#musiqueamericaine — Public Fediverse posts
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Hills of Belgium nous ont rejoint, merci à eux!
Deux voix, un #violon et un #banjo : Hills of Belgium touche droit au cœur. Nourris par la #musiqueaméricaine, Lorcan Fahy et Jérémie Fraboni en explorent les racines pour les intégrer à leur propre langage. Né à la table d’un vieux bistrot bruxellois, le duo crée et transforme une musique folk vulnérable et vivante qui se réinvente à chaque note.
#socialband #arts #culture
https://socialband.eu/@hillsofbelgium -
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Philippa Schuyler, un astre musical au destin tragique
La musique classique regorge de talents phénoménaux, souvent restés dans l’ombre pour des raisons historiques, sociales ou culturelles. Parmi les étoiles de la musique au XXe siècle, il y a Philippa Schuyler, une compositrice, pianiste et journaliste dont le parcours exceptionnel et atypique mérite d’être redécouvert et célébré.
Une enfant prodige et star
Philippa Duke Schuyler naît le 2 août 1931 à Harlem, New York, fille de George Schuyler, un journaliste afro-américain, et de Josephine Cogdell, une écrivaine blanche américaine. Elle reçoit une éducation qu’on considérerait de nos jours comme maltraitante : « L’éducation de Philippa a suivi les recommandations du psychologue comportemental John B. Watson, selon lesquelles un enfant ne devrait jamais être étreint ou embrassé, et les journaux de sa mère contiennent de nombreuses références aux coups, aux fouets et aux gifles. Watson a également recommandé aux parents de parler franchement de sexualité à leurs enfants dès le plus jeune âge. » (Source : On an Overgrown Path, 1er août 2011)
Jody Schuyler était convaincue que « l’intelligence de Philippa devait faire tomber les barrières raciales en Amérique. Au lieu de cela, comme le raconte Kathryn Talalay [dans sa biographie de Philippa Schuyler], les barrières raciales et une mère manipulatrice et exigeante ont brisé Philippa. » (Phyllis Rose, The New York Times, 1995)
Encouragée par ses parents, elle commence à jouer du piano à l’âge de deux ans et compose ses premières œuvres à l’âge cinq ans. Elle n’a que 4 ans, quand elle se produit en public pour la première fois. Elle reçoit des cours privés de la part de nombreux·ses tuteurs·rices, dont Antonia Brico, la première cheffe d’orchestre à diriger le Philharmonique de Berlin et le New York Philharmonic Orchestra.
À l’âge de huit ans, Philippa Schuyler participe à l’exposition universelle de New-York. C’est une vraie star : « Dès l’âge de 8 ans, Philippa donne des concerts sans relâche. Elle est la coqueluche de la presse noire et blanche et un modèle pour les communautés noires de toute l’Amérique. » (Phyllis Rose, The New York Times, 1995) Elle compose déjà des œuvres d’une grande complexité. À tel point qu’en 1942, son talent exceptionnel faisant l’unanimité, elle devient la plus jeune membre de l’Association des Compositeurs et Chefs d’orchestre Américains.
Philippa Schuyler, 1959
© U.S. Library of CongressAdolescente, l’intérêt pour cette enfant prodige s’étiole, et Philippa Schuyler fait pour la première l’expérience du racisme, dont elle avait été préservée pendant son enfance. Elle commence donc à se concentrer davantage sur la composition.
Comme concertiste, elle effectue des tournées à travers les États-Unis, se produisant dans des salles réputées telles que le Carnegie Hall à New York et obtenant des critiques élogieuses. Son répertoire est large, comprenant des œuvres de maîtres européens comme Bach et Saint Saëns ainsi que ses propres compositions.
https://www.youtube.com/watch?v=z2jRyBbpAh0
Engagement pour les Droits Civiques
Malgré son talent évident et ses débuts fulgurants, la carrière de Philippa Schuyler n’est pas exempte de difficultés. Comme beaucoup d’artistes afro-descendant·es et de femmes de son temps, elle doit affronter des préjugés raciaux et sexistes.
Dans les années 1950, Schuyler entreprend des tournées internationales, notamment en Amérique latine, en Afrique et en Asie, où elle est généralement mieux reçue que dans son propre pays. Sa décision de se produire à l’étranger est également motivée par une quête de reconnaissance et d’affirmation de son identité.
À cette période, tout comme son père, qui penche politiquement désormais vers la droite, Philippa Schuyler a une vision coloniale de l’Afrique, qu’elle exprime dans ses écrits : « Plus tard, elle crut que seule l’Église catholique romaine pouvait sauver l’Afrique et écrivit un livre sur les missionnaires catholiques, Jungle Saints (1963). » (Phyllis Rose, The New York Times, 1995)
En 1966, elle visite le Sud-Vietnam pour soutenir les soldats américains blessés au combat. Paradoxalement, malgré son soutien à cette guerre impérialiste, elle continue de s’opposer au racisme, son voyage lui inspirant un roman, Dau Tranh!, qui aborde les dilemmes raciaux.
La vie de Philippa Schuyler se termine tragiquement le 9 mai 1967, à seulement 35 ans, lors d’une mission humanitaire au Vietnam.
https://www.youtube.com/watch?v=ouoYc1vbPRk
Une musique à la croisée des cultures
Le style musical de Schuyler est marqué par une fusion des traditions musicales américaines et européennes avec des inspirations de musiques populaires tantôt européennes, tantôt d’Afrique sub-sahariennes, tantôt d’Egypte, avec une sensibilité unique issue de son héritage métissé. Ses œuvres révèlent une maîtrise approfondie de la forme musicale classique tout en intégrant des influences variées, notamment le gospel et des motifs rythmiques africains.
Dans Carnival in Languedoc, Schuyler s’inspire de mélodies françaises pour raconter une histoire d’amours malheureuses. « Schuyler incorpore des variations sur trois chansons populaires françaises du XVIIe siècle qui commencent simplement et deviennent de plus en plus virtuoses, avec des chorals, des contrepoints, une valse et d’autres arrangements. » (Sarah Masterson, Travelogue: Philippa Schuyler’s music for piano)
https://www.youtube.com/watch?v=gZvQvYujwrA&list=PLaK6PgrlC-g9QLy5mq8QnJMxQkR7AJzp7&index=11
Uganda Martyrs (1964) est une pièce inspirée par l’oratorio Uganda Martyrs African Oratorio de Joseph Kyagambiddwa, composé à l’occasion de la canonisation des martyrs chrétiens de l’Ouganda. Bien plus d’une transcription, c’est œuvre personnel de Schuyler. « Bien qu’une véritable transcription ait pu exister à un moment donné, Uganda Martyrs transforme complètement l’oratorio de Kyagambiddwa. Les mélodies apparaissent dans le désordre, et plusieurs des vingt-deux mouvements sont entièrement omis. De plus, les mélodies qui apparaissent sont fragmentées, modifiées rythmiquement et manipulées de diverses manières. Schuyler s’écarte également de manière significative du style musical traditionnel du Kiganda, qui consiste en une seule ligne ou en un appel et une réponse, avec des chorals, des contrepoints et une superposition de motifs. »
https://www.youtube.com/watch?v=BcY63388s04
Seven Pillards of Wisdom est une suite pour piano solo inspirée par le célèbre livre de T.E. Lawrence, le célèbre « Lawrence d’Arabie ». C’est une œuvre complexe et évocatrice qui révèle l’étendue du talent de Schuyler. Composée en neuf mouvements avec un prologue et un épilogue, l’œuvre raconte des épisodes de l’épopée de Lawrence. « Elle est programmatique et pittoresque, parfois chargée et motorique, facilement imaginable comme une musique de film, et probablement redevable à Bartok avec des impulsions rythmiques ponctuées d’accords fracassants. Inspirée par les écrits de Lawrence, l’œuvre est un reflet musical de nombreux épisodes du livre du même titre de Lawrence. » (Source : Earrelevant)
https://www.youtube.com/watch?v=Vi1LLZPSBzY
Conclusion
Philippa Schuyler fut une figure aussi atypique et complexe que fascinante dans le monde de la musique classique au XXe siècle. En tant que compositrice et pianiste, en tant que femme et métisse, elle a bravé des obstacles considérables et nous a laissé un héritage musical et culturel significatif malgré sa disparition prématurée. Dans un monde où les voix des compositrices oubliées et des artistes issus des minorités ethniques obtiennent de plus en plus l’attention qu’elles méritent, il est temps que le talent et la voix unique de Philippa Schuyler soient enfin reconnus à leur juste valeur.
https://www.youtube.com/watch?v=5qbVebxOrEc
#CompositeursAfroDescendants #Compositrices #Musiqueaméricaine
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Philippa Schuyler, un astre musical au destin tragique
La musique classique regorge de talents phénoménaux, souvent restés dans l’ombre pour des raisons historiques, sociales ou culturelles. Parmi les étoiles de la musique au XXe siècle, il y a Philippa Schuyler, une compositrice, pianiste et journaliste dont le parcours exceptionnel et atypique mérite d’être redécouvert et célébré.
Une enfant prodige et star
Philippa Duke Schuyler naît le 2 août 1931 à Harlem, New York, fille de George Schuyler, un journaliste afro-américain, et de Josephine Cogdell, une écrivaine blanche américaine. Elle reçoit une éducation qu’on considérerait de nos jours comme maltraitante : « L’éducation de Philippa a suivi les recommandations du psychologue comportemental John B. Watson, selon lesquelles un enfant ne devrait jamais être étreint ou embrassé, et les journaux de sa mère contiennent de nombreuses références aux coups, aux fouets et aux gifles. Watson a également recommandé aux parents de parler franchement de sexualité à leurs enfants dès le plus jeune âge. » (Source : On an Overgrown Path, 1er août 2011)
Jody Schuyler était convaincue que « l’intelligence de Philippa devait faire tomber les barrières raciales en Amérique. Au lieu de cela, comme le raconte Kathryn Talalay [dans sa biographie de Philippa Schuyler], les barrières raciales et une mère manipulatrice et exigeante ont brisé Philippa. » (Phyllis Rose, The New York Times, 1995)
Encouragée par ses parents, elle commence à jouer du piano à l’âge de deux ans et compose ses premières œuvres à l’âge cinq ans. Elle n’a que 4 ans, quand elle se produit en public pour la première fois. Elle reçoit des cours privés de la part de nombreux·ses tuteurs·rices, dont Antonia Brico, la première cheffe d’orchestre à diriger le Philharmonique de Berlin et le New York Philharmonic Orchestra.
À l’âge de huit ans, Philippa Schuyler participe à l’exposition universelle de New-York. C’est une vraie star : « Dès l’âge de 8 ans, Philippa donne des concerts sans relâche. Elle est la coqueluche de la presse noire et blanche et un modèle pour les communautés noires de toute l’Amérique. » (Phyllis Rose, The New York Times, 1995) Elle compose déjà des œuvres d’une grande complexité. À tel point qu’en 1942, son talent exceptionnel faisant l’unanimité, elle devient la plus jeune membre de l’Association des Compositeurs et Chefs d’orchestre Américains.
Philippa Schuyler, 1959
© U.S. Library of CongressAdolescente, l’intérêt pour cette enfant prodige s’étiole, et Philippa Schuyler fait pour la première l’expérience du racisme, dont elle avait été préservée pendant son enfance. Elle commence donc à se concentrer davantage sur la composition.
Comme concertiste, elle effectue des tournées à travers les États-Unis, se produisant dans des salles réputées telles que le Carnegie Hall à New York et obtenant des critiques élogieuses. Son répertoire est large, comprenant des œuvres de maîtres européens comme Bach et Saint Saëns ainsi que ses propres compositions.
https://www.youtube.com/watch?v=z2jRyBbpAh0
Engagement pour les Droits Civiques
Malgré son talent évident et ses débuts fulgurants, la carrière de Philippa Schuyler n’est pas exempte de difficultés. Comme beaucoup d’artistes afro-descendant·es et de femmes de son temps, elle doit affronter des préjugés raciaux et sexistes.
Dans les années 1950, Schuyler entreprend des tournées internationales, notamment en Amérique latine, en Afrique et en Asie, où elle est généralement mieux reçue que dans son propre pays. Sa décision de se produire à l’étranger est également motivée par une quête de reconnaissance et d’affirmation de son identité.
À cette période, tout comme son père, qui penche politiquement désormais vers la droite, Philippa Schuyler a une vision coloniale de l’Afrique, qu’elle exprime dans ses écrits : « Plus tard, elle crut que seule l’Église catholique romaine pouvait sauver l’Afrique et écrivit un livre sur les missionnaires catholiques, Jungle Saints (1963). » (Phyllis Rose, The New York Times, 1995)
En 1966, elle visite le Sud-Vietnam pour soutenir les soldats américains blessés au combat. Paradoxalement, malgré son soutien à cette guerre impérialiste, elle continue de s’opposer au racisme, son voyage lui inspirant un roman, Dau Tranh!, qui aborde les dilemmes raciaux.
La vie de Philippa Schuyler se termine tragiquement le 9 mai 1967, à seulement 35 ans, lors d’une mission humanitaire au Vietnam.
https://www.youtube.com/watch?v=ouoYc1vbPRk
Une musique à la croisée des cultures
Le style musical de Schuyler est marqué par une fusion des traditions musicales américaines et européennes avec des inspirations de musiques populaires tantôt européennes, tantôt d’Afrique sub-sahariennes, tantôt d’Egypte, avec une sensibilité unique issue de son héritage métissé. Ses œuvres révèlent une maîtrise approfondie de la forme musicale classique tout en intégrant des influences variées, notamment le gospel et des motifs rythmiques africains.
Dans Carnival in Languedoc, Schuyler s’inspire de mélodies françaises pour raconter une histoire d’amours malheureuses. « Schuyler incorpore des variations sur trois chansons populaires françaises du XVIIe siècle qui commencent simplement et deviennent de plus en plus virtuoses, avec des chorals, des contrepoints, une valse et d’autres arrangements. » (Sarah Masterson, Travelogue: Philippa Schuyler’s music for piano)
https://www.youtube.com/watch?v=gZvQvYujwrA&list=PLaK6PgrlC-g9QLy5mq8QnJMxQkR7AJzp7&index=11
Uganda Martyrs (1964) est une pièce inspirée par l’oratorio Uganda Martyrs African Oratorio de Joseph Kyagambiddwa, composé à l’occasion de la canonisation des martyrs chrétiens de l’Ouganda. Bien plus d’une transcription, c’est œuvre personnel de Schuyler. « Bien qu’une véritable transcription ait pu exister à un moment donné, Uganda Martyrs transforme complètement l’oratorio de Kyagambiddwa. Les mélodies apparaissent dans le désordre, et plusieurs des vingt-deux mouvements sont entièrement omis. De plus, les mélodies qui apparaissent sont fragmentées, modifiées rythmiquement et manipulées de diverses manières. Schuyler s’écarte également de manière significative du style musical traditionnel du Kiganda, qui consiste en une seule ligne ou en un appel et une réponse, avec des chorals, des contrepoints et une superposition de motifs. »
https://www.youtube.com/watch?v=BcY63388s04
Seven Pillards of Wisdom est une suite pour piano solo inspirée par le célèbre livre de T.E. Lawrence, le célèbre « Lawrence d’Arabie ». C’est une œuvre complexe et évocatrice qui révèle l’étendue du talent de Schuyler. Composée en neuf mouvements avec un prologue et un épilogue, l’œuvre raconte des épisodes de l’épopée de Lawrence. « Elle est programmatique et pittoresque, parfois chargée et motorique, facilement imaginable comme une musique de film, et probablement redevable à Bartok avec des impulsions rythmiques ponctuées d’accords fracassants. Inspirée par les écrits de Lawrence, l’œuvre est un reflet musical de nombreux épisodes du livre du même titre de Lawrence. » (Source : Earrelevant)
https://www.youtube.com/watch?v=Vi1LLZPSBzY
Conclusion
Philippa Schuyler fut une figure aussi atypique et complexe que fascinante dans le monde de la musique classique au XXe siècle. En tant que compositrice et pianiste, en tant que femme et métisse, elle a bravé des obstacles considérables et nous a laissé un héritage musical et culturel significatif malgré sa disparition prématurée. Dans un monde où les voix des compositrices oubliées et des artistes issus des minorités ethniques obtiennent de plus en plus l’attention qu’elles méritent, il est temps que le talent et la voix unique de Philippa Schuyler soient enfin reconnus à leur juste valeur.
https://www.youtube.com/watch?v=5qbVebxOrEc
#CompositeursAfroDescendants #Compositrices #Musiqueaméricaine
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Philippa Schuyler, un astre musical au destin tragique
La musique classique regorge de talents phénoménaux, souvent restés dans l’ombre pour des raisons historiques, sociales ou culturelles. Parmi les étoiles de la musique au XXe siècle, il y a Philippa Schuyler, une compositrice, pianiste et journaliste dont le parcours exceptionnel et atypique mérite d’être redécouvert et célébré.
Une enfant prodige et star
Philippa Duke Schuyler naît le 2 août 1931 à Harlem, New York, fille de George Schuyler, un journaliste afro-américain, et de Josephine Cogdell, une écrivaine blanche américaine. Elle reçoit une éducation qu’on considérerait de nos jours comme maltraitante : « L’éducation de Philippa a suivi les recommandations du psychologue comportemental John B. Watson, selon lesquelles un enfant ne devrait jamais être étreint ou embrassé, et les journaux de sa mère contiennent de nombreuses références aux coups, aux fouets et aux gifles. Watson a également recommandé aux parents de parler franchement de sexualité à leurs enfants dès le plus jeune âge. » (Source : On an Overgrown Path, 1er août 2011)
Jody Schuyler était convaincue que « l’intelligence de Philippa devait faire tomber les barrières raciales en Amérique. Au lieu de cela, comme le raconte Kathryn Talalay [dans sa biographie de Philippa Schuyler], les barrières raciales et une mère manipulatrice et exigeante ont brisé Philippa. » (Phyllis Rose, The New York Times, 1995)
Encouragée par ses parents, elle commence à jouer du piano à l’âge de deux ans et compose ses premières œuvres à l’âge cinq ans. Elle n’a que 4 ans, quand elle se produit en public pour la première fois. Elle reçoit des cours privés de la part de nombreux·ses tuteurs·rices, dont Antonia Brico, la première cheffe d’orchestre à diriger le Philharmonique de Berlin et le New York Philharmonic Orchestra.
À l’âge de huit ans, Philippa Schuyler participe à l’exposition universelle de New-York. C’est une vraie star : « Dès l’âge de 8 ans, Philippa donne des concerts sans relâche. Elle est la coqueluche de la presse noire et blanche et un modèle pour les communautés noires de toute l’Amérique. » (Phyllis Rose, The New York Times, 1995) Elle compose déjà des œuvres d’une grande complexité. À tel point qu’en 1942, son talent exceptionnel faisant l’unanimité, elle devient la plus jeune membre de l’Association des Compositeurs et Chefs d’orchestre Américains.
Philippa Schuyler, 1959
© U.S. Library of CongressAdolescente, l’intérêt pour cette enfant prodige s’étiole, et Philippa Schuyler fait pour la première l’expérience du racisme, dont elle avait été préservée pendant son enfance. Elle commence donc à se concentrer davantage sur la composition.
Comme concertiste, elle effectue des tournées à travers les États-Unis, se produisant dans des salles réputées telles que le Carnegie Hall à New York et obtenant des critiques élogieuses. Son répertoire est large, comprenant des œuvres de maîtres européens comme Bach et Saint Saëns ainsi que ses propres compositions.
https://www.youtube.com/watch?v=z2jRyBbpAh0
Engagement pour les Droits Civiques
Malgré son talent évident et ses débuts fulgurants, la carrière de Philippa Schuyler n’est pas exempte de difficultés. Comme beaucoup d’artistes afro-descendant·es et de femmes de son temps, elle doit affronter des préjugés raciaux et sexistes.
Dans les années 1950, Schuyler entreprend des tournées internationales, notamment en Amérique latine, en Afrique et en Asie, où elle est généralement mieux reçue que dans son propre pays. Sa décision de se produire à l’étranger est également motivée par une quête de reconnaissance et d’affirmation de son identité.
À cette période, tout comme son père, qui penche politiquement désormais vers la droite, Philippa Schuyler a une vision coloniale de l’Afrique, qu’elle exprime dans ses écrits : « Plus tard, elle crut que seule l’Église catholique romaine pouvait sauver l’Afrique et écrivit un livre sur les missionnaires catholiques, Jungle Saints (1963). » (Phyllis Rose, The New York Times, 1995)
En 1966, elle visite le Sud-Vietnam pour soutenir les soldats américains blessés au combat. Paradoxalement, malgré son soutien à cette guerre impérialiste, elle continue de s’opposer au racisme, son voyage lui inspirant un roman, Dau Tranh!, qui aborde les dilemmes raciaux.
La vie de Philippa Schuyler se termine tragiquement le 9 mai 1967, à seulement 35 ans, lors d’une mission humanitaire au Vietnam.
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Une musique à la croisée des cultures
Le style musical de Schuyler est marqué par une fusion des traditions musicales américaines et européennes avec des inspirations de musiques populaires tantôt européennes, tantôt d’Afrique sub-sahariennes, tantôt d’Egypte, avec une sensibilité unique issue de son héritage métissé. Ses œuvres révèlent une maîtrise approfondie de la forme musicale classique tout en intégrant des influences variées, notamment le gospel et des motifs rythmiques africains.
Dans Carnival in Languedoc, Schuyler s’inspire de mélodies françaises pour raconter une histoire d’amours malheureuses. « Schuyler incorpore des variations sur trois chansons populaires françaises du XVIIe siècle qui commencent simplement et deviennent de plus en plus virtuoses, avec des chorals, des contrepoints, une valse et d’autres arrangements. » (Sarah Masterson, Travelogue: Philippa Schuyler’s music for piano)
https://www.youtube.com/watch?v=gZvQvYujwrA&list=PLaK6PgrlC-g9QLy5mq8QnJMxQkR7AJzp7&index=11
Uganda Martyrs (1964) est une pièce inspirée par l’oratorio Uganda Martyrs African Oratorio de Joseph Kyagambiddwa, composé à l’occasion de la canonisation des martyrs chrétiens de l’Ouganda. Bien plus d’une transcription, c’est œuvre personnel de Schuyler. « Bien qu’une véritable transcription ait pu exister à un moment donné, Uganda Martyrs transforme complètement l’oratorio de Kyagambiddwa. Les mélodies apparaissent dans le désordre, et plusieurs des vingt-deux mouvements sont entièrement omis. De plus, les mélodies qui apparaissent sont fragmentées, modifiées rythmiquement et manipulées de diverses manières. Schuyler s’écarte également de manière significative du style musical traditionnel du Kiganda, qui consiste en une seule ligne ou en un appel et une réponse, avec des chorals, des contrepoints et une superposition de motifs. »
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Seven Pillards of Wisdom est une suite pour piano solo inspirée par le célèbre livre de T.E. Lawrence, le célèbre « Lawrence d’Arabie ». C’est une œuvre complexe et évocatrice qui révèle l’étendue du talent de Schuyler. Composée en neuf mouvements avec un prologue et un épilogue, l’œuvre raconte des épisodes de l’épopée de Lawrence. « Elle est programmatique et pittoresque, parfois chargée et motorique, facilement imaginable comme une musique de film, et probablement redevable à Bartok avec des impulsions rythmiques ponctuées d’accords fracassants. Inspirée par les écrits de Lawrence, l’œuvre est un reflet musical de nombreux épisodes du livre du même titre de Lawrence. » (Source : Earrelevant)
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Philippa Schuyler fut une figure aussi atypique et complexe que fascinante dans le monde de la musique classique au XXe siècle. En tant que compositrice et pianiste, en tant que femme et métisse, elle a bravé des obstacles considérables et nous a laissé un héritage musical et culturel significatif malgré sa disparition prématurée. Dans un monde où les voix des compositrices oubliées et des artistes issus des minorités ethniques obtiennent de plus en plus l’attention qu’elles méritent, il est temps que le talent et la voix unique de Philippa Schuyler soient enfin reconnus à leur juste valeur.
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