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#GRK0040 #Anarchisme #Humanités #JosephDÉJACQUE
L'humanisphère [1899]
Joseph Déjacque (BnF, 2015)
iBouquin:https://mega.nz/file/oRgVTa5T#hogfksK-xYg_ZcImixHWcirmxrhAaUQned6hlvf_UEQ
Si t'as les moyens:
https://www.hachettebnf.fr/recherche/?s=L%27humanisph%25C3%25A8re%2520%28%25C3%2589d.1899%29Quelques mots d’avertissement:
Le but de notre Société des TEMPS NOUVEAUX est de publier tous les ouvrages qui ont en leur part d’influence dans le développement de l’idéal anarchique. À ce titre l’HUMANISPHÈRE de Dejacque est une des œuvres qui méritent le plus d’être placées dans notre bibliothèque.
En effet, Dejacque fut un anarchiste de la veille, un anarchiste avant le nom ; depuis les journées de juin, ou il combattit au rang des insurgés, et sans doute bien auparavant, quoiqu’il ne soit connu que dès cette époque, il ne cessa de protester par les paroles et par les actes contre la réaction bourgeoise ; il comprenait qu’une république ainsi dirigée devait fatalement aboutir au Coup d’État. Exile alors, non sans avoir connu les procès politiques, la prison, les persécutions de toute sorte, il continua dans les journaux anglais, belges, américains, à défendre les idées libertaires, n’hésitant pas à contredire, en d’ardentes polémiques, ses frères proscrits, Ledru-Rollin, Proudhon même, auquel il ne pardonnait pas d’exclure la femme de la cité anarchique.
Il était poète et ses vers, d’une âpre éloquence, n’avaient, comme sa prose, d’autre but que la propagande révolutionnaire à laquelle il consacrait tout le produit de son travail. Ce fut pendant les années 1858 et 1859 qu’il publia l’HUMANISPHÈRE « UTOPIE ANARCHISTE », dans le Libertaire, journal du Mouvement Social, qui paraissait à New-York, édité, rédigé, administré, expédié par le seul Dejacque. On y trouve de nombreux articles très intéressants de propagande et de principes, ainsi que de remarquables poésies empreintes d’un idéal élevé de justice et de liberté.
Le temps ne nous paraît pas encore être venu de publier l’HUMANISPHÈRE en son entier. L’édition actuelle présentera quelques omissions, par la raison très simple que certains passages risqueraient d’être faussement interprétés ; sans parler de ceux qui lisent avec le parti-pris de trouver dans les ouvrages le mal qu’ils y cherchent, tous les lecteurs n’ont pas cette belle philosophie qui permet de comprendre de très haut la pensée d’autrui, tout en gardant la sérénité de la sienne. Un jour viendra où l’œuvre de Dejacque sera librement publiée jusqu’à la dernière ligne.
UTOPIE : « Rêve non réalisé, mais non pas irréalisables ».
ANARCHIE : « Absence de gouvernement ».Présentation:
Ce livre n’est point une œuvre littéraire, c’est une œuvre INFERNALE, le cri d’un esclave rebelle.
Comme le mousse de la SALAMANDRE, ne pouvant, dans ma faiblesse individuelle, terrasser tout ce qui, sur le navire de l’ordre légal, me domine et me maltraite, – quand ma journée est faite dans l’atelier, quand mon quart est fini sur le pont, je descends nuitamment à fond de cale, je prends possession de mon coin solitaire ; et, là, des dents et des ongles, comme un rat dans l’ombre, je gratte et je ronge les parois vermoulues de la vieille société. Le jour, j’utilise encore mes heures de chômage, je m’arme d’une plume comme d’une vrille, je la trempe dans le fiel en guise de graisse, et, petit à petit, j’ouvre une voie chaque jour plus grande au flot novateur, je perfore sans relâche la carène de la Civilisation. Moi, infime prolétaire, à qui l’équipage, horde d’exploiteurs, inflige journellement le supplice de la misère aggravée des brutalités de l’exil ou de la prison, j’entrouvre l’abîme sous les pieds de mes meurtriers, et je passe le baume de la vengeance sur mes cicatrices toujours saignantes. J’ai l’œil sur mes maîtres. Je sais que chaque jour me rapproche du but ; qu’un formidable cri, – le sinistre SAUVE QUI PEUT ! – va bientôt retentir au plus fort de leur joyeuse ivresse. RAT-DE-CALE, je prépare leur naufrage ; ce naufrage peut seul mettre fin à mes maux comme aux maux de mes semblables. Vienne la révolution, les souffreteux n’ont-ils pas, pour biscuit, des idées en réserve, et, pour planche de salut, le socialisme !
Ce livre n’est point écrit avec de l’encre ; ses pages ne sont point des feuilles de papier.
Ce livre, c’est de l’acier tourné en in-8° et charge de fulminate d’idées. C’est un projectile autoricide que je jette à mille exemplaires sur le pavé des civilisés. Puissent ses éclats voler au loin et trouer mortellement les rangs des préjugés. Puisse la vieille société en craquer jusque dans ses fondements !
C’est qu’aujourd’hui, sachez-le, sous leur carcan de fer, sous leur superficielle torpeur, les multitudes sont composées de grains de poudre ; les fibres des penseurs en sont les capsules. Aussi, n’est-ce pas sans danger qu’on écrase la liberté sur le front des sombres foules. Imprudents réacteurs ! – Dieu est Dieu, dites-vous. Oui, mais Satan est Satan !… Les élus du veau-d’or sont peu nombreux, et l’enfer regorge de damnés. Aristocrates, il ne faut pas jouer avec le feu, le feu de l’enfer, entendez-vous !…
Ce livre n’est point un écrit, c’est un acte. Il n’a pas été tracé par la main gantée d’un fantaisiste ; il est pétri avec du cœur et de la logique, avec du sang et de la fièvre. C’est un cri d’insurrection, un coup de tocsin tinte avec le marteau de l’idée à l’oreille des passions populaires. C’est de plus un chant de victoire, une salve triomphale, la proclamation de la souveraineté individuelle, l’avènement de l’universelle liberté ; c’est l’amnistie pleine et entière des peines autoritaires du passé par décret anarchique de l’humanitaire Avenir.
Ce livre, c’est de la haine, c’est de l’amour !…==========
Joseph Déjacque
Né le 27 décembre 1821 à Paris, mort le 18 novembre 1865 à l’hôpital de Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) ; militant socialiste ; inventeur du néologisme « libertaire », considéré comme l’un des pères de l’anarchisme français.
[https://maitron.fr/spip.php?article154757] -
#GRK0040 #Anarchisme #Humanités #JosephDÉJACQUE
L'humanisphère [1899]
Joseph Déjacque (BnF, 2015)
iBouquin:https://mega.nz/file/oRgVTa5T#hogfksK-xYg_ZcImixHWcirmxrhAaUQned6hlvf_UEQ
Si t'as les moyens:
https://www.hachettebnf.fr/recherche/?s=L%27humanisph%25C3%25A8re%2520%28%25C3%2589d.1899%29Quelques mots d’avertissement:
Le but de notre Société des TEMPS NOUVEAUX est de publier tous les ouvrages qui ont en leur part d’influence dans le développement de l’idéal anarchique. À ce titre l’HUMANISPHÈRE de Dejacque est une des œuvres qui méritent le plus d’être placées dans notre bibliothèque.
En effet, Dejacque fut un anarchiste de la veille, un anarchiste avant le nom ; depuis les journées de juin, ou il combattit au rang des insurgés, et sans doute bien auparavant, quoiqu’il ne soit connu que dès cette époque, il ne cessa de protester par les paroles et par les actes contre la réaction bourgeoise ; il comprenait qu’une république ainsi dirigée devait fatalement aboutir au Coup d’État. Exile alors, non sans avoir connu les procès politiques, la prison, les persécutions de toute sorte, il continua dans les journaux anglais, belges, américains, à défendre les idées libertaires, n’hésitant pas à contredire, en d’ardentes polémiques, ses frères proscrits, Ledru-Rollin, Proudhon même, auquel il ne pardonnait pas d’exclure la femme de la cité anarchique.
Il était poète et ses vers, d’une âpre éloquence, n’avaient, comme sa prose, d’autre but que la propagande révolutionnaire à laquelle il consacrait tout le produit de son travail. Ce fut pendant les années 1858 et 1859 qu’il publia l’HUMANISPHÈRE « UTOPIE ANARCHISTE », dans le Libertaire, journal du Mouvement Social, qui paraissait à New-York, édité, rédigé, administré, expédié par le seul Dejacque. On y trouve de nombreux articles très intéressants de propagande et de principes, ainsi que de remarquables poésies empreintes d’un idéal élevé de justice et de liberté.
Le temps ne nous paraît pas encore être venu de publier l’HUMANISPHÈRE en son entier. L’édition actuelle présentera quelques omissions, par la raison très simple que certains passages risqueraient d’être faussement interprétés ; sans parler de ceux qui lisent avec le parti-pris de trouver dans les ouvrages le mal qu’ils y cherchent, tous les lecteurs n’ont pas cette belle philosophie qui permet de comprendre de très haut la pensée d’autrui, tout en gardant la sérénité de la sienne. Un jour viendra où l’œuvre de Dejacque sera librement publiée jusqu’à la dernière ligne.
UTOPIE : « Rêve non réalisé, mais non pas irréalisables ».
ANARCHIE : « Absence de gouvernement ».Présentation:
Ce livre n’est point une œuvre littéraire, c’est une œuvre INFERNALE, le cri d’un esclave rebelle.
Comme le mousse de la SALAMANDRE, ne pouvant, dans ma faiblesse individuelle, terrasser tout ce qui, sur le navire de l’ordre légal, me domine et me maltraite, – quand ma journée est faite dans l’atelier, quand mon quart est fini sur le pont, je descends nuitamment à fond de cale, je prends possession de mon coin solitaire ; et, là, des dents et des ongles, comme un rat dans l’ombre, je gratte et je ronge les parois vermoulues de la vieille société. Le jour, j’utilise encore mes heures de chômage, je m’arme d’une plume comme d’une vrille, je la trempe dans le fiel en guise de graisse, et, petit à petit, j’ouvre une voie chaque jour plus grande au flot novateur, je perfore sans relâche la carène de la Civilisation. Moi, infime prolétaire, à qui l’équipage, horde d’exploiteurs, inflige journellement le supplice de la misère aggravée des brutalités de l’exil ou de la prison, j’entrouvre l’abîme sous les pieds de mes meurtriers, et je passe le baume de la vengeance sur mes cicatrices toujours saignantes. J’ai l’œil sur mes maîtres. Je sais que chaque jour me rapproche du but ; qu’un formidable cri, – le sinistre SAUVE QUI PEUT ! – va bientôt retentir au plus fort de leur joyeuse ivresse. RAT-DE-CALE, je prépare leur naufrage ; ce naufrage peut seul mettre fin à mes maux comme aux maux de mes semblables. Vienne la révolution, les souffreteux n’ont-ils pas, pour biscuit, des idées en réserve, et, pour planche de salut, le socialisme !
Ce livre n’est point écrit avec de l’encre ; ses pages ne sont point des feuilles de papier.
Ce livre, c’est de l’acier tourné en in-8° et charge de fulminate d’idées. C’est un projectile autoricide que je jette à mille exemplaires sur le pavé des civilisés. Puissent ses éclats voler au loin et trouer mortellement les rangs des préjugés. Puisse la vieille société en craquer jusque dans ses fondements !
C’est qu’aujourd’hui, sachez-le, sous leur carcan de fer, sous leur superficielle torpeur, les multitudes sont composées de grains de poudre ; les fibres des penseurs en sont les capsules. Aussi, n’est-ce pas sans danger qu’on écrase la liberté sur le front des sombres foules. Imprudents réacteurs ! – Dieu est Dieu, dites-vous. Oui, mais Satan est Satan !… Les élus du veau-d’or sont peu nombreux, et l’enfer regorge de damnés. Aristocrates, il ne faut pas jouer avec le feu, le feu de l’enfer, entendez-vous !…
Ce livre n’est point un écrit, c’est un acte. Il n’a pas été tracé par la main gantée d’un fantaisiste ; il est pétri avec du cœur et de la logique, avec du sang et de la fièvre. C’est un cri d’insurrection, un coup de tocsin tinte avec le marteau de l’idée à l’oreille des passions populaires. C’est de plus un chant de victoire, une salve triomphale, la proclamation de la souveraineté individuelle, l’avènement de l’universelle liberté ; c’est l’amnistie pleine et entière des peines autoritaires du passé par décret anarchique de l’humanitaire Avenir.
Ce livre, c’est de la haine, c’est de l’amour !…==========
Joseph Déjacque
Né le 27 décembre 1821 à Paris, mort le 18 novembre 1865 à l’hôpital de Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) ; militant socialiste ; inventeur du néologisme « libertaire », considéré comme l’un des pères de l’anarchisme français.
[https://maitron.fr/spip.php?article154757]