https://oblique-revue.org/2026/07/04/extreme-droite-en-ligne-strategies-et-pratiques/
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Cet article analyse l’appropriation précoce d’Internet par les extrêmes droites radicales : non comme simple outil de diffusion, mais comme dispositif de combat culturel, de manipulation informationnelle et de banalisation idéologique.
Il montre comment réinformation, confusionnisme, désinformation et mobilisation algorithmique travaillent ensemble à déplacer les frontières du dicible politique.
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Les éléments constitutifs de cette stratégie numérique sont à chercher dans l’histoire de l’extrême droite, en particulier l’extrême droite française.
En effet, les différents partis et groupuscules de ce courant politique se réfèrent aujourd’hui à l’œuvre du militant communiste italien Antonio Gramsci (1891-1937), en particulier à sa théorie de l’hégémonie culturelle : ils souhaitent que la population consente à leur idéologie, l’accepte.
Pour obtenir ce consentement de la part des opinions publiques, il faut, selon eux, que cette idéologie devienne dominante afin de se banaliser.
À l’origine, la récupération et la réutilisation de ce penseur révolutionnaire ont été le fait du Grece (Groupement de recherches et d’études de/pour la civilisation européenne), connu aussi sous l’expression de Nouvelle Droite, qui l’a introduit dans la pensée de l’extrême droite dans les années 1970.
Si la tentative de manipulation inspirée des thèses d’Antonio Gramsci fut perçue rétrospectivement comme un échec, ce qu’elle fut sur le moment, les idées portées par la Nouvelle Droite (essentialisation des identités, irréductibilité des unes aux autres, idée d’une civilisation et d’une culture européennes datant de la Préhistoire, ethnodifférentialisme , mixophobie, etc.) se sont diffusées par la suite dans les autres tendances de l’extrême droite, ainsi que dans la société.
Cette stratégie de combat « métapolitique », autre nom de ce gramscisme d’extrême droite, est aujourd’hui reprise par la plupart des formations d’extrême droite, en lien avec le développement du web.
Il s’agit pour ces militants de banaliser, et de diffuser, des idées précises, en l’occurrence militantes, via l’internet, afin de les rendre acceptables ou du moins de les édulcorer par la répétition : réseaux sociaux, sites de vidéos (comme Youtube, Insta, X et Tiktok), sites de « réinformation » (i.e. des sites très militants faisant la promotion des « vraies informations » au contraire des « médias dominants » vendus forcément aux « forces mondialistes » pour reprendre la terminologie de ces militants), commentaires sous un article ou dans un forum généraliste, etc.
L’objectif est de convaincre de ses idées des segments éloignés de la population, avec le principe selon lequel la conquête politique est précédée par une conquête des esprits.
Cette stratégie est facilitée par le fait qu’une partie de la population, rejetant les médias mainstream considérés comme peu objectifs, accepte au contraire les informations provenant de sites marginaux, ou vus comme « dissidents ».
Il faut ajouter une autre stratégie militante, que certains appellent le confusionnisme. Il y a une stratégie délibérée de mélanger des éléments de différentes natures et origines idéologiques afin de faire passer des idées.
La confusion vient alors d’un public crédule ayant perdu ses repères intellectuels et/ou idéologiques. Dans un même mouvement, ces sites associent vraies et fausses informations, recyclent les dépêches d’agence de presse de référence comme l’Agence France Presse, des propos infondés issus de rumeurs, des vidéos mises en ligne sur Dailymotion ou sur YouTube, voire parfois des articles de sites parodiques.
Rompus aux techniques de la manipulation sur le web (plusieurs cadres importants de la mouvance identitaire travaillent dans le domaine des nouvelles technologies ou de l’influence sur l’internet), certains militants d’extrême droite utilisent tout ce qui peut servir leurs thèses et surtout leurs objectifs politiques.
L’objectif est atteint quand non seulement ces militants entretiennent la confusion, mais quand les internautes partagent ces « informations ». Celles-ci sont plus ou moins diffusées selon leurs thématiques et la réceptivité des opinions publiques européennes.
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#guerreCulturelle #antifas #confusionisme #metapolitique