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La vraie vie
Il est courant d’entendre dire qu’il y a un ailleurs meilleur, qu’une autre vie est possible, que nous devons nous libérer de notre servitude. Existe-t-il une vraie vie ?
Ce qui traverse presque toutes les traditions philosophiques, spirituelles ou religieuses, c’est l’idée que la vie ordinaire, telle qu’elle est vécue spontanément, dans la dispersion, l’habitude, la peur, est en quelque façon incomplète ou endormie. La vraie vie suppose un réveil, soit par la raison, la foi, la contemplation, l’amour, l’éveil spirituel, ou l’authenticité existentielle.
Dans la Grèce antique, selon certains philosophes, la vie doit s’incarner selon la nature et la raison. Pour Platon, la vraie vie est celle de l’âme qui se tourne vers les formes éternelles, soit le Bien, le Beau, le Vrai. L’allégorie de la caverne est la métaphore de notre condition ordinaire alors que nous prenons des ombres pour la réalité. La vraie vie est un rappel, un souvenir de ce que l’âme a contemplé avant de s’incarner. Pour Aristote la vraie vie est le plein épanouissement de ce qu’on est en tant qu’être humain. Non le plaisir, non la richesse, mais l’actualisation de nos capacités les plus hautes, notamment la contemplation. Vivre vraiment, c’est vivre selon la forme qui nous est propre. Pour les Stoïciens, la vraie vie est celle vécue selon la nature et la raison, indifférente aux biens extérieurs, soit la santé, la richesse, la réputation, qui ne dépendent pas de nous. La liberté intérieure est le seul domaine de la vraie vie.
Dans les traditions indiennes, dont l’Advaita Vedānta, la vraie vie est la reconnaissance que le ātman individuel est identique au Brahman universel, que la séparation perçue entre soi et le Tout est māyā, illusion. La vraie vie n’est pas à construire, elle est à dévoiler. On ne devient pas ce qu’on est, on cesse de croire qu’on ne l’était pas.
Le Bouddhisme propose un retournement radical, il n’y a pas de « vraie vie » à trouver dans une substance permanente, car le soi lui-même est une construction. La vraie vie est celle vécue dans la pleine conscience de l’impermanence, libérée de l’attachement, ouverte à la compassion universelle. Le nirvāṇa n’est pas une autre vie, c’est cette vie-ci, vue sans le voile du désir et de l’ego. C’est pourquoi on parle d’éveil.
Pour les traditions abrahamiques, la vraie vie en relation avec le divin. Dans le judaïsme, la vraie vie est celle vécue dans l’alliance avec Dieu, incarnée dans l’observance de la Torah non comme contrainte, mais comme chemin de sanctification du quotidien. Le saint n’est pas celui qui fuit le monde, mais celui qui le consacre.
Le christianisme mystique, notamment pour Eckhart et Jean de la Croix, la vraie vie est dans l’union avec Dieu, au-delà de toutes les représentations. La vraie vie implique une mort à soi pour laisser place à quelque chose de plus vaste.
L’islam soufi parle de l’extinction du moi dans le Bien-Aimé divin et de la subsistance en Dieu après cette extinction. La vraie vie est celle où l’amour a remplacé la volonté propre.
Des philosophes contemporains, comme Nietzsche renverse tout : il n’y a pas de vraie vie derrière celle-ci. Vivre vraiment, c’est dire oui à l’éternel retour de tout ce qui est.
Simone Weil propose quelque chose de plus dépouillé encore. La vraie vie est celle de l’attention, une disponibilité totale à l’autre, à la réalité, à Dieu, qui passe par le consentement à sa propre décréation, l’effacement du moi au profit de la grâce.
En faisant ce bref parcours des idées sur la vraie vie, on constate qu’elle n’est pas ailleurs. Elle est ici, vécue autrement, avec moins d’illusions sur soi, et plus de présence à ce qui est.
Une chanson de Jean-Pierre Ferland – Avant de m’assagir
Les paroles sur https://genius.com/Jean-pierre-ferland-avant-de-massagir-lyrics
https://www.youtube.com/watch?v=8dzvHBR9-cw
Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage
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Des flocons de neige dans la tempête.
Nous ne sommes que des flocons de neige dans la tempête. Ainsi est notre vie.
L’original anglais de cet article a été écrit en hiver.
Pendant que j’écris ces lignes, il neige paisiblement en dehors de mon appartement. Je ne veux pas cependant parler du présent, mais du passé. Je veux parler d’une nuit, quand j’étais dans la jeune vingtaine. À ce moment-là, j’habitais encore à Montréal, en appartement, avec un colocataire. Je n’avais pas encore rencontré la femme qui deviendrait mon épouse, et plus tard mon ex-épouse. Je n’étais encore qu’un étudiant à la maitrise en génie informatique, et qu’un débutant très naïf dans la pratique du Zen.
Je ne savais pas ce que ma vie future serait. Je ne savais pas que j’aurais une crise cardiaque. Je ne savais pas non plus que bientôt, je déménagerais aux États-Unis, parce que je serais tombé amoureux de la femme qui deviendrait mon épouse. Je ne savais pas que beaucoup plus tard, j’aurais un cancer, que je survivrais, et quelles révélations ceci apporterait. Quelles péripéties!
Une nuit, la neige tombait en dehors de l’appartement dans lequel je vivais. J’ai regardé dehors. Il y avait un lampadaire pas très loin de ma fenêtre. Ce lampadaire illuminait la neige qui tombait. Comme je regardais les flocons de neige qui tombaient et dansaient dans le vent, j’ai réalisé que c’est de ceci que nos vies sont composées.
Comme is est souvent le cas, je ne me crois pas être très original avec cette réalisation. Les anciens maitres, et ceux qui sont nés hier, disaient fréquemment que nous ne sommes que des feuilles d’arbre qui flottent dans la rivière. Ils soulignaient la même chose que moi. Par contre, peut-être parce que je suis du nord, l’analogie de la tempête de neige me semble plus apte que les autres analogies. Ultimement, ceci n’est qu’une préférence de ma part. Il n’y a pas de différence substantielle entre les analogies des maitres et mon analogie.
Nous sommes les flocons de neige qui tombent et dansent au cours du vent. La plupart des choses qui arrivent dans nos vies ne sont pas sous notre contrôle. Nous sommes déplacés par les courants d’air qui nous entourent. Nous nous heurtons au hasard dans ce flocon-ci et ce flocon-là. Des fois, nous nous agglomérons. Des fois, cette agglomération est détruite. Toutes nos machinations, au bout du compte, ne donnent rien, rien du tout.
« Quelles conneries! Le self-made man est réel, quand même! »
Le self-made man n’est qu’une illusion. C’est la chance qui l’a fait s’agglomérer. Le self-made man n’est pas capable de commander le vent. Les circonstances ont fait ce qu’il est, et les circonstances vont le défaire.
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Joins-toi à nous Magasin sur BonfireÉtant donné que nous machinations sont futiles, que reste-t-il? La gentillesse est seulement ce qui reste. Notez que je ne suis pas un saint, et que je trouve difficile d’offrir ma gentillesse à tout le monde. Cependant, je suis progressivement devenu plus gentil. La gentillesse est définitivement ce qui est l’élan de ma vie, en commençant avec mes partenaires romantiques. Je ne les force jamais. Je ne les utilise pas pour mon bénéfice propre. À un point tel que quand une ex-partenaire m’a dit qu’elle n’était pas chaude au polyamour, il n’y a pas eu de prière de ma part ou de dispute. Nous nous sommes simplement séparés.
« Mais tu es un Dominant! Tu les utilises sûrement pour ton bénéfice! »
Dans un certain sens, ceci est bien vrai. Par contre, quand ceci se produit, c’est pour notre bénéfice mutuel que j’utilise mes partenaires. Ce n’est pas une relation à sens unique, dans laquelle j’obtiens toutes richesses, et qu’ils n’obtiennent rien. Si vous venez à moi en voulant vous faire utiliser, et c’est comme ceci que mes partenaires m’approchent, alors je vous utiliserai.
Certains maitres diront qu’il n’y a pas de séparation entre la pratique spirituelle et le reste de notre vie, en dehors de la pratique. Je crois bien que ceci soit vrai. La gentillesse que j’ai pu démontrer à mes partenaires a approfondi ma pratique spirituelle.
« Tu sembles te contredire. Tu parles de devenir plus gentil, mais tu dis aussi que nous ne décidons pas nos vies. Comment ceci se peut-il? »
Il est vrai que nous ne décidons pas nos vies. Par contre, il est définitivement possible de devenir plus gentil. Voyez-vous, nous ne pouvons pas devenir plus gentils seulement en faisant un vœu un jour. Nous ne commençons pas étant un connard, pour ensuite devenir quelqu’un de gentil. Ceci n’arrive pas. C’est ceci que je veux dire quand je dis que nous ne décidons pas nos vies. Par contre, nous pouvons modifier la trajectoire de nos vies, de façon légère et doucement. Nous pouvons viser une plus grande gentillesse. Ceci, nous pouvons le faire.
Retournons à notre analogie. Si nous sommes des flocons de neige, au bout du compte, nous fonderons, et deviendrons de l’eau. Le flocon ne sera plus. Cette eau gèlera encore une fois, et il y aura un nouveau flocon. Je crois que cette analogie est plus apte à illustrer le cycle des naissances que l’analogie populaire. Désolé, mais l’idée « J’étais auparavant une vache, et maintenant humain, » c’est de la foutaise. Étant donné l’impermanence du soi, il n’y a pas de vache qui est maintenant humaine.
« Mais les enseignements… »
Oui, il y a des enseignements bouddhistes qui disent qu’une vache est devenue humaine. Par contre, il y a d’autres enseignements qui contredisent ceux-ci. La contradiction n’est pas importante, mais quand il nous faut comprendre le monde, nous devons choisir l’un contre l’autre. La foudre peut-être, poétiquement parlant, la colère des dieux, et électricité. Par contre, quand il faut me protéger, je considère la foudre comme étant électricité. Si la foudre me visite, je veux me trouver un abri, plutôt que de prier aux dieux de me laisser tout seul.
Assez avec les mots! Comme je regarde la neige tomber ce matin, je me rappelle ce moment, quand j’habitais à Montréal, et que j’ai réalisé cette vérité simple.
Nous ne sommes que des flocons de neige dans la tempête.
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