naturelle » composée uniquement de produits végétaux complets ou peu raffinés : des céréales complètes, des légumineuses, des fruits, des légumes, des graines oléagineuses, des algues… mais pas de céréales blanches, pas de sucre, pas de produits transformés ni d’huile.
A l’époque, je m’abreuvais continuellement des ouvrages et conférences des médecins qui promeuvent activement cette alimentation, notamment le Dr Joel Fuhrman, le Dr Michael Greger, le Dr Caldwell Esselstyn, le Dr Neal Barnard et le Dr Micheal Klaper. Ma « bible », c’était le best-seller du Dr Greger, son ouvrage « Mieux manger peut vous sauver la vie » (traduit à partir de son ouvrage « How not to die »). Et à l’époque je me suis même formé-e avec le module « Plant-based nutrition » dispensé au sein du T. Colin center, qui dépend de l’université de Cornell.
A travers tous ces contenus, on nous explique à quel point il est important d’adopter une telle alimentation pour éviter (voire traiter!) le diabète, les maladies cardio-vasculaires, les cancers et autres maladies chroniques… J’avais donc fini par être convaincu-e que cette alimentation était l’alimentation qui permettait d’être en meilleure santé, et c’est dans cette logique que j’en faisais la promotion auprès de ma clientèle.
Je leur apprenais à végétaliser leur alimentation, à assurer leurs apports en acides gras sans utiliser la moindre goutte d’huile, à se passer complètement du sucre, à bannir les céréales raffinées et produits transformés… en leur assurant que c’était la meilleure chose à faire pour être en bonne santé. Et cette vision « puriste » et « naturelle » de l’alimentation collait parfaitement bien avec les enseignements que j’avais reçus en naturopathie.
Sauf que… petit à petit, en remettant en cause les fondements de la naturopathie, j’ai aussi développé mon esprit critique et appris à remettre en cause mes certitudes. J’ai donc passé à la moulinette de l’esprit critique les fondements de cette alimentation « whole food plant-based diet ». Et une fois mis de côté l’argument d’autorité que constitue le doctorat de ses promoteurs les plus actifs, je me suis rendu compte qu’il y avait là pas mal de cherry picking. J’ai réalisé que la rigueur scientifique n’était pas au rendez-vous et que les études étaient souvent interprétées très… librement.
Aujourd’hui, après avoir sélectionné des sources plus fiables au sujet des alimentations végétales, je ne pense plus qu’une alimentation WFPBD soit une alimentation miraculeuse permettant de prévenir ou guérir presque toutes les maladies. Je ne pense plus non plus que ce soit la seule façon de manger pour être en bonne santé, ni que la diabolisation et l’éviction totale des huiles, sucre et produits transformés soit justifiée.
Car à ma connaissance, il n’existe aujourd’hui aucune preuve scientifique permettant d’affirmer qu’une alimentation WFPBD soit meilleure pour la santé que d’autres alimentations (végétales ou carnées), ou bien qu’il soit nécessaire de bannir huile, sucre, aliments transformés et céréales raffinées pour être en bonne santé.
Si je continue à promouvoir les alimentations végétales pour des raisons éthiques et environnementales, je ne soutiens plus l’idée qu’il faille nécessairement avoir une alimentation végétalienne pour être en bonne santé, ni même que la WFPBD soit la seule alimentation végétale saine.
Pour aller plus loin et se former aux spécificités des alimentations végétales :
Formation « Alimentations végétariennes, accompagnement diététique optimisé : du flexitarisme au végétalisme / Des données scientifiques à la pratique » dispensée par le Centre de Formation Diététique et Comportement, par Virginie Bach et Florian Saffer : (edit au 24/02/2025 – la formation n’est plus hébergée par le CFDC mais est désormais accessible directement ici https://virginiebach.fr/formations/, avec une mise à jour récente)
Diplôme universitaire « Alimentations végétariennes » dispensé par Sorbonne Université : https://fc.sorbonne-universite.fr/nos-offres/du-alimentations-vegetariennes/
#Diététique #Flexitarisme #Nutrition #Végétalisme #Végétarisme #Zététique
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« La science de l’alimentation végétale » – Interview des auteurices
J’ai … Lire la suite
#dietetique #flexitarisme #nutrition #vegetalisme #vegetarisme
https://sohan-tricoire.fr/la-science-de-lalimentation-vegetale-interview-des-auteurices/
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Naturopathie et crudivorisme : j’ai mené l’enquête…
Quelle proportion de … Lire la suite
#dietetique #naturopathie #nutrition #pseudo-medecines #zetetique
https://sohan-tricoire.fr/naturopathie-et-crudivorisme-jai-mene-lenquete/
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Sources végétales de fer
Ça, c’est typiquement le genre de visuel qu’on voit fleurir sur les groupes dédiés au végétarisme… C’est visuellement impactant, et on serait tenté-e-s de partager l’info. Sauf que… y a rien qui va là dedans !
#dietetique #flexitarisme #nutrition #vegetalisme #vegetarisme
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Le crudivorisme
Si vous vous intéressez de près ou même de loin aux pseudo-médecines, vous avez sans doute déjà été confronté-e à la promotion du crudivorisme. Certaines personnes, des naturopathes pour la plupart, défendent en effet l’idée qu’il serait bénéfique et naturel d’avoir une alimentation complètement crue. On peut lire par exemple que cela protégerait des cancers, que cela soignerait le diabète, ou bien encore que cela renforcerait l’immunité. Mais qu’en est-il réellement ?
#dietetique #naturopathie #nutrition #pseudo-medecines #vegetalisme
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Se former aux alimentations végétariennes
Dans une précédente vidéo, j’ai évoqué le manque de connaissance des diététicien-ne-s au sujet des alimentations végétales… Ce qu’il en ressortait, en gros, c’est que notre formation initiale en diététique est vraiment insuffisante si l’on veut accompagner au mieux notre patientèle flexitarienne, végétarienne ou végétalienne. Et comme cela représente une part grandissante de la population, surtout chez les jeunes, il me paraît judicieux d’être bien formé-e.
C’est la raison pour laquelle je voulais vous parler d’une formation toute récente que je viens de terminer. C’est une formation accessible aux professionnel-le-s de la diététique et aux médecins qui veulent parfaire leur connaissance des alimentations à dominante végétale. Elle est facile d’accès car elle est dispensée en distanciel, dans le cadre des formations en e-learning du CFDC, Centre de Formation Diététique et Comportement. Ce qui signifie que vous pouvez la suivre tranquillement installé-e chez vous, à votre rythme, quand vous voulez et quand vous pouvez.
Cette formation a principalement été réalisée par Virginie Bach, diététicienne membre du conseil scientifique de l’ONAV, l’Observatoire National des Alimentations Végétales. Et clairement, on sent qu’il y a eu un travail monstrueux pour préparer cette formation ! Toutes les données sont sourcées, et à la fin de chaque séquence on peut retrouver les publications scientifiques qui servent de fondement à la formation, dans le cas où on voudrait aller les lire ensuite. D’ailleurs une petite partie de la formation est dédiée à la compréhension des études sur la nutrition, ce qui est un vrai « plus » !
Un point très positif, c’est que Virginie est précautionneuse et prudente dans ses affirmations, et elle sait faire preuve de nuances pour aborder la complexité et la diversité des alimentations à dominante végétale. On est bien loin des clichés et des dogmes, là on est vraiment dans une approche méthodique et scientifique de la nutrition.
Et la formation est très complète ! Les nutriments clés sont longuement détaillés, avec une attention toute particulière portée à la vitamine B12 bien évidemment, mais aussi, entre autres, aux protéines, aux acides gras, au fer et au calcium. Dans une autre longue partie, les spécificités liées aux nourrissons, aux enfants, aux personnes enceintes et allaitantes et aux personnes âgées sont également abordées, avec plusieurs cas cliniques. Virginie n’oublie pas de faire aussi un point sur les liens entre alimentation végé et santé, notamment en parlant du diabète, des cancers, des maladies inflammatoires chroniques des intestins et des maladies cardio-vasculaires, avec un focus spécifique sur le syndrome de l’intestin irritable et le régime FODMAPs. Dans une autre partie, il est aussi question des mythes autour de l’alimentation « naturelle », et Virginie profite de ce sujet pour aborder la question des aliments transformés, et plus précisément des simili viandes, simili poissons ou simili fromages. Et la formation se termine sur une partie très pratique, qui passe en revue les incontournables des alimentations végé, en faisant notamment un focus sur le soja et les mythes qui l’entourent.
Il y a même une courte partie très pertinente sur les liens entre alimentation végétale et troubles du comportement alimentaire, cette partie n’étant pas réalisée par Virginie mais par le directeur du centre de formation lui-même, Florian Saffer.
Et pour s’assurer que l’on a bien compris et vérifier ce que l’on a retenu, il y a après chaque séquence un petit quiz qu’il faut réussir pour passer à la séquence suivante.
Au total, il y a pas moins de 13h de cours à visionner ! A mon sens il manque juste une toute petite partie sur les populations sportives, et là ça serait parfaitement parfait !
Vous l’aurez compris, je vous recommande vivement cette formation. Elle m’a passionné autant dans la théorie que dans sa dimension pratique, et je ne doute pas qu’elle vous passionnera également !
Au passage, j’en profite pour formuler un grand merci à Virginie Bach qui a travaillé d’arrache-pied pour réaliser le gros de cette formation, au CFDC qui lui a fait confiance pour mener ce travail. Si ça vous intéresse d’en savoir plus sur cette formation, c’est par ici :
Formation « Alimentations végétariennes, accompagnement diététique optimisé : du flexitarisme au végétalisme / Des données scientifiques à la pratique » dispensée par le Centre de Formation Diététique et Comportement, par Virginie Bach et Florian Saffer : (edit au 24/02/2025 – la formation n’est plus hébergée par le CFDC mais est désormais accessible directement ici https://virginiebach.fr/formations/, avec une mise à jour récente)
#Diététique #Flexitarisme #Nutrition #Végétalisme #Végétarisme
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Alimentations végétales : quelles sont les connaissances des professionnel-le-s de la diététique ?
Les personnes végétariennes représentent une part croissante de la population française : d’après une enquête récente, 2,2 % des adultes déclarent avoir adopté un régime sans viande, c’est-à-dire pescetarien, végétarien ou végétalien (voir note 1 – dont environ 0,5 % de végétaliens). La diminution de la consommation de viande et de poisson touche également un quart des français-e-s interrogé-e-s, qui se déclarent flexitarien-ne-s. Par ailleurs, le marché des alternatives végétales à la viande et aux produits laitiers connaît une croissance très importante, ces produits devenant peu à peu des aliments de consommation courante (voir note 2).
Quelles que soient les motivations de ces choix (éthique animale, enjeux écologiques, raisons de santé, croyances religieuses…), ces régimes alimentaires sont de plus en plus adoptés. Ils restent cependant encore peu abordés dans les cursus de formation en diététique, notamment du fait que le Programme National Nutrition Santé (PNNS) ne les aborde que de manière très superficielle.
Si dans le cadre de l’un de mes stages de BTS diététique, j’ai été amenée à consulter plusieurs études soulignant la méconnaissance des médecins au sujet de ces alimentations, je n’ai par contre pas trouvé d’étude sur la perception de ces alimentations par les professionnel-le-s de la diététique. Il m’a donc paru pertinent de réaliser mon étude personnelle de BTS autour de la question suivante : quelle est la perception que les diététicien-ne-s ont des alimentations végétales ?
Pour répondre à cette interrogation, j’ai dans un premier temps élaboré un questionnaire destiné aux diététicien-ne-s exerçant en France après l’obtention du BTS diététique. J’ai volontairement mis de côté les personnes exerçant après obtention d’un DUT, puisque les enseignements ne sont pas tout à fait identiques, et que je voulais avoir un aperçu sur la base du cursus de formation le plus courant.
Pour rédiger les questions, je me suis notamment inspirée des études menées en thèse de médecine générale par les Dr Defer et Passelergue (voir note 3). J’ai souhaité réaliser un questionnaire suffisamment court (10 questions) pour faciliter l’adhésion des participant-e-s et obtenir un maximum de réponses complètes. L’objectif de ce questionnaire était d’évaluer les connaissances que les diététicien-ne-s ont des alimentations végétales (végétarisme et végétalisme) à travers leur aptitude à les définir, leurs connaissances sur les risques de carences, et les examens complémentaires spécifiques qu’iels suggèrent à leur patientèle végé.
J’ai ensuite diffusé ce questionnaire à plusieurs reprises sur des groupes de diététicien-ne-s sur les réseaux sociaux. Le choix d’un questionnaire diffusé de cette manière expose à un possible biais de sélection, voire de confirmation : les diététicien-ne-s ayant une alimentation végétale sont plus susceptibles de répondre à l’enquête, et ont potentiellement plus de connaissances à ce sujet. Afin de limiter autant que possible ce biais de sélection, j’ai choisi d’ajouter une question sur le régime alimentaire des répondant-e-s, afin d’analyser les résultats à la lumière de cette information.
Dans l’objectif de faciliter le traitement (anonyme) des résultats et de limiter le biais méthodologique qui serait induit par une mauvaise formulation de questions, le questionnaire reposait majoritairement sur des questions fermées à choix multiple.
Analyse des données recueillies
Avec un total de 85 réponses (dont 82 exploitables), les résultats de cette étude n’ont pas du tout la prétention d’être représentatifs. Ils permettent cependant de proposer un état des lieux de la perception que les diététiciennes qui ont répondu ont des alimentations végétales.
La majorité des personnes ayant répondu étant des femmes, je parlerai désormais de « diététiciennes » et de « répondantes » pour parler d’elles. Parmi les répondantes, 84 % déclarent avoir des personnes végé dans leur entourage et/ou leur patientèle, 11 % déclarent avoir une alimentation végétarienne ou végétalienne, et 51 % se disent flexitariennes. C’est bien au-delà des pourcentages que l’on retrouve dans la population générale. Il est donc plus que nécessaire d’étudier les résultats du questionnaire en prenant en considération ces spécificités.
Si toutes les répondantes définissent plutôt bien les composantes d’une alimentation végétalienne, il existe de grandes disparités au sujet de l’alimentation végétarienne, pour laquelle seuls 60 % des répondantes non végé donnent une définition correcte.
Près de 30 % des répondantes non végé pensent en effet que le poisson est un aliment végétarien, et 8 % ignorent que les œufs entrent dans la composition d’une alimentation végétarienne. Seule 1 répondante qui qualifie son alimentation de végétarienne estime par contre que le poisson est un aliment végétarien.
Si les répondantes végé définissent plus justement les alimentations végétales que les autres, elles n’ont pas une meilleure connaissances des risques avérés de carences pour les alimentations végétales. Le risque de carences en protéines, en fer et en calcium est largement surestimé (particulièrement par les répondantes non végé). Le risque de carence en vitamine B12 pour les personnes végétariennes ou végétaliennes est par contre clairement sous-évalué, ainsi que le risque de carence en iode et en acide gras essentiels pour les personnes végétaliennes (voir note 4). On note par ailleurs une étonnante crainte de carence en vitamine B9 pour les personnes végétaliennes (27 % des répondantes non végé), alors que les principales sources alimentaires (hormis le foie) sont végétales…
Cette tendance à surestimer les risques de carences en fer se retrouve dans les recommandations de bilans biologiques : 49 % des répondantes recommanderaient un bilan martial à leur patientèle végé.
De manière surprenante par contre, bien que la majorité d’entre elles ait conscience d’un risque avéré de carence en vitamine B12, seuls 46 % des répondantes orienteraient leur patientèle végé vers un dosage de la vitamine B12.
Les craintes de carences sont cependant telles que 12 % des répondantes orienteraient leur patientèle végé vers la mise en place d’un bilan sanguin complet régulier, et 6 % vers une albuminémie (donc avec un présupposé de dénutrition et la volonté de déterminer la sévérité de l’état de dénutrition).
Cette difficulté à définir correctement les alimentations végétales et à prendre en considération les risques avérés de carences qui en découlent (sans les sur ou sous-estimer) peut être mise en regard avec le fait que 54 % des répondant-e-s déclarent que leur principale source de connaissances sur les alimentions végétales réside dans diverses lectures et recherches personnelles.
Seuls 33 % des répondantes estiment que leurs connaissance à ce sujet émanent des enseignements du BTS diététique, dont plusieurs indiquent qu’ils sont insuffisants.
Ce qui justifie que 13 % des répondantes aient sollicité une formation ultérieure sur les alimentations végétales (en dehors du circuit de l’Éducation Nationale, en l’occurrence une formation d’une journée de l’AFDN – Association Française des Diététiciens Nutritionnistes, ou de 2 jours avec une diététicienne indépendante). Les sources de connaissances des répondantes sur les alimentations végétales sont donc variées, mais surtout de qualité variable et incertaine.
On peut également noter que les répondantes semblent particulièrement confiantes en leurs connaissances sur les sujets abordés, puisque sur les 246 opportunités offertes de cocher la réponse « je ne sais pas » (3 questions pour chacun des 82 répondantes), cela n’a été fait que 10 fois, et exclusivement sur le sujet des bilans biologiques. Ce qui ne semble pas anormal eu égard au fait que les deux tiers des répondantes ont obtenu leur diplôme récemment (depuis moins de 5 ans).
Mais si l’on met en regard la quasi-absence de réponse « je ne sais pas » avec la proportion importante de réponses erronées, on peut imaginer que les répondantes font preuve d’une confiance excessive en leurs connaissances. Ce qui n’est pas sans rappeler l’effet Dunning-Kruger (autrement nommé effet de sur-confiance – voir note 5), selon lequel les personnes les moins qualifiées dans un domaine auraient tendance à sur-estimer leur compétence…
Je citais tout à l’heure les travaux de thèse des Dr Passelergue et Defer : ceux-ci concluent que les craintes des médecins généralistes concernant les régimes végétarien ou végétalien et leurs potentiels risques ne semblent pas fondées sur la littérature, mais bien sur une représentation personnelle ou sociale associée à un manque de formation concernant ces sujets. Il semble en être de même pour les diététiciennes, répondantes qu’elles soient elles-mêmes végétariennes/végétaliennes ou pas.
Limites de cette étude personnelle
Si l’analyse des résultats permet de mettre en évidence une perception biaisée des alimentations végétales par les diététiciennes répondantes, elle ne permet par contre pas d’en mesurer les conséquences sur la prise en charge nutritionnelle de la patientèle concernée, ni sur la qualité de la relation entre les diététiciennes et la patientèle végé.
Les travaux réalisés par le Dr Demange (voir note 6) ont par exemple révélé qu’un attitude perçue comme négative vis à vis du végétarisme de la part du médecin, ou bien la recommandation de consommer des produits carnés à des patient-e-s végétarien-ne-s, pouvaient avoir pour conséquence de dégrader la relation entre le médecin et sa patientèle, notamment en favorisant :
- les non-dits (un-e patient-e végé sur trois hésite à parler de ses symptômes à son médecin, de peur qu’il soit relié à son végétarisme),
- la non observance des conseils ou prescriptions (40% des patient-e-s végé ont déjà arrêté un traitement prescrit, dont près de 30% car il contenait des produits d’origine animale)
- et un recours accru à l’automédication et à des « médecines » dites alternatives ou complémentaires (naturopathie, médecine traditionnelle chinoise, homéopathie etc).
Il serait donc particulièrement pertinent d’étudier si la perception biaisée que les diététicien-ne-s ont des alimentations végétales a des conséquences équivalentes sur une patientèle végé. C’est en tout cas une conséquence à redouter et à prendre en considération, afin de garantir une prise en charge nutritionnelle convenable et le maintien dans le circuit médical pour cette part grandissante de la population française.
Propositions et ressources fiables
Au regard de ces éléments il me semble opportun de souhaiter une meilleure formation des professionnel-le-s de la diététique sur les alimentations végétales, à travers notamment une meilleure prise en considération de ces alimentations dans le PNNS et dans les programmes d’enseignement du BTS diététique.
Il semblerait également pertinent de prévoir des enseignements en lien avec les méthodes de recherche et les niveaux de preuve, afin que les diététicien-ne-s en exercice puissent efficacement maintenir à jour leurs connaissances, en se référant aux publications scientifiques en lien avec la nutrition. Dans cette logique, une initiation à l’esprit critique permettrait de conférer plus de rigueur aux diététicien-ne-s, en leur permettant de repérer les arguments fallacieux, biais cognitifs et sophismes qui sous-tendent les préjugés qui alimentent une perception des alimentations végétales éloignée des réalités scientifiques.
Afin de contribuer modestement à cet élan, j’ai élaboré une fiche synthétique que j’ai adressée aux répondantes du questionnaire qui m’ont laissé une adresse mail. J’ai pris le temps d’y préciser quelques précautions importantes pour évaluer la validité des ressources au sujet des alimentations végétales. Il me paraît judicieux de les partager ici également, car de nombreux préjugés et idées fausses circulent encore sur les alimentations végétales.
Pour lutter contre cette désinformation, méfiez vous des données sur les alimentations végétales que vous serez amenées à croiser dans le cadre de vos lectures et recherches personnelles – et tout particulièrement lorsque ces données :
- ne sont pas sourcées ;
- ne sont pas basées sur des publications scientifiques publiées dans des revues à comité de lecture (review, méta-analyses, études de cohorte etc.) ;
- émanent de personnes qui ne sont pas professionnel-le-s de santé ;
- en appellent à la tradition, au bon sens et/ou à l’ancienneté d’une pratique alimentaire pour en justifier les bienfaits (arguments fallacieux) ;
- promeuvent les pseudo-médecines (naturopathie, micro-nutrition, hygiénisme, frugivorisme…) ;
- insistent sur la dimension « naturelle » et/ou « thérapeutique » de l’alimentation ;
- occultent ou nient la nécessaire complémentation en vitamine B12 pour les personnes flexitariennes, végétariennes et végétaliennes.
Pour compléter et/ou mettre à jour vos connaissances des alimentations végétales, je vous suggère quelques ressources francophones fiables, publiées par des professionnel-le-s de santé ayant une expertise spécifique à ce sujet, et basées sur la littérature scientifique :
- En premier lieu, les incontournables publications de l’Observatoire National de l’Alimentation Végétale que vous trouverez en ligne sur leur site www.lonav.fr ;
- Mais aussi le contenu du site www.vegeclic.com , outil en ligne d’aide à la prise en charge nutritionnelle des patient-e-s végé ;
- Le contenu des sites d’information sur l’alimentation végétale www.jemangevegetal.fr et www.sante-vegane.fr, qui sont à destination du grand public ;
- Et pour vous former, rien de tel que ce tout nouveau diplôme universitaire sur les alimentations végétariennes, dispensé en distanciel par l’université de la Sorbonne : https://fc.sorbonne-universite.fr/nos-offres/du-alimentations-vegetariennes/
Ajout octobre 2022 : une toute nouvelle formation vient de voir le jour au sein du Centre de Formation Diététique et Comportement (edit au 24/02/2025 – la formation n’est plus hébergée par le CFDC mais est désormais accessible directement ici https://virginiebach.fr/formations/, avec une mise à jour récente),
Je place également beaucoup d’espoir dans l’ouvrage à paraître le mois prochain qui s’intitule « La meilleure façon de manger végétal », fruit du travail collaboratif de Léa Lebrun et Fabien Badariotti. Mais je vous en dirai plus quand j’aurai pu le lire et me faire un avis à son sujet (je l’ai déjà pré-commandé…).
J’ajoute également ici des ressources spécifiques à la restauration collective :
- Le livret de recettes végétariennes publié par le CNRC (conseil national de la restauration collective) : https://agriculture.gouv.fr/experimentation-du-menu-vegetarien-en-restauration-scolaire-des-recettes-pour-accompagner-les
- Le lien vers l’association « Assiettes végétales », qui fait un travail formidable auprès des professionnel-le-s de la restauration collective : https://assiettesvegetales.org/
- Ainsi qu’une publication de l’ANSES sur l’expérimentation des repas végétariens dans les cantines scolaires : https://www.anses.fr/fr/content/menu-vegetarien-hebdomadaire-lecole-lanses-en-appui-lexperimentation
Il y a encore un long chemin à parcourir pour que les professionnel-le-s de la diététique aient une perception convenable des alimentations végétales, mais on ne peut désormais plus dire que les ressources ne sont pas accessibles, et c’est déjà un grand pas en avant !
1- Étude réalisée par l’IFOP pour FranceAgriMer en 2021.
2- Good Food Institute, 2020 State of the Industry Report, Plant-based meat, eggs and dairy, 2021.
3- Defer N., État des connaissances des médecins généralistes de France métropolitaine concernant les patients suivant un régime d’exclusion en soins primaires, thèse de médecine générale, Université de Lille, 2017.
Passelergue L., Caractéristiques des connaissances sur l’équilibre nutritionnel des personnes végétariennes ou végétaliennes chez les médecins généralistes normands, thèse de médecine générale, Université de Caen Normandie, 2018.
4- Neufingerl N., Eilander A., Nutrient intake and status in adults consuming plant-based diets compared to meat-eaters: a systematic review, Nutrients 2022, 14(1), 29
5 – Sur l’effet Dunning-Kruger : https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Dunning-Kruger
6 – Demange S., La relation médecin-patient au regard du végétarisme, thèse de médecine générale, Université Jean-Monnet, Saint-Étienne, 2017.
S’il vous est plus agréable d’écouter ou de regarder une vidéo plutôt que de lire cet article, retrouvez son contenu en ligne sur l’une de mes chaînes :
- Sur YouTube : https://youtu.be/0CrdNPE8OZM
- Sur PeerTube : https://tube.kher.nl/w/d4RVJBWKVY5794736BYfjQ
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