Une jeune femme se déshabille à la fête d’anniversaire de son beau-frère.
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Munich de Steven Spielberg
Munich rappelle aux Européens les fameux « accords » de 1938, par lesquels on permet à Hitler d’annexer les Sudètes peuplée d’Allemands ethniques. Ce qui a pour conséquence d’accentuer la pente vers la guerre, avec la mainmise nazie sur les chars tchèques et la déconsidération de la diplomatie française et britannique. Les États-Unis, ignares en histoire qui ne les concerne pas directement, font de Munich le début de la revanche juive sur les Palestiniens. Tout le film est centré sur la réponse au massacre des 11 athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich en septembre 1972 par le commando de Septembre noir. Le titre du livre du journaliste canadien George Jonas dont s’est inspiré le film s’intitule en effet Vengeance.
En représailles, le Premier ministre israélien qui est alors une femme, Golda Meir (Lynn Cohen), établit une liste de terroristes à abattre, des assassinats ciblés sans le dire : l’opération Colère de Dieu. La pratique s’est depuis répandue officiellement et Israël n’hésite pas à revendiquer ces missions, comme si Gott mit Uns. Dieu avec nous est une autre façon de traduire l’œil pour œil et dent pour dent de l’Ancien Testament (Livre de l’Exode, du chapitre 20, verset 22 au chapitre 23, verset 19). Avner Kaufman (Eric Bana), un agent du Mossad, sabra d’origine juive allemande, est choisi pour diriger une mission de quatre hommes chargés d’éliminer les Palestiniens de la liste établie par le Mossad. Il doit démissionner du service, ouvrir un nouveau compte bloqué, utiliser un faux passeport, payer en liquide, en bref couper tous liens avec Israël et ses services de renseignements pour qu’on puisse démentir le connaître au cas où. Malgré son épouse enceinte de leur premier bébé, et poussé par Ephraïm (Geoffrey Rush) son supérieur hiérarchique, il accepte, par patriotisme. Ses hommes sont quatre juifs volontaires cueillis dans la diaspora. Steve (Daniel Craig) est chauffeur sud-africain, Robert (Mathieu Kassovitz) fabricant belge de jouets et expert en déminage et explosifs, Carl (Ciarán Hinds) ancien soldat israélien est « nettoyeur », et Hans (Hanns Zischler) faussaire danois est chargé des faux papiers. Ce ne sont pas des militaires entraînés, mais des amateurs qui n’ont pour seul lien qu’être « juif » – ce qui suffit à leur justification morale.
L’argent n’est pas le problème lorsqu’il s’agit d’avoir des renseignements fiables, encore que le Juif superviseur sache compter. C’est environ 200 000 $ par terroriste que négocie Avner avec un informateur français, « Louis » (Mathieu Amalric), fils de « papa » (Michael Lonsdale) ancien résistant et ancien des services, à la tête d’une nombreuse famille dans une propriété pleine d’enfants. Il a gardé des contacts avec la DST et, comme Avner, aime faire la cuisine. Avner a trouvé Louis à l’aide d’un ami gauchiste à Paris, qui lui présente une fille intello qui jargonne du Marx à longueur de temps et fricote avec le terrorisme révolutionnaire international, mais aime le fric. Façon de montrer l’imbroglio des relations troubles à cette époque.
Le commando va tuer successivement, et non sans mal, Abdel Wael Zwaiter, représentant de l’OLP à Rome, dans le hall de son immeuble alors qu’il attendait l’ascenseur, le 16 octobre 1972 ; Mahmoud Hamchari, par une bombe en dessous du téléphone à Paris, il succombera un mois plus tard le 9 janvier 1973 ; Hussein al Bachir par un système explosif placé sous son matelas à l’Olympic hotel à Nicosie, le 24 janvier 1973 ; Mohammed Youssef al-Najjar, Kamal Adouan et Kamal Nasser à Beyrouth avec des commandos de l’armée israélienne le 10 avril 1973 ; Zaiad Muchasi dans un hôtel à Athènes avec une bombe placée dans la télé mais qui n’explose pas, achevé à la grenade par Hans. Ali Hassan Salameh dit « Abou Hassan », le pire car non seulement il a orchestré le massacre de Munich mais s’est affilié à la CIA qui le paye pour éviter les attentats contre les représentations américaines, échappe à un attentat au pistolet dans la rue à cause de Yankees bourrés qui entreprennent Avner (peut-être des agents de la CIA chargés de surveiller Salameh) ; une seconde tentative dans sa grande villa espagnole échoue de même à cause d’un jeune garde qui donne l’alerte, descendu dans la piscine. Ali Hassan Salameh sera finalement tué par l’explosion de sa voiture Chevrolet piégée à Beyrouth, le 22 janvier 1979.
Entre temps, Avner se laisse draguer au bar de son hôtel où il rumine sa solitude loin de sa femme et de la petite fille qui lui est née, par une jeune fille facile (Marie-Josée Croze). Son parfum est « très agréable » et le séduit, mais il « ne peut pas », lui dit-il. Fidèle à la famille, il décline ses avances à coucher avec elle. Ce n’est pas le cas de Carl, qu’Avner découvre peu après nu, mort dans son lit, inondé du parfum de la fille qui s’est envolée. Baise et adrénaline sont les moteurs de cette tueuse à gages néerlandaise indépendante, ainsi que Louis le révèle. Le commando sauf Robert, qui a des scrupules sur la « justice » d’une telle opération en-dehors « des ordres », se rend sur la péniche aux Pays-Bas et abat la fille nue sous son peignoir. Avec la violence et l’immoralité de la loi du talion, cette scène sexuelle interdit le film aux moins de 16 ans. Après Robert, c’est Hans qui est retrouvé mort sur un banc, puis Robert dans son atelier de jouets qui explose – fausse manœuvre ou œuvre de tueurs ? Repéré, le commando fait l’objet lui aussi d’une liste, établie par les terroristes de Septembre noir, mais aussi par le KGB, dont un membre a été abattu à Athènes lors de l’opération Muchasi, lequel était l’un de ses informateurs.
Avner, déçu de ce que l’hydre de gens à tuer ne cesse de repousser, désabusé par la fausse morale d’État qui l’a conduit à accepter la mission, retourne en Israël. Il est surpris d’être accueilli en héros par les deux soldats en jeep chargés de l’accueillir à l’aéroport, tout comme Chamberlain à son retour de Munich en 1938. Il se retire et n’a désormais aucun « ordre » à recevoir de son supérieur au Mossad, car il a été rayé des listes au début. Il est donc libre, militairement et moralement. Il quitte son pays paranoïaque pour se réfugier à Brooklyn avec sa femme et leur bébé. Il doit gérer son stress post-traumatique et sa paranoïa d’être une cible possible lui aussi. Il téléphone au père de Louis, qui lui assure qu’il ne fera l’objet d’aucune menace de sa part, mais cela ne suffit pas. Après un esclandre au consulat israélien, Ephraïm vient le voir et le somme de retourner en Israël, mais il refuse. Ce n’est plus pour lui le pays de la morale, ni de la justice, ni de la judéité biblique. Il demande des preuves qu’il était justifié de tuer tel ou tel ; on ne lui en donne pas. Le nazi Eichmann a été jugé, pas les membres de Septembre noir, éliminés comme des cafards nuisibles au seul nom de la santé du peuple juif.
Ce film est plus une fiction historique qu’une fable morale. L’opération ayant été secrète, l’imagination du journaliste et des scénaristes a joué pour donner de la chair et de l’âme aux membres du commando israélien, dirigé dans la réalité par l’agent du Mossad Juval Aviv. Les États-Unis, par orgueil de se croire missionnés par Dieu pour guider le monde (à la suite des Juifs), récupèrent toute histoire importante pour ne pas qu’elle leur échappe. L’opération israélienne ne pouvait y échapper, d’autant que le 11-Septembre 2001 justifie Munich par l’absurde : à faire de l’Autre un Alien absolu, on nie son humanité, excusant ainsi sa propre inhumanité à le traiter comme une bête. Le « terroriste » est le résistant désigné par celui qui se croit de bon droit. La question palestinienne et sa complexité est évacuée au profit d’une réaction de défense légitime. Nous en sommes toujours là, un quart de siècle plus tard : les Palestiniens sont un problème, pas un peuple ; le droit est suspendu pour eux par Israël et les États-Unis, au nom du Droit. Tuer est facile, mais n’a jamais de fin ; parler, négocier, peut au contraire apaiser la violence réciproque en acceptant les revendications de chacun. Le film met à égalité tueurs israéliens et tueurs palestiniens, ce qui est immoral selon Zvi Zamir, le chef du Mossad, mais apprécié par Abou Daoud, le chef du commando palestinien Septembre noir – mort tranquillement de maladie en 2010.
Outre cet aspect déplaisant, le film traîne en longueur sur la fin. Une fois l’action terminée, les affres de la conscience morale d’Avner sont trop complaisantes et viennent bien tard. La scène alternée de baise avec sa femme et de flash psychotique des meurtres de Munich est écœurante de voyeurisme et n’apporte rien au propos. Une bonne demi-heure aurait pu être retranchée du film, et l’accélération en DVD est alors utile. A noter aussi que la bande son en français est peu audible et que l’on doit forcer le volume à des niveaux inégalés pour entendre correctement les acteurs (surtout Golda Meir). Quant aux Palestiniens visés, ils sont surtout des noms et des dossiers, peu des êtres de chair (sauf Hamchari avec sa petite fille au début) ; le spectateur est sommé de les voir par le regard juif – israélien, américain – autre aspect déplaisant du film. La bonne conscience reste face à sa déraison car, à la fin, on ne sait pas qui sont les bons et les méchants, sauf que les bons sont forcément le « nous » du spectateur induit par le film. Une propagande naïve qui doit être dénoncée.
DVD Munich, Steven Spielberg, 2005, avec Eric Bana, Mathieu Amalric, Daniel Craig, Valeria Bruni Tedeschi, Yvan Attal, DreamWorks France 2007, doublé anglais, français, 2h40, €6,70, Blu-ray €24,81
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Roger Peyrefitte, Les amitiés particulières
Un roman sur l’amour… entre deux garçons dans la prime adolescence des années 1920 et 1921. Georges de Sarre, fils de marquis, a 14 ans, le teint mat et les cheveux châtains ; Alexandre Motier 12 ans, est un ange blond comme l’Amour de Thespies, copie de Praxitèle. Tous deux sont beaux et l’aîné est excellent élève, de quoi émuler et élever le plus jeune. Dans ce huis-clos des collèges de Jésuites, la sensibilité s’exaspère et la sensualité suit, mais l’amour platonique sublime les relations. Ce qui suscite des jalousies parmi les adultes ayant fait vœux de chasteté, chargés d’éducation.
Pas de sexe entre les deux garçons, malgré les prêtres obsédés par la chose après saint Paul, et qui pourchassent le moindre poème entre deux élèves, largement pour évacuer leurs propres désirs. Alexandre demande à Georges : « sais-tu les choses qu’il ne faut pas savoir ? » p.160 – ce qui en dit long sur le tabou et l’interdit, comme sur l’ingénuité du petit. D’ailleurs, le père de Trennes est un surveillant de dortoir très intrusif qui fait boire des liqueurs aux élèves, dans le négligé de nuit du pyjama largement ouvert sur la gorge, et ce dans sa propre chambre, après les avoir observés dormir à la lampe électrique. L’admiration de Georges et du père Lauzon est plus chaste, en témoigne ce portrait d’Alexandre à 12 ans : « La photographie montrait Alexandre dormant sur une chaise longue, plus gracieux encore qu’il ne dormait dans le train des vacances de Pâques. On détaillait la ligne de ses yeux, ses sourcils presque droits, l’ourlet de sa bouche, ses oreilles de nacre, et les boucles de ses cheveux qui formaient une danse immobile et joyeuse en l’honneur de sa beauté. Ses mains ouvraient leurs paumes rayonnantes, comme si elles attendaient d’autres mains, et ses jambes nues appelaient des caresses invisibles » p.434. L’amour n’exclut pas la sensualité, mais elle est maîtrisée, soumise au respect pour l’âme de la personne aimée, selon les trois étages de l’amour selon Platon, du désir pour le corps à l’affection de cœur et l’émerveillement pour l’âme. Un amour filial. « La mère avait posé une main sur le cou d’Alexandre, épanoui dont l’échancrure de la chemise, et elle jouait avec la chaînette que Georges avait baisée à leur premier rendez-vous » p.294. Sensualité de la chaîne de cou tendu par une médaille d’or, qui fait ressortir le laiteux du teint.
D’où le contraste offert par le roman entre l’amour flétri, induit par la pudibonderie catholique qui traque « le Mal » partout parce qu’on refoule tout désir naturel – et l’amour grec lumineux, « de nature », induit par les œuvres antiques, écrits de Virgile et statues de Praxitèle, étudiés en classe. Les prêtres voudraient célébrer un amour éthéré, celui du Bien-Aimé, le Christ, exempt de tout désir charnel. D’où les célébrations et les lectures édifiantes où le masochisme des très jeunes martyrs qui arrachent leur tunique pour courir nus au devant du fer et du feu est exalté comme exemple. D’où aussi la conception totalisante, âme et corps, de l’éducation catholique, où l’on se couche très tôt pour se lever très tôt, et ainsi éviter les mauvaises tentations, où la journée est réglée par une suite d’activités prévues et surveillées. Même les « vacances » sont soumises au programme, avec des prières et des devoirs à faire. L’auteur se plaît à énumérer les messes, retraites, rogations processions, célébrations ; il fait la comptabilité des indulgences, ces bon-points pour le Ciel, des innombrables saints morts pour la Foi dans la torture du corps, que le clergé se complaît à rappeler chaque jour aux adolescents pour les « édifier ».
Même si la casuistique jésuite peut parfois déconcerter : « Il était bien difficile d’apprécier la valeur d’un acte, autant que celle d’une intention. Les indulgences de Lucien étaient plus commodes : l‘intention était indiquée, on n’avait qu’à s’y conformer, et tout était dit. Mais, à Saint-Claude, quel moyen de s’y retrouver au milieu d’autant d’intérêts adverses ? Les maîtres eux-mêmes rendaient la tâche difficile, avec leur casuistique. Le supérieur n’avait-il pas joué de la direction d’intention, et le père Lauzon de la restriction mentale, ainsi que le père de Trennes jouait de l’équivoque ? De plus, le résultat des actes avait été parfois à l’opposé des intentions : lorsque Georges avait voulu séduire Lucien, il l’avait converti ; Alexandre séduit avait sauvé la pureté de Georges, et Maurice l’y avait aidé par son impureté. Tout était vrai et faux en même temps, tout était oui et non » p.363.
Les collèges religieux vivent en communauté, et la doctrine veut que choisir le particulier est frustrer l’ensemble de l’amour et de l’amitié due à tous. Sauf que les relations sont avant tout personnelles, même Sparte, la communautaire exacerbée, le reconnaissait. A traquer de tels sentiments, en soupçonnant la perversion du sexe dans ce monde encore assez innocent (surtout entre-deux guerres, sans les réseaux sociaux ni Youporn !), on tordait les âmes, on les rendait coupables, façon d’acquérir sur les êtres un pouvoir moral exorbitant.
La geste de Georges et d’Alexandre fait souffler un vent de liberté sur ce carcan, en se jouant des prêtres et des règles, dans l’ingénuité et la chasteté des relations. « Georges fut troublé à l’idée qu’Alexandre put être déjà tel que Lucien. Il s’était dit que son innocence n’était probablement que relative, mais il n’aurait pas voulu le savoir pervers. Il souhaitait que leur amitié restât à égale distance du bien et du mal. Mais quelle était la cause des élans que cet enfant avait pour lui ? » p.147. Ils sont touchants, ces prime adolescents, et Roger Peyrefitte reste tout de pudeur, racontant par le roman les passions qu’il a vécues dans le collège lazariste où il est entré à 9 ans. Alexandre le reconnaît à 15 ans, le collège a formé son caractère et mûri son âme. « Cette année d’internat religieux l’avait enrichi plus que ses nombreuses années d’externat au lycée. Ce n’était pas, comme le supérieur l’aurait dit, à cause de la communion quotidienne. C’était à cause de ce mélange perpétuel du sacré et du profane, qui donnait aux moindres choses un reflet particulier ; c’était à cause de cette lutte entre les élèves et les prêtres, digne de celle du chrétien dans le monde. La ‘vie spirituelle intense’ que l’on menait publiquement là-bas, alimentait une autre vie, d’autant plus intense qu’elle devait se cacher » p.404.
Mais la tragédie est au bout. Le père Lauzon, « directeur de conscience » (quel titre vaniteux et tyrannique !) s’est rendu compte que les deux garçons entretenaient une relation de tendresse, via des regards échangés, de rares chastes baisers et quelques billets. Il en est jaloux, se voulant « protecteur » exclusif d’Alexandre. Alors il commande, il exige, il impose que l’aîné Georges renvoie les billets reçus du petit à son envoyeur, ce qui signifie la fin de toute relation. Mais Alexandre l’innocent ne comprend pas, il se croit rejeté brutalement par celui en qui il avait placé son amitié, exclusive et absolue comme on l’est à 12 ans. Il se tue.
Jean Delannoy en a tiré un film avec le jeune (et déjà cabotin) Didier Haudepin. S’il suit l’histoire d’assez près, il n’a pas la force de l’écrit, qui laisse à l’imagination le soin de compatir dans le silence de la lecture.
La diversité des illustrations en poche, J’ai lu dès 1958 (avec une couverture aguicheuse de G. Benvenuti qui veut reproduire l’amour de Praxitèle), puis le Livre de poche dès 1971, montre que ce livre a été un succès populaire parce qu’il parlait vrai dans un univers bourgeois catholique encore fort coincé – et qu’un Bayrou, par exemple, comme Tartuffe, n’a pas voulu voir. L’assouplissement des règles du culte par Vatican II, mais surtout la révolution des mœurs de mai 68, ont brisé les limites, et de nombreux prêtres se sont crus autorisés à assouvir leurs perversions sur des enfants dont ils avaient la charge. Bien loin de l’amour chrétien, et de la hauteur morale où se situent Georges et d’Alexandre. Quant aux amitiés exclusives, elles existent toujours, entre filles et entre garçons, elles permettent de grandir en se sentant moins seul. Mais l’amitié va rarement jusqu’aux expériences sexuelles car notre époque est plus permissive (plus « normale ») envers les relations avec l’autre sexe.
Une chose cependant me gêne chez Georges : c’est une balance. Certes, il agit pour son intérêt et pas pour se faire bien voir, comme nombre d’internautes aujourd’hui. Mais quand même, quand on se pique de morale antique, c’est une faiblesse. Georges laisse expressément traîner un billet doux qu’André, l’ami de Lucien, son voisin de dortoir, avait écrit. Georges était jaloux de l’amitié des deux garçons et voulait Lucien pour lui tout seul. André est renvoyé du collège – ce qui n’empêche pas les deux amis de se rencontrer lors des vacances et d’entretenir une correspondance suivie. Signe d’une amitié mûrie entre égaux. La seconde fois, c’est pour le bien du dortoir qu’il va réveiller le père supérieur lors d’une nuit où le père de Trennes a entraîné Maurice, le propre frère d’Alexandre, en pyjama dans sa chambre. Trennes est renvoyé du collège. L’auteur balancera lui-même nombre d’homosexuels cachés, dont le pape Pie XII, et publiera sans autorisation sa correspondance sulfureuse avec Montherlant.
Ce premier roman est le meilleur de l’auteur, qui écrit magnifiquement. Il ne sera hélas pas suivi d’autant de talent, Peyrefitte sacrifiant au plaisir de scandaliser ses contemporains. Dans l’amitié, il y a de l’amour, une aspiration à la pureté platonicienne. Georges et Alexandre s’en tiennent là, et c’est ce qui est beau dans cette histoire.
Prix Renaudot 1944 (délivré en 1945)
Prix Capri (1989) pour l’ensemble de son œuvre
Prix de l’Académie Balzac (1991-92) pour l’ensemble de son œuvre
Roger Peyrefitte, Les amitiés particulières, 1943, J’ai lu 1958, 448 pages, occasion ou Livre de poche 1973, occasion €40,00, e-book Kindle €5,99
DVD Les amitiés particulières, Jean Delannoy, 1964, avec Didier Haudepin, Dominique Maurin, Francis Lacombrade, François Leccia, Louis Seigner, Lucien Nat, Michel Bouquet, EuropaCorp 2009, 1h38, €40,01
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Photos de ce matin, juste après la douche.
Mouillée. Nue.
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Examines the Nue, a composite yokai from Japanese folklore resembling a chimera with a monkey’s head, tiger’s legs, tanuki’s body, and serpent’s tail. #japanesefolklore #nue https://connectparanormal.net/2026/07/21/meet-the-nue-the-cloud-dwelling-demon-of-japanese-legend/
2023 landete Filmemacher Takashi Yamazaki mit seinem bombastischen Kino-Kracher „Godzilla Minus One“ einen echten Hit, der sogar mit einem Oscar gekrönt wurde. Jetzt dreht er gemeinsam mit Produzent Ridley Scott den Film „Nue“. #sfcd #nue #monster #japan #godzilla #kaiju #ridleyscott
Traum-Duo macht neues Sci-Fi-E...
‘Godzilla Minus One’ Director Takashi Yamazaki And Scott Free Team On Project ‘Nue’ At 20th Century
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Une jeune femme se déshabille à la fête d’anniversaire de son beau-frère.
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Franck Thilliez, Labyrinthe
Ce thriller français reprend en quelque sorte le thème d’un précédent, Il était deux fois, chroniqué sur ce blog. Même disparition de la fille de 17 ans, même quête d’un père qui ne lâche rien, même univers très glauque d’« artistes » qui œuvrent sur les corps vivants.
https://argoul.com/2020/12/03/franck-thilliez-il-etait-deux-fois/
Cette fois, le lecteur fera connaissance de six femmes, Julie la kidnappée, Véra la psychiatre, Ariane l’artiste de labyrinthes, Lysine la journaliste, Sophie la romancière – sans compter la septième tout à la fin, Camille, policière. Toutes soumises à des fugues dissociatives et à la paramnésie de certitude. Intéressant concept, qui fait dire bien des inepties aux patients traités par les psy. «Le cerveau humain peut déployer les plus incroyables stratagèmes pour protéger l’esprit. Il s’adapte sans cesse, se reconstruit sur ses ruines… Il est même capable de se piéger lui-même. De faire passer des souvenirs inventés pour réels. De nous persuader, par exemple, que nous avons été agressés à la cantine quand nous étions collégiens, même si cela ne s’est jamais produit » p.403. D’où la méfiance légitime de la justice pour les « viols » dénoncés trente ans après.
Le premier chapitre est identique au dernier chapitre, signe que l’on a fait le tour du labyrinthe. Une fille kidnappée a été retenue par son ravisseur, Caleb Traskman, un écrivain de thriller célèbre, dont la particularité est de décrire des viols, des tortures, et des horreurs. Un peu le monde de Franck Thilliez, avouons-le. L’époque contemporaine exige la surenchère dans la violence. Elle aime ça. Les lecteurs aussi, semble-t-il, puisque Franck Tilliez a énormément de succès. J’en suis étonné, dans la mesure où la majorité des lecteurs sont des lectrices… Fascination pour le bad boy ? Jouer à se faire peur par des fantasmes de viols et de tortures à répétition ? Pour ma part, je trouve cet univers très glauque et ne relit pas ce genre de roman, bien qu’il soit ici très bien construits. Nous sommes dans le cliché : évidemment une femme, et évidemment raptée par un homme, qui est évidemment pervers narcissique, et assouvit évidemment toutes ses pulsions dans une cave. En invitant ses copains, amateurs de sensations fortes – et (clin d’œil bienvenu contre les préjugés) pas seulement des mâles.
Il se trouve qu’ici, la kidnappée fait place à la journaliste indépendante, qui enquête sur la violence dans l’art contemporain. Elle découvre un montage de scènes d’ultra-violence sadique perpétrée sur une femme nue par une bande de bourgeois déguisés de têtes de porcs, dans une bacchanale orgiaque où tout est permis. Il s’agit d’aktion, avec un k comme en allemand. Ce genre d’art contemporain confine au nihilisme. Il perce et fouaille la chair jusqu’à l’annihiler J’y vois, pour ma part, une perversion de la sainte horreur chrétienne pour la chair, horreur qui est d’ailleurs celle de toutes les religions du Livre. La chair est matière et non esprit, elle ne participe donc pas de Dieu, et peut donc être méprisée, souillée, niée. D’où l’impasse de ce genre d’art contemporain qui tente d’aller jusqu’au bout. « Voici Abergel (…). Il s’est volontairement tiré une balle dans le crâne l’année dernière, devant des appareils photo à déclenchement automatique et à très haute capacité d’obturation qui ont immortalisé chaque milliseconde de son suicide. Il signe ici son ultime série et, vous vous en doutez, la plus radicale : Dans la tête de l’artiste. – Vous considérez ça comme de l’art ? Vous plaisantez, n’est-ce pas ? – Je suis on ne peut plus sérieux. Abergel est allé aussi loin qu’un artiste peut aller dans le dévouement à sa discipline. Les originaux de ces clichés valent aujourd’hui une fortune sur le marché… » p.252.
La journaliste enquête, et découvre une bobine de film sous la forme d’un montage d’atrocités. Elle tente de remonter jusqu’à son auteur, Jérémy Théobald, un artiste qui vit dans une caravane installée dans une casse auto proche de Paris. L’artiste est un marginal tatoué et piercé qui vit torse nu sous un blouson de cuir et qui vend très cher ses photographies de corps éviscérés et ses snuff movies où de réelles personnes (en général jeunes femmes ou enfants) sont massacrées en direct pendant des heures par une bande de sauvages nus. Il y a un public pour cela, analogue aux casseurs après les matchs de foot. Il s’agit toujours d’aller jusqu’au bout de soi, de lâcher ses pulsions primaires, sans plus aucune limite. Encourager ce genre de déviance, même sous la forme d’un thriller, est pour moi immoral. Mais une fois encore, cela plaît.
Je laisse au lecteur avide de ce genre de sensation la lecture de ce livre, fort bien fait et haletant en chapitres courts qui se chevauchent d’un personnage à l’autre. La fin est étonnante, bien qu’elle répète le début, mais nous n’en avions pas conscience.
Franck Thilliez, Labyrinthe, 2022, Pocket 2023, 457 pages, €9,00, e-book Kindle €16,99
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Ce film complexe à comprendre explore les fantasmes d’un homme vieillissant. Il est le dernier de Stanley Kubrick, mort à 70 ans d’une crise du cœur quelques semaines après avoir terminé le montage. Il avait déjà tourné Lolita en 1962, fantasmes d’un adulte envers une très jeune fille, et Orange mécanique en 1971, où un ado camé lâche ses instincts sexuellement sadiques sur les bourgeoises. En 1999, la mode américaine est au sexe, à l’exploitation du corps féminin – nu – par des hommes habillés, masqués, occupant de hautes fonctions dans la société. C’est la grande époque Epstein, juif comme Kubrick, et de ses orgies privées. « C’est un mec génial, dit de lui Trump en 2002. On s’amuse beaucoup avec lui. On dit qu’il aime les belles femmes autant que moi, et beaucoup entrent plutôt dans la catégorie jeunes » (Wikipédia).
Mais ce n’est pas par allusion à l’actualité que Kubrick a tourné. Il s’est inspiré de La Nouvelle rêvée d’Arthur Schnitzler, écrivain autrichien juif très proche de Sigmund Freud, publiée en 1925.
Les yeux grand fermés (traduction du titre du film) raconte l’errance dans New York nocturne du bienséant docteur Harford (Tom Cruise), qui est incité à ouvrir les yeux. Après un dialogue avec sa femme (Nicole Kidman), il est obsédé par le fait qu’elle a failli céder à la tentation d’un autre homme et du fantasme qu’elle baise torridement avec un officier de marine. Lui-même, professionnel froid lorsqu’il palpe le corps nu de ses patientes, a-t-il des fantasmes propres ? A 37 ans, Bill Harford/Tom Cruise est mignon et tout le monde veut le baiser. A commencer par les deux escorts à la fête de Noël où il est invité avec sa femme par son ami Victor Ziegler (Sydney Pollack), puis par Marion (Marie Richardson) la fille d’un patient qui vient de décéder, par une bande de jeunes bruyamment homophobes (ce qui en dit long sur leurs désirs refoulés), par la pute Domino (Vinessa Shaw) dans la rue, puis par sa coloc le lendemain, par la fille ado du loueur de costumes (Leelee Sobieski, actrice de tout juste 16 ans), par le réceptionniste d’hôtel (Alan Cumming) à qui il demande des renseignements… Sa libido ne suit pas les désirs innombrables des autres, c’est le danger d’être trop beau.
Quant à lui, il aime son admirable jeune femme (nous pouvons voir Nicole Kidman sans rien d’autre sur elle que ses lunettes), il aime sa petite fille de 10 ans Helena (Madison Eginton). Il n’a pas de pulsions débridées et a maîtrisé ses affects devant la nudité, pour raisons professionnelles. Il se demande quels fantasmes il pourrait avoir. Baiser avec une autre ? Participer aux orgies privées de ce club chic, que son ami Nick Nightingale (Todd Field) lui fait découvrir, ancien de médecine qui a plaqué ses études pour jouer du piano ?
Attisé par la curiosité, il se laisserait bien faire, pour voir, mais à chaque fois le destin rembarre ses velléités. Il échappe ainsi à l’arc-en-ciel des possibles sexuels offerts par la société : l’adultère, la prostitution, l’homosexualité, la nécrophilie, la pédo tentation, la décharge orgiaque. Avec les deux escorts de Noël, c’est Ziegler qui le fait appeler en tant que médecin pour soigner l’overdose d’une pute qu’il était en train de baiser. Il sauve Mandy (Julienne Davis), ce qui lui vaudra d’être sauvé. Car il cède à la tentation d’aller se faire voir dans le club privé où le mot de passe est Fidélio. Il est vite repéré pour être venu en vulgaire taxi et pas en limousine, et comparait devant l’aréopage de masques où le chef des orgies, en rouge, distribue les femelles nues à qui veut les prendre par tous les trous. Bill est chassé et sommé de ne jamais parler à quiconque de ce qu’il a vu et entendu. De quoi lui faire peur et préserver les jouissances de la haute société (drogue, sexe, prostitution) qui a peur du scandale et tient aux masques sociaux dont elle affuble son pouvoir. Son ami Ziegler, qui en est, avoue que la femme nue qui l’a « racheté » était Mandy, morte depuis d’une overdose dans son hôtel. Elle n’a pas été tuée, s’il veut le savoir.
Connait-on vraiment l’autre ? Celle avec qui l’on partage sa vie depuis des années, celle avec qui l’on a fait un enfant, celle que l’on baise régulièrement. Le proche est l’étranger. Chacun est seul avec ses abîmes, son imagination, ses rêves nocturnes, ses fantasmes. D’où le « consentement » incertain, « l’emprise » imprévue, le « viol » relatif au moment. Toujours est-il qu’à la fin du siècle dernier, en 1999, le mâle dominait les femelles par tradition, avec le consentement de l’Église, de la société et de la loi. Les orgies privées, où les hommes habillés baisaient les femmes nues étaient de la pure domination. Ni quête d’un clone, ni poupée gonflable, la femme est une personne. Il faut la laisser être. Car l’amour, Harford le découvre, est bien autre chose que le sexe mécanique ou la soumission sadique, même si le corps pense et exprime son énergie vitale. C’est un tissu de relations qui n’a pas forcément besoin de se manifester par la pénétration pour exister. L’amour dure, le désir passe. La vie à deux commence par le dialogue, même si la conclusion de Nicole Kidman, à la toute fin du film, est sans appel : « baiser ». Mais la fusion des corps suit alors celle des coeurs et des âmes, comme Platon le dit pour atteindre la Beauté idéale via le désir des chairs érotiques.
C’est bien le réel qui conduit à l’idéal, pas l’inverse. Les costumes, les uniformes, les masques de théâtre donnent l’illusion d’être un autre, donc de pouvoir se lâcher sans retenue, tels des compatriotes à l’étranger. Trop souvent le double se substitue au réel, empêchant par mauvaise foi les relations « vraies » (le garçon de café ou la coquette de Sartre). L’époque post-68 a divinisé l’acte sexuel, y voyant (ce qui n’était pas faux) une « libération » du carcan moral et religieux étouffant. Mais la sensualité, l’émotion, la sensibilité vont bien au-delà de la mécanique du dedans-dehors, théâtralisée par l’orgie rituelle. Les êtres sont complexes et singuliers. Se perdre dans la non-identité de l’orgie sous masque est le contraire de la relation humaine et de l’amour. En revanche, le chaos des désirs du corps font partie de la réalité.
Malgré ses longueurs, notamment dans les dialogues du couple Cruise-Kidman (ils étaient en train de divorcer pour cause d’Église de la Scientologie), le film distille un message d’alerte à la société de son temps, l’américaine et l’espteinienne – que la réaction puritaine et religieuse MAGA a violemment contesté, après MeeToo et les procès sexuels toujours en cours. Il dit aussi les dangers de l’apparence bourgeoise, de la société de l’illusion, des « belles histoires » et des « croyances » dont on se berce – plutôt que des faits trop cruels.
César du meilleur film étranger 2000.
DVD Eyes Wide Shut (j’ai choisi un import belge – peut-être avec doublage français, mais ce n’est pas précisé ; d’autres versions existent, sous-titrées en français), Stanley Kubrick, 1999, avec Tom Cruise, Nicole Kidman, Jennifer Jason Leigh, Marie Richardson, Sydney Pollack, un doublage français a existé chez Warner Home Video France 2001, 2h33, €32,98
(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)
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À Lire ici : https://litix.fr/la-baby-sitter
Les Barbouzes de Georges Lautner
De l’ironie à la française pour contrer le sérieux élitiste des films d’espionnage à la James Bond. Nous sommes en 1964 et le Général est président de la France. On ne rigole pas avec le prestige de la France, ni avec les armes. Les États-Unis ont conçu en premier la Bombe (grâce aux savants anglais et juifs allemands exilés), très vite suivis par l’URSS (grâce aux espions juifs communistes aux USA) ; la France a suivi sa voie propre, réussissant à faire exploser une bombe A en 1960 au Sahara (malgré les bâtons dans les roues des Américains). En 1964 décolle le premier Mirage IV de la force nucléaire stratégique.
C’est dans ce contexte d’actualités que Georges Lautner réalise ce film, avec les dialogues savoureux et percutants de son compère Michel Audiard. On retient encore le « caltez, volailles ! » de Lagneau face aux loups étrangers, un quatuor de barbouzes qui convoitent la jolie veuve Amarante (Mireille Darc). Le film est soutenu par une brochette d’acteurs connus, très en verve, avec chacun une personnalité marquante. Francis Lagneau (Lino Ventura) est le faux cousin du défunt, Benard Shah (Robert Secq), un marchand d’armes libanais décédé comme feu le président Félix Faure d’épectase. Hans Müller (Charles Millot) est le faux psychanalyste allemand de RFA qui suivait le petit Shah, son patient décédé. Boris Vassilieff (Francis Blanche) est son faux frère de lait soviétique, élevé avec lui « à Odessa près de la mer » (alors qu’il a été élevé à Téhéran où il n’y a pas la mer (« conception bourgeoise de la géographie », rétorque le fanatique). Enfin le faux confesseur suisse Eusebio Cafarelli (Bernard Blier), au nom de cafard de sacristie, tout en componction.
Tous sont des barbouzes, autrement dit des espions déguisés. D’où le terme, issu des fausses barbes, en général utilisées. Ici, on reconnaît les barbouzes dans le hall d’un grand hôtel parce qu’ils portent tous des lunettes noires… à l’intérieur (comme Catherine Deneuve, que j’ai vue ainsi à Paris en plein hiver grisaille). Les espions convoitent, pour leurs gouvernements, les brevets sur des armes atomiques détenus par le marchand d’armes décédé. S’y ajoute, pour faire bonne mesure, le vrai Américain O’Brien (Jess Hahn), fort de ses dollars et de son paiement « cash », qui veut tout emporter par la force du deal. Et le nouveau défi des Chinois qui grouillent dans les passages secrets du château et se lèvent comme une seule bande de rats sous l’effet d’un son électronique.
Chacun en prend pour son grade. Le Français en séducteur viril et paternaliste, voué au Général jusqu’à se marier une seconde fois. L’Allemand en être froid et scientifique outré qu’on ne l’aime pas et qu’on s’étonne de ses roses chimiques « en vénélite compressée, inaltérables à l’eau de mer, antimagnétiques, fluorescentes et ininflammables ». Le Russe lyrique et sadique, surnommé Trinitrotoluène pour son expertise en explosifs, qui ment comme il parle et fait ses coups en douce. Le Suisse italien faux-cul comme un curé, poli comme un hypocrite, écoutant tout le monde en posant des micros partout.
Donc, décès du marchand au bordel chic parisien où la maîtresse informe l’Élysée. Effervescence codée de l’annonce : « le petit shah est mort », tiré de l’École des femmes de Molière, comme de la chanson Les Vieux de Brel en 1963 (l’année d’avant le film), qui singe les messages de la Résistance. Lagneau, qui devait partir en vacances avec bobonne à la mer (avec un petit bateau à voile pour faire mumuse sur l’eau), est sommé par son chef du SDECE, le colonel Lanoix (Noël Roquevert) de se convertir en ce bon cousin Ludo et d’aller séance tenante accompagner le corps du défunt en son château de Bavière, où il est censé être mort naturellement. Lagneau a en effet cette double casquette de se présenter selon ses missions comme Petit Marquis ou Belles manières, ou en Bazooka ou Belle châtaigne. Il manie également la séduction sur les femmes avec le bourre-pif sur les hommes. Il rencontre la belle veuve, sexy dans son bikini de deuil noir, un voile transparent sur le reste. Puis les autres, qui arrivent comme attirés comme des mouches sur le beau tas de secrets odorants.
C’est alors une nuit de barbouzes, chacun tentant de supprimer l’autre, soit par un lustre Damoclès de poignards acérés au-dessus du lit, soit par un scorpion dans les draps, soit par une douche d’acide, soit par une chasse d’eau explosive. Hilarant, d’autant que chacun se méfie et s’en sort. Ils se retrouvent tous au petit-déjeuner, comme si de rien n’était, servis par des domestiques en culottes tyroliennes et de belles teutonnes blondes asservies aux vainqueurs depuis la guerre. Amarante fait semblant de ne rien savoir, elle élude la question de l’héritage et de l’argent, ce qui énerve Lagneau, pressé de conclure. Il tente de chasser les autres avec son « caltez, volailles ! » Mais les trois mettent en scène une épilepsie du Russe à l’aide d’un infâme morceau de savon, ce qui « oblige » le médecin allemand et le confesseur suisse à rester pour l’assister. Mais tous ces Européens se liguent contre le Yankee insistant, vaniteux et sûr de lui avec ses dollars, pour le bouter hors du salon par la fenêtre, où il atterrit dans les douves. A cette époque gaullienne, les États-Unis peuvent aller se faire foutre.
Ce sont les Chinois qui émergent des souterrains, trucidant au silencieux (pump ! pump !) les domestiques un par un, pour tenter d’avoir le quatuor. Mais les barbouzes se méfient et ripostent. Lagneau combat quatre karatékas. Cafarelli et Müller font un Fort Alamo face à la horde jaune qu’il descendent en tas devant leur barricade de meubles.
Après le massacre, Lagneau parle avec Amarante dans sa chambre, où elle gît nue sous son drap à peine remonté sur sa poitrine. Son vrai nom est Antoinette Dubois et elle a été élevée sur la Butte ; un peu pute un temps avant de rencontrer la fortune. Ils se découvrent des points communs et lui en profite pour écraser les micros gros comme des doigts posés par Cafarelli et Vassilieff. Cette chasse aux micros est désopilante ; ils se trouvent déguisés en fleurs (une rose sur un tronc d’arbre !), coulés dans une bougie, dissimulés derrière une tenture, dans une pomme d’arrosoir. L’écoute est le premier métier de l’espion et Lagneau écrase tout de sa grosse patte. Il parvient à convaincre Amarante de servir son pays et de céder les brevets à la France, sans contrepartie (sauf le mariage, qu’il lui promet bein que déjà marié).
Ils laissent donc les barbouzes au château et partent en voiture prendre l’avion pour Lisbonne, plaque tournante de l’espionnage international, où les brevets se trouvent à l’abri dans le coffre d’une banque. Lesdits barbouzes tentent de les suivre, mais les autres véhicules ont été sabotés et soit ils sautent, soit ils terminent dans la rivière. A Lisbonne, le répit est bienvenu… sauf que la femme ne peut s’empêcher de commander une malle de vêtements du château à livrer à l’hôtel, elle qui est partie « sans rien ». Cette faute, malgré sa lecture d’un manuel du parfait espion par le colonel Rémy, chef du renseignement résistant durant la guerre, permet aux barbouzes – et à l’Américain obstiné – de les retrouver. Grosse bagarre où les portes et les armoires sont défoncées.
Il faut donc fuir et conclure par un retour en train sur Paris. Comme dans Agatha Christie et James Bond, les choses ne vont pas se passer facilement. Une porte ouverte sur la voie permet le comique de répétition des barbouzes qui se balancent l’un après l’autre, pour atterrir sans dommage près de la route, où la péniche américaine les fait monter – sauf O’Brien qui, ayant perdu ses lunettes, n’est pas reconnu par son chauffeur ni son garde. Lagneau veille sur sa brebis, mais « doit » sortir un moment, car elle a vu des barbus : « Un barbu c’est un barbu, trois barbus c’est des barbouzes ». Amarante en profite pour vendre la mallette de brevets à l’Américain contre un chèque de 4 millions de $. Mallette qu’elle est sûre de voir récupérer par son protecteur, mais elle aura quand même « quelque chose à se mettre » aux Bahamas (où on vit quasi à poil toute la journée).
Tout est bien qui finit bien, la France a gagné, la fille aussi, Lagneau devient bigame et les barbouzes sont déconfits. On a bien ri. J’ai toujours beaucoup aimé ce film, pas aussi connu que Les tontons flingueurs, mais franc et direct dans son ironie.
DVD Les Barbouzes, Georges Lautner, 1964, avec Lino Ventura, Francis Blanche, Bernard Blier et l’actrice Mireille Darc, Gaumont 2005, français, 1h45, €8,07, Blu-ray €11,69
(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)
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Un gémissement lointain a été comme un appel au devoir longtemps attendu.
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