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American Hardcore : Une histoire tribale
Steven Blush (Camion Blanc, 2010)
iBouquin:https://mega.nz/file/BNZTxJ4T#ahgbQNuEQdR2EFCT47yr7CbEQF1LSEAsb4ZHidTKQyI
Si t'as les moyens:
http://www.camionblanc.com/detail-livre-american-hardcore-une-histoire-tribale-213.phpPrésentation:
Avant cette histoire orale retranscrite par Steven Blush, la scène Hardcore n'avait jamais bénéficié d'une rétrospective digne de ce nom. Deuxième génération du punk rock exclusivement américaine, son heure de gloire a duré de 1980 à 1986. La parole est ici donnée à ses personnages principaux, au profil varié, mais toujours provocateurs : banlieusards inadaptés, pacifistes Straight Edge végétariens et anti-drogue, ou amateurs de violence physique pure. Toutes les scènes majeures sont abordées, de la Californie du Sud à New York en passant par Washington D.C. et le Texas. Le texte est accompagné de nombreuses photographies - notamment d'Edward Colver et de Karen O'Sullivan - et complété par des flyers, des logos, et des couvertures de disques, ainsi que d'une importante discographie. Cette histoire tribale ne fait pas que dresser le portrait d'une scène influente. Ses instantanés sociaux provocateurs révèlent le désespoir d'une période particulière de l'histoire américaine.==========
Préface:
Hardcore Über AllesLa scène Hardcore américaine, comme beaucoup d’autres dans des styles musicaux différents, a quelque peu été oubliée au profit de ses rejetons. Pendant longtemps, certains groupes pourtant au cœur de la scène ont été catégorisés de façon distincte : les Dead Kennedys de Jello Biafra étaient un groupe de « punk américain », ou Black Flag était « le groupe d’Henry Rollins », comme si la personnalité des chanteurs respectifs prenait le pas sur le groupe en lui-même ainsi que sur son environnement culturel et musical.
Car la scène Hardcore va bien au-delà de ça. Circonscrite par Steven Blush aux années 1980 à 1986, le bouillonnement qui a agité cette sous-culture (devenue pour le coup une véritable contre-culture) a marqué d’une empreinte indélébile l’underground. Rarement un mouvement musical aura atteint une telle intensité au point de devenir un mouvement organisé et codifié par ses propres membres… Et ce malgré une diversité de points de vue bien souvent étonnante. Fédéré autour d’une musique ultra-rapide et vindicative portée par des paroles engagées, les extrêmes s’y sont côtoyés. Notamment deux styles marquants, car les plus visibles : une mouvance skinhead, inspirée par le mouvement britannique de la fin des années 60, mais n’ayant plus grand-chose à voir avec cette première incarnation. Les protagonistes n’en ayant gardé que le crâne rasé, les bottes de combat, la vindicte et un vague sentiment d’appartenance à la working class. Plus grand-chose à voir avec les amateurs de rocksteady, d’early reggae et de northern soul de la perfide Albion, mais lorgnant plutôt vers la Oi ! de Sham 69 ou d’Angelic Upstart, combinée avec la déflagration du premier album des Ramones et de la première vague stoogienne.Puis, typiquement américaine, la mouvance Straight Edge a de quoi interpeller par ses caractéristiques inédites. Ou comment des gamins issus de cellules familiales en lambeaux, n’ayant donc pas été confrontés à une autorité parentale, se sont créé des règles de vie drastiques. Fondé à la base sur le jeune âge des participants – étant donc dans l’impossibilité de consommer de l’alcool – le credo s’est transformé en un style de vie revendiqué sans drogue, sans alcool, sans sexe, et végétarien pour certains (base du mouvement Vegan). Ce régime n’excluant pas la violence, bien entendu. Cette dernière était même l’une des composantes essentielles des concerts et de la vie Hardcore. Violence intérieure, lors des concerts, avec confrontation physique dans la fosse et sur scène, plus ou moins assumée selon la personne interrogée, et violence extérieure, en opposition aux agressions du mainstream. La période n’étant pas vraiment à la tolérance, le look agressif et revendicatif des gamins de la scène avait tout pour déplaire aux membres des communautés étudiantes, sportifs (bien sous tout rapport ; en apparence, peut-être), ou aux rednecks de l’Amérique profonde.
Et entre ces extrêmes évoluaient aussi des amateurs de musique, dont l’auteur de ce livre, Steven Blush, activiste de la scène de DC, non affilié aux catégories évoquées ci-dessus. Entre anarchisme militant pour certains (l’anti-establishment des Dead Kennedys n’a de secrets pour personne – la carrière ultérieure de Jello Biafra est là pour le prouver) et conservatisme plus que douteux pour d’autres, le spectre politique était, lui aussi, particulièrement étendu.
Six ans de frénésie et de combat, pour faire vivre un réseau totalement autonome, faire circuler disques et cassettes auto-produits, tenter de fédérer les scènes des différents états, et jouer partout où il était humainement possible. Il en reste comme témoignage des disques extraordinaires – d’autres un peu moins essentiels – les entretiens retranscrits dans ces pages, et des centaines de flyers et affiches hand made.*1L’influence de la scène Hardcore américaine sur les années à venir aura été déterminante. On assiste dans ce livre à la fin du punk, à la naissance du Hardcore, à sa chute, puis au développement d’autres styles : les débuts du death rock, du proto grunge et les balbutiements de l’alternatif. Il en reste aussi la construction d’un réseau underground qui, même si sa pérennité peut être périlleuse, n’a de cesse de démontrer que la volonté d’une poignée de gamins a permis à un courant musical et social de naître, de vivre et de mourir.
Dom Franceschi
[email protected][*1 Le lecteur pourra se reporter aux superbes ouvrages Fucked Up + Photocopied (Brian Ray Turcotte et Christopher T. Miller, Gingko Press/Kill Your Idols, 1999) et Punk Is Dead, Punk Is Everything (Brian Ray Turcotte, Gingko Press/Kill Your Idols, 2007), qui compilent flyers et affiches. (N.d.T)]