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https://leftrenewal.org/fr/interviews-fr/minassian-extreme-militarisation-fr/ (Gaza : une militarisation extrême de la guerre de classe en Israël-Palestine. Entretien avec Emilio Minassian – 30 octobre 2023)
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Israël est parvenu à produire une situation unique au monde : l’intégration d’un prolétariat lui-même ethnicisé (« juif ») à l’État, contre le reste du prolétariat, également ethnicisé (« arabe »).L’État israélien a organisé l’accumulation d’un capital « national » en un temps record, il a organisé l’importation d’un prolétariat « national » et s’est érigé en gardien de l’existence et de la reproduction de ce dernier, menacé qu’il serait dans son existence même par une autre frange prolétarienne (« palestinienne »).
Mais si l’on déchausse les lunettes de la fantasmagorie de « l’État garant de l’existence des gens », il apparaît que le prolétariat juif d’Israël constitue une sorte de butin de guerre aux mains de l’État.
Ce n’est pas le cas du côté du prolétariat palestinien, au sein duquel les dynamiques de lutte ont conservé une certaine autonomie, cohabitant de manière complexe avec les logiques instrumentales de leur encadrement politique nationaliste.
Cela peut sembler contre-intuitif, mais je pense qu’il faut considérer que le Hamas est un sous-traitant d’Israël pour la gestion du prolétariat de la bande de Gaza.
Comme je le disais, ce dernier, en dernière instance, « relève » du capital national israélien.
Tant que celui-ci n’a pas fait le choix d’autoriser le développement d’une autre entité capitaliste, « palestinienne », à ses côtés, le prolétariat gazaoui, même parqué, est inscrit dans ses circuits.
Or, cette situation ne peut se passer d’une formation sociale externalisée chargée de la régulation des encagés – il n’y a pas de prison sans matons.
Ce qui se passe n’est pas une guerre inter-impérialiste. C’est essentiellement une « affaire interne », dans laquelle les camps « nationaux » sont un écran de fumée. Dans les événements actuels, il n’y a pas de lutte prolétarienne.
La militarisation des antagonismes produite de concert par le Hamas et la classe dirigeante israélienne, produit une « résistance » qui ne contient aucune logique de lutte prolétarienne autonome, même balbutiante.
Ce n’est pas une guerre, mais c’est une gestion du prolétariat surnuméraire avec des moyens militaires qui sont ceux de la guerre totale, de la part d’un État démocratique, civilisé, appartenant au bloc central de l’accumulation.
Ces milliers de morts-là me semblent avoir un sens particulier.
Ils dessinent une image terrifiante de l’avenir – des crises du capitalisme à venir.
Mais une gestion du prolétariat surnuméraire par voie de tapis de bombes qui, dans la manière dont elle est regardée comme légitime par l’ensemble des États centraux de l’espace capitaliste, inscrit, je crois, ce qui se passe actuellement dans une offensive globale.
En France, ce caractère global est particulièrement saillant : on est entré dans une phase où même des formulations politiques derrière des mots d’ordres humanistes sont réprimées – dès lors qu’elles pourraient rencontrer une activité de rue des classes dangereuses.
Il n’y a pas d’ « importation » du conflit.
Il y a une offensive globale.
En ce sens, la lutte, pour nous en France, se joue bel et bien ici, contre la France.
Nous avons notre propre nation à trahir, toujours, dès que c’est possible.
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