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  1. La menace d’Alain Corneau

    Un homme pour deux femmes, le viril Henri Savin (Yves Montand) au volant de ses camions pris entre Dominique Montlaur (Marie Dubois), la mademoiselle héritière de la boite de papa et d’un château du Médoc, follement accrochée à son substitut de père, et la jeune employée de Novotel Julie Manet (Carole Laure), passionnelle et enceinte. Mais le duel se transpose des deux amantes à un duel entre l’homme et la police.

    Car il y a mort. Mademoiselle s’est tuée volontairement après avoir tenté d’acheter la jeune amante, puis de l’agresser. Elle a sauté du haut de la citadelle de Blaye dans la Garonne et s’est écrabouillée sur les rochers. Aucun témoin, seuls les indices comptent pour les flics. L’inspecteur Waldeck en 504 (Jean-François Balmer), imper noir et pieds plats, est un enquêteur tenace, malin et sans pitié. Ce qui compte est son boulot, il le fera jusqu’au bout. Selon les seuls indices, et les interrogatoires, il fait inculper Julie, puisqu’il est avéré qu’elle était sur les lieux, ce qu’elle a nié. Or, un mensonge est le premier pas du soupçon qui incite à creuser. Sa Mini Morris rouge vif (pas très discrète) a éraflé un arbre non loin de la citadelle, puis a été repérée fonçant sur la route par un cafetier.

    Les circonstances ont conduit au drame. Dominique est jalouse ; elle a déjà tenté de se tuer au volant de sa Mercedes mais a canné devant une croix sur le chemin ; elle a suivi plusieurs fois Julie. Cette dernière a donné rendez-vous à son amant Henri, dont elle attend un bébé depuis deux mois, à la citadelle à 20h30. Mais un camionneur de la boite que dirige Savin, dont Dominique est propriétaire, s’est embourbé dans les vignes, évidemment ivre. Henri doit aller le dépanner, ce qui le met en retard. Il ramène et couche le gros con dans une benne de camion au dépôt, sous la pendule d’entreprise qui marque 21h15, puis file rejoindre Julie. Mais celle-ci, qui a trop attendu, se voit attaquer par Dominique et finit par s’enfuir, robe arrachée jusqu’aux seins, griffures d’ongles manucurés au cou. Elle panique, fait n’importe quoi, et se retrouve hagarde dans les bras protecteurs d’Henri, son mâle, son sauveur, tandis que Dominique, désespérée, s’élimine de la scène.

    Julie est confondue, inculpée, jugée, emprisonnée. Henri imagine alors un stratagème pour la sauver, puisqu’elle n’est pas coupable. Déjà, il est sans le vouloir héritier de tous les biens de Dominique, ce qui lui donne un mobile aux yeux de l’inspecteur, fonctionnaire soupçonneux (ils le sont tous, quel que soit leur poste). Mais Henri va plus loin. Innocent qui se montre coupable, il retourne à la citadelle pour semer des indices qui le mettent en cause, bouton de manchette, traces digitales, et compose un brouillon à la machine de Dominique qui donne rendez-vous à l’heure et à l’endroit du pseudo meurtre, que l’inspecteur ne peut que découvrir.

    Julie finit par être libérée, et Henri l’objet d’un mandat d’arrêt. Or il vient de s’envoler pour Montréal et échappe à la police. Il va dès lors organiser sa fausse mort au volant d’un camion, orientant les indices vers un gang de racketteurs routiers de Colombie britannique. Mais c’est sans compter avec la CB et la solidarité des routiers entre eux. Ils vont le traquer et lui faire la peau, sans la police. Un Duel pour la justice avec des monstres d’acier. Tel est pris qui croyait prendre. Quant à Julie, elle s’envole avec son bébé (en Concorde) pour Melbourne, en Australie, où son amant Henri lui a donné rendez-vous pour la belle vie – qui n’aura pas lieu.

    Une plongée dans ces années 1970 en France où les barrières de classes étaient encore fortes, et où la transgression était dure, voire punie. Le rang des voitures indiquait le statut social sur la route, la Mercedes sombre de bourgeois, la Volvo solide jaune du petit-bourgeois, la Mini rouge vif de la jeunesse cosmopolite. Les camions sont des symboles virils qui fascinent les femelles, et le mâle en rajoute avec les gros Mack trucks yankees. Il est avec eux comme un gamin devant un train électrique ; ce qui compte est moins l’amour, moins l’argent, que de faire joujou avec les engins, comme dans le Salaire de la peur.

    Noirceur et dureté psychologique, le réalisateur pourfend avec jubilation l’idéalisme du happy end et du tout le monde est beau et gentil. On ne refait pas sa vie, on en subit les conséquences. Henri voulait s’émanciper de la tutelle de Dominique, véritable goule qui le considérait comme un bien de son patrimoine, sans en prendre les moyens ni les formes. Il a entraîné Julie dans sa chute en croyant tout sauver.

    César 1978 du meilleur second rôle féminin pour Marie Dubois et meilleur second rôle masculin pour Jean-François Balmer

    DVD La menace, Alain Corneau, 1977, avec Yves Montand, Carole Laure, Jean-François Balmer, Marc Eyraud, Marie Dubois,‎ LCJ Éditions & Productions 2021, français, 1h52, €7,99, Blu-ray €12,10

    (mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

    #amoureux #années70 #camions #Cinéma #classes #fausseMort #film #france #héritière #indices #inspecteur #joujou #suicide #viril
  2. Mes meilleurs copains de Jean-Marie Poiré

    A la quarantaine, Richard (Gérard Lanvin) chef d’entreprise, Jean-Michel (Christian Clavier) dentiste, Guido (Jean-Pierre Bacri) directeur marketing chez Contrex, Antoine (Philippe Khorsand) metteur en scène, et Dany (Jean-Pierre Darroussin) employé de Richard, sont des amis de trente ans. Ils sont mûrs, blets, ayant perdu fraîcheur et idéaux de leur jeunesse. Leur groupe de rock des années 1970 s’est dissout lorsque Bernadette, la chanteuse (Louise Portal), toute de sexe libre impudique qui a vagué de mec en mec à la mode amour libre post-68, les a abandonnés pour réussir une carrière au Québec, dont elle a pris l’accent traînant. Seule à avoir du talent dans le groupe, elle est devenue célèbre et revient en France pour un concert. Coiffure blondasse extravagante, cuir, bottes et pantalon zèbre qui moule son cul, elle a tout de la bombe sexuelle requise par son image. A la quarantaine, elle fait encore illusion, surtout à ses anciens copains.

    C’est l’occasion pour la bande de se retrouver en groupe « comme avant » dans la maison de campagne de Richard en grande banlieue parisienne. Dans les coulisses du concert, Bernadette les a chaleureusement reconnus mais, emportée par son manager de mari Lou Bill (Didier Pain), a disparu presque aussitôt pour une interview obligatoire. Contraintes du business. La célébrité a du bon – une Cadillac blanche – mais du mauvais : une existence de singe savant. Est-ce l’idéal d’une vie ?

    Durant le week-end, chacun déballe son existence depuis 18 ans qu’ils ont laissé le rock. Richard est peut-être celui qui a le mieux « réussi » dans l’équilibre des contraintes : ancien batteur du groupe, il a monté une PME de sanitaire et s’est installé, marié et à présent « fidèle et équilibré » depuis qu’il vit avec Carole, père de deux enfants. Il a été queutard invétéré et s’est fait plusieurs fois fougueusement Bernadette à l’époque, dans le dos de son mec d’alors qui n’a rien vu, leur chef Antoine.

    Antoine est celui qui se croit intello, metteur en scène de théâtre, au départ contestataire en happening devant les usines (et la tronche obtuse des ouvriers spécialisés). Il a connu les autres par Bernadette, dont il est devenu le compagnon, donc l’entraîneur à l’origine du groupe de rock – un spectacle plus à même de faire passer les idées anti-système. Il met en scène aujourd’hui sa nouvelle compagne dans un Roméo et Juliette qu’il veut (effet de la quarantaine) sexuellement torride. Il soupçonne la Juliette de sa pièce de se faire le beau Roméo, qu’il encourage à embrasser sa belle avec fougue et désir. Mais l’imaginaire rejoint le réel et il est tiraillé. Les femmes le trompent parce qu’il est égoïste et imbu de lui-même, donc vite lassant, ce qui le ronge de jalousie maladive. Heureusement qu’il y a les copains.

    Richard a accueilli Dany comme conducteur de ses camions, et son fils Sébastien (Cyril Gabrial) ; c’est l’ancien guitariste au talent prometteur « à condition qu’il travaille », avait dit le manager. Or Dany est resté le baba cool des années 70, partisan du moindre effort, le « système » ne méritant en rien qu’on se crève, ancien pilier d’ashram indien et revendiquant à son retour en France le « droit à la paresse » du gendre de Marx, Paul Lafargue, fort à la mode en ces années gauchistes. Toute contrainte lui fait fermer ses chakras et il s’y refuse, laxiste y compris avec son fils ado, préférant se laisser aller au courant. Il vient de se faire voler une camionnette et son chargement par « deux Blacks » pris en stop, mais il ne s’en fait pas : « Y’a pas mort d’homme ! » est sa réplique devenue culte. Darroussin est excellent dans ce rôle de « crétin des Alpes » qui parle lentement et se refuse à faire chauffer son cerveau.

    Guido était le (mauvais) chanteur du groupe. Il a connu deux de ses amis au lycée Carnot où, jeunes pubères en chemise blanche, ils regardaient du toit la prof d’anglais se faire sauter par le prof de sciences nat. Il les a retrouvés après un séjour italien d’où il a ramené le bel éphèbe Fetuccino (Jérôme Berthoud) et une femme avec qui il forme un ménage à trois. Il est devenu directeur du marketing de l’eau minérale Contrex et avoué avoir « fait vœu d’abstinence » depuis 1983 pour éviter d’attraper le sida. Pour compenser sa frustration sexuelle et combattre ses désirs invertis, il fait du vélo à outrance.

    Reste Jean-Michel, ancien bassiste du groupe et fils de chirurgien dentiste qui invitait ses copains ados à venir flirter et baiser dans l’appartement quand son père était à un congrès. Il est le narrateur. Malgré sa vie de fêtard, il est devenu dentiste lui-même lorsque papa est mort, désolé de s’être fâché avec lui. Il a toujours été velléitaire, fou désireux plutôt qu’« amoureux » de Bernadette la choriste, il n’a jamais pu coucher avec elle et cela le hante comme une étape psychologique mal franchie. Sa compagne (Marie-Anne Chazel) – qui est psy et avec laquelle il a été en analyse durant un temps – l’encourage à « la sauter » pour solder ce manque qui inhibe sa vie sentimentale depuis 18 ans. Il va conclure enfin ce week-end de retrouvailles. En sera-t-il pour cela plus heureux ?

    L’adolescence n’a qu’un temps et le rêve de changer le monde se heurte à la réalité du monde. Se donner en spectacle et se shooter laisse les ouvriers producteurs froids et méprisants, dénoncer la vie rangée de la norme sociale n’aboutit à rien de concret, et baiser à couilles rabattues dans tous les coins, avec n’importe qui, n’a rien de libérateur, n’étant en réalité qu’une envie de jouissance personnelle. Une « emprise » des hormones. En rock ou au théâtre, ceux qui se croient « artistes » n’ont aucun talent (il se travaille) ; en fait de liberté en amour, ils sont jalousement possessifs et ne savent pas garder des relations stables ; et comment rester « contre » le système en se gavant d’argent public au théâtre subventionné ? Toutes les contradictions éclatent et la grande récré prend fin au bilan impitoyable de la quarantaine. Bernadette la bombe fait exploser les illusions. Une vraie catharsis pour la bande, qui reconnaît alors ses vraies valeurs : la chaleur de l’amitié, dans la différence.

    Film quasiment autobiographique devenu culte depuis que l’amitié a remplacé l’amour chez les jeunes, trop inquiets des relations qui pourraient être interprétées comme « non consenties » selon le seul bon vouloir des filles. Ce n’était pas encore l’état des mœurs à la sortie à la fin des années 80, d’où son peu de succès en salle. Mais au fond, que veut dire « réussir » sa vie ? Est-ce rentrer dans les normes après la révolte biologiquement programmée de l’adolescence ? Faire fructifier jusqu’au bout son propre talent, comme le dit l’Évangile ? Se laisser aller au courant sans s’en faire pour éviter l’ulcère ? Baiser pour ne pas être seul ? Ou simplement accepter les choses telles qu’elles se présentent, y faire face avec son propre courage et ses capacités ? L’important sont les copains, pôle d’équilibre, car ils montrent qu’il n’y a pas qu’une seule voie dans la vie.

    DVD Mes meilleurs copains, Jean-Marie Poiré, 1989, avec Christian Clavier, Gérard Lanvin, Jean-Pierre Bacri, Louise Portal, Philippe Khorsand, StudioCanal 2019, français, 1h51, €7,99, Blu-ray €15,00

    (mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

    #adolescence #amitié #amour #amourLibre #années70 #autobiographique #équilibre #baiser #bande #changerLeMonde #Cinéma #contradictions #copains #désirs #dvd #effort #film #france #jouissance #laisserAller #quarantaine #réussirSaVie #rock #sexe #talent #vie
  3. Allers-retours à la terre
    Documentaire réalisé par David Quesemand et Éric Wittersheim. Écrit par David Quesemand, Éric Wittersheim. France, 1997, 52 minutes.

    « Que reste-t-il, plus de vingt ans après, du rêve de ceux qui ont quitté la ville pour “retourner” à la terre dans les années 1970 ? Ce film sorti en 1997 est consacré aux néo-ruraux installés, sur le Plateau de Millevaches dans le Limousin (...). Qu'ont-ils transmis de cette expérience à leurs enfants, alors en âge de s’installer à leur tour ? À travers quelques trajectoires familiales, l’évocation d’une utopie post-mai 68 en partie réalisée. »

    Ce film sera projeté le samedi 6 septembre, à partir de 20h, à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes dans le cadre de « Ciné de plein champ en bus carré ».

    https://www.youtube.com/watch?v=x5TH7UMwA_Y

    Sinon, pour le reste de la planète, dont le Limousin, le lien ci-dessus pointe vers la version intégrale hébergée sur YouTube.

    #cinema #documentaire #NeoRuraux #Annees70 #SouvenirsSouvenirs #PlateauDeMillevaches #Correze #Creuse #HauteVienne #Limousin

  4. Garden Party au Crystal Palace Bowl, le 5 mai 1971. Affiche pour un concert des Pink Floyd en Grande Bretagne. Cela n’a pas si mal vieilli.

    #affiche #graphisme #typographie #concert #PinkFloyd #GrandeBretagne #Annees70

  5. Pour des raisons mal élucidées je me suis rappelé de la série «Les Gammas! Les Gammas!». Dans ma tête c'était une série française, mais en fait, c'était une série française pour apprendre le français, et donc probablement jamais diffusée en France… #television #années70

  6. "Convoquer la presse pour assister à un avortement, au beau milieu d’un service de gynécologie, organiser des départs de cars aux Pays-Bas, apprendre à s’avorter entre profanes, à se poser des stérilets, à observer son col de l’utérus, à reconnaitre une MST, conquérir l’accouchement sans douleur, généraliser la pratique d’avortement par aspiration, dite méthode Karman…. Voici ce qu’a été le MLAC, le Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception"

    #Regardez Annie Chemla : auposte.fr/annie-chemla-et-les

    #MLAC #avortement #IVG #féminisme #années70 #années1970 #AuPoste #activisme #militantes

  7. Le guitariste de #Blondie est sur mastodon et ça n'est pas une réplique de touiteur mais son vrai compte avec moult photos de la scène #punk new-yorkaise des #années70 et autres
    #faitesvospropresrecherches !
  8. Le souffle des années 70 sur CinéMutins !
    On continue d’étoffer la collection du #cinéma des #années70 avec notre cher Bertrand Blier.
    Gérard Depardieu, Jean Carmet, Michel Serrault, Carole Bouquet, Miou-Miou, Patrick Dewaere...
    cinemutins.com/c/le-souffle-de

  9. On continue d’étoffer la collection du cinéma des #années70 avec notre cher #BertrandBlier. Après Les valseuses, Préparez vos mouchoirs, renforcé par un Oscar, le cinéaste, en toute liberté, proposait un petit chef-d’œuvre du #cinéma à l'humour noir et absurde, Buffet froid, avec un casting de rêve où l'on retrouve au sommet de leur forme : Bernard Blier (le père donc), #GérardDepardieu, #JeanCarmet, #MichelSerrault, #CaroleBouquet et une troupe merveilleuse…
    cinemutins.com/buffet-froid